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  <title>Surlering.com</title>
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<item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/terrorisme-et-crime-fin-da-un-cycle-nouveaux-pa-rils-">
    <title>Terrorisme et crime : fin d’un cycle, nouveaux périls ?</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/terrorisme-et-crime-fin-da-un-cycle-nouveaux-pa-rils-</link>
    <dc:date>2012-05-15T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Xavier Raufer</dc:creator>
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    <content:encoded><![CDATA[<h3 align="justify">Dans le cours qu’il lui consacre à la fin des années 30, Martin Heidegger commente ainsi la formule de Nietzsche « Dieu est mort » : « Les vieilles coulisses du théâtre du monde pourront bien pour un temps demeurer les mêmes, la pièce qui se joue en est une déjà nouvelle ».<br /><br /><img width="630" height="250" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/hhhp.jpg" /><br /><br /></h3><p align="justify"><br />Une remarque aujourd’hui pertinente sur la scène de la sécurité globale, où, sous nos yeux - mais le voyons-nous vraiment ? - s’amorcent, pour le crime organisé et le terrorisme, les séismes les plus énormes depuis un demi-siècle. <br />D’abord celui-ci : le terrorisme est à l’agonie. Non seulement il disparaît, et vite, de l’Union européenne, mais ailleurs, surtout dans le grand « arc islamique » qui s’étend de la Mauritanie à Mindanao, le voici désormais en pleine dégénérescence criminelle.<br />Ces jours-ci, EUROPOL publie son rapport (TE-SAT 2012) consacré au terrorisme dans l’Union européenne (UE) et ce qu’on y lit est sensationnel. En 2007, l’UE subissait quelque 600 attentats (réussis ou déjoués). En 211, on n’en compte plus que 174 et parmi eux - lisez bien - pas un seul attentat islamiste. Sur ces 174 attentats, 158 en France, en Espagne et en Grande-Bretagne - ailleurs dans l’UE, 24 pays sur 27, plus de terrorisme du tout. Et ces ultimes terrorismes sont d’affligeants « Derniers des Mohicans » : bandes séparatistes ou anarchistes, solitaires psychotiques.<br />Ainsi, certains chefs de services de renseignement mal renseignés, experts incompétents ou journalistes myopes, qui serinaient hier encore l’air du toujours terrible danger terroriste avaient tort. Non seulement le jihad type ben Laden est-il aujourd’hui en coma dépassé, mais on peut douter de l’avenir du terrorisme lui-même, qui, sous divers avatars, perturbe le monde depuis les années 1960 : communiste-combattant (Brigades rouges, Action directe…), séparatiste (IRA, ETA, FLNC...), Moyen-oriental (Abou Nidal, Commandement des opérations spéciales à l’étranger du FPLP...), Salafi-jihadi (« al-Qaida »).&nbsp; Or dans l’histoire, le terrorisme a toujours frappé par vagues : anarchiste (avant la première Guerre mondiale), balkanique (avant la seconde), Moyen-oriental (décennies 1970 et 80), jihadi (1979 à environ 2011). Là, il semble qu’une vague, naguère énorme, retombe et même, selon nous, s’écroule. Que restera-t-il du terrorisme à l’« horizon maîtrisable » (2017) ? Là est désormais la seule question stratégique qui vaille. Mais fuyons conceptuellement ces « vieilles coulisses du théâtre du monde », pour scruter plutôt la nouvelle pièce qu’on y répète - voire qu’on y joue déjà. Deuxième nouvelle énorme des années 2010-2011 : dans toute l’Europe, la forte baisse de l’usage de stupéfiants par les toxicomanes les plus jeunes (17 à 20 ou 24 ans, selon les comptages nationaux). Qu’un marché soit délaissé par ses consommateurs les plus jeunes n’augure donc rien de bon pour celui de la drogue d’ici cinq ou dix ans. <br /><br />Et voici que s’esquisse la nouvelle pièce du théâtre du monde, côté sécurité globale : les grandes sociétés criminelles mondiales semblent avoir bien perçu cette baisse de tonus du marché des stupéfiants - pourtant, leur fond de commerce depuis un demi-siècle - et arbitrent désormais en faveur de nouveaux « relais de croissance » : contrefaçons, cyber-criminalité, notamment.<br />Ce que la Commission européenne constate déjà puisque, dans un récent rapport, elle estime le chiffre d’affaires mondial annuel du cyber-crime à 388 milliards de dollars soit, souligne-t-elle « plus que ceux de la cocaïne, du cannabis et de l’héroïne réunis ». Ainsi, la prédation criminelle se déplace vers le cyber-monde. Contrefaçons (faux médicaments, pièces détachées, etc.), cyber-criminalité, sont les marchés porteurs pour le crime organisé, comme pour la force criminelle montante, celle des terroristes dégénérés passés à l’enrichissement personnel. Falsification de cartes de crédit, fraudes identitaires : tout cela rapporte, et vite, beaucoup de cash, partant de techniques simples et sans risques pénaux réels - un rêve pour bandit - faute de conventions internationales efficaces. Que la cyber-criminalité, naguère hobby pour hackers ou ados facétieux, soit désormais sous la coupe du crime organisé, est désormais avéré. Faite à partir de 7 000 cas divers, une récente étude du centre criminologique de la London Metropolitan University démontre que 80/100 des infractions commises dans le cyber-monde britannique, sont liées au crime organisé.<br /><br />Et dans ce cyber-monde les criminels progressent vite : selon une récente enquête australienne, certaines mafias piratent désormais les logiciels de suivi en ligne des transporteurs internationaux (colis, conteneurs, etc.). Ils voient donc si ceux renfermant leurs produits illicites sont fouillés par les douanes - et évitent donc d’aller les récupérer ! Sociétés-écran, piratage : la belle vie pour les grands trafiquants transcontinentaux. Et les fausses identités, pour opérer en toute sérénité? Pas de problème. Des faussaires chinois vendent désormais d’impeccables permis de conduire, cartes d’identité etc. à 200 dollars pièce. Hologrammes et codes-barres quasi-parfaits, disent les experts officiels américains - certains passent sans encombre les sourcilleux contrôles des aéroports de Washington.<br /><br />Toutes ces grisantes technologies font l’effet d’hormones de croissance sur les société criminelles, notamment asiatiques. L’une d’entre elles, repérée - mais pas démantelée - depuis deux ans par des services officiels anglo-saxons (« Opération Dayu ») brasse chaque année 4 milliards de dollars minimum, entre l’Australie, le Canada, Hongkong et Macao. Cette méga-holding mafieuse associe des triades à des gangs de motards criminels. Sur trois continents, elle a corrompu des policiers, des politiciens, des douaniers. Telles sont les vraies menaces stratégiques des années 2013-2020. Intéressons-nous à elles assez tôt pour éviter de futurs drames. <br /><br />Préparons la guerre de demain et non, comme d’usage, celle d’hier.<br /></p><p align="justify"><strong>XR</strong><br /><br /></p>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/tyrannosaur-a-91-minutes-de-l-enfer">
    <title>Tyrannosaur, à 91 minutes de l'enfer</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/tyrannosaur-a-91-minutes-de-l-enfer</link>
