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<item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/pour-taguieff-la-complotologie-est-un-sport-de-combat">
    <title>Pour Taguieff, la complotologie est un sport de combat</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/pour-taguieff-la-complotologie-est-un-sport-de-combat</link>
    <dc:date>2013-06-10T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maximilien Friche</dc:creator>
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<div align="justify"><h3>Pierre-André Taguieff vient de sortir un livre essentiel pour renouer avec la sagesse. Son ouvrage, simplement intitulé « Court traité de complotologie », permet de comprendre les mécanismes de ce qui n’est qu’idéologie de comptoir assise sur une couche faite d’un mix de philosophie, religion, littérature et sciences humaines, formant un joyeux pot-pourri au marketing des plus efficaces. En fait, dans sa générosité intellectuelle, Taguieff nous livre deux livres en un. Après son explication de ce que sont les théories du complot, il nous livre une illustration très concrète, l’histoire du fameux complot judéo-maçonnique, de ses origines à aujourd’hui, polymorphique et caricatural.</h3><p><br /><img width="650" height="366" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/fefg2665.jpg" /><br /></p><p><strong>Une facilité au service d’un combat</strong></p><p><br />Il était logique que l’auteur donne dans le néologisme pour caractériser l’étude de ce phénomène consistant à produire des théories de complots. Complotologie est immédiatement adopté pour disposer de cette hauteur scientifique minimum, cette mise à distance salutaire vis-à-vis de l’irrationalité par excellence. Et pourtant «<em> Ce qui caractérise, ici comme ailleurs, les explications conspirationnistes, ce n’est pas&nbsp; leur irrationalité, c’est au contraire la démesure dans la quête d’une vision rationnelle… </em>» (1) Taguieff nous rappellerait donc que la sagesse implique d’accepter qu’une part du monde reste le fruit du fortuit. Les adeptes du complot n’y croient pas. Ils ont besoin de se raccrocher à une intentionnalité préexistant au mal. Ils nient les effets pervers. Ils croient en l’efficacité et la performance de ce mal. Comme le mal ne peut venir que du mal, le but est d’établir une généalogie systématique jusqu’à Satan. Le conspirationniste cherche donc la corporéité du diable dans une société sans Dieu maintenant. Il cherche l’incarnation du démon.<br />Taguieff identifie l’origine de ce réflex conspirationniste dans les ruptures profondes de l’Histoire, les scissions de la société. 1789 est évidemment un point central pour le travail des conspirationnistes. C’est le départ de l’excitation réciproque. Il y a d’ailleurs une alimentation double, révolutionnaire et contrerévolutionnaire des théories. A l’origine de la création du complot, Taguieff débusque systématiquement des sentiments collectifs, d’abord la peur, puis la haine. Il suffit après de se raconter des histoires pour dissiper la peur et assouvir la haine, ces histoires, ce sont les complots. Et pour que cela marche, le marketing est ainsi défini par l’auteur : « <em>trois qualités sociocognitives dont la combinaison semble assurer le succès d’une rumeur sur le marché cognitif : l’évocabilite, la crédibilité et la mémorabilité.</em> » (2).<br /><br />Par la multiplicité des exemples qu’il donne, Taguieff montre à quel point ceux qui sont à l’origine de la théorie du complot sont aussi souvent ceux qui fantasment d’exercer par eux-mêmes ce complot. Il n’y a pas pire comploteur que celui qui prête à autrui ses propres désirs. On prête au camp adverse une intentionnalité et une efficacité qui représente en fin de compte notre intention première et finalement notre fantasme. D’autant que le camp adverse peut ne pas être enclin à nier, y trouvant une opportunité pour créer sa propre mythologie. Le conflit de société nourrit le conspirationnisme, et quand la société devient mondialisée, il y a emballement.<br /><br />Pour Taguieff, ce qui a permis l’explosion des théories du complot à la fin du XXème siècle et au début du notre, est lié à l’influence de la sociologie. Cette dernière postulant régulièrement que l’individu n’est qu’un pion mu et pensé par des déterminismes sociétaux, produit automatiquement des thèses visant à identifier l’origine de ces déterminismes.&nbsp; Et ceux qui sont à l’origine sont faciles à débusquer, puisque c’est nécessairement ceux « <em>à qui profite</em> » la société. La sociologie est la science où le monde pense l’individu et non l’inverse. Les opportunistes deviennent donc les comploteurs sous la logique « <em>A qui profite le crime ?</em> » Le crime profite bien souvent à ceux que l’on identifie comme les plus forts. La CIA, les banques, la finance internationale, les états, … Ceux là ont les moyens d’agir, bénéficient des problèmes de ce monde puisqu’ils en sont les privilégiés, ils ont donc eu l’intention de produire ce mal et y sont parvenus. Etre conspirationniste, c’est donc à partir de là, défendre le plus faible, lui faire prendre conscience des rouages du monde et le préparer au combat. Bourdieu qualifiait bien la sociologie de sport de combat, les aficionados du conspirationnisme font de leur théorie une arme facile pour combattre les puissants et pour servir leur idéologie. Tout devient prétexte à l’exercice de ce combat intellectuel : 11 Septembre, guerre d’Irak, Madoff, grippe H1N1, mort de Ben Laden, DSK… L’actualité est digérée par ce ventre conspirationniste résolu à combattre les puissants. Taguieff ironise ainsi sur Assange, sympathique complotiste : « <em>Si sympathique que son personnage de Robin des Bois de l’âge du web fait oublier le théoricien complotiste. C’est qu’il a réussi à convaincre le grand public qu’il était du côté du peuple et des peuples, contre les puissants, les cyniques, les méchants</em> » (3)<br /><br /><strong>Complot judéo-maçonnique, une théorie virale mutante</strong><br /><br />La deuxième partie de ce court traité, ou plus exactement, le deuxième livre, porte exclusivement sur le complot judéo-maçonnique, son histoire, sa construction et son « <em>enrichissement </em>» au fil des siècles. On a l’impression qu’il décrit l’évolution d’un poison ou d’un virus. Pas très dangereux au début, il ne cesse de renforcer son efficacité jusqu’à la Shoah. Pour autant, il y a une vie de ce virus après la Shoah. Plus subtile mais pas moins efficace que dans les années 30. Taguieff traque toutes les récupérations de la théorie du complot judéo-maçonnique, son caractère de mutant. Cette théorie mute pour survivre. Le complot judéo-maçonnique a l’avantage d’être malléable à l’excès. Il passe de mains en mains pour être incorporé à l’idéologie d’étagère qui l’attend pour s’enfler. Il est né dans les rangs contre-révolutionnaires de ceux qui désemparés face au violent changement de société cherchaient des responsables à cette mise en œuvre diabolique. Les francs-maçons ont spontanément été ciblés du fait de leur pratique du secret et des idées qu’ils véhiculaient. Comme il fallait mettre tous les ennemis de l’ancien régime et du roi dans un même sac, les Juifs ont été convoqués et sommés de s’unir avec les francs-maçons. Le trait d’union dans le texte reste d’ailleurs la petite marque de fabrication du rédacteur conspirationniste. Pierre-André Taguieff explique après le lent processus de développement du complot judéo-maçonnique dans l’esprit occidentale. Tout au long du XIXème siècle, à force d’écrits riches en style et en détails, en créativité également, puisque c’est à cette époque que l’on produit le faux « <em>protocole des sages de Sion </em>», la droite nationaliste naissante se fonde sur le combat acharné du complot judéo-maçonnique en fusionnant d’ailleurs les deux figures stéréotypées du juif et du franc-maçon. Cette voie va engendrer les nihilismes d’extrême droite que nous connaissons tous et conduire aux camps. Ce qui est surprenant, c’est la robustesse de ce conspirationnisme, sa récupération après guerre, sa recréation à l’époque moderne et encore maintenant. Une bonne théorie du complot est avant tout une théorie pâte-à-modeler. Le complot judéo-maçonnique est donc preuve à l’appui « le complot pour tous. » Il faut noter qu’aucune synthèse n’effraie les adeptes du complot. L’internationale révolutionnaire et l’internationale de la finance sont les deux faces d’une même monnaie qui ne peut être autre que l’internationale juive. Le complot judéo-maçonnique sert aujourd’hui aussi bien aux altermondialistes et aux milieux d’extrême gauche, qu’aux islamistes les plus verts. Et dans cette veine, l’Histoire embarrasse, les faits sont des obstacles, la théorie du complot justifie donc tout négationnisme.<br /><br />Une fois lu ce court traité sur la complotologie, de fait le plus complet, nous avons le sentiment d’avoir reçu un cours magistral. Et ce cours magistral est libérateur. Taguieff le dit, il y a une « toxicomanie de la haine » dans la croyance au complot. Cette dernière est excitée par certaines caractéristiques de notre monde : prolifération des minorités, règne du doute sans limite, diffusion ultra rapide de l’information (qui parfois précède l’événement) et enfin la surabondance de cette information. « <em>La plupart de ces mythes sont des mythes répulsifs, qui expliquent le cours de l’Histoire en alimentant l’inquiétude de ceux qui y croient. Ils fournissent du sens mais ne suppriment pas la peur.</em> » (p411) Pierre-André Taguieff nous réveille donc de notre cauchemar. <a href="http://www.amazon.fr/Dictionnaire-historique-critique-du-racisme/dp/2130550576/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1370856714&amp;sr=8-1&amp;keywords=taguieff" target="_blank">Avec son livre</a>, il nous conduit à respirer profondément, à redevenir sages. Il livre une sorte de thérapie de groupe pour ceux qui se sont trop adonnés à ce sport de combat appelé sociologie.<br /><br /><strong>Maximilien Friche</strong><br /><br />(1)&nbsp;&nbsp; &nbsp;P. 154 - Court traité de complotologie&nbsp;&nbsp; &nbsp; - Pierre-André Taguieff – Editions Mille et une nuits - ISBN-10: 2842057503<br />(2)&nbsp;&nbsp; &nbsp;P. 46 - Court traité de complotologie&nbsp;&nbsp; &nbsp; - Pierre-André Taguieff – Editions Mille et une nuits - ISBN-10: 2842057503<br />(3)&nbsp;&nbsp; &nbsp;P 172 - Court traité de complotologie&nbsp;&nbsp; &nbsp; - Pierre-André Taguieff – Editions Mille et une nuits - ISBN-10: 2842057503<br />(4)&nbsp;&nbsp; &nbsp;P. 411 - Court traité de complotologie&nbsp;&nbsp; &nbsp; - Pierre-André Taguieff – Editions Mille et une nuits - ISBN-10: 2842057503<br /></p></div>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/taguieff-la-figure-de-madoff-a-remplace-celle-de-rothschild-">
    <title>Taguieff : "La figure de Madoff a remplacé celle de Rothschild"</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/taguieff-la-figure-de-madoff-a-remplace-celle-de-rothschild-</link>
    <dc:date>2013-05-29T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Pierre-André Taguieff</dc:creator>
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<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Pierre-André
Taguieff répond aux questions de Clémence Boulouque (21 mai 2013)</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Interview intégrée partiellement dans un
article de la romancière et journaliste Clémence Boulouque, publié le 23 mai
2013<span>&nbsp; </span>dans l’hebdomadaire américain <em>Tablet Magazine</em>, sous le titre <a target="_blank" href="http://www.tabletmag.com/jewish-news-and-politics/131798/a-growing-fear-in-france">«&nbsp;A
Growing Fear in France&nbsp;».<br /><br /><img width="650" align="bottom" height="432" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/4z96451.jpg" /><br /></a></span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><a target="_blank" href="http://www.tabletmag.com/jewish-news-and-politics/131798/a-growing-fear-in-france">(photo copyright Marc Henley)</a></span><br /><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;</span>1. Vous venez de publier, sous votre direction,
un imposant <a href="http://www.amazon.fr/Dictionnaire-historique-critique-du-racisme/dp/2130550576"><span>Dictionnaire historique et
critique du racisme</span></a>, paru le 15 mai aux Presses universitaires de France.
Vous y avez signé vous-même un long article, «&nbsp;Antisémitisme&nbsp;», où
vous revenez sur votre distinction entre «&nbsp;judéophobie&nbsp;» et «&nbsp;antisémitisme&nbsp;»,
en soulignant qu’elle se justifie par la capacité de métamorphose de la
«&nbsp;haine la plus longue&nbsp;» (Robert Wistrich), la haine des Juifs. De
l’antijudaïsme théologico-religieux à l’antisionisme radical, en effet,
celle-ci a pris des formes différentes. Pensez-vous que
«&nbsp;antisémitisme&nbsp;» soit désormais un terme qui ne convient plus pour
caractériser les réalités contemporaines?</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="margin: 0cm 2.85pt 0.0001pt; text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. Après la
disparition du Troisième Reich, l’emploi du mot «&nbsp;antisémitisme&nbsp;»
s’est avéré de plus en plus décalé par rapport à l’évolution des passions et
des conduites antijuives observables. Celles-ci ont pris des formes nouvelles,
qui font que le recours au mot «&nbsp;antisémitisme&nbsp;» est susceptible
d’induire en erreur ceux qui, naïvement, le prennent à la lettre – en lui attribuant
le sens d’une hostilité à l’égard des «&nbsp;Sémites&nbsp;». Historiquement, la
page de la lutte contre les Juifs en tant que «&nbsp;Sémites&nbsp;» est
tournée.&nbsp;La lutte contre les Juifs n’est plus aujourd’hui fondée sur une
vision racialiste mettant en scène la «&nbsp;race aryenne&nbsp;» et la
«&nbsp;race sémitique&nbsp;» s’affrontant dans une guerre à mort. La création
d’Israël, le refus arabe de l’État juif et l’islamisation de la cause
palestinienne ont totalement modifié le paysage judéophobe. La vieille
«&nbsp;question juive&nbsp;» a été redéfinie sur la base de la diabolisation du
sionisme et d’Israël. La nouvelle forme de la judéophobie, c’est
l’antisionisme, impliquant à la fois l’appel à la haine et à la violence contre
Israël et les «&nbsp;sionistes&nbsp;», le projet d’éliminer l’État juif et une
guerre idéologique permanente contre les «&nbsp;sionistes&nbsp;» ou les Juifs
qui défendent le droit à l’existence d’Israël.<span>&nbsp;&nbsp;
<br /><br /></span></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="margin: 0cm 2.85pt 0.0001pt; text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Le mot «&nbsp;antisémitisme&nbsp;» a été
forgé et mis en circulation dans un contexte particulier&nbsp;: le monde
germanique des années 1870 et 1880, marqué par le surgissement des premiers
mouvements antijuifs organisés, tous d’orientation nationaliste. Le contexte de
la formation du terme indique clairement l’objectif
idéologico-politique&nbsp;de ceux qui se désignent comme «&nbsp;antisémites&nbsp;»&nbsp;:
combattre un ennemi intérieur et extérieur défini raciologiquement, «&nbsp;le
Sémite&nbsp;» ou le «&nbsp;Sémitisme&nbsp;», défini comme le responsable des
malheurs de la nation (allemande) ou de la civilisation (chrétienne). En
forgeant en 1879 le terme<em> Antisemitismus</em>,
l’idéologue raciste et socialiste de langue allemande Wilhelm Marr voulait
clairement distinguer son combat contre les Juifs du vieil antijudaïsme
chrétien, et, plus généralement, de toute forme de «&nbsp;haine des
Juifs&nbsp;» (<em>Judenhass</em>) à base
religieuse. Or, le terme «&nbsp;antisémitisme&nbsp;» est doublement mal formé.
D’abord parce qu’il semble renvoyer autant aux Juifs qu’aux Arabes – variétés
supposées de «&nbsp;Sémites&nbsp;» - alors qu’il ne s’applique, dans ses usages
idéologico-politiques, qu’aux Juifs. Ensuite en raison de l’usage raciologique
qu’il fait du terme «&nbsp;Sémite(s)&nbsp;» («&nbsp;sémite&nbsp;»,
«&nbsp;sémitique&nbsp;»), en tant que dénomination de l’ennemi collectif à
combattre (ce qu’indiquent les expressions «&nbsp;anti-Sémite&nbsp;»,
«&nbsp;antisémite&nbsp;», «&nbsp;antisémitique&nbsp;»), en référence aux
doctrines raciales, supposées scientifiques, fondées sur l’opposition
«&nbsp;Aryens/Sémites&nbsp;», ce qui renvoie à un système de croyances qui
s’est formé dans les deux premiers tiers du XIX<sup>e</sup> siècle. </span></p>