    <dc:date>2012-05-15T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Christophe Maillot</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[<div align="justify"><h3>Dans la banlieue de Glasgow, Joseph tente d’oublier ses tourments à coup de bock de bière. Veuf, sans travail, la solitude et l’inactivité ont rendu cet homme sauvage et haineux envers une société où il ne trouve plus sa place. Un jour, il rencontre Hannah, une femme dévote et optimiste, qui derrière son caractère bienveillant cache un terrible secret. A eux deux, ils vont tenter de s’entraider pour faire face à l’adversité… <br /><br />[YOUTUBEnvyqXFmV-LI][650,300]<br /></h3><br />Tyrannosaur s’ouvre sur deux scènes d’exposition montées en parallèles. Tels deux points temporels du récit, ces scènes nous présentent le personnage de Joseph dans ses heures les plus sombres. La première commence dans une petite ruelle et montre un homme qu’une nouvelle soirée d’errance a rendu lasse. Un homme qu’une énième défaite à des jeux d’argent a rendu encore plus amère. Un homme imbibé d’alcool qui dans un accès de rage tue son chien à la sortie d’un pub. Un acte imprévisible, brutal et irréparable. La deuxième scène, qui se déroule très certainement un peu plus tard dans le récit – si ce n’est à sa toute fin -, nous introduit dans la chambre de ce même Joseph. Le personnage est assis dans la pénombre, les mains crispées sur ce qui s’apparente à une batte de baseball, nul doute qu’il se prépare à un déchaînement de violence incontrôlable. Mais contre qui sa colère va-t-elle s’abattre cette fois-ci ? La circonstance dans laquelle est mort son compagnon canin et la lente dérive de Joseph semblent amorcer une réaction en chaîne des plus destructrice. Néanmoins, chuter et atteindre le fond signifie-t-il pour autant franchir un point de non retour au-delà duquel tout individu est irrémédiablement perdu ? Tyrannosaur n’est pas le simple récit d’une descente aux enfers, il est aussi celui d’une rédemption.<br /><br /><strong>Des vies en ruines</strong><br /><br />Glasgow, à l’aube du XXIème siècle. Troisième ville du Royaume-Uni et une agglomération concentrant à elle seule un tiers de la population écossaise. Cette ancienne place forte de l’activité minière, de la sidérurgie et de la construction navale a connu un sévère déclin économique au cours de la seconde partie du siècle dernier. Malgré une modernisation réussie, et une tertiarisation du monde du travail porteuse d’emplois, nombreux sont ceux qui n’ont pas réussi à trouver une place dans la société du progrès numérique. Au sein de certains quartiers populaires, des hommes et des femmes, repliés sur eux-mêmes, éprouvent de plus en plus de colère envers la tutelle de leur pays par la couronne d’Angleterre et d’autant plus de méfiance envers la présence croissante des travailleurs immigrés. Les plus jeunes quant à eux se résignent au marasme ambiant, se complaisent dans ce creuset de misère et ne prennent la parole que pour débiter des bordées d’injures toutes plus fleuries les unes que les autres. C’est dans l’un de ses quartiers abritant les laissés-pour-compte de la société que Joseph, le personnage principal du récit, erre sans but, son organisme le plus souvent chargé en alcool éthylique. La cinquantaine, veuf depuis cinq années et sans emploi, il a cessé de s’intéresser au monde qui l’entoure. Mis à part quelques camarades de beuverie, l’homme est un solitaire qui vit reclus dans son petit pavillon depuis la disparition de son épouse. Une femme qu’il n’a pas su aimer, qu’il a faite souffrir et dont la mort lui a laissé un remord insurmontable (le titre du film se révèle d’ailleurs être une référence à un sobriquet bien peu flatteur dont elle était affublée). Joseph est donc un être écorché à vif, bouillonnant en permanence de l’intérieur, prêt à exploser à tout moment dans une rage que rien ne pourrait apaiser. Les rares moments où il laisse transparaître une certaine humanité s’expriment dans son amitié envers le petit Samuel, un enfant du voisinage, sans doute parce que celui-ci à encore devant lui toutes les possibilités offertes par la jeunesse, tel un horizon d’opportunités se dépliant autour de lui à 360 degrés. Joseph ne peut néanmoins que s’inquiéter de l’environnement familial peu avenant dans lequel le jeune garçon grandit, entre une mère bien trop jeune et son compagnon à l’intelligence bien limitée. Un individu mal dégrossi dont le seul centre d’intérêt est son pitbull qu’il exhibe tel un symbole de sa virilité. Il promène d’ailleurs cet animal agressif avec une laisse attachée autour de la taille à la manière d’une ceinture. Maître et chien ne faisant qu’un dans une parade des plus grotesque. De ce pitbull, double négatif de son fidèle et affectueux compagnon, Joseph se verrait bien lui faire son affaire non sans un certain plaisir cette fois-ci.<br /><br />Cependant, la vie morne et sans surprise de Joseph va être bouleversée par l’irruption dans son quotidien d’une figure féminine en la personne d’Hannah. Un jour qu’il traîne une nouvelle fois sa carcasse dans un pub des alentours, une violente altercation éclate entre des adolescents et le bouillonnant écossais. Agacé par l’inertie des plus jeunes, leur bêtise et leur irrespect pour les plus anciens, Joseph compte bien les corriger. Pris de panique, ils prennent tous la fuite, sauf un qu’il coince violemment contre un mur. C’est à ce moment que Joseph réalise, à travers le regard terrorisé du garçon, l’homme qu’il est devenu. Effrayé par la violence qui est en lui, il quitte précipitamment le pub et se réfugie tel un animal apeuré dans le premier magasin qu’il trouve sur son chemin : la petite boutique de friperie d’Hannah. Caché derrière une rangée de vêtements suspendus, Joseph s’effondre, révélant derrière sa carapace un homme brisé. La gérante, qui ne prend pas peur de cette soudaine intrusion, réagit avec un grand calme et une grande douceur. Un comportement maternel et plein de compassion auquel il n’est plus habitué depuis bien longtemps. Cette rencontre, fruit du hasard – ou de la fatalité, c’est selon -, ne pouvait pas réunir des personnages plus antagonistes. Lui, athée et alcoolique, se satisfaisant de son existence esseulée, n’attend plus rien de la part de ses semblables. Elle, dévote et fervente catholique, se consacrant aux plus nécessiteux, est persuadée que la société peut encore être changée. Toujours souriante et prête à tendre la main à son prochain, Hannah souhaite aider Joseph à apaiser ses tourments. Or, ce dernier déteste qu’on lui fasse la charité et adopte dans un premier temps une attitude de repli. Il doute que cette femme - à la vie plutôt confortable par rapport à la moyenne des habitants - puisse réellement comprendre, malgré sa dévotion, les maux dont souffrent les plus démunis. Mais il ne tarde pas à découvrir que sous son apparente mansuétude Hannah cache elle aussi de profondes blessures. Une fois derrière les murs de sa maison aux allures bien tranquilles et confortables, cette femme, à la quarantaine approchante et sans enfant, vit un véritable calvaire avec James, son mari. Un homme au comportement instable, oscillant entre des phases de crises et d’introspection, qui prend plaisir à exercer divers d’humiliations et violences à l’encontre son épouse. Dans leurs malheurs, Joseph et Hannah ont finalement plus de points communs qu’ils ne le pensaient. Ces deux personnages si différents au premier abord se rejoignent pourtant dans l’échec de leurs de couples et de leurs choix de vie. L’athéisme et la misanthropie de Joseph n’ont jamais formé une digue assez forte contre le ressac de ses blessures affectives, tandis que la croyance et l’altruisme d’Hannah n’ont pas rendu les Cieux plus favorables à sa vie de femme. L’un voudrait avoir la force de croire, l’autre la possibilité d’être maîtresse de son destin. Grâce à un soutient mutuel, Joseph et Hannah peuvent enfin (re)trouver la volonté et l’espoir nécessaire pour aller de l’avant. <br /><br />Cette éclaircie dans la grisaille de la banlieue de Glasgow reste cependant de courte durée : le mari d’Hannah et le pitbull du voisinage, tous deux animés par la même pulsion de mort, demeurent deux entités diaboliques dont les facultés de nuisance doivent être écartées. Joseph, malgré sa réticence à se mêler des affaires d’autrui, se doit malgré tout de veiller aussi bien à la sécurité de sa nouvelle amie qu’à celle du jeune Samuel, son petit voisin. Des responsabilités qui risquent de le faire basculer dans ses penchants les plus obscurs et causer sa propre perte. Si la violence va bel et bien se déchainer dans l’environnement des deux protagonistes, elle n’emprunte qu’en partie les chemins attendus, chacun faisant finalement face à l’élément négatif qui lui est le plus proche. Après une énième humiliation, Hannah se débarrasse de son époux dans une scène qui reste caché des yeux des spectateurs. Une ellipse narrative qui souligne avec d’autant plus de force la part de ténèbres qui a dû s’emparer d’elle à ce moment précis. De son côté, Joseph même une expédition punitive à l’encontre du pitbull qui, fait prévisible, a irrémédiablement défiguré le jeune garçon. La mort de l’animal, occultée par un muret, s’accompagnera d’un dernier aboiement plaintif et d’un sinistre bruit d’os que l’on écrase à coup de gourdin. Joseph et Hannah ne resteront pas impunis et vont devoir payer un prix à la hauteur de leurs actions respectives. Ils sont en quelque sorte les représentants d’une société où les individus livrés à eux même sont résolus, par un sentiment de désespoir et d’abandon, à se faire justice par leurs propres moyens. Hannah tuant son mari violent avant que ce ne soit lui qui ne la fasse passer un de ces jours de vie à trépas. Joseph vengeant le petit Samuel sous la colère de n’avoir pas été en mesure de prévenir un drame qui s’est produit juste sous ses fenêtres. Face à des individus se comportant comme des animaux enragés et qui ont perdu leur faculté d’expression orale au profit de la violence physique, et en l’absence d’une quelconque autorité émanant de la société, les Hommes ne semblent plus avoir d’autre choix pour survivre que de céder à leurs plus bas instincts. Délaissant leur état civil pour retourner à l’état de nature, tout individu devenant une menace pour l’autre, Tyrannosaur est un instantané, un portrait cru, d’un tissu social qui se délite. Le film va jusqu’au bout de sa logique en se gardant de tout happy end, sa conclusion, âpre et pessimiste, augure un avenir fait uniquement de lendemains qui déchantent. Néanmoins, comme une faible lueur d’optimisme en provenance d’un avenir incertain, la chute d’Hannah et Joseph est désormais finie. C’est le début pour eux d’un long chemin vers la rédemption, un chemin au cours duquel ils vont tenter de se reconstruire, sans pour autant faire fi des ruines sur lesquelles ce nouveau départ est bâti. Leur société quant à elle continue de vaciller sur ses propres fondations, combien de temps tiendra-t-elle encore ?<br /><br /><strong>Un petit film et de grandes émotions</strong><br /><br />Tyrannosaur est le premier film de Paddy Considine. Le cinéaste britannique est loin d’être un débutant dans le milieu du cinéma, cela fait une dizaine d’années qu’il multiplie les rôles de personnages perturbés dans divers productions indépendantes. L’idée du film trouve son origine dans un premier court-métrage, Dog altogether, qu’il a réalisé en 2008. Son récit, une ébauche de ce qui deviendra Tyrannosaur, narre la lente autodestruction d’un homme que la rencontre avec une femme va remettre sur le droit chemin. Une réalisation dans laquelle Paddy Considine avait déjà réuni dans des rôles similaires ses deux acteurs principaux. Peter Mullan, l’interprète de Joseph, et Olivia Colman, qui joue le rôle d’Hannah. Les deux comédiens transcendent leurs personnages grâce à un jeu d’une densité et d’une justesse étonnante. Il est ainsi impossible de ne pas éprouver une certaine tendresse pour le rugueux Joseph, et de ne pas être bouleversé par le calvaire d’Hannah. <br />L’écossais Peter Mullan est un homme de tempérament, il est habitué à incarner des hommes que la vie a malmenés. Des rôles pour lesquels il puise dans son propre vécu familial et sa jeunesse au sein de la classe ouvrière dans la banlieue de Glasgow. Il s’est entre autre fait remarquer en alcoolique sans emploi dans My Name Is Joe de Ken Loach - qui lui a valu de remporter le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes de 1998 - et en contrôleur judiciaire dans Boy A de John Crowley en 2007. Il est également le réalisateur de deux films très marquants et récompensés : The Magdalene Sisters (2002) et le récent Neds. Quand à Olivia Colman, qui lui donne la réplique, elle est issue d’un univers bien différent. Sa carrière est en grande partie construite dans le registre de la comédie, aussi bien au cinéma, à la télévision qu’à la radio. Le rôle d’Hannah représente un grand écart assez conséquent vis-à-vis de ses emplois habituels, et lui permet de faire preuve de son talent dans le registre dramatique qu’elle avait peu approché. Il n’est cependant pas possible d’écrire au sujet des deux comédiens qui portent sur leurs épaules le film, sans évoquer Eddie Marsan, l’interprète de James, le mari violent. Ce dernier a fait partie pendant de longues années de ses acteurs que les amateurs de cinéma retrouvent - généralement dans des rôles de second plan - aussi bien dans de petits films que dans de grosses productions hollywoodiennes, sans pour autant réussir à mettre un nom sur leurs visages. Il faut dire que Marsan a derrière lui une belle collection de personnages inoubliables tous plus inquiétants et névrosés les uns que les autres. Son rôle de moniteur d’auto-école au bord de la crise de nerf dans Be Happy (2008) de Mike Leigh, ou encore de ravisseur homosexuel jaloux de son complice dans La Disparition d’Alice Creed (2009) de J Blakeson, ont sans aucun doute contribué à sa reconnaissance auprès du public.<br />A ce jour, Tyrannosaur totalise 15 nominations et 8 prix. Récompensant aussi bien la mise en scène que l’interprétation des comédiens. Festival de Sundance,&nbsp; BAFTA de Londres, Festival international du film de Tokyo, Festival 2 cinéma de Valenciennes, et bien d’autres festivals à travers le monde. De très beaux palmarès pour ce petit film de 91 minutes, à la mise en scène sobre, sans effets de style outranciers, et porteur de grandes émotions.<br /><br /><strong>Christophe Maillot</strong><br /><br /></div>

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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/je-n-aurais-pas-serre-la-main-d-anders-breivik">
    <title>Je n'aurais pas serré la main d'Anders Breivik</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/je-n-aurais-pas-serre-la-main-d-anders-breivik</link>
    <dc:date>2012-05-15T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Philippe Bilger</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[<div align="justify"><p>&nbsp;</p><h3>Il y a des procès qui n'en finissent pas d'agiter esprits et consciences. De nous faire osciller entre l'admiration pour un Etat de droit et l'étonnement devant certains comportements. Celui d'Anders Breivik en Norvège, sur ce plan, est indépassable.<br /><br /><img width="532" height="355" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/f646a.jpg" /><br /></h3><p>&nbsp;<br />Cet homme, le 22 juillet 2011, a massacré 77 personnes et depuis le 16 avril, après des expertises mentales contradictoires - l'une concluant à son irresponsabilité, à son grand dam, et l'autre retenant sa responsabilité -, il comparaît devant un magistrat.<br />&nbsp;<br />En amont, quand nous avons tous été saisis par l'horreur méthodiquement préparée et accomplie de ces meurtres et par l'effroi devant un cerveau aussi implacablement délirant, empli d'une idéologie aussi rigidement et obsessionnellement cultivée, il n'est personne, à quelques exceptions extrêmes près, qui n'ait été profondément admiratif devant ce petit et grand pays, cette démocratie exemplaire sachant, dans un consensus rare où indignation et émotion se mêlaient sans indécence, si bien résister à l'odieux et aux dérives que sa répression aurait pu entraîner.<br />&nbsp;<br />Comme l'a remarquablement résumé Olivier Truc, &quot;pour les Norvégiens, seule importe la victoire de l'Etat de droit sur un&nbsp; homme qui pensait le mettre à mal&quot; (Le Monde). Il formule cette appréciation au sujet du procès mais elle exprime ce qui est apparu comme l'attitude collective des citoyens norvégiens et de la classe politique face, pourtant, à un choc criminel inconcevable. Il y avait là la traduction d'une exigence appelant à d'autant plus de mesure et de dignité que l'ordre naturel des choses, les exigences élémentaires de l'humain, la compassion minimale pour son prochain avaient été gravement bouleversés. Il y aurait beaucoup à apprendre, pour nous Français, de cette fermeté éthique, de cette force juridique venant poser le sceau d'une inflexible sérénité sur une telle dévastation qui aurait pu emporter plus d'un principe. L'agitation de nos ripostes et notre frénésie législative sont aux antipodes de cette tranquillité si assurée d'elle-même qu'elle n'a même pas peur de se faire qualifier de faiblesse.