<p align="justify" class="MsoBodyText2" style="margin: 0cm 2.85pt 0.0001pt; text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Depuis la fin du XIX<sup>e</sup>
siècle, dans la plupart des pays occidentaux, le mot «&nbsp;antisémitisme&nbsp;»
est employé comme terme générique pour désigner l’ensemble des discours, des
croyances, des pratiques et des formes institutionnelles qui, observables dans
l’histoire, ont pour trait commun de manifester une hostilité à l’égard des
Juifs, s’accompagnant chez les «&nbsp;antisémites&nbsp;» d’un désir de rejet ou
d’exclusion les visant, voire d’une volonté d’élimination. Le mot
«&nbsp;antijudaïsme&nbsp;» est employé plus particulièrement pour désigner le
rejet des Juifs fondé sur des arguments théologico-religieux. <em>Stricto sensu</em>, le mot
«&nbsp;antisémitisme&nbsp;» signifie le rejet des Juifs fondé sur des arguments
empruntés à une quelconque doctrine moderne de la race, à une forme de
racialisme (théorie descriptive, évaluative et explicative) ou de racisme
(théorie normative et prescriptive). Par le mot
«&nbsp;antisémitisme&nbsp;»,<span>&nbsp; </span>on désigne
donc d’une façon ritualisée – qui fait que le mot «&nbsp;colle&nbsp;» désormais
à la chose – ce qui avait longtemps été appelé «&nbsp;antijudaïsme&nbsp;»,
«&nbsp;haine des Juifs&nbsp;» (<em>Judenhass</em>,
<em>Jew-hatred</em>) ou «&nbsp;persécution des
Juifs&nbsp;» (<em>Jew-baiting</em>). En 1882,
le grand <em>Brockhaus</em> donne cette
définition lexicale du mot nouveau qu’est, en langue allemande, le mot «&nbsp;<em>Antisemitismus</em>&nbsp;»&nbsp;:
«&nbsp;Haine des Juifs. Adversaire du judaïsme. Combat contre les qualités,
l’apparence et les intentions du Sémitisme. » Par «&nbsp;antisémitisme&nbsp;», <em>stricto sensu</em>, on devrait ne désigner
que la variété raciste de l’antijudaïsme moderne, qui a fonctionné comme un
«&nbsp;code culturel&nbsp;» jusqu’en 1945. <br /><br /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
</span>J’ai choisi d’utiliser le mot «&nbsp;judéophobie&nbsp;», moins connoté,
en tant que terme générique&nbsp;: on peut identifier ainsi la judéophobie
antique, qui visait à la fois le judaïsme-religion et la judaïcité-peuple, la
judéophobie théologico-religieuse chrétienne, la judéophobie anti-religieuse
des Lumières, la judéophobie anticapitaliste ou révolutionnaire, la judéophobie
raciale et nationaliste (ou l’«&nbsp;antisémitisme&nbsp;» <em>stricto sensu</em>) et la judéophobie post-antisémite contemporaine,
structurée par l’antisionisme radical. Plutôt que de parler de «&nbsp;nouvel
antisémitisme&nbsp;», je décris la «&nbsp;nouvelle judéophobie&nbsp;», qui
s’est constituée autour du rejet et de la diabolisation d’Israël et du
«&nbsp;sionisme&nbsp;». Pour les antijuifs contemporains, les
«&nbsp;Sémites&nbsp;» ne sont pas plus d’actualité que les «&nbsp;Aryens&nbsp;».
Ce sont les «&nbsp;sionistes&nbsp;» qui sont visés, et dénoncés comme des
conspirateurs internationaux (le «&nbsp;sionisme mondial&nbsp;») et des
«&nbsp;racistes&nbsp;» (anti-musulmans, anti-Arabes, anti-Palestiniens).
L’antisionisme radical se fonde sur la négation du droit à l’existence de
l’État d’Israël et appelle à la destruction de l’État juif. Alors que les
«&nbsp;antisémites&nbsp;» étaient des Européens de culture chrétienne (mais
pour certains antichrétiens), les nouveaux ennemis des Juifs se recrutent
massivement dans les pays de culture musulmane.<span>&nbsp;&nbsp; </span></span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"></span></p>



<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">2. Le tournant de 2012, avec les passages à
l’acte de Merah et ses imitateurs, était-il en germe depuis dix années&nbsp;?
la violence verbale qui s’est accrue depuis la fin des années 90 rendait-elle
incontournable un passage à l’acte?</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT.&nbsp;La violence verbale n’est pas
nécessairement corrélée avec les actions terroristes. C’est l’endoctrinement
jihadiste qui fabrique désormais les antijuifs criminels. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Ce qui caractérise
d’abord cette action antijuive meurtrière, c’est son inscription dans une série
historique. La volonté de tuer des Juifs en tant que Juifs et la détermination
(impliquant une préparation, éventuellement une stratégie) sont les deux points
communs entre l’attentat terroriste du 3 octobre 1980 (Copernic), celui du 9
août 1982 (rue des Rosiers) et celui du 19 mars 2012 (Toulouse). </span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Sur le
plan idéologique, la principale nouveauté identifiable depuis environ trois
décennies est la suivante&nbsp;: qu’elle soit portée par les
«&nbsp;antimondialistes&nbsp;» radicaux ou par les islamistes, la judéophobie
fait désormais couple avec l’occidentalophobie, ou l’hespérophobie.<span>&nbsp; </span>En février 1998, définissant le jihad
mondial, Ben Laden avait formalisé cette vision manichéenne en désignant
l’ennemi absolu de l’Islam comme «&nbsp;l’alliance judéo-croisée&nbsp;». L’idée
d’un «&nbsp;complot américano-sioniste&nbsp;» ou «&nbsp;sionisto-croisé&nbsp;»
est devenue centrale dans les légitimations contemporaines du jihad mondial.
Mais elle s’est également diffusée hors de la sphère jihadiste. Le
conspirationnisme à cible juive fait partie de la culture populaire mondiale
diffusée sur le Web.<span>&nbsp; </span></span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"></span></p>



<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><strong>3. Vous soulignez le rôle des pouvoirs publics
qui se sont opposés à la spirale de violence dans laquelle le pays semblait
engagé au début des années 2000. Quel est aujourd’hui votre regard sur leur
action et quelle est leur marge de manœuvre <span>&nbsp;</span>face aux soi-disant «&nbsp;individus
isolés&nbsp;» comme Merah ?</strong></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. Les services de renseignement peuvent
intervenir efficacement, notamment de façon préventive, lorsqu’il s’agit de
cellules terroristes plus ou moins<img width="221" align="right" height="303" style="margin: 5px;" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/ffffonnaire.png" /> organisées, liées à tel ou tel prédicateur
extrémiste, et dont les membres font régulièrement des voyages à l’étranger
pour se former à l’action jihadiste. Mais ils sont désorientés lorsque des
«&nbsp;loups solitaires&nbsp;» surgissent, qui préparent leurs attentats avec
les moyens du bord, en se servant des informations diffusées sur les sites
jihadistes. En réalité, il n’y a pas de cas «&nbsp;purs&nbsp;»&nbsp;: les
«&nbsp;loups solitaires&nbsp;» bénéficient de complicités, celles-ci seraient-elles
familiales. Dans le cas de Merah, on est en présence d’un cas mixte, où
l’autoradicalisation se mêle à l’influence de l’environnement familial et de
divers milieux islamistes locaux, qui lui ont permis de faire des séjours de
formation sur divers fronts du jihad mondial. <span>&nbsp;</span></span></p>



<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">4. Pensez-vous qu’il y ait une déconnection
entre l’opinion publique et les pouvoirs publics dans l’attention à la
judéophobie et la lutte contre l’antisémitisme (d'où la relative mansuétude du
premier procès du «&nbsp;gang des Barbares&nbsp;» qui a suscité une
intervention du Ministre)?</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. Il a fallu du temps pour que les pouvoirs
publics prennent vraiment au sérieux la menace islamiste sur le territoire
français, particulièrement lorsque les cibles du jihad sont juives. En vérité,
la reconnaissance du jihad antijuif, porté et masqué par l’antisionisme assorti
d’un propalestinisme mystique, implique une difficile révolution mentale. Il
s’agit, pour les Français et plus largement pour les Occidentaux qui veulent
comprendre ce qui se passe, d’abandonner une grande partie de leurs références
historiques sur la question judéophobe (extrême droite nationaliste,
«&nbsp;années trente&nbsp;», nazisme, Vichy, etc.) et de s’informer
sérieusement sur la vague fondamentaliste et jihadiste qui traverse le monde
musulman pour se déverser en Occident comme en Afrique ou en Extrême-Orient. </span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Le vieil antisémitisme
politico-religieux à la française survit dans les classes moyennes et
supérieures (pour aller vite), qui prennent soin cependant d’euphémiser leur
discours, d’où le peu de visibilité de la judéophobie des élites
traditionnelles dans l’espace public. L’antisionisme radical, postulant que
tout Juif est un sioniste (serait-il caché ou honteux) et visant la destruction
de l’État juif, est observable dans tous les milieux sociaux, mais il s’exprime
surtout, avec une forte intensité polémique, dans certaines mouvances de
l’extrême droite et de l’extrême gauche, et bien sûr dans certaines populations
issues de l’immigration et spatialement ségréguées,<span>&nbsp; </span>particulièrement soumises à l’endoctrinement
et à la propagande islamistes. Dans les milieux populaires, et sous une forme
idéologisée dans les milieux d’extrême gauche, la judéophobie est fondée sur le
ressentiment à l’égard des élites visibles (politique, culturelles,
médiatiques) et invisibles (le «&nbsp;pouvoir de l’argent&nbsp;», des
«&nbsp;puissances financières&nbsp;», etc.). La figure de Madoff a remplacé
celle de Rothschild.<span>&nbsp;&nbsp; </span></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Dans
l’opinion française, la question de la lutte contre la judéophobie est
secondaire. La dénonciation des actes antijuifs n’est guère populaire, et
toujours soupçonnée de «&nbsp;faire le jeu&nbsp;» de la propagande israélienne.
La thèse (fausse) de la disparition progressive de
«&nbsp;l’antisémitisme&nbsp;» est largement diffusée, ainsi que celle, non
moins fausse, de son remplacement par «&nbsp;l’islamophobie&nbsp;». Ce sont là
les deux principales idées fausses, devenues des clichés, concernant le
traitement des minorités respectivement dites «&nbsp;juive&nbsp;» et
«&nbsp;musulmane&nbsp;». Les Français sont au premier chef inquiets de la
montée de la délinquance et de la banalisation des violences commises par des
bandes de «&nbsp;jeunes&nbsp;». C’est seulement lorsque des actes antijuifs
prennent l’allure d’actions criminelles que l’opinion semble s’émouvoir.<span>&nbsp;&nbsp; </span></span></p>