<br />&nbsp;<br />Est-ce à dire que nous ne sommes jamais surpris par une sorte de paroxysme dans la manifestation de ce que la justice norvégienne estime devoir à Anders Breivik ?<br />&nbsp;<br />Deux procureurs, une femme et un homme, tiennent le siège du ministère public et la première notamment fait preuve d'un calme impressionnant, ne se départissant jamais à l'égard de l'accusé d'une politesse et d'une apparente objectivité qui me semblent la marque des pratiques exemplaires. Le rapport de force à l'audience, les décrets d'autorité et les rodomontades vulgaires, qu'ils soient le fait des présidents ou des accusateurs, représentent ce qu'il y a de pire dans l'expression judiciaire.<br />&nbsp;<br />Pourtant j'avoue avoir été troublé, presque choqué, par le fait que ces deux procureurs accompagnés par quatre psychiatres se sont rendus l'un après l'autre auprès d'Anders Breivik pour lui serrer la main.<br />&nbsp;<br />Je voudrais m'attacher exclusivement au comportement de ces deux magistrats, l'attitude des psychiatres étant moins singulière et provocatrice par rapport à notre conception de la justice criminelle même si évidemment rien de semblable ne pourrait se produire en France.<br />&nbsp;<br />En attachant le plus grand prix à l'urbanité judiciaire, à la nécessité de ne pas faire de surenchère dans la mise en oeuvre d'une démarche qui s'inscrit clairement dans une structure de rigueur et de contrainte - le ministère public qui en &quot;rajoute&quot; fait à mon sens, dans notre univers français, dans le pléonasme -, je demeure toutefois réservé devant ce geste introduisant, dans le processus à venir, une familiarité, une banalité qui ont d'ailleurs offensé certains Norvégiens même si la plupart des observateurs l'ont compris et approuvé.<br />&nbsp;<br />Ce n'est pas la même chose de laisser à l'accusé, dans l'espace judiciaire, le plus de latitude possible - il n'est pas menotté et peut faire d'emblée un salut provocateur par exemple - et de lui marquer une considération qui paraît inadaptée en un tel lieu. Comme l'a écrit un éditorialiste norvégien, &quot;un comportement poli et correct lors du procès est une chose. Mais rien n'oblige à serrer la main d'un meurtrier&quot;.<br />&nbsp;<br />Il faut tenter de percevoir ce qui motive cette volonté forcenée de faire comme &quot;d'habitude&quot;. A l'évidence, il n'y a pas deux blocs distincts qui seraient totalement étrangers l'un à l'autre. L'humain et le judiciaire, au contraire, sont profondément liés et il serait hors de question d'expulser de l'audience la vraie vie, l'existence avec ses rites, ses règles, ses codes et ses délicatesses. On salue dans la quotidienneté, qu'elle soit ordinaire ou spéciale. Cet être, dont on sait qu'il appartient à notre humanité, on va le traiter comme un homme jusqu'au plus petit détail qui est de serrer la main à autrui quand on le rencontre.<br />&nbsp;<br />Il y a sans doute davantage puisque ces deux procureurs étaient libres de leur choix et auraient pu s'abstenir d'aller vers Breivik pour lui offrir cette marque de proximité, cette preuve de civilité. Comme si de rien n'était. Mais cette poignée de main était moins destinée, d'une certaine manière, à l'accusé que pour se démontrer à eux-mêmes l'obligation de camper coûte que coûte dans une relation précisément civilisée. Cette poignée de main venait comme un barrage devant tout ce qui probablement, face à l'immensité de ces crimes, aurait risqué de déstabiliser et de rendre injuste. Elle vous enfermait par avance dans un carcan de tenue et de modération. Elle était déjà presque un acte de justice.<br />&nbsp;<br />Je n'ose penser aux polémiques qu'aurait suscité chez nous, lors d'un procès emblématique à tous points de vue, une telle attitude. L'avocat général aurait été désapprouvé par tous sauf par l'avocat de l'accusé et les parties civiles se seraient élevées contre cette provocation. On aurait évoqué une mesure disciplinaire.<br />&nbsp;<br />Imaginons qu'au début du premier procès de Youssouf Fofana, il me soit venu à l'esprit de procéder à cette incongruité d'aller lui serrer la main avant que les débats débutent. La famille d'Ilan Halimi, son avocat, le CRIF, BHL, la LICRA et le MRAP, le garde des Sceaux, le président de la République m'auraient accablé et pourtant je l'aurais fait condamner de la même manière avec les mêmes réquisitions.<br />&nbsp;<br />Les familles des victimes en Norvége ont été aussi dignes et exemplaires que possible. Si elles ont été troublées par ces poignées de main, elles l'ont gardé pour elles.<br />&nbsp;<br />J'admire la justice norvégienne mais je persiste. Je n'aurais jamais serré la main de Youssouf Fofana. Je n'aurais pas serré la main d'Anders Breivik. Aussi compréhensive et humaine qu'elle veuille apparaître, l'audience criminelle relève d'un autre registre que celui qui a cours loin d'elle.<br />&nbsp;<br />On n'a pas besoin d'une poignée de main pour savoir et se persuader que même le pire malfaisant est un homme.</p><p><strong>Philippe Bilger</strong><br />&nbsp;</p></div>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/relire-benoit-oublier-drieu">
    <title>Relire Benoit, oublier Drieu</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/relire-benoit-oublier-drieu</link>
    <dc:date>2012-05-15T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Raphaël Sorin</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[<div align="justify"><h3>Pour le cinquantième anniversaire de la mort de Pierre Benoit, les éditions Albin Michel ont mis le paquet: rééditions de trois de ses romans, préfacés chacun par un auteur contemporain, et grosse biographie due à Gérard de Cortanze, tout à fait intéressante.<br /><br /><img width="525" height="631" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/hr1.jpg" /><br /><br /><br /></h3>Elle étudie de très près le dossier de l’auteur de L’Atlantide, poursuivi comme collabo, emprisonné à Fresnes, qui sortit de cette épreuve blanchi comme neige et brisé. On y apprend aussi qu’il fut un grand séducteur, capable de tomber la troublante Musidora ou de se languir pour la richissime Florence Gould. Quant à sa survie littéraire, c’est une autre histoire. Il y a plus de vingt ans, chargé par Francis Esménard, patron d’Albin et filleul de Benoit, d’exploiter le fonds de la maison, je choisis de reprendre Mademoiselle de la Ferté (préfacé ici par Eric-Emmanuel Schmitt). Patrick Besson, admirateur déclaré de Benoit, écrivit une parfaite présentation du roman que je regrette de ne pas retrouver en 2012.<br />&nbsp;<br /><strong>VITOUX SE MET LE DOIGT DANS L’OEIL</strong><br />&nbsp;<br />En revanche, Frédéric Vitoux, sollicité pour préfacer Axelle, emporté par l’enthousiasme, déraille un peu. Il rappelle que le romancier est mort en 1962, année où Godard réalise Vivre sa vie tandis que Grangier tourne Le Gentleman d’Epsom et il oppose un film «solide, carré, bien fait» aux «afféteries tarabiscotées de Godard». Pilier de Positif, le gentil académicien ne peut pas encaisser le Suisse, soit, mais de là à proférer une pareille ânerie? Je lui pardonne quand même en partie parce qu’il évoque un souvenir que nous avons en commun et qui date de 1965: nous fréquentions dans l’île Saint-Louis une charmante comédienne, Anna Gaël, interprète d’une adaptation télévisée de… Mademoiselle de la Ferté. Elle fit un brève carrière puis épousa un aristocrate anglais, Lord Weymouth. Il a également la franchise désarmante de souligner les limites de l’art de Benoit qui n’est ni Giraudoux, ni Morand, ni Bernanos, ni Cendrars. Pour ceux qui auraient envie de s’y plonger, je conseille un de ses romans les moins connus, L’Ile verte (un de ses préférés), dont le décor n’est pas exotique ni l’intrigue rocambolesque.<br /><strong>&nbsp;<br />FRANK ET L’ANTISEMITE</strong><br />&nbsp;<br />L’entrée d’un écrivain dans la Pléiade s’accompagne toujours d’un véritable tintamarre.