<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">5. La libération de la parole des antijuifs qui
se présentent comme victimes d’une censure permanente n’a-t-elle pas été
favorisée par certains intellectuels&nbsp;? Ces derniers ne se font-ils pas
complices de ces dérives, par leurs assauts contre les dispositions
législatives comme la loi Gayssot ?</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. C’est là un phénomène longtemps marginal,
lié à l’offensive négationniste (qui a été contenue), mais qui me paraît être
en cours de démarginalisation. Il s’agit d’un mélange de provocation (visant
souvent la mémoire de la Shoah) et d’auto-victimisation (on se présente comme
victime d’une censure orchestrée par «&nbsp;les sionistes&nbsp;» ou par les
gardiens des prétendus «&nbsp;mythes fondateurs&nbsp;» de l’État d’Israël, pour
parler comme Roger Garaudy). On voit en effet se multiplier </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: rgb(38, 38, 53);">de petits
entrepreneurs idéologiques appartenant à l’industrie culturelle
«&nbsp;antisioniste&nbsp;», tel Dieudonné, mêlant de plus en plus nettement la
thématique négationniste à ses provocations calculées. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">En dépit des campagnes lancées
par diverses associations antiracistes contre l’humoriste antijuif, la tournée
française de Dieudonné dans une vingtaine de villes<span>&nbsp; </span>(de Marseille à Perpignan, en passant par
Strasbourg et Toulouse), entre février et mai 2013, a été un succès (avec un
public de 3 000 personnes en moyenne). Le 4 avril 2013, plus de 4 000 personnes
ont assisté à son spectacle à Bordeaux.<span>&nbsp;
</span>Il s’agit d’une forme inédite de judéophobie&nbsp;: la mise en scène de
spectacles antijuifs. Comme le note le journaliste Bernard Darmon, </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: rgb(38, 38, 38);">«&nbsp;des dizaines
de milliers de spectateurs vont voir ses spectacles et chantent avec lui
“Shoahnanas”, applaudissent Faurisson, et&nbsp; se délectent du sketch qui fait
l’apologie d’un assassin qui va mettre une bombe dans un bus israélien&nbsp;».</span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: black;"> La cause
palestinienne est devenue le grand alibi des nouveaux ennemis, avoués ou non,
des Juifs.<span>&nbsp; </span>Et ce, de l’extrême gauche
occidentale à l’islamisme radical dans toutes ses variantes. Le nouveau
discours anticapitaliste, à travers la banalisation des thèmes
«&nbsp;antimondialistes&nbsp;» ou «&nbsp;altermondialistes&nbsp;», a pris une
tournure antijuive. La fixation sur quelques grandes banques désignées par des
patronymes juifs (Goldman Sachs, Lehman Brothers, etc.) en témoigne. Il y a
donc à la fois de l’ancien (l’amalgame Juif-finance-richesse-domination) et du
nouveau (les «&nbsp;sionistes&nbsp;» comme comploteurs, «&nbsp;racistes&nbsp;»,
«&nbsp;assassins&nbsp;», inventeurs et exploiteurs<span>&nbsp; </span>du «&nbsp;mythe&nbsp;» de la Shoah).<span>&nbsp; </span></span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"></span></p>



<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">6. La violence est liée à une banalisation de
la culture antijuive parmi les jeunes issus de l’immigration ainsi qu’à une
surenchère victimaire dont témoigne la tribune de Tariq Ramadan sur Mohamed Merah.
À quand remontent les premières manifestations de ce schéma victimaire et
comment répondre&nbsp;à ceux qui tentent de jouer la carte d’une liberté et
d’une victimisation sans limite?&nbsp;</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Il faut partir de la jalousie sociale très répandue
dans les «&nbsp;quartiers sensibles&nbsp;», une jalousie alimentée par divers
stéréotypes, dont celui du «&nbsp;Juif riche&nbsp;», celui du Juif puissant
dans la finance, la politique, les médias. D’où le raisonnement-type qu’on
rencontre dans certains entretiens semi-directifs&nbsp;avec des
«&nbsp;jeunes&nbsp;» issus de l’immigration et marginalisés : «&nbsp;Si nous
sommes malheureux, pauvres, exclus, sans travail, c’est de leur faute&nbsp;».
Les Juifs sont accusés de prendre toutes les places (les bonnes), d’occuper
tous les postes désirables. S’ajoute l’accusation de la «&nbsp;solidarité
juive&nbsp;»&nbsp;: «&nbsp;Ils se tiennent entre eux&nbsp;». Les antijuifs
convaincus voient les Juifs comme une espèce de franc-maçonnerie ethnique,
pratiquant le népotisme à tous les niveaux, dans tous les domaines. «&nbsp;Ils
sont partout&nbsp;», «&nbsp;Ils ont le pouvoir&nbsp;», «&nbsp;Ils nous
manipulent&nbsp;»&nbsp;: thèmes d’accusation fantasmatiques exprimant un
paranoïa socialement banalisée. Dans le jeu des passions antijuives, le
ressentiment mène la danse&nbsp;: une haine accompagnée d’un sentiment
d’impuissance, qui ne cesse de l’aiguiser comme de l’aiguillonner. La jalousie
sociale en est la traduction courante. C’est au cours des années 1990 qu’a
commencé à se mettre en place ce jeu d’affects et de représentations, où
l’identification avec les Palestiniens-victimes joue un grand rôle. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"></span></p>

<strong>

</strong><p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">7. Vous soulignez la dichotomie entre la
vieille judéophobie qui survit dans les classes supérieures, et un nouveau
type, masqué sous son antisionisme d’en bas. Le visage que tente de présenter
Marine Le Pen séduit une frange de l’électorat juif - par les réponses qu’elle
apporte à ce qui apparaît comme un islamisme menaçant et auquel les réponses
apportées semblent timorées : assiste-t-on à une mutation durable du paysage
politique ou à des alliances de circonstances?&nbsp;</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. Le phénomène que vous décrivez s’observe
dans de nombreux pays européens. La crainte de «&nbsp;l’islamisation&nbsp;»
s’entrecroise avec la relative droitisation des populations juives pour
provoquer des sympathies ou des alliances conjoncturelles avec certaines
formations nationales-populistes, dont le Front national en France. Pour être
compris, ce phénomène doit être situé dans le cadre d’une vaste restructuration
en cours du paysage idéologico-politique des nations européennes. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: black;">Depuis une
trentaine d’années, on observe à la fois une persistance du racisme classique
et du vieil antisémitisme, de plus en plus marginaux (sauf en Hongrie ou en
Grèce), et une banalisation du néo-racisme (différentialiste et culturel), qui
a trouvé dans les mobilisations nationales-populistes un mode de politisation
efficace. Le racisme anti-immigrés, et plus particulièrement anti-Maghrébin (en
France) ou anti-Turc (en Allemagne), s’est reformulé sur le mode d’une
dénonciation plus ou moins paranoïaque de «&nbsp;l’islamisation&nbsp;». Le
vieil antisémitisme n’a pas disparu, il est encore observable dans les
mouvances du traditionalisme catholique, mais, pour l’essentiel, la haine et la
diabolisation des Juifs se sont reformulées sur le registre de l’antisionisme
radical, voyant en tout Juif un «&nbsp;sioniste&nbsp;» conspirant contre les
peuples et dans l’État d’Israël un État en trop, à éliminer. En France, la
popularité d’un Dieudonné et l’influence d’un Soral, qui voient partout à
l’œuvre la main invisible des «&nbsp;sionistes&nbsp;», témoignent de la
banalisation de cette thématique.</span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: black;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Les thèses «&nbsp;optimistes&nbsp;»
annonçant le déclin ou la fin prochaine de l’antisémitisme (ou plus exactement
de la haine idéologisée visant les Juifs), assurément réconfortantes aux yeux
de certains militants engagés dans le combat idéologique contre Israël, sont
toutes fausses, au regard des statistiques disponibles sur les faits antijuifs
relevés en France au cours des années 1998-2012. L’analyse de </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: black;">l’évolution
des actes ou des faits antijuifs (violences et menaces confondues), recensés en
France de 1998 à 2012, montre une augmentation globale de la judéophobie depuis
le début des années 2000, avec des «&nbsp;pics&nbsp;» en 2000, 2002, 2004, 2009
et 2012. Le plus simple est de considérer l’évolution des totaux annuels des
faits antijuifs (actions violentes et menaces)&nbsp;: 1998 : 81, 1999 : 82,
2000 : 744, 2001 : 219, 2002 : 936, 2003 : 601, 2004 : 974, 2005 : 508, 2006 :
571, 2007 : 402, 2008 : 397, 2009&nbsp;: 815, 2010&nbsp;: 466,
2011&nbsp;:&nbsp;389, et 2012&nbsp;: 614. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: black;">L’année 2012 a commencé par
une recrudescence des actions violentes contre les Juifs. Les meurtres
antijuifs commis à Toulouse par le jihadiste Mohamed Merah le 19 mars 2012
semblent avoir réactivé les passages à l’acte&nbsp;: </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">selon le SPCJ <span style="color: black;">(Service de Protection de la Communauté juive)</span>, 148
actes antisémites, dont 43 violents, se sont produits entre le 19 mars et le 30
avril 2012.<span style="color: black;"> Les musulmans de France, à quelques rares
exceptions près, ne se sont pas mobilisés pour condamner ces
assassinats&nbsp;antijuifs commis au nom de l’Islam : </span>organisée par des
musulmans le 28 avril à Paris, quelques jours après la tuerie antijuive de
Toulouse, une manifestation pour défendre les «&nbsp;valeurs de
tolérance&nbsp;» a réuni à peine deux cents personnes.</span><span style="font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"> </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: black;"><span>&nbsp;</span>Mais les violences antijuives ordinaires sont
souvent dues à de jeunes issus de l’immigration de culture musulmane. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: rgb(38, 38, 38);">Le Rapport de la
CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) pour l’année
2012 retient 177 actions et 437 menaces antisémites, soit au total 614 faits
antijuifs. Des chiffres en forte hausse par rapport à 2011&nbsp;: une
progression de 57,8% par rapport à l’année 2011 (389 faits). </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">On peut faire l’hypothèse
que ces passages à l’acte, notamment lorsqu’ils sont occasionnels et non
prémédités, sont<span>&nbsp; </span>l’expression de la
banalisation d’une culture antijuive dans certains milieux issus de
l’immigration de culture musulmane.<span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></p>

<p align="justify" class="MsoFootnoteText" style="margin: 0cm -2.85pt 0.0001pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>À titre comparatif, on notera que, durant
l’année 2012, les faits «&nbsp;antimusulmans&nbsp;» (ou relevant de ce qu’on
appelle, sans grande rigueur, «&nbsp;racisme anti-musulmans&nbsp;» ou encore «&nbsp;islamophobie&nbsp;»),
avec 53 actions et 148 menaces (201 au total), ont augmenté de 30% par rapport
à 2011. Le total des fais antijuifs est donc en 2012 trois fois plus important
que celui des faits antimusulmans, en dépit de l’image de plus en plus négative de
l’islam en France. Selon l’enquête d’opinion de l’institut CSA réalisée du 6 au
12 décembre 2012, 55% des personnes interrogées considèrent qu’il «&nbsp;ne
faut pas faciliter l’exercice du culte musulman en France&nbsp;». Parmi les
diverses religions, seul l’islam fait l’objet d’un tel rejet. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;; color: rgb(51, 51, 51);">Près de trois Français sur quatre
(73%) disent avoir une image négative de l’islam, quand les autres religions
recueillent l’agrément d’une nette majorité, selon un sondage rendu public le
16 avril 2013. Interrogés par le cabinet Tilder et l’Institut Montaigne, dans
le cadre de l’émission «&nbsp;Place aux idées&nbsp;» diffusée ce même 16 avril
sur LCP, 87% des Français ont une bonne image du bouddhisme, 76% du
protestantisme, 69% du catholicisme, 64% du judaïsme, mais seulement 26% de
l’islam, 1% ne se prononçant pas. Si, pour 52% des personnes interrogées,
l’islam est une religion comme les autres et pour 40 %, la présence de l’islam
en France permet d’enrichir la culture française, 36 % seulement pensent la
pratique de l’islam compatible avec les lois de la République.</span></p>