<br />Après Virginia Woolf c’est donc Pierre Drieu la Rochelle qui excite les foules. On ne l’avait pas oublié. Des biographes (Desanti, Grover) nous avaient tartiné l’histoire de ses amours, détaillé ses faiblesses, ses suicides. On allait revoir le film de Louis Malle, Le Feu follet, avec un Maurice Ronet formidable et, mais on le connaît moins, redonné sa chance à La Voix, de Pierre Granier-Defferre, un adaptation d’une de ses nouvelles, signée Claude Miller, un film honnête, tourné dans les studos d’Arpajon (je passais une journée dans le décor, reconstituant un restaurant en terrasse à Rome, avec une étonnante découverte).<br />Pour me rafraîchir la mémoire, il me parut nécessaire de relire La Panoplie littéraire de Bernard Frank et de compulser Le Cahier de l’Herne dirigé en 1982 par Marc Hanrez.<br />Frank, fasciné par Drieu, ne traite pas vraiment le sujet et les contributions savantes du Cahier le noient un peu. Je me demande si, hormis Le feu follet, La comédie de Charleroi et des jugements littéraires, réunis par Grover dans Sur les écrivains (Gallimard, 1982), l’œuvre romanesque de Drieu n’a pas pris un redoutable coup de mou. Il correspond à une absence de fermeté dans son existence, à ses faiblesses, ses doutes, ses fausses certitudes. Gilles ou Une femme à sa fenêtre, par exemple, sont des livres «malades» au sens truffaldien du terme.<br />La misogynie et l’antisémitisme de Drieu, voilà ce que Frank a du mal à percer complètement à jour. Pour moi, ils le rendent peu aimable et je peux les juger tels quels, haïssables.<br />&nbsp;<br /><strong>BONUS</strong><br />&nbsp;<br />David Alliot, responsable d’un remarquable D’un Céline l’autre (Bouquins/Laffont) prépare un hommage à la veuve de l’écrivain. Lucette Destouches aura cent ans dans quelques jours. Le 15 mai, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, paraît un ensemble de contributions affectueuses de François Gibault, Frédéric Vitoux, Christophe Malavoy ou Serge Perrault. <br /><br />Courageusement, dans le Journal du dimanche du 29 avril Philippe Sollers brocarde le président sortant qui dit que Les liaisons dangereuses «lui tombent des mains». Négliger Laclos! Une erreur de goût ou une faute politique? Ou se contentera de lire son libelle sur l’Education des femmes (chez Mille et une nuits). On y trouve de fortes pensées où se reconnaît le géomètre et le stratège.<br />&nbsp;</div>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/dantec-parle-de-satellite-sisters">
    <title>Dantec parle de Satellite Sisters</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/dantec-parle-de-satellite-sisters</link>
    <dc:date>2012-05-15T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator></dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[<strong>Interview exclusive de Maurice Dantec pour le site <a href="http://www.actualitte.com/dossiers/monde-edition/interviews/satellite-sisters-est-mon-premier-vrai-thriller-de-science-fiction-maurice-g-dantec-1730.htm" target="_blank">Actuallité</a>&nbsp; (la seconde partie de l'entretien est disponible en haut de la première partie).</strong><br /><br /><img width="650" height="433" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/gfggr.jpg" /><br />

]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/cocorico-enroue-pour-le-puy-du-fou">
    <title>Cocorico enroué pour le Puy du Fou</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/cocorico-enroue-pour-le-puy-du-fou</link>
    <dc:date>2012-04-28T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maximilien Friche</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<div align="justify"><h3>L’oxymore est incontournable pour qualifier les réactions françaises au sacre du parc d’attractions du Puy du Fou comme meilleur parc du monde. En effet, rarement silence n'a été aussi assourdissant. Frédéric Mitterrand n'a rien dit. Bruno Retailleau, le Brutus vendéen, n’a rien dit. Valéry Giscard de Vulcania n’a rien dit. René Monory n’a rien dit, mais lui c’est normal puisqu’il est mort. Et pourtant, le parc vendéen du Puy du Fou a reçu samedi 17 mars, à Los Angeles, le Thea Classic Awards 2012 par l'association internationale des parcs à thèmes. Traduction : l’oscar des oscars des parcs d’attractions au niveau mondial, devant 700 parcs et spectacles d'une quarantaine de pays. <br /><br /></h3><img width="650" height="541" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/you.jpg" /><br /><br /><strong>The Artist is Philippe de Villiers</strong><br /><br />Le silence est peut être dû à la lassitude des Français de gagner des récompenses internationales depuis The Artist avec Jean Dujardin, on se grise facilement... Nous ne pouvons pas croire que le parc fondé en 1989 par l’homme politique Philippe de Villiers soit boudé et méprisé par le corps intermédiaire journalistique dans une optique militante. Ce serait faire affront aux professionnels de la propagande. Nous ne pouvons pas croire non plus que les mondes politiques, culturels et éducatifs aient renoncé délibérément à se réjouir pour une victoire française. Ce serait faire affront aux nombreuses préoccupations on ne peut plus graves et sérieuses qui les hantent en ces temps de campagne électorale. La personne de Philippe de Villiers n’a rien à voir avec le silence médiatique, c’est une question de conjoncture. Si Philippe de Villiers avait joué le rôle muet (fantasme de ses contradicteurs) à la place du Dujardin, tout le monde aurait sans doute fait une standing ovation bruyante. Quoiqu’il parvienne assez bien à se taire en n’étant plus candidat.<br /><br />En guise d’ovation, Villiers et ses collaborateurs se sont juste contentés de celles de Steven Spielberg et de George Lucas. Il ne sert à rien de réveiller un corps intermédiaire qui dort à Paris. A Los Angeles, le président du jury a simplement dit que le Puy du Fou faisait partie du « patrimoine mondial des spectacles qu’il faut avoir vus.» Pour un parc simplement géré par une association, bien à l’abri des subventions publiques et privées, concurrencer avec son petit budget les mastodontes type Disney, c’est apporter la preuve de la primauté de la créativité et de la culture dans le divertissement. Cela fait plusieurs années que les Etats Unis entre autres viennent essayer de comprendre le fonctionnement à la base du succès du Puy du Fou, et demander aide et conseils pour l'export de ses innovations. Il n’y a finalement qu’en France que l’on méprise le succès vendéen et que l’on méprise souvent le succès tout court.<br /><br /><strong>Une arche pour l’histoire de France</strong><br /><br />Ce qui est évidemment précieux dans ce parc d’attractions, c’est le condensé de notre culture. Le parc commence avec la fin de l’empire romain et la naissance de la civilisation chrétienne, et il s’achève avec le chemin de la mémoire, l’attraction historique du parc, illustrant le génocide vendéen commandité par la république naissante. La Cinéscénie, le grand spectacle du soir, quant à elle, pousse l’histoire jusqu’à la seconde guerre mondiale. Peu importe où s’arrête notre histoire d’ailleurs. Peu importe quand la France est morte. Ce qui est certain c’est que le divertissement créé par Philippe de Villiers représente un conservatoire de notre culture, de notre histoire. Divertir en enseignant ? Ce n’est même pas aussi prétentieux et c’est sans doute supérieur. Bien sûr les parcs d’attractions sont méprisables, bien sûr nous sommes dans la société du divertissement et des festivals, bien sûr nous sommes dans ce qu’aurait pu vomir et moquer Philippe Muray. Bien sûr. Mais si on disait que le Puy du Fou a vocation à être une arche… Si on prenait conscience que la civilisation française est en voie d’extinction et que son prolongement, sa survie est un vulgaire parc d’attraction, cela pourrait pousser certains à faire la queue grégairement pour prendre un ticket et monter dans l'arche en marche.<br /><br />Le déluge pourrait être représenté par la politique du Grand Remplacement de notre population. Ce serait faciliter le travail des obsédés de l’antiracisme. Nous préférons donc considérer que le déluge se manifeste par les multiples raisonnements anti français, anti occidentaux, et antichrétiens, de la France qui ne s’aime plus, de cette France révolutionnaire bâtie sur la haine d’elle-même, de cette France qui ne souhaite plus être désirée tout en organisant 365 jours par an de portes ouvertes. Le déluge est aussi celui des pardons pour la colonisation, pour la Saint Barthélémy, pour les croisades, pour la collaboration, pour Napoléon, pour la guerre d’Algérie, pour ne pas être rayée de la carte.<br /><br />Le Puy du Fou force au contraire le coq gaulois à bomber le torse. S’il ne reste que ça, un parc d’attractions, de notre grande civilisation, c’est sans doute pathétique, dérisoire et même humiliant. Néanmoins les Puyfolais (1) incarnent une mémoire, en vrai 3D puisqu'elle est en chair et en os, une sorte de civilisation de sauvegarde, une arche culturelle, disons-le. Le pathétique ne vient pas du parc mais de la France elle-même qui pousse quelques courageux donquichottesques à y réfugier leur mémoire. Le Thea Classic Awards ne peut pas avoir été insensible, au-delà des prouesses techniques du Puy du Fou, à la richesse culturelle d’un tel projet.<br /><strong><br />Un modèle de société</strong><br /><br />L’ironie n’est jamais absente de l’actualité et surtout de la réalité. Imaginez : le parc du Puy du Fou reçoit l’oscar des oscars des parcs d’attractions, par ailleurs son créateur Philippe de Villiers est vu dans son pays comme un nationaliste non fréquentable, et le modèle économique créé autour du parc présente tous les aspects d’une société moderne, socialement équitable, et économiquement performante. Insupportable réalité paradoxale ! D’abord, le parc appartient à une association. Cette association est celle qui organise le grand spectacle du soir de la Cinéscénie depuis 1978 (2). Le spectacle avec 1200 acteurs sur une scène de 23 ha a fonctionné sur le principe du bénévolat. Son succès a permis d’engendrer une entreprise comme le parc d’attractions. Les chefs du jour se trouvent dirigés parfois par leurs employés le soir pour la Cinéscénie, dans une réversibilité très professionnelle. L'entreprise du parc a permis de hisser&nbsp; l’artisanat au niveau de l’excellence avec 60 savoir-faire ou technologies de spectacle où les Puyfolais sont pris en référence mondiale. En 1998, des académies juniors ont été fondées pour former les futurs techniciens et artistes du Puy du Fou. Le puzzle sociétal est ainsi assemblé et permet la croissance.<br /><br />Bref, au-delà du parc d’attractions, un modèle social a été créé. On pourrait même dire, si on considère les changements de rôles entre le jour et le soir, un modèle de révolution permanente à faire pâlir Mélenchon...&nbsp; Tous les concepts modernes sur la solidarité intergénérationnelle, sur l'économie responsable, sur le développement durable, etc. toutes ces idées &quot;nouvelles&quot; qui s'habillent si facilement de dialectique moralisante semblent s'incarner sans grand discours dans ce coin de Vendée. En toute modestie, Villiers, The Artist qui a écrit l'ensemble des spectacles depuis 35 ans, a créé également une société, un monde de laboratoire où se rencontrent une économie vertueuse, une organisation politique équilibrée, un projet culturel ancré dans les racines locales. Le ciment de cette réussite est d'une évidence arrogante pour les ennuyeux fonctionnaires parisiens de la culture : l'attachement à un territoire et le souffle d'un homme.<br /><br /><strong>Maximilien Friche</strong><br /><br />(1) Le mot désigne l’ensemble des bénévoles qui font avancer le spectacle<br />(2) L’aventure du Puy du Fou – Philippe de Villiers – Albin Michel - ISBN-10: 2226158669<br /></div>
]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/la-alpha-et-la-omega-par-dominique-a">
    <title>L’Alpha et l’Omega par Dominique A</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/la-alpha-et-la-omega-par-dominique-a</link>
    <dc:date>2012-04-27T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maximilien Friche</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<div align="justify"><h3>Dominique A vient de sortir son neuvième album, « Vers les lueurs », 20 ans après ses débuts. Il y a quelque chose d’à la fois intact et inouï chez cet artiste. Chacun de ses albums semble essentiel et suffisant,&nbsp; le chanteur y est sans cesse récapitulé. Il aurait pu n’en faire qu’un et cela aurait pu être celui-là, se dit-on à chaque fois. C’est encore le cas pour&nbsp; « Vers les lueurs ». Nous allons tout de même l’écouter avec tous les autres en tête.<br /><br /><img width="630" height="250" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/kul.jpg" /><br /></h3><br />« <em>Le chef de fil de la chanson minimaliste du début des années 90</em> » comme dirait Bernard Lenoir, celui qui est resté le grand frère d’une certaine génération (Diabologum, Katerine, Cali, Miossec, Superflu, Betsch, Tiersen, Toorop, Breut, Minière...) est parvenu encore à se renouveler avec toute sa matière. L’album se laisse difficilement morceler en chansons, sa grande unité est sous-tendue par la composition riche en sons qui l’accompagne cette fois. Ce sont des séquences qui restent, des phrases. Dominique A signe un album où il se récapitule et se diffracte en même temps, prenant encore une fois le risque de tout miser de sa personne, prenant le risque de nous faire espérer être nous aussi incorporés à la matière créée. <br /><br /><strong>Vers la sonorité</strong><br /><br />On l’a parfois connu guitare sèche, on l’a souvent entendu entouré de la formation clavier-basse-batterie. Là, nous avons d’emblée en plus : orgue, clarinette basse, clarinette, basson, hautbois, cor anglais, contrebasse, flûte traversière, alto, piccolo, etc. Même si on reconnaît le rythme et la tonalité, c’est comme si le corps musical de Dominique A se trouvait diffracté. Il a osé la sonorité mais &quot;le disque sourd&quot; (1), le premier, celui des origines, l’objet des premières audaces, reste là, palpable par en dessous comme un cœur &quot;au courant.&quot; Quelque chose qui bat. Quelque chose qui sait. L’essentiel de Dominique A reste à l’intérieur. Le sourd est à l’intérieur de l’orchestre d’aujourd’hui. Une obscurité dans la lumière, mais restant non saisie par la lumière. Quelque chose qui s’enracine dans la mort pour la dépasser. On retrouve le sourd sous l’abondance de sons, dans l’ambiance parfois bigbandesque de certains titres. On n’ose pas les comparaisons, mais les clarinettes tonitruantes nous rappellent parfois le classique d'un Artaud, du classique individualisé dans chaque instrument et finalement décomplexé. <br /><br />Dominique A - disque sourd - 1991 - Syl :<br />[YOUTUBESpojAGpyfuk][650,300]<br /><br />Dominique A - Vers les lueurs - 2012 - Close West (live) :<br />[YOUTUBEwx2nIHeow9w][650,300]<br /><br />Dominique A - Vers les lueurs - 2012 - Par les lueurs (live) :<br />[DAILYMOTIONxpchu4][650,300]<br /><br /><br />Mais l’orchestre n’est rien dans ce chemin vers la sonorité. L’essentiel est porté par la voix. Depuis longtemps déjà, Dominique A nous a révélé que tout son projet réside dans sa voix, la mince élévation de l’âme. Depuis &quot;Auguri&quot;, la voix est clairement, de façon décomplexée, et en nuances parfois osées, au premier plan. Loin devant. Le rock est un véhicule comme un autre, comme une musette. Le rock n'est qu'une formation musicale. L’essentiel de l’artiste est dans l’écriture et l’interprétation, dans la composition et l’incarnation. En vingt ans, à ses côtés, nous sommes passés d’une poésie de l’austérité à l’évidence d’un lyrisme. Il est impossible de ne pas faire le parallèle entre le mouvement vers la lumière initié par le titre de l’album (et au moins quatre titres de cet album) et, le mouvement vers la sonorité de l'ensemble, l’individuation du son et du souffle dans chaque instrument. Et il est également impossible de considérer cela comme un stade d’évolution. L’essentiel de Dominique A était présent dès &quot;le disque sourd&quot; ou &quot;la fossette&quot;, et l’essentiel de l’artiste est encore présent dans &quot;Vers les lueurs.