<br /><br /><p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">8. La double lutte contre le racisme et
l’antisémitisme appartient-elle au monde d’hier, comme a semblé l’indiquer le
changement de nom du MRAP, supprimant la mention de l’antisémitisme dans son
sigle <span>&nbsp;</span>à la fin des années 1970&nbsp;? Et
ce,<span>&nbsp; </span>malgré la position qu’a tenté
d’adopter Dominique Sopo lorsqu’il était à la tête de SOS Racisme ?</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. Je pense que la lutte contre le racisme,
telle qu’elle est conduite par diverses associations spécialisées, tend de plus
en plus, d’une part,<span>&nbsp; </span>à se redéfinir
comme lutte contre l’islamophobie ou le «&nbsp;racisme anti-musulmans&nbsp;»,
tandis que, d’autre part, la lutte contre l’antisémitisme tend à se concentrer
sur la lutte contre les formes radicales de l’antisionisme et de
l’anti-israélisme. La Licra et SOS Racisme, qui s’efforcent de lutter sur les
deux fronts, ont du mal à satisfaire aux exigences contradictoires de ces deux
luttes. C’est que la disjonction est elle-même en cours de radicalisation. Les
associations tendent à se spécialiser, prenant parti pour tel ou tel
«&nbsp;camp&nbsp;»&nbsp;: celui des défenseurs des «&nbsp;musulmans&nbsp;»
(«&nbsp;immigrés&nbsp;», «&nbsp;Arabes&nbsp;», «&nbsp;Maghrébins&nbsp;», etc.)
et celui des Juifs.<span>&nbsp; </span>Un antiracisme
concordataire me paraît aujourd’hui relever du rêve, de l’utopie ou de la
nostalgie. Chaque famille, voir chaque sous-famille politique a aujourd’hui son
antiracisme, qui ne consonne pas avec tous les autres. </span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Par
ailleurs, les milieux antiracistes paraissent déroutés par l’apparition d’un
nouvel extrémisme, islamophobe et pro-israélien, </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">né à la faveur de la montée des
populismes identitaires. Le cas Breivik en témoigne. La dérive terroriste
d’Anders Behring Breivik, ancien militant, entre 1999 et 2007, du Parti du
Progrès norvégien, formation de droite populiste et xénophobe, montre que la
stratégie étatsunienne du «&nbsp;loup solitaire&nbsp;» a été importée en
Europe. Ce soldat du «&nbsp;contre-jihad&nbsp;» s’est engagé dans une croisade
contre le multiculturalisme, le marxisme «&nbsp;culturel&nbsp;», le libéralisme
et «&nbsp;l’islamisation&nbsp;» de l’Europe, pour passer à l’acte le 22 juillet
2011, commettant des attentats qui ont fait 77 morts et 151 blessés. Peu avant
de commettre son premier attentat, Breivik a mis en ligne son <em>Manifeste</em>, où il expose ses raisons
d’agir pour la défense de l’Europe «&nbsp;judéo-chrétienne&nbsp;» et contre le
mélange des peuples et des cultures. La rupture avec les groupuscules néo-nazis
est claire dans la thématique&nbsp;: non seulement Breivik se montre étranger à
toute judéophobie, mais il affirme son soutien à Israël. Son objectif principal
est la «&nbsp;reconquête&nbsp;» d’une Europe qu’il pense en cours
d’islamisation. Mais ce projet est aujourd’hui dans beaucoup de têtes en Europe.
Aussi faut-il considérer Breivik comme un symptôme social, qui pourrait en même
temps préfigurer une vague de violences terroristes visant autant les immigrés
en général que les musulmans, issus ou non de l’immigration.</span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;"></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">&nbsp;</span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><strong><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">9. Pour finir, pensez-vous que l’anxiété en
France contemporaine (je pense au sondage selon lequel 70% des Français
s’attendent à une explosion sociale) fragilise la communauté juive - parce
qu’elle se sait cible en cas de violence sociale -, ou bien que les
manifestations antisémites ne sont pas liées à une quelconque crise
socio-économique mais qu’il s’agit d'un syndrome plus profond ?</span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">PAT. </span><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Les Juifs sont perçus par ceux qui les haïssent comme
aussi redoutables que vulnérables. Cette perception ambivalente, qui vient de
loin, entretient et renforce la haine antijuive. Depuis les années 1980, les
milieux antijuifs ont tendance à imaginer la «&nbsp;puissance juive&nbsp;»
comme une sur-puissance cachée, dont ils croient voir les effets dans tous les
événements perçus comme scandaleux ou catastrophiques. D’où ce mélange de
lâcheté (s’attaquer à des passants, à des enfants ou des écoliers sans défense)
et de ressentiment (la rage née d’un sentiment d’impuissance devant la
satanique sur-puissance juive, inévitablement occulte). Les effets de la crise
sont, du moins jusqu’à nouvel ordre,<span>&nbsp; </span>moins
importants, en raison de la mondialisation sélective de l’information
(privilégiant le conflit israélo-palestinien), que l’évolution des rapports de
force au Proche-Orient, perçus à travers le prisme déformant du tout-puissant
oppresseur et bourreau israélien et de la faible et émouvante victime
palestinienne. En France comme dans d’autres pays européens, les antijuifs
jouent des rôles modelés sur les actions des Palestiniens, islamistes ou non –
de la propagande mensongère (l’escroquerie médiatique de
«&nbsp;l’assassinat&nbsp;» par les «&nbsp;sionistes&nbsp;» du jeune Mohamed
al-Dura en 2000) aux attaques jihadistes, entraînant ou non mort d’homme. Mais
rien n’empêche que, dans les années qui viennent, les Juifs puissent être
accusés d’être responsables de la crise en Europe ou d’une guerre généralisée
au Proche-Orient.</span>

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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; line-height: 150%;"><span style="font-size: 14pt; line-height: 150%; font-family: &quot;Times&quot;,&quot;serif&quot;;">Quant aux réactions des
populations juives, elles diffèrent notamment selon les lieux de résidence, les
classes sociales et le type ou le niveau d’engagement. La jeunesse juive est
particulièrement exposée, et se sent souvent menacée. Il est difficile de vivre
avec sérénité lorsqu’on est en permanence accusé de connivence ou de complicité
avec les «&nbsp;sionistes&nbsp;» assimilés à des «&nbsp;racistes&nbsp;» vivant
dans un État pratiquant «&nbsp;l’apartheid&nbsp;» et se comportant «&nbsp;comme
des nazis&nbsp;» à l’égard des Palestiniens présentés comme de pures et pauvres
«&nbsp;victimes innocentes&nbsp;».<span>&nbsp; </span>Car
tel est en substance le discours palestinien de propagande complaisamment
relayé par les médias, à quelques exceptions près. Ces mises en accusation
incessantes transforment les enfants juifs de la Diaspora en cibles
potentielles. Ils en ont une conscience de plus en plus vive. La honteuse
campagne de boycottage multidimensionnel d’Israël, dite de «&nbsp;BDS&nbsp;», <span>&nbsp;</span>applaudie et soutenue par l’extrême gauche,
une partie de la gauche et quelques stars de la gérontocratie culturelle (tel
Stéphane Hessel jusqu’à son dernier souffle), va dans le même sens&nbsp;: les
Juifs sont traînés devant le tribunal autoproclamé de la Vertu
propalestinienne.<span>&nbsp; </span>Cette mise en
accusation publique fait que chaque enfant juif peut se sentir lui-même
socialement boycottable, et stigmatisable comme un représentant du
«&nbsp;cancer sioniste&nbsp;».<span>&nbsp; </span>D’une
façon générale, tout Juif socialement visible est susceptible d’être désigné
comme suspect, puis attaqué par tel ou tel commando d’«&nbsp;Indignés&nbsp;»
propalestiniens<span>&nbsp; </span>violents ou par un
groupe d’illuminés islamistes, «&nbsp;pour venger les enfants
palestiniens&nbsp;». Cette situation provoque dans une partie croissante de la
population franco-juive une anxiété liée à la conviction d’être exposé, sans
protection efficace, à la stigmatisation (insultes, menaces), au harcèlement ou
à l’agression physique. Il peut être dangereux d’être reconnu comme Juif dans
certaines zones urbaines ou péri-urbaines.<span>&nbsp;
</span>Ceux qui en ont conscience sont saisis par un fort sentiment
d’insécurité. D’où le choix forcé d’une conduite d’évitement, qui restreint les
libertés élémentaires. L’intimidation opère. Bref, la belle insouciance liée
aux espoirs de l’après-guerre a totalement disparu du paysage
affectivo-imaginaire des Juifs de France. Chez beaucoup d’entre eux, la peur
d’un retour, sur de nouvelles bases idéologiques, d’une judéophobie aussi
virulente que militante est alimentée, surtout depuis l’automne 2000, par une
série ininterrompue d’insultes, de menaces et d’agressions physiques. L’avenir
radieux est bien chose du passé.<span>&nbsp;&nbsp; </span></span></p>