&quot; Nous sommes comme face à une forme extraordinaire, après une forme épurée, d’un même rite. Beaucoup d’encens, de beauté, un vrai sens du sacré et toujours le même noyau. S'il ose ouvrir sa musique aux instruments à vent, c'est qu'il est sûr de pouvoir les incorporer à son univers plus solide que jamais. Dominique A vieillit en prenant de la distance avec la peur. La signification cachée de cette différence entre les débuts et maintenant semble dévoiler un coin d'espérance têtue contenue dans l'œuvre de Dominique A.<br /><br /><strong>Le sublime au risque du ridicule</strong><br /><br />Qu'est-ce que l'essentiel de Dominique A retrouvé au cœur de &quot;Vers les lueurs&quot; ? Une signature dans le rythme, la tonalité, la voix, la phrase. Une signature. Un vibrato sans trop de puissance et derrière, tout le temps, comme un roulement de tambour, des saccades, une perpétuité, des bottes qui avancent inéluctablement. La marque de fabrique est reconnaissable sous le souffle des instruments. Le chant est tout à la fois obstiné et résigné. Il n'est jamais dépressif, il est vivant et conscient de sa précarité. Il est comme ce qui peut faire passer le temps dans une marche interminable, il est ce que l'on marmonne au sein du convoi, parmi un peuple prédestiné à ...<br /><br />Dominique A - Vers les lueurs - 2012 - Le convoi (live)<br />[YOUTUBEYrTknKTEO5g][650,300]<br /><br />Maintenant qu'il a duré, il peut tout oser. Il ne s'est jamais préservé, mais là il semble entièrement conscient que le sublime ne peut être atteint qu'au risque du ridicule. Comme Jacques Brel. Dans son vidéo-clip, il ose la danse, des gestes saccadés et patauds pour faire le danseur, pour rendre grâce. C'est la maladresse qui est le témoin de l'incarnation, c'est aussi elle qui attendrit un père. Il doit le savoir. Cela rappelle une vieille chanson où il n'arrivait pas à chanter en chœur avec Françoise Breut et lui-même (2). Exprès. Comme un funambule, il danse comme il chante, sur une lame de rasoir. Pour s'obliger à s'alléger. Personne ne rit de le voir.<br /><br />Dominique A - Vers les lueurs - 2012 - Rendez-nous la lumière (clip)<br />[DAILYMOTIONxpg6ze][650,300]<br /><br />Il s’inscrit entièrement dans chacun de ses albums, et si on cherchait à être analytique, dans chacune de ses phrases musicales également. Il y met son commencement à chaque fois, il est fort probable qu’il y mette aussi sa fin. Sa façon de se recréer à chaque album, de flirter avec le ridicule par amour du beau, confère au chanteur l'atout incontournable pour être un artiste, celui d'être prêt pour le sacrifice. <br /><strong><br />Ralliement à son désir de lumière</strong><br /><br />&quot;Oublie la ville, oublie la vitesse, publie l'agression verbale...&quot; Nous avons toutes les craintes au début de l'album que l'âge ait fait basculer notre chanteur dans des propos mièvres et moralisateurs. Mais là aussi, il s'agit d'un risque qu'il prend, d'un ridicule qu'il ose pour tenter le sublime. Sa poésie arrive tranquillement au tournant du couplet. &quot;Contre un arbre&quot;. Sa poésie rend ses textes totalement hermétiques à toute récupération temporelle. Un mystère envahit les mots comme un léger brouillard, ce qui semblait évident devient énigmatique. Les phrases qui nous restent ne sont que des séquences mystiques. Dominique A semble tourner autour d’une certaine révélation. Il tourne autour pour manifester son désir. C’est ainsi que nous sommes reliés à lui, par son désir de foi, son écriture apophatique. La lumière est bien plus qu’une obsession depuis tous ses albums, c’est une quête. Le champ lexical de &quot;Vers les lueurs&quot; est envahi de références au soleil, à la lueur, à la lumière et aux contraires, l’ombre, l’obscurité, etc. &quot;La plupart des chansons font référence à la lumière, avoue Dominique A. C'est une thématique involontaire mais bien réelle.&quot; (3)<br /><br />Dominique A - Vers les lueurs - 2012 - Rendez-nous la lumière (live) :<br />[YOUTUBEuGaXk0kVYzs][650,300]<br /><br />Dominique A - Vers les lueurs - 2012 - Vers le bleu (live) :<br />[YOUTUBEj-A6rBVHiqo][650,300]<br /><br />Dominique A - La Fossette - 1992 - Sous la neige (live)<br />[YOUTUBEnIqOcTNdAAw][650,300]<br /><br />Au final, les séquences retenues forment un élan mystique aux échos interminables qui remontent « inlassablement et chaque fois trouvent une place » entre notre ventre et notre souffle. La chanson recomposée, le désir de foi qui fait des montagnes russes, ce long convoi vers la lumière, voilà :<br /><br />&quot;Ce soir, c’est l’agonie d’un soleil, ses rayons ne sont maintenant plus que des étincelles.&quot; (1981)<br />&quot;Faible attirance pour la lumière, mes mots ne pèsent pas plus que l’air…&quot; (1991)<br />&quot;Allons dans un sentier où la lumière est franche, nous parlerons sûrement de partir quelques jours.&quot; (1992)<br />&quot;Nous nous perdons dans le jour&quot; (1993)<br />&quot;Mon amour, la grisaille est passée, quelque chose a dû la chasser, elle avait pourtant recouvert tout, elle s’était déposée, comme de la poussière partout.&quot; (1999)<br />&quot;Et nous supplions nos ombres de revenir nous cacher, d’encercler ce monde impossible à regarder.&quot; (2004)<br />&quot;C’est lui qui vient à toi, il est là : l’horizon.&quot; (2006)<br />&quot;Je ne t’ai jamais dit, mais nous sommes immortels.&quot; (2009) <br />&quot;L’obscurité me fait des signes, elle me trouve parfait dans le jour qui décline, je lui plais.&quot; (2012)<br />&quot;Oh même en plein soleil, on est toujours loin du soleil. &quot;(2012)<br />&quot;Et soudain, par des lueurs, nous voilà traversés par des lueurs.&quot; (2012)&quot;<br /><br />(1) Disque autoproduit par Dominique A en 1991<br />(2) Chanson de la ville silencieuse - album &quot;si je connais Harry&quot; (1993)<br />(3) Le Figaro le 26/01/2012<br /></div>
]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/le-chemin-de-la-impuissance-da-edgar-morin-">
    <title>Le chemin de l’impuissance d’Edgar Morin</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/le-chemin-de-la-impuissance-da-edgar-morin-</link>
    <dc:date>2012-04-27T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Jean Jacob</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<div align="justify"><h3>Au moment où la défaite de Sarkozy semble à beaucoup une évidence, le moment est bien venu de nous interroger sur les maîtres à penser que la société capitaliste/productiviste se donne. La petite musique de la fatalité prend aujourd’hui les couleurs de la complexité poétique. À droite et à gauche, à l’UMP, au PS et chez les écologistes, dans les médias responsables, ils sont nombreux à avoir baissé la garde en succombant à cette mélodie.<br /><br /><img width="605" height="424" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/jk7.jpg" /><br /></h3><br />Né en 1921, l’essayiste Edgar Morin est pour beaucoup dans cet avachissement généralisé. Dans les années 1950, cet ancien grand résistant est revenu penaud des lendemains qui déchantent et a progressivement pris ses distances avec le communisme institutionnel. Dans les années 1960, un peu esseulé théoriquement, il s’est lancé à l’affût des nouvelles modes intellectuelles, en découvrant notamment les bienfaits de la « contre-culture » américaine et de toute une flopée de sciences comme la cybernétique ou l’écologie.<br />C’est avec cette nouvelle approche qu’il a fermement établi que le monde est « complexe ». Bref, qu’il est constitué d’un enchevêtrement de différents phénomènes qui lui donne consistance. Ainsi, une action dans ce fatras de phénomènes risque très vite de provoquer des effets inattendus, au point de se retourner parfois contre l’objectif initial. La remarque est intéressante et elle marche à presque tous les coups. On peut en effet toujours déceler dans n’importe quelle situation des effets inattendus. Il faut donc adopter une « écologie de l’action », c’est-à-dire envisager même l’inenvisageable afin de parer à de funestes lendemains.