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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/teaser-du-prochain-livre-de-laurent-obertone">
    <title>Teaser du prochain livre de Laurent Obertone</title>
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    <dc:date>2013-05-02T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Raphaël Sorin</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<p>[DAILYMOTIONxziwjj][650,300]<br /><br />[DAILYMOTIONxzk21g][650,300]<br /> <br /></p><div align="justify"><p>Norvège, île d'Utøya, 22 juillet 2011.<br /><br />-15h16. Vêtu d'une tenue paramilitaire arborant les insignes de la police, l’homme stationne sa camionnette contre un bâtiment gouvernemental du centre-ville d'Oslo, puis s'en éloigne d'un pas rapide, arme au poing.<br /><br />-15h24. L'explosion de la camionnette tue 7 personnes.<br /><br />-16h57. L'homme se présente sur l'embarcadère, face à l'île d'Utøya. Déclinant une fausse identité, le faux policier demande aux gardiens de bien vouloir le débarquer sur l'île, afin d'en assurer la sécurité suite à l'explosion d'Oslo.<br /><br />-17h18. Équipé d'un Glock 34, d'un fusil automatique Mini-Ruger 14 et de plus de 1 000 munitions, l'homme pose le pied sur l'île d'Utøya, où se tient le camp d'été des jeunes du parti travailliste. 564 personnes y sont réunies.</p><p>-17h22. L'homme tire sa première balle.<br /><br />-18h34. L'homme est interpellé par le groupe d'intervention Delta, sans opposer de résistance. <br /><br />Sur l'île, les autorités retrouvent 69 cadavres.<br /><br />Ce 22 juillet 2011, 50 ans après Lee Harvey Oswald et 16 ans après Timothy McVeigh, l'homme devient une célébrité mondiale du crime de masse, en quelques minutes. Il s'appelle Anders Behring Breivik et la bête vient de naître, à 32 ans. Utøya, à paraître le 22 août prochain, est un roman basé sur le massacre de masse de Norvège, les écrits intimes de Breivik, les rapports d’enquête de police, le dossier judiciaire, les témoignages croisés de survivants, de proches du tueur, de sa famille. Laurent Obertone, qui s’est rendu en Norvège à plusieurs reprises pour son enquête, y racontera le drame de l’île d’Utøya, la vie et la folie d'Anders Breivik, par le prisme de l'intime. Soit l'occasion de plonger dans la tête du tueur norvégien, un point de vue extrêmement documenté sur les faits et le parcours d'un homme qui a abouti à l'une des plus atroces tueries qu'ait connu l'Occident moderne.</p><p align="center"><strong>découvrez toutes nos publications sur le site officiel des éditions ring : <a href="www.ring.fr%20" target="_blank">www.ring.fr </a></strong><br /></p></div>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/grigny-un-rer-attaque-par-des-jeunes">
    <title>Grigny : un RER attaqué par des jeunes</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/grigny-un-rer-attaque-par-des-jeunes</link>
    <dc:date>2013-03-19T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Laurent Obertone</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<h3>Grigny : un RER attaqué par des « jeunes »<br /><br /></h3><p align="center">[DAILYMOTIONxwys0i][650,400]</p><h3></h3><div align="justify">&nbsp;<br />« Après avoir tiré le signal d’alarme, les jeunes gens, qui avaient le visage dissimulé, sont passés de wagon en wagon et ont attaqué «le plus de monde possible», a expliqué un étudiant. «Moi j’ai pris un coup de poing et du gaz lacrymogène dans les yeux. Ils ont arraché le sac à main de mon amie et m’ont pris mon argent. C’était rapide, violent et cela avait l’air très organisé». <br /><br />«Cela ressemble à une attaque de diligence de l’époque moderne», a estimé une source policière (Libération). <br /><br /><div align="center">Marianne (Claude Askolovitch) : « Un réel manipulé »<br />L'Express : « Une réalité fantasmée »<br />Le Mouv' : « un livre dangereux »<br />Caron : « votre livre est odieux »<br />Polony : « conception anti-républicaine de la société ». <br />Le Point : « Obertone joue-t-il à nous faire peur ? »<br />Francetvinfo (Bastien Hugues) : « sa légitimité est questionnée »<br />Libération : « démonstration douteuse »<br />Rue89 : « thèses racistes ». <br />L'Humanité : « exagérations et mensonges »<br />Médiapart : « un livre-bêtisier »<br />Mucchielli : « de la propagande »<br />Nouvel Obs : « un tissu d'âneries »<br />Canal+ : « le problème c'est que les gens lisent ce livre »<br />France Inter : « on a beaucoup débattu pour savoir s'il fallait ou non vous inviter ». <br />Arrêt sur images : « étonnant d'accorder autant de temps à Obertone »<br />&nbsp;...<br /><br /><font color="#ff5f0f"><strong>La France Orange Mécanique : 45000 ventes en deux mois.</strong></font><br /></div></div>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/ca-est-pas-ce-que-vous-croyeza-">
    <title>C’est pas ce que vous croyez…</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/ca-est-pas-ce-que-vous-croyeza-</link>
    <dc:date>2013-03-14T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Sandro Ferretti</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<h3 align="justify">A la mémoire d’Alain Bashung, parti il y a quatre ans aujourd’hui dans le désert de Gaby. Par Sandro Ferretti<br /></h3><p align="justify">&nbsp;<br /><img width="630" height="250" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/569f96.jpg" /><br /></p><p align="justify"><strong>C’est pas ce que vous croyez…</strong><br /><br />Trop de Brandy dans mon Vichy, je marchais sur le ponton à une heure avancée de la nuit et sans doute de ma vie. C’est là que j’ai vu la petite qui se noyait et appelait vaguement au secours, d’une voix déjà plus là. Et j’y suis allé. Sans réfléchir, comme on va aux putes, malgré le froid et la raison qui te disent de rester peinard à attendre ton cancer du poumon, comme tout le monde.<br />J’ai plongé dans l’océan liquide, qui était glacé comme un café liégeois à la terrasse de mes vingt ans, et j’ai ramené la fille en chemise de nuit (quand elles sont jeunes, les filles qui se noient sont toujours en chemise de nuit relevée jusqu’au nombril : un jour, faudra quand même comprendre pourquoi, camarade). Mais une fois la miss jetée sur le ponton, plus de jus pour moi : le palpitant en zone rouge, les artères bouchées comme le périphérique à 19H00 et qui ne voulaient plus laisser passer le jus salvateur. J’étais vaguement béat, guetté par une narcose de bon aloi, une hypoxie baladeuse, une envie monstre de glisser à la baille pour de bon, d’envoyer tout le truc balader. Oui, veaux, vaches, cochons, perdrix, le système et ceux qui pompent pour le faire marcher. Et c’est ce que j’ai fait.<br /><br />Bon, autant le dire tout de suite : à part deux ou trois spasmes quand on se remplit les poumons, ce n’est pas la mer à boire. C’est même la première fois depuis longtemps que je buvais de l’eau, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai coulé à pic, bien droit, comme un fil à plomb ou un cierge de Pâques.<br />Ouais, faut démystifier toute cette histoire de grand bleu et de héros de l’Estaque ou des Goudes, de dépassement de soi façon Mayol et Escartefigue. Tu parles, Charles : on plonge juste parce qu’on laisse glisser et que c’est pentu, voilà tout. Que pour une fois, il n’y a rien à faire, et qu’on sent confusément qu’on en a fini avec Cécile Duflot, les limitations de vitesse, Delanoë et sa clique, les femmes infidèles et les chiens qui aboient la nuit. Et que c’est bon, voilà tout.<br /><br />Non, pas de mérite.<br />Peu à peu, comme on voit le fond du carafon, le lavabo de ma tête s’est vidé. Je pensais au ralenti, comme un diesel de vieux bateau : tchouc, tchouc…La mort, naturellement, j’ai bien vu sa gueule de raie, mais je l’ai doublé par la droite, en lui faisant l’intérieur au moment où elle réglait son autoradio.&nbsp; J’ai vu aussi des murènes, mais j’ai pas eu le temps de leur faire la cour, et puis des poissons clowns. A terre, on a les mêmes, mais ceux-là sont plus jolis. J’ai plongé dans des eaux vertes de nécropoles salées, avec des colonnades majestueuses de satin bleu, qui menaient à un temple englouti où une allée d’épagneuls faisait cortège à des filles vertes sanglées dans des maillots de satin blanc.<br />Leurs croupes tendues nettoyaient par petits cercles concentriques le pare-brise de ma vieille Ford Taunus qui filait un bon quinze nœuds dans l’irréel liquide, avec un gyrophare bleu lagon. J’allais mettre les essuie-glaces quand la radio a émis un truc en morse qui disait <em>« j’fais mes pompes sur les restes d’un vieux cargo, j’ai le contrat de confiance, l’encéphalo qu’y faut, j’ai du bol, j’en vois un qui rigole… </em>». <br /><br />Et c’est là que je suis tombé dessus, en train de faire son footing parmi les algues et les coraux. Il avait beau être parti il n’y a pas si longtemps, j’ai failli ne pas le reconnaitre, avec son grand manteau noir, son chapeau et son harmonica dans lequel il sanglotait longuement. Il m’a dit que d’habitude, il passe l’hiver dans le désert de Gaby, où c’est pas trop mal, hormis les crotales qui n’arrêtent pas avec leur crécelle. <br />Mais là, comme il savait que j’allais passer et que je suis un mec de parole, il avait un message. Rapport à Mauricette. Oui, que c’était pas ce que je croyais, pour Mauricette. <br />&nbsp;Avec le recul, et sur les conseils de Joséphine qui avait enfin osé lui en parler, il estimait à présent avoir été dur avec Mauricette. Tout ça, c’était parti d’une connerie entre potes, cette histoire de Max Amphibie, un Gaby, quoi.<br />Que certes il avait chanté bien fort au monde entier que Gaby était bien plus belle que Mauricette, mais qu’avec le recul et le caractère dérisoire des choses, il s’en voulait à présent de l’avoir blessée. Que c’étaient des conneries qu’on sort quand on est jeune, quand on bande dur et qu’on croit que ça va durer comme les allumettes et les pompiers, qu’on aura toujours un cochonnet pour jouer aux boules.<br />Bref, « <em>c’est pas ce que tu crois </em>», qu’il m’a dit.<br />Ouais, que j’ai répondu. <br />Il m’a pris par l’épaule, et m’a demandé de voir ce que je pouvais faire rapport à Mauricette, au cas où je la recroiserais, ici ou ailleurs.<br />J’ai dit oui, pour faire mon intéressant. C’est ça mon problème : je dis trop souvent oui aux amis.<br /><br />Et puis il a filé, sur la pointe des bottes, en deux coups de nageoires à assommer Laure Manaudou.<br /><br />Plus loin, je suis tombé sur Nungesser. Qui m’a dit d’emblée que son histoire « c’est pas ce que vous croyez ». Qu’il était parti livrer en express un colis, avec Coli. Que c’était pas encore Federal Express, son truc. Mais même Federal Express, il leur arrive d’aller à la baille en 737, tiens, tu peux demander à Tom Hanks.<br />Non, pas de panne d’essence ou d’œil du cyclone, comme l’a raconté la radio : c’était juste un moucheron (une femelle moucheronne, les pires), qui lui a tapé dans l’œil, malgré les lunettes qu’il avait relevé pour faire son malin. <br />Et voilà. Parti direct à la baille, sans toucher 20 000 francs, à cause d’un moustique. <br />Bref, c’est pas ce que vous croyez.<br /><br />Plus loin, la cata : je tombe sur un marrant. Tabarly, il s’appelait. Il persistait à dire qu’il y avait du gros temps, mais qu’il n’avait même pas peur. Que ce ne sont pas quelques paquets&nbsp; de mer qui l’ont mis aux poissons, non. Que c’est juste qu’il ne voulait pas être imposé à 75% sur la voilure. Que c’est pas ce qu’on croyait. <br /><br />Vingt miles plus loin, rebelote : je me prends les pieds dans le gréement d’Alain Colas. D’un clin d’œil, il me fait signe d’approcher : il me glisse que pour son affaire, faudrait chercher vers les sous-marins en vadrouille hyper-secrète ce jour-là, rapport à la guerre froide qui depuis s’est un peu réchauffée, mais chut. <br />Un clin d’œil, un verre de rhum, on s’était compris : c’est pas ce que je croyais, c’est tout.<br /><br />Comme j’allais partir, il m’a rappelé pour me confier un truc à l’oreille : il n’était pas du genre à aller voir les flics pour si peu, mais quand même, il avait noté des trucs bizarres, ces dernières marées. Un cargo sans feux qui filait <em>à donf </em>en faisant des bras d’honneur à tout va : le Dupond de Ligonès, il s’appelait.<br />Et puis un autre voilier, qu’il n’aimait pas voir trainer par-là, barré par un certain Godard, qui se disait toubib. N’empêche, les vieux marins disent qu’il y a toujours dans son sillage les âmes d’une femme et de gamins qui trainent autour, en colère. Et ça, c’est pas bon. Il a ajouté : « <em>j’dis ça, j’dis rien. Vu ?</em>».<br />Ouais, je voyais. Enfin, à peu près.<br /><br />Au bout d’un moment sans croiser personne, je vois un type soigné en redingote qui puait le fuel : <br />Rudolf Diesel. Il disait calmement à qui voulait l’entendre que ce n’était pas un complot de la CIA ou des Charbonnages de France qui l’avait mis à l’eau cette nuit de pleine lune, ce 30 septembre 1913 sur le Dresden.<br />Non. La vérité c’est qu’il a bien vu, après trois whisky et un éclair de lucidité, que le Diesel allait en 2013 constituer 70% du parc automobile sous la Hollandie, et que les particules fines allaient nous envoyer des tourteaux nous brouter le poumon plus sûrement que le Prince Gitanes et le Conte de Marlboro réunis. Et ça, il n’a pas pu le supporter.<br />Il s’est mis à la flotte, épicétou.<br />Bref, c’est pas ce que vous croyez.<br /><br />Et c’est là que je suis remonté d’un coup à la surface tel une torpille, raide comme un cierge. Les gyrophares bleus lagon flashaient autour du ponton, j’ai vu des pompiers, des ambulanciers, et aussitôt après, j’ai rendu tripes, boyaux, Brouilly, Whisky.<br />Ils s’affairaient autour de la fille en chemise de nuit qui avait repris des couleurs.<br />« <em>La voix du Nord </em>» était là, et voulait faire une interview du héros, car j’avais sauvé cette pauvrette de Mauricette d’une mort horrible. Parce que oui, elle s’appelait Mauricette.<br />J’ai juste susurré aux journaleux un : « <em>c’est pas ce que vous croyez </em>». <br />Ils ont répliqué « <em>et modeste, avec ça... bravo !</em> ».<br />J’ai rampé jusqu’à la fille, qui s’est approchée de mes lèvres mi-closes. C’est là que je lui ai dit, pour Gaby. Qu’en fait, il s’en voulait, et qu’il n’avait jamais voulu dire que Gaby était plus belle que Mauricette.<br />Elle a eu un petit sourire gêné, celui qu’on réserve aux fous, aux personnes âgées et aux trisomiques. Elle m’a murmuré qu’il fallait que je sois sage avec les hommes en blanc et que je les suive dans l’ambulance.<br />Après, je l’ai entendu dire aux Pompiers : « c’est qui, ce Bashung ? ». Et ces cons casqués, ils ont haussé les épaules.<br />Mais moi, j’ai pas rêvé. Je sais ce que je dis.<br /><br />C’est pas ce que vous croyez, c’est tout.<br /><br /><strong>Sandro Ferretti</strong><br /><br /><em>(bouteille à la mer #photo de Sandro Ferretti)</em><br /></p>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/benedictus-qui-venit-in-nomine-domini">
    <title>Benedíctus qui venit in nómine Dómini</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/benedictus-qui-venit-in-nomine-domini</link>
    <dc:date>2013-03-12T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par David Vanneste</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<div align="justify"><p><strong>Kýrie, eléison. La pluie tombe sur les âmes chrétiennes, elles réclament de la musique pour calmer leurs blessures et s'élever vers le ciel, vers le dieu devant lequel le successeur de Pierre a examiné sa conscience avant de décider que son temps était écoulé. </strong><br /><br /><img width="650" height="433" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/88652111544e87.jpg" /><br /><br />Des gouttes comme des globes de cristal soufflés par les anges qui n'ont plus le coeur de chanter la gloire d'un dieu triste de voir sa créature si misérable. Chaque goutte revit la chute de la créature, depuis le Ciel vers la Terre. Une fraction de cette pluie s'écrase sur le manteau d'églises recouvrant la chrétienté pour dessiner des larmes sur les statues des Saints qui nous regardent depuis les hauteurs. L'eau frappe la roche taillée par la main de l'homme et se charge de toute la crasse déposée par les humeurs et les sueurs des pauvres bougres qui vécurent une vie de souffrance à l'ombre de ces vaisseaux immobiles. <br /><br />[YOUTUBE0mSLVoOKzBM][650,400]<br /><br />Christe, eléison. Benoît XVI, deux cent soixante-cinquième Souverain Pontife de l'Église Catholique, vient de partir. Celui qui est né Joseph Ratzinger dans le pays épicentre de toutes les convulsions du vingtième siècle aura fabriqué, durant les huit années de son pontificat, une magnifique théologie de la beauté pour laquelle nous ne pourrons jamais faire assez de rosaires en remerciement. C'est parce que les deux événements qui fondent sa foi chantent la beauté à l'univers tout entier que le Catholicisme tend naturellement vers celle-ci : une naissance dans une étable entourée de bergers et de mages sous les feux incandescents d'une étoile éclairant la nuit pour annoncer le jour éternel, la mort vaincue sur une croix plantée au sommet d'un crâne et colorée par le sang de l'Agneau mystique. Le Catholicisme est bon parce qu'il marche vers le beau, voilà l'inclinaison intellectuelle du Saint Père et elle fut particulièrement évidente lors de ses différentes interventions au cours de son voyage apostolique en France en 2008 : aux Invalides, à Notre Dame et plus particulièrement au collège des Bernardins. Au milieu du réseau cristallin des arcs gothiques, le Pape amenait aux cerveaux humains des morceaux de vérité concernant le lien entre la recherche de Dieu et la génération d'une authentique culture. Il expliquait comment quelques pauvres moines dans une Europe en dislocation avaient pu chercher Dieu, comprendre la Parole, la Parole comme Acte, la Parole comme Acte Créateur, et fonder une civilisation. Si ce discours mémorable était capable de couvrir les yeux de larmes, il pouvait aussi emplir de tristesse les coeurs. Comment ne pas sentir un pincement à la gauche de sa poitrine à l'évocation d'une époque qui semblait bien lointaine et révolue. Voilà pourquoi il décida, pour couronner sa mission, de joindre un acte à ses propres paroles et réconforter nos coeurs en nous montrant que les réussites des disciples de Saint Benoît étaient encore possibles à notre époque. Tout devint encore possible quand le Vicaire du Christ étendit sa main, cette main qui dispose de l'éternité, pour oindre de Saint Chrême l'autel du temple expiatoire de la Sagrada Familia à Barcelone, le septième jour de novembre de l'an de grâce deux mille dix. <br /><br />Quand les sociétaires de l'association des dévots de Saint Joseph lui demandaient si l'église qu'ils finançaient allait bientôt être terminée, le génial architecte Antoni Gaudi répondait que son patron véritable n'était pas pressé et que si le temps venait à lui manquer, Saint Joseph s'en chargerait. Presque un siècle après la mort de Gaudi, un évêque de Rome ayant reçu le nom de Joseph lors de son baptême s'apprêtait à consacrer cette église et la rendre au sacrifice du Christ. <br />Ce dimanche d'automne, une fraîche douceur enveloppait la ville et les nuages filtraient les rayons du soleil pour moduler une lumière blanchâtre. En plein centre de la capitale de la Catalogne, les grues ne montaient aucune charge, les ateliers de sculpture se maintenaient silencieux, alors qu'une mitre d'or, accompagnée de dizaines de mitres d'albâtre, s'approchait d'une lourde porte de bronze sur laquelle se dessinait la prière au Père. Benoît XVI s'arrêta un instant pour prendre une inspiration. Le temps fut suspendu lorsque la main papale s'appuya sur le battant droit de la porte, juste en-dessous du mot « pardonnons », alors que non loin de là se trouvait la statue du Pierre triste d'avoir renié son Seigneur par trois fois. Quelle image terrible, qui nous rappelle encore aujourd'hui combien le Christ est insaisissable, tellement, qu'il confia son Église à l'apôtre le plus faillible, le plus sanguin, le plus humain de tous. Le poids de milliers de tonnes de pierre tomba sur les épaules de Benoît avant l'envolée lyrique lorsque les battants s'écartèrent et qu'il s'avança dans la splendide forêt de colonnes aux formes arborescentes. Grandeur de l'art, miracle de la beauté. Une joie vibrante se répandit dans la foule émerveillée qui voyait le pèlerin s'appuyer sur sa croix pour traverser la nef cosmogonique et s'installer derrière l'autel sur une chaise marquée des trois vertus théologales : foi, espérance et charité. « Quelle joie quand on m'a dit : nous irons dans la maison du Seigneur » (Ps 121). <br /><br />Ce coup-ci, ce fut la multitude qui prit une longue inspiration et observa sagement les bons conseils de Saint Benoît : écouter la voix de son maître et tendre l'oreille de son coeur. Et le Pape se mit à parler. En el nom del Pare, del Fill, de l'Esperit Sant. C'était le début d'une liturgie admirable, toute centrée sur la Parole, dans sa version catalane, castillane et latine. La Parole comme Acte Créateur. Une liturgie terrestre pour « rendre grâce à celui qui a créé la matière aussi bien que l'esprit » et tendre vers la liturgie céleste comme cela avait été souhaité à Notre Dame deux ans auparavant. Des millénaires d'histoire sacrée et la constellation des Saints étaient présents ce jour-là à Barcelone. Après un émouvant hommage à Gaudi, qui vécut lui-même comme un saint sur un chantier conçu comme un héritage pour les générations qui le succéderaient, ce fut une suite céleste de formules magiques. Sur les cannelures des colonnes vrombirent des « que sempre ressoni en aquesta nau la paraula de Déu, perquè us vagui revelant el misteri de Crist i dugui a terme en l'Església la vostra salvació... » Les vitraux mirent en couleur le « Sanctus, Sanctus, Sanctus Dóminus Deus Sábaoth. » Du haut des tours tonnèrent des « Tuyo es el reino, tuyo el poder y la gloria, para siempre Señor. » Une voix calme gorgea la crypte d'un « Ecclésia sublímis, Cívitas iugo montis erécta, perspícua cunctis, et ómnibus clara, ubi Agni lucérna fulget perénnis et gratum résonat cánticum beatórum. » Ce fut aussi une suite de gestes mirifiques. Des mains qui projetèrent de l'eau bénite sur les colonnes de pierre, des bras qui portèrent un brasero d'encens pour purifier l'air, des têtes qui se levèrent lorsque l'évêque Sistach brandit la bulle frappée de l'anneau du pêcheur proclamant le temple de la Sagrada Familia comme basilique mineure, ad perpetuam rei memoriam.<br /><br />Au centre de l'homélie papale, une phrase : « La beauté est la première nécessité de l'homme. » Mille choristes entonnèrent le chant de grâce à la Vierge de Monsterrat, écrit par le prêtre-poète Jacint Verdaguer en 1880 pour le millénaire des apparitions mariales dans les montagnes hallucinées du pays catalan. Tout était accompli. Le pius pontifex se trouvait au centre du temple, à équidistance de la façade de la Passion et de celle de la Nativité, tellement dissemblables et tellement belles. Une Passion sèche et aiguë, osseuse, où des angles de roche coupés par un autre génie catalan, Josep Subirachs, vivent tous les tourments des dernières heures de Jésus. À l'opposé, une Nativité se montre luxuriante et pleine de courbes généreuses, peuplée de visages frais et sereins. Deux scènes grandioses liées dans le Christ il y a deux mille ans, dessinées par un architecte il y a cent ans et finalement bénies par un pape. <br /><br />Tous les jours à Barcelone, les grues bougent et montent des charges tandis que la poussière de granit envahit les ateliers de sculpture. Plusieurs tours de la Sagrada Familia doivent encore être érigées : celles de Marie, des Évangélistes et de Jésus. La dernière façade, la façade de la Gloire, vient à peine d'être commencée. Le Saint Père s'en est allé. Il faut prier le Seigneur pour qu'il lui accorde encore suffisamment de vie pour voir l'édifice enfin achevé. Il faut prier le Seigneur pour que d'autres aussi majestueux soient élevés.</p>







<p><strong>David Vanneste,</strong> pour Ring Magazine.<br /></p></div>
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    <title>Supernovae : les étoiles rock au troisième âge</title>
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    <dc:date>2013-01-29T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par David Vanneste</dc:creator>
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</xml><![endif]--><span><strong>«&nbsp;Where are we now, where are we now&nbsp;?&nbsp;» Une voix s'est
rappelée à nos oreilles il y a quelques jours. La texture est reconnaissable
mais indubitablement marquée par l'accumulation des blessures de toutes les années
passées. C'est la voix ébréchée d'un homme qui vient de franchir la ligne du
troisième âge. Après dix ans de silence, David Bowie est venu nous montrer
qu'il ne reposait pas encore six pieds sous terre et partager avec nous une
interrogation. <br /><br /><br /></strong><img width="650" height="366" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/44f421.jpg" /><br /><br /></span>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Retour en arrière. Le dernier album de Bowie, <em>Reality</em> (2003), était
centré sur un titre cru et franc intitulé <em>Never Get Old </em>et avait été
accompagné d'une tournée triomphale dans le monde entier. En concert, le natif
de Brixton paraissait échapper à l'emprise du temps, éternel jeune homme fin et
androgyne capable de nager sans aucun problème dans un catalogue de trente
années de grandes chansons rock. Réalisant une sorte de fantasme unitaire
spatiotemporel, il pouvait incarner Aladin Sane, Ziggy Stardust et le Thin
White Duke, il pouvait jongler avec une guitare acoustique, un synthétiseur new
wave et un sample drumn'bass tout en étant à Londres, New York et Berlin. <em>I
wish I could swim to ground control with the spiders from Mars</em>. </span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Where are we now&nbsp;? Où en sommes nous&nbsp;? Que s'est-il passé en dix
ans&nbsp;? Ben voyons voir, la cigarette a été interdite dans les bars, un
coréen improbable est le plus populaire des artistes si on en croit ce média
parfaitement démocratique qu'est Youtube et une crise économique carabinée menace
de nous précipiter vers la troisième guerre mondiale. À un niveau personnel,
cette dernière décennie a amené à Bowie de vilains problèmes aux artères, plus
ou moins arrangés par une lourde chirurgie cardiaque, le tout accompagné de rumeurs
sur un cancer des poumons et une neurodégénérescence type Alzheimer. Bowie sait
où il en est. En 2013, il est désormais un vieux monsieur. </span></p>



<br />[YOUTUBEQWtsV50_-p4][650,300]<br /><br />



<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>«&nbsp;Where are we now, where are we now&nbsp;?&nbsp;» L'interrogation
chantée délicatement sur un fond de guitare un peu fatiguée et de batterie qui
peine à imprimer un rythme est formulée au pluriel et donne à penser que David
Bowie interroge non seulement sa personne mais aussi tous ses petits camarades
du rock. Depuis quelques années, nous assistons à l'arrivée à l'âge de la
retraite de la première génération de stars. Les «&nbsp;étoiles&nbsp;» ne
peuvent se former que grâce à la conjonction de la force gravitationnelle d'une
individualité artistique qui peut démarrer la réaction de fusion et l'énormité
de moyens médiatiques qui permet de projeter les radiations lumineuses. Ce
postulat exclut qu'il y ait jamais eu de star avant le XXème siècle et sa
révolution technique unificatrice de la communication mais aussi écarte toutes
les formes d'art qui ne sont pas musicales&nbsp;; la peinture, le théâtre, la
littérature, sont des arts beaucoup trop dogmatiques et ne mettent pas le
créateur en position de représentation. Même les acteurs de cinéma, qui ont
pourtant eu un impact médiatique certain, n'occupent pas tellement de place
dans l'imaginaire des masses parce qu'ils réfléchissent la lumière mais n'en
émettent pas. Comme le disait Hitchcock, l'art cinématographique se trouve chez
le réalisateur et les acteurs ne sont que du bétail, ce sont des techniciens
qui ont juste de plus belles gueules que ceux qui font les réglages
photographiques ou ceux qui collent les repères adhésifs sur le sol mais pas
plus. Un acteur est un golem même quand il est aussi incroyable que Marlon
Brando. Et si nous voulons bien nous concentrer sur la musique il faut bien
admettre que la génération rock fut la première génération de stars parce que
la performance n'était pas seulement musicale mais aussi visuelle et littéraire
(au contraire des seigneurs du jazz par exemple). Ces étoiles apparues dans
l'optimisme et le dynamisme de l'après seconde guerre mondiale sont aujourd'hui
confrontées à un problème gigantesque. Quand on a été un symbole de la jeunesse
et de la rébellion, que faire à l'âge où on radote sur de vieilles histoires et
où les hanches craquent&nbsp;? Où en êtes-vous, chères stars du rock&nbsp;?</span></p>



<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>On écarte bien sûr tout de suite les lâches qui se sont taillés grâce au
cocktail médoc-alcool- psychanalyse dès qu'ils ont senti les premiers signes du
vieillissement s'inscrire sur leur visage mi-ange, mi-démon (Jim Morrison, Jimi
Hendrix). On ne parlera pas non plus de ceux qui ont préféré se barrer sur une
île en laissant un sosie se dégrader à leur place (personne ne peut honnêtement
croire que le type bouffi en costume pailleté d'astronaute était vraiment
Elvis).</span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Alors on va directement s'attaquer au deux groupes qui ont totalement
symbolisé cette génération, les deux soleils ennemis-amis, les Beatles et les
Stones. Les gentils petits gars de Liverpool ont été éclatés par l'impitoyable
succession des saisons. Un d'entre eux a été emporté par la maladie dans la
plus grande discrétion, un autre a toujours, cinquante ans après les débuts des
Fab Four, le même air de benêt bien gentil. Paul, lui, passe son temps à
l'empêcher de s'écouler en multipliant les colorations et les variations de
régime pour rester le joli garçon des années 60. Son talent de mélodiste reste
intouchable et peut encore donner de belles chansons pures et éclairées (réecouter
son album produit par Nigel Godrich) mais cela est bien trop rare. Paul ne
fréquente plus les ashrams faits de bois et parfumés d'encens mais préfère le
confort plastique des Starbucks exhalant l'argent, il est devenu une
gigantesque multinationale versant quelques dividendes à diverses œuvres ou
ex-femmes. C'est presque une chance que John ait croisé la route d'un fan un
brin possessif, que serait-il devenu au bras de cette harpie nipponne qui
aujourd'hui vend des t-shirts, crie dans des galeries et remet des prix de la
paix à Lady Gaga&nbsp;? Mieux vaut ne pas trop y penser. Chez leurs Majestés
Sataniques de Londres, l'âge n'a pas été un facteur de division mais cela fait quand
même des siècles que plus rien de correct ne sort de leurs amplis et que leurs
albums sont juste des excuses pour lancer de très lucratives tournées. Les
mauvais garçons du rock n' roll ne font plus vraiment peur à personne, le
pauvre Mick Jagger se fait même piquer une de ses femmes par un président
français à talonnettes... Quant au plus grand pourvoyeur de riffs géniaux que
le monde ait jamais connu, Keith Richards, il cachetonne chez Disney pour
apparaître dans des films qui font de la promotion pour leurs parcs
d'attraction (la franchise Pirates of the Caribbeans). On ne peut pas dire
qu'ils aient vraiment trouvé la formule de la sagesse. </span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Alors les autres&nbsp;? Roger Waters ne joue plus beaucoup de basse mais
est devenu le proprio pépère d'un grand cirque ambulant qui utilise ses
anciennes ritournelles. Sting joue au vieux beau charmeur à l'ombre des cyprès
dans la campagne toscane. Springsteen garde une pose hiératique en permanence,
se changeant en figure statuaire symbolisant son pays. On pourrait continuer
sur des pages et des pages. Dans pratiquement tous les cas, l'activité principale
de toutes ces vieilles stars est de chercher à maintenir par tous les moyens
leur train de vie de citoyens de toutes les suites royales de tous les
Ritz-Carlton du monde.<span>&nbsp; </span></span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Jeunesse en réanimation perpétuelle, coma de la rébellion artificielle.</span></p>



<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Comment vieillir&nbsp;? Il y en a un qui avait su se bonifier comme du
bourbon dans du chêne. À la fin de sa vie, Johnny Cash avait accepté d'être
vieux, de se sentir plus faible. Il avait accepté d'être aidé par Rick Rubin
pour pouvoir retrouver la chaleur de la musique. À la fin de sa vie, il ne
passait pas son temps à gesticuler pathétiquement sur de scènes pour remplir
des semi-remorques de devises ou à se faire tirer le portrait par des tocards
publicitaires. Il était capable de regarder la nouvelle génération et de
comprendre que ce qu'il fallait retenir d'un groupe comme Nine Inch Nails ce
n'était pas les tics de production industrielle mais la douleur des mots pour
les incarner comme personne d'autre ne pouvait le faire. Il gardait aussi près
de lui le livre qui l'avait inspiré toute son existence. Juste avant de mourir,
Cash voulait à la fois porter sa souffrance et rendre grâce. </span></p>

<span><span>[YOUTUBE3aF9AJm0RFc][650,300]</span></span><span></span>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>&nbsp;</span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span lang="ES">[YOUTUBE6qsntpdv390][650,300] <br /></span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Où en est David Bowie&nbsp;? A-t-il su vieillir&nbsp;? Pour l'instant on ne
peut encore juger que cette unique chanson, <em>Where are we now</em>, sortie le
jour de son soixante-sixième anniversaire. Les amphétamines de la musique
électronique dont il a abusé dans les années 90 ont été écartées pour que son
cœur puisse se calmer et se concentrer sur une mélodie simple qui ne cherche
pas à cacher les fêlures, la tristesse, le questionnement. Son producteur Tony
Visconti parle d'une promotion presque inexistante pour l'album qui sortira en
mars et exclut la possibilité d'une tournée. Bowie ne veut pas parler à la
presse, ce qui semble être la marque d'une immense sagesse. Dans son étrange
vidéo où défilent des images de Berlin derrière une poupée animée ayant son
visage dans un décor de <em>land art perfomance</em>, on finit par l'apercevoir à
l'écart et visiblement préoccupé comme s'il faisait le deuil de sa vieille
marotte de toutes les expérimentations (théâtre, peinture, installation,...)
qui l'a parfois éloigné de sa vraie discipline pour ne produire que des
événements médiocres. Le clip pourrait être un avertissement contre les
illusions de l'image, pour nous pousser vers l'exclusive écoute.<span>&nbsp; </span></span></p>

<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Celui qui avait changé son nom de Jones en Bowie, en souvenir du fameux
couteau, retrouvera-t-il tout son tranchant pour séparer, à la fin de sa vie,
le mauvais et garder le bon&nbsp;? On attendra l'album pour le savoir. Quand le
feu de leur coeur s'apprête à s'éteindre, certaines étoiles sont capables de
donner un dernier rayon de beauté spectrale.</span></p><p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span><strong><br />David Vanneste</strong><br /></span></p>

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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/zero-dark-thirty">
    <title>Zero Dark Thirty</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/zero-dark-thirty</link>
    <dc:date>2013-01-28T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Simon Riaux</dc:creator>
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<div align="justify"><h3>Le dimanche 1er mai 2011, Barak Obama annonce à ses concitoyens et au reste du monde la mort d'Oussama Ben Laden. Mâchoire serrée, discours sobre pour ne pas dire atone, tout dans l'attitude du Président évoque une forme de reddition sourde, l'impossibilité de célébrer la fraîche victoire, la tentation même de s'en excuser. Comment le leader du monde libre a-t-il pu en être réduit à susurrer du bout des lèvres pareille nouvelle ? L'Amérique, un genoux à terre depuis les attaques du 11 septembre 2001, ne venait-elle pas de prendre l'ascendant symbolique sur son adversaire, en débusquant et éliminant sa Nemesis, au cours d'une opération remarquable d'audace ? C'est à ces interrogations que répond Kathryn Bigelow avec son inouï Zero Dark thirty, œuvre appelée à marquer son époque et la représentation cinématographique des théâtres d'opération.</h3><p><br /><img width="650" height="433" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/78d8778.jpg" /><br /><br /><br />L'erreur et la faiblesse de ses <em>Démineurs </em>oscarisés était de s'évertuer à transformer l'hyperréalisme en spectacle opératique, à coup d'explosions en slow motion, d'effets de particules photo-réalistes, et de détonations certifiés dolby surround. Un contresens que le film s'efforçait de corriger à mi-parcours, notamment lors d'une séquence d'embuscade éprouvante, où l'ennemi se faisait silhouette évanescente, que même l'arsenal haute définition de l'opératrice Bigelow ne parvenait à capturer. De cette subversion de son propre dispositif cinématographique par la mise en scène elle-même, Kathryn a tiré toutes les leçons, comme en témoigne la genèse de <em>Zero Dark Thirty</em>. À l'origine de ce projet, un homme, Mark Boal (dont le travail journalistique inspira <em>Démineurs</em>), un titre, <em>Kill Ben</em> <em>Laden</em>, et une idée : retracer une décade de traque stérile, et la lente prise de conscience par un colosse aux pieds d'argile que le sol se dérobe sous ses pieds. Le discours présidentiel du 1er mai 2011 aurait logiquement dû mettre un terme à ce projet alors très avancé, si Bigelow n'avait pas su imposer cette idée simplissime, que la réalité venait de complexifier d'une pirouette inattendue : « il n'y a qu'à changer la fin ! » déclarera-t-elle, sibylline.<br /><br />Sibylline, car le film qui nous intéresse se part des atours du documentaire, embrasse la structure balisée et typiquement américaine de la digestion mythologique du réel pour nous conter en creux une inexorable défaite. Fondu au noir, bande-son du 11/09, et séance de waterboarding, le film s'ouvre sur deux identités remarquables, indissociables du cinéma guerrier de ces dix dernières années, tout y est clairement identifié, et notamment l'adversaire, la cible, à savoir Oussama Ben Laden. Nous sommes en 2003, et il ne fait aucun doute que la jeune Maya (Jessica Chastain), envoyée sur un site secret pour diligenter LA traque, bénéficiera de l'attention et des moyens de son employeur, la C.I.A.<br /><br /><img width="650" height="250" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/45454d41.jpg" /><br /><br />La caméra ne s'attarde ni sur les victimes, ni sur les bourreaux. Il n'est pas question ici de juger la méthode, encore moins d'introduire une quelconque forme de morale ou de justification. Une prise de hauteur nécessaire, bienvenue et qui achève de ridiculiser ceux qui aujourd'hui ne peuvent envisager le film que sous l'angle de la torture et de sa représentation. Si Bigelow se moque éperdument de ces questions, ce n'est ni par patriotisme, chauvinisme aveugle ou dévotion mystico-militaire. Pour elle la problématique est ailleurs, dans la la lente dissolution des effectifs, des objectifs, et in fine, de l'ennemi.<br /><br />Régulièrement scandé, lors des interrogatoires, des briefings, visio-conférences, et autres réunions de crise, le nom de Ben Laden va se faire de plus en plus rare au fur et à mesure que Maya se rapproche de sa cible, jusqu'à se désincarner totalement dans le dernier tiers du métrage, où l'homme à abattre n'est plus désigné que par un acronyme à la neutralité clinique : OBL. Il en ira de même pour ses sous-fifres et complices, dont on brandira les photos, avant de hurler les noms à des nuées de prisonniers hagards, pour finalement réaliser que tel patronyme était un surnom, que telle photo était celle d'un proche. Les identités fondent, les individus se désagrègent, sans que la diaphane Maya ne puisse rien y faire.<br /><br />Et pendant ce temps, le camp Occident compte les victimes, Madrid, Londres, Islamabad... les attaques se multiplient, les victimes s'accumulent, jusque dans les rangs de l'Agence. Les G-men et G-girls ne comprennent plus, ne voient pas l'obsolescence qui les menace et qu'ils provoquent, recyclant les vieilles méthodes de la Guerre Froide. Or, et c'est l'une des leçons superbement mises en image par la réalisatrice, si comme autrefois le front est international et diffus, le conflit, lui, est brûlant. Restaurants, trains, bus et corps sont pulvérisés, les victimes s'écroulent et s'enflamment, privées du combat qu'elles appellent de leur vœux. Malgré la chasse, le mal se dissimule et s'insinue tel un filet de sable, qu'il glisse entre les doigts de l'(anti)héroïne où s'insinue dans les godillots de ses supérieurs, incapable d'appréhender les forces à l'œuvre. Seule la détermination de Maya, à laquelle l'œuvre rend un hommage quasiment religieux, lui permet (en apparence) de vaincre. C'est ce que ne peuvent comprendre les hauts-fonctionnaires des services de renseignement, dont l'absence de vue éclate à la fin d'un briefing, où le Directeur de la C.I.A. demande à son bras droit son opinion au sujet de l'encombrante walkyrie. « Je crois qu'elle est putain de brillante » esquisse le nervis en costume. « Nous le sommes tous », réplique sèchement le grand patron, conscient que ce n'est pas sur le terrain de la pure intelligence que se joue ici la bataille. Conscient également qu'il ne peut ni ne pourra jamais toucher du doigt ce qui permit à son employée de découvrir envers et contre tous la planque de l'ennemi public N°1.<br /><br />Étant acté que les terroristes prolifèrent, que leurs adversaires sont incapables de déjouer leurs attentats -quand ils n'en sont pas les premières victimes- le dernier tiers de <em>Zero Dark Thirty</em>, son climax en forme de vengeance ultra-sophistiquée, devait logiquement rétablir Hollywood, le Pentagone et la C.I.A. sur leur piédestal en leur donnant l'occasion de tuer enfin l'über-bad-guy. Logique hollywoodienne que Bigelow pirate totalement, puisqu'elle ira jusqu'à prendre à rebours l'implacable tension dramatique libérée lors du raid des Navy Seals, lors d'une séance d'identification qui établit définitivement le dispositif cauchemardesque du métrage. Oussama Ben Laden n'existe pas, la caméra elle-même sera tout à fait incapable d'enregistrer sa présence, son être, sa dépouille même, échapperont finalement à l'image. Vague silhouette qu'enveloppent les ténèbres, corps informe atomisé par des inserts interdisant toute reconnaissance, puis forme floue, représentée à l'image via un écran (celui d'un appareil photo embarqué par les Seals), la cible demeure mouvante, toute criblée de balles qu'elle soit.<br /><br />Les deux ultimes séquences de <em>Zero Dark thirty</em> ne feront que sublimer ce sentiment vertigineux, celui d'avoir assisté à une fausse victoire, au dernier pas avant la chute vers l'abîme. Maya retrouve ses fiers soldats, ceux qui quelques minutes plus tôt expliquaient au spectateur ne suivre ses directives que parce que la jeune femme faisait preuve d'une détermination galvanisante (celle-là même qui leur fait défaut ?). Les tueurs d'élite se désintéressent du corps, devenu poids mort au sens propre, et se donnent l'accolade en autopsiant le matériel informatique dérobé à l'ennemi. Seule encore focalisée sur le cadavre engoncé dans un sac à viande, Jessica Chastain vient confirmer l'identité de la cible. Ses yeux ne pourront se fixer sur ce visage, que le découpage nous interdira de voir, et pour cause, il n'existe pas. C'est là le piège de <em>Zero Dark thirty</em>, de la guerre contre le terrorisme, de notre univers globalisé, quelque soit l'objectif, le point de focale, nous en approcher nous condamne irrémédiablement à nous immerger dans le flux, et donc perdre de la définition, de la netteté. Principe que le film illustre lorsque Maya scrute une série de moniteurs où apparaissent des prisonniers auxquels est montrée la photographie d'un homme à identifier, au fur et à mesure que l'héroïne et la caméra s'approchent, l'image se dissout, se délite. Impossible de distinguer les traits des visages émaciés, les muscles des corps suppliciés, le vrai du faux, les prisonniers eux-mêmes ignorant alors que leur témoignage est erroné, induit en erreur par un cliché trompeur. Une fois de plus.<br /><br />La dame de fer aux cheveux de feu est seule, assise dans l'immense carlingue d'un gros porteur de l'armée américaine. « C'est pour vous toute seule, vous devez être sacrément importante ! » s'exclame un soldat venu l'aider à embarquer. Celle dont nous ne savons rien, ni parcours intime, ni failles ou lignes de forces fend alors l'armure, et révèle un gouffre béant de détresse. Elle qui n'a pas versé une larme pour les camarades tombés, ne s'est jamais émue des trahisons et coups bas subis par ses proches, la voilà qui s'écroule, sous le coup d'une double révélation. L'impossible incarnation de l'Ennemi, et donc par extension, son omniprésence-omnipotence, ainsi qu'un état de fait plus cruel encore, à savoir la révélation de sa propre nature. Ceinturée dans cette soute qui se referme sur elle, Jessica Chastain évoque une fantasmatique arme de destruction massive, un dispositif à tête chercheuse que ses employeurs, une fois la besogne accomplie, vont ranger au hangar. <br /><br />À son tour de se dissoudre (bien malgré elle) dans le flux impavide du champ de bataille globalisé, et Kathryn Bigelow d'emballer avec une maîtrise tétanisante un chef d'œuvre à mi-chemin entre document d'actualité, reconstitution et mise en abyme des angoisses existentielles d'un Occident pris à la gorge. Tandis que nous osons à peine nous demander si la guerre contre le terrorisme n'est pas perdue d'avance, la réalisatrice nous propose une réponse qu'il faut avoir le courage de regarder en face.&nbsp; </p><p><strong>Simon Riaux</strong><br /><br />[YOUTUBEXCpbTjVpm68][650,400]<br /></p></div>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/vous-n-en-avez-pas-marre-du-petit-gregory-">
    <title>Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?</title>
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    <dc:creator>par François-Xavier Ajavon</dc:creator>
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<p>&nbsp;<img width="493" height="277" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/sgory.jpg" /></p><p>&nbsp;</p><div align="justify"><p><strong>On en a tous assez de prendre connaissance dans les médias déchaînés des énièmes rebondissements de l'affaire...</strong> qui semble ne jamais vouloir se terminer. De loin, du Zimbabwe par exemple, ou bien de la Belgique profonde on doit se représenter le français comme un type arrogant avec un béret, une baguette de pain sous le coude, en train de parler du &quot;Petit Grégory&quot;© devant un ballon de Beaujolais nouveau, sur le zinc d'un bistrot situé devant la Tour Eiffel. Ce n'est pas flatteur. La passion française pour le petit Grégory a été ré-alimentée il y a quelques semaines par l'annonce d'une possible expertise de la voix du « corbeau ». Stupeur et tremblement ! Les français sont au bord de l'extase, de la jouissance, de l'implosion de bonheur ! Mais la passion médiatique pour ce fait divers ne date pas d'hier... on se souvient notamment d'un reportage d'anthologie de Marguerite Duras&nbsp; qui prétendait savoir qui était l'assassin du petit Grégory par une étrange méthode phénoménologique dont elle avait seule le secret, et qui n'a pas beaucoup aidé les enquêteurs ... Des eaux noires de la sinistre Vologne (rivière de Lorraine née entre le Hohneck et le col de la Schlucht, dans le massif des Vosges), dans laquelle on a retrouvé le corps sans vie de l'innocent garçonnet, la vérité émergera-t-elle ? Rien n'est moins certain. Ce fait divers, dont l'importance toute relative aurait dû naturellement le cantonner aux colonnes du Républicain Lorrain, s'est mué en colossal feuilleton national. En sitcom triste, où la misère rivalise avec la bêtise, où le voyeurisme triomphe, où la mascarade médiatique prospère sous le regard figé du petit garçon souriant, dont la photo diffusée ad nauseam est devenue une image iconique des années 80, à l'instar de celle de Jacques Chirac recevant Madonna dans les jardins de l'hôtel de ville de Paris, ou de François Mitterrand donnant la main à Helmut Kohl. Le &quot;petit Grégory&quot;© est mort en 1984, à l'âge de quatre ans. S'il avait vécu, il aurait aujourd'hui 32 ans. S'il avait vécu il aurait connu le chômage de masse, la télé-réalité, le naufrage du communisme français et le Sida. Explorons plusieurs hypothèses.<br /><br />Le &quot;petit Grégory&quot;© serait devenu emploi jeune. Vraisemblablement décrocheur, voire élève à fort potentiel de perturbations, Grégory se serait fait virer du lycée avant le bac. Désœuvré dans sa Lorraine natale (citez-moi une région plus triste que la Lorraine ?), et ne sachant rien faire de ses mains, il aurait été tout naturellement retenu dans le programme des nouveaux métiers de Martine Aubry. Il se serait installé à Epinal ou Neufchâteau, pour devenir agent d'ambiance en ludothèque ou encore médiateur nouveaux publics en préfecture, ou mieux… ambassadeur du tri sélectif. <br /><br />Le &quot;petit Grégory&quot;© aurait participé à Loft Story. Petit rappel des faits : en 2001, souvenez-vous, le monde est frappé par deux tragédies d'ampleur internationale. L'attentat contre les tours du World Trade Center à New-York et l'arrivée de la télé-réalité sur les écrans français. Loft Story fait un carton. Jean-Edouard pelote Loana dans la piscine de M6. C'est un coup de tonnerre dans l'imaginaire érotique des ménagères de moins de cinquante ans. Tout devient possible. Le &quot;petit Grégory&quot;© a alors vingt-et-un ans. Comme beaucoup de jeunes de cette génération il n'aurait eu pour seul but dans la vie que de passer à la télé. Pas pour parler de son Prix Nobel de chimie ou pour faire la promotion d'un livre, mais simplement pour devenir &quot;célèbre&quot;. On l'aurait vu déambuler dans le &quot;Loft&quot; avec son ours en peluche (car oui, les héros de la téléréalité vivent tous dans la régression…), il aurait prononcé des expressions comme &quot;trop pas&quot; ou &quot;genre&quot;, il aurait eu les cheveux blonds décolorés et aurait été le confident de Loana. Mais les français l'auraient cruellement écarté du jeu après ses remarques peu amènes sur le &quot;Bourriquet&quot; de Steevy Boulay. Pour éliminer le &quot;petit Grégory&quot;© tapez 2.<br /><br />Le &quot;petit Grégory&quot;© aurait&nbsp; tenu un &quot;Skyblog&quot;. Naturellement, le garçonnet au regard si doux serait tombé dans le piège addictif des outils du numérique. Pas vraiment digital native comme disent les experts en marketing à lunettes carrées, il serait tout de même passé par toutes les étapes de la communication sur internet. Il aurait d'abord ouvert un &quot;Skyblog&quot; sur lequel il aurait posté des commentaires cruels sur ses profs, acidulés d'assertions étranges telles que &quot;Loool !!&quot; ou encore &quot;Ptdr !&quot;. Il est probable qu'il ait eu parallèlement un compte Myspace, sur lequel il aurait fait état de sa passion ambiguë pour différents &quot;Boy's band&quot; interlopes de l’époque… avant de débarquer sur Facebook, où il aurait pu donner enfin libre cours à la passion que tous les enfants de cette génération ont d'eux-mêmes. <br /><br />La litanie pourrait se poursuivre sans fin... le &quot;petit Grégory&quot;© aurait pu devenir intermittent du spectacle, clown-praticien pour la ville de Paris dans un dispositif de médiation autour du « monde de la nuit », ou encore chômeur à Florange. Il aurait pu devenir colleur d’affiches pour Jacques Cheminade, trésorier du club des lecteurs de Christine Angot, stagiaire chronique dans la pub ou encore sosie officiel d’Arnaud Montebourg. Autant de destins évitables, offerts par une modernité laborieuse à laquelle la petite victime a échappé ! Par pitié, l’heure est venue : libérez-nous du &quot;petit Grégory&quot;© ! </p><p><strong>François-Xavier Ajavon</strong><br /></p></div>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/tous-a-moscou-">
    <title>Tous à Moscou !</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/tous-a-moscou-</link>
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    <dc:creator>par Maximilien Friche</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<div align="justify"><h3>A tous les minables de bonne volonté : prenez la route de la Volga !<br /><br /><img width="630" height="420" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/5524730.jpg" /><br /></h3><br />Chers Français, quand le bateau coule, quand Paris n’est plus dans Rome, deux options s’offrent à nous : la pure réaction qui se traduit au final par le refus de participer au grand tout ou la fondation d’une arche française hors de France modèle de Gaulle déposé. Gérard Depardieu vient de nous faire entrevoir une troisième voie : devenir russe. Le choix de l’émigration n’a pas encore réellement été testé par le Français. Il y eu bien sûr quelques tentatives de colonisations de peuplement, il y eut aussi quelques désertions d’aristocrates à la révolution, mais globalement la terre de France à mes souliers, c’est comme des fers bien verrouillés (1). Ce n’est pas tant par esprit patriotique que parce que grosso modo, il y fait bon vivre, et pour continuer avec la chanson française, parce que le peuple heureux rote tout seul dans sa mangeoire (2). Néanmoins le ras-le-bol de certains est peut-être arrivé au point de produire suffisamment d’inconfort pour décider de s’exiler, d’émigrer ou de changer de nationalité. Du moment que l’on ne parlait que de la Belgique comme destination, on pouvait enfermer la volonté de quitter le territoire dans un but purement fiscal. Maintenant qu’il s’agit de la Russie, l’exil intrigue davantage et provoque une agitation, car l'exaspération peut être plus générale et donc politique. Et avec la Russie, toutes les raisons sont bonnes : fuir la politique de grand remplacement de la population occidentale, fuir le laxisme des politiques, fuir la lâcheté de nos juges culpabilisant les victimes, fuir l’inculcation de la honte de notre histoire, fuir le culte de la diversité, fuir le pays qui veut combattre les déterminismes familiaux (3)… La Russie est ce monde froid, fier et fort des fantasmes des Français.<br /><br /><strong>Marcher à la suite de Depardieu</strong><br /><br />Comme un Gulliver qui franchit une frontière à chaque enjambée, Gérard Depardieu a frayé le chemin et nous devons le remercier. La filière est établie. Une première enjambée : la Belgique puis, en allongeant bien le pas, carrément la Russie ! Tous les complexes tombent d’un coup grâce à notre Gérard national, qui incarne, il est vrai, l’absence de complexes par excellence. Nous pouvons nous engouffrer dans la brèche formée et demander nous aussi la nationalité russe. Mieux que de retirer massivement notre argent des banques comme le suggérait Cantona, nous pouvons massivement émigrer. La gauche sera heureuse de se retrouver seule à devoir apprendre le progrès aux 200 000 immigrants annuels qu'elle invite. Que les quelques millions de minables de France filent à l'Anglaise en Russie, voilà qui pourrait ébranler les professionnels de la production de morale de notre gouvernement. Les Français sont d'autan plus enclin à se trouver minables que ses dirigeants le sont tout en stigmatisant le temps où la France ne l'était pas. &quot; J'adore votre culture, votre intelligence. Mon père était un communiste de l'époque, il écoutait Radio Moscou ! C'est aussi cela, ma culture. » (4) a déclaré Gérard Depardieu qui goûte sans cesse à l'ironie du sort avec gourmandise. Il a raison, c'est le seul mode de narration qui crée des histoires et des films. L'ironie est d'autant plus jouissive qu'il tourne le dos à un pays où on peut entendre le ministre de l'Education Nationale vouloir soustraire les enfants au déterminisme familiale, le pays qui dispose du droit agricole le plus soviétique, le pays qui a une politique en matière d'art contemporain la plus communiste du monde, et enfin ce pays où un acteur est assimilé à un fonctionnaire puisqu'on lui rappelle que son salaire est issu des subventions publique au cinéma. A la suite de Gérard, se présente déjà Brigitte Bardot, parce que la France menace d'euthanasier deux éléphants. Tous les prétextes sont bons. Bientôt, bientôt, on verra Alain Delon, Johnny Hallyday et toutes les petites stars françaises demander asile aux pays des tsars. <br /><strong><br />Terre promise aux minables</strong><br /><br />« Que dans un pays aussi grand on n'est jamais seul, car chaque arbre, chaque paysage portent en nous un espoir. Il n'y a pas de mesquinerie en Russie, il n'y a que des grands sentiments. Et derrière ces sentiments beaucoup de pudeur. Dans votre immensité, je ne me sens jamais seul, Slava Rossii !! (Gloire à la Russie !!) Spasibo !&quot; (Merci !) » (4) Depardieu a trouvé un pays à sa taille.&nbsp; Nous nous y sentons nécessairement invités. Il y a forcément de la place pour quelques minables de souche de plus. Les Belges ont peut-être raison, les nationalités ne se cumulent pas, mais elles peuvent se mettre en concurrence dans ce monde où tout se vend et s’achète. Il n'y a aucune raison que face aux flux réguliers de population vers l'Europe occidentale, les Occidentaux eux mêmes n'en viennent pas à songer à être ailleurs qu'en France. Dans une France où on ne leur propose plus, au mieux, que d'être citoyen de l'Europe, cela vaut aussi le coup de songer à prendre une nationalité dont la fierté est sans cesse entretenue. Qui sait, il y a peut-être une terre de la taille de notre pays, en Sibérie, où nous pourrions arrimer notre Exodus, une terre qui nous serait plus promise que la nôtre, plus dédiée. La diaspora française et francophile pourrait&nbsp; s'y retrouver. Quand tout le monde sera Français sauf les français eux mêmes, les socialistes ayant fini leur travail rejoindront les minables dans leur exil froid. Vladimir, fait-nous de la place, Vladimir fait de nous des Russes !<br /><br /><strong>Les chars franco-russes à nos portes</strong><br /><br />Bras croisés, impatients devant les horloges du progrès, il faudra attendre le retour de nos minables, il faudra attendre les chars franco-russes à nos portes. Comme tout est grand là-bas, même la démocratie peut l'être d'ailleurs. « J'en ai même parlé à mon Président, François Hollande. Je lui ai dit tout cela. Il sait que j'aime beaucoup votre Président Vladimir Poutine et que c'est réciproque. Et je lui ai dit que la Russie était une grande démocratie, et que ce n'était pas un pays où un premier ministre traitait un citoyen de minable. » (4) Le mot regroupant toutes les vertus à la fois est lâché : démocratie. C'est suffisant pour que tous les révolutionnaires de salon se mettent en branle bas d'indignation. Il est vrai que le concept de liberté en Russie n'est pas automatiquement attaché à celui d'une paix de consommateurs comme chez nous. Il est vrai que tout est combat là-bas. Mais notre hexagone est-il exempt de violence ? Est-ce que sous prétexte que notre état est devenu pacifiste sur son territoire, les Français vivent protégés. N'y a-t-il pas une autre source de violence possible en dehors de l'état ? La violence légitime de la Russie est-elle plus haïssable que la violence des hors -la-loi de nos quartiers ? Le prochain livre de Laurent Obertone, &quot;la France orange mécanique&quot; (5) risque de faire tomber quelques certitudes, de révéler que les Anne-Lorraine Schmitt, Ilan Halimi, Mama Galledou... ne sont pas des cas vraiment isolés. Alors oui, nous avons le droit d'espérer le retour de l'homme fort en France. La nostalgie de la violence légitime, des fessées parentales peut-être désormais avouée. Tout comme la nostalgie de la force et de la fierté. Gérard, reviens nous avec quelques uns de là-bas, et distribue avec ta grande générosité les coups de boules que tu donnais dans la Chèvre, distribue les comme argument de bon sens et après, prends avec tendresse la tête que tu viens de cogner pour lui tapoter la joue et fait promettre à la racaille et au ministre qu'ils ne recommenceront plus.<br /><strong><br />Maximilien Friche</strong><br /><br />(1) Tais toi Marseille - chanson de Maurice Vidalin et Jacques Datin<br />(2) Madame la misère - Chanson de Léo Ferré<br />(3) Propos tenus par Vincent Peillon le 01/09/2012 au Journal Du Dimanche<br />(4) Lettre de Gérard Depardieu aux médias russes en date du 04 janvier 2013<br />(5) La France orange mécanique - Editions RING - sortie le 17/01/2013<br /><br /></div>
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