<br />C’est dans la foulée de ce constat qu’Edgar Morin a aussi découvert que rien&nbsp;&nbsp; &nbsp;n’est définitivement&nbsp;&nbsp; &nbsp;tout noir ou tout blanc, mais que tout phénomène combine des pôles antagoniques complémentaires et illustre souvent une forme d’auto-organisation. Il y a toujours du bon et du méchant chez lui, car le monde est « complexe ». Le 8 février 2012, il prônait ainsi une fois de plus la « symbiose du meilleur de toutes les cultures » dans Le Monde...<br />Or, d’autres intellectuels et hommes politiques pressés d’en découdre avec une sommaire lutte des classes cheminent depuis longtemps sur des sentiers similaires. Une nébuleuse puissante, jadis regroupée autour d’un « Groupe des Dix », avait même rassemblé quelques importants comme Robert Buron, Armand Petitjean, Jacques Robin, Félix Guattari et aussi Joël de Rosnay, Michel Rocard... S’ils brassent souvent de grandes idées planétaires, épisodiquement de fumeuses digressions ésotériques, ces personnalités convergent néanmoins&nbsp;&nbsp; &nbsp;sur&nbsp;&nbsp; &nbsp;un&nbsp;&nbsp; &nbsp;point :&nbsp;&nbsp; &nbsp;il&nbsp;&nbsp; &nbsp;faut&nbsp;&nbsp; &nbsp;en&nbsp;&nbsp; &nbsp;finir avec toute action politique trop volontariste et vite jeter l’État jacobin aux ornières.<br /><strong><br />La « complexité » du monde</strong><br /><br />« La nature de l’homme est complexe, les fins de la société le sont au plus haut degré ; aussi aucune conception ou organisation simple du pouvoir ne peut-elle convenir ni à la nature de l’homme ni à celle de ses affaires. » Le contre-révolutionnaire Edmund Burke avait déjà rudement bien saisi les choses en 1790 dans ses <em>Réflexions sur la Révolution de France</em> (Paris, Hachette, 1989, p. 78). Autre héraut de la « complexité » du monde, Friedrich August von Hayek lui a d’ailleurs rendu amplement hommage.<br /><br />Eux aussi avaient déjà bien compris que le monde est trop complexe pour être régi par une prétentieuse volonté générale, démocratique. Aussi avaient-ils tout fait pour en limiter les errements funestes en lui opposant une série de&nbsp;&nbsp; &nbsp;contre-pouvoirs :&nbsp;&nbsp; &nbsp;monarchie, corps intermédiaires, marché... Aujourd’hui, les choses ont un peu changé. Et les hérauts de la « complexité » ont trouvé une nouvelle formule, un peu moins rance et très branchée. Face à l’affreux et potentiellement liberticide « gouvernement » vertical, jacobin, égalitaire, autoritaire, mais malheureusement élu par le peuple, ils vantent les bienfaits de la « gouvernance », plus horizontale, sensible aux acteurs de terrain auxquels on confiera&nbsp;&nbsp; &nbsp;volontiers&nbsp;&nbsp; &nbsp;le&nbsp;&nbsp; &nbsp;soin&nbsp;&nbsp; &nbsp;de régler eux-mêmes leurs différends. Place sera faite au marchandage généralisé, qui froissera moins la « complexité » du réel. Comme dirait Joël de Rosnay à l’Unesco (où l’on voit souvent parader Edgar Morin), « il est clair que les structures traditionnelles de l’Europe latine et jacobine s’opposent à l’irruption de ces réseaux » (<em>in </em>J. Bindé, <em>Les Clés du XXIe siècle</em>, Paris, Unesco/Seuil, 2000, p. 297). Daniel Cohn-Bendit, disciple d’Edgar Morin, l’a bien compris et avait lui aussi plaidé en 2009 (<em>Que faire ?</em>,&nbsp;&nbsp; &nbsp;Paris,&nbsp;&nbsp; &nbsp;Hachette, 2009, pp. 148-150) pour la « gouvernance », les « réseaux », « la régulation » plutôt que la loi. Pour réveiller le citoyen, Edgar Morin n’a de son côté rien trouvé de mieux que d’en faire exploser la figure.&nbsp;&nbsp; &nbsp;En&nbsp;&nbsp; &nbsp;2011,&nbsp;&nbsp; &nbsp;il faisait ainsi l’éloge de la gouvernance dans <em>La Voie pour l’avenir de l’humanité </em>(Paris, Librairie Arthème Fayard, 2011). « Une politique nouvelle nécessiterait l’action conjointe de l’État, des collectivités publiques, des associations privées et des citoyens. Elle appellerait ce qu’un sociologue a nommé une “gouvernance de concertation”. Elle requerrait de conjuguer la socio-régulation, l’éco-régulation et l’égo-régulation » (p. 93).<br />Dans le champ des politiques publiques, l’heure est donc au repli. Edgar Morin est sans doute pour beaucoup dans ce naufrage. Son œuvre constitue comme un Titanic de la pensée politique progressiste. Rameutant maints savoirs et envolées lyriques, les travaux d’Edgar Morin finissent en effet toujours par faire sombrer les meilleures volontés du monde. On ne peut qu’en sortir tétanisé et paralysé dans sa volonté et son&nbsp;&nbsp; &nbsp;action.&nbsp;&nbsp; &nbsp;C’est normal :&nbsp;&nbsp; &nbsp;le&nbsp;&nbsp; &nbsp;monde est « complexe ». Sa pédante « écologie de l’action » aboutit ainsi systématiquement à une kyrielle d’inactions. Les victimes du morinisme appliqué sont légion.<br /><strong><br />NKM et think tank toc</strong><br /><br />Michel Rocard a longtemps été révolutionnaire, puis il a lu Edgar Morin. En 1988,&nbsp;&nbsp; &nbsp;devenu&nbsp;&nbsp; &nbsp;enfin&nbsp;&nbsp; &nbsp;Premier ministre, il avouera avec candeur que le monde est « complexe »&nbsp; –&nbsp;&nbsp; &nbsp;c’est&nbsp;&nbsp; &nbsp;prouvé&nbsp;&nbsp; &nbsp;scientifiquement&nbsp;&nbsp; &nbsp;–&nbsp;&nbsp; &nbsp;et qu’il ne peut donc pas faire la révolution. C’était l’histoire d’un autogestionnaire devenu gestionnaire.<br />En 1992, le Parti socialiste a été tout aussi mal inspiré. Il s’est également nourri des travaux d’Edgar Morin et n’a pas manqué de le faire savoir dans son projet témérairement intitulé <em>Projet socialiste pour la France – Un nouvel horizon. </em>Grâce à Edgar Morin, le PS a compris que cet horizon était assez bouché. Certes, Marx est un auteur très utile pour comprendre le XIXe siècle, mais maintenant, c’est beaucoup plus complexe. Il faut donc être moins péremptoire et s’adapter.<br />En 2002, un autre disciple d’Edgar Morin, Jean-Pierre Raffarin, devient Premier ministre. La même année, il publie son ouvrage Pour une nouvelle gouvernance, qui regorge de considérations moriniennes. Pour ce notable libéral, il faut renoncer au « projet de société » et promouvoir une « société de projets ». Le rusé Premier ministre a bien compris que l’heure est à la modestie politique et qu’il faut donc adopter une « écologie de l’action », c’est-à-dire expliquer&nbsp;&nbsp; &nbsp;savamment&nbsp;&nbsp; &nbsp;qu’il&nbsp;&nbsp; &nbsp; faut&nbsp;&nbsp; &nbsp; en&nbsp;&nbsp; &nbsp;finir avec toute politique volontariste.<br /><br />Fin 2007, c’est au tour du chantre contemporain de la droite décomplexée de s’enticher de la pensée complexe en clamant haut et fort son souci de « politique de civilisation ». Mais le malentendu entre Nicolas Sarkozy et Edgar Morin a été vite levé, et ce dernier clame depuis, partout, qu’il est toujours de gauche. Pourtant, on peut aujourd’hui retrouver Edgar Morin dans le haut conseil de la Fondation Action Durable Novatrice lancée en 2011 par une ministre de premier plan du gouvernement :&nbsp;&nbsp; &nbsp;Nathalie Kosciusko-Morizet. Présidée&nbsp;&nbsp; &nbsp;par&nbsp;&nbsp; &nbsp; un&nbsp;&nbsp; &nbsp;fin connaisseur de l’œuvre d’Edgar Morin, Jean-Louis Vullierme, la Fondation ADN dégouline de considérations moriniennes. Elle prend note des métamorphoses qui affectent le monde, salue l’émergence des réseaux, adopte une démarche complexe... Nathalie Kosciusko-Morizet, pour sa part, a bien compris l’enjeu. Dans <em>La Vie </em>du 3 mars 2011, elle note avec intérêt qu’Edgar Morin, « après avoir été longtemps révolutionnaire, croit désormais à la “métamorphose”, transformation aussi radicale que la révolution, mais qui prend en compte l’existence des traditions, des racines ». Le 23 mars 2011, elle jugeait sur France Culture que ce qu’écrit Edgar Morin est « formidable et inégalé ». Eva Joly a de son côté avoué à Politis (9 février 2012) que <em>La Voie </em>d’Edgar Morin est son « livre de chevet actuel ». Cécile Duflot l’apprécie également... Malheureusement, l’air du temps semble à nouveau bien rouge et les métamorphoses d’Edgar Morin un peu décalées. Ce dernier a cependant vite réactivé ses réseaux et rebondi à gauche.<br /><br /><strong>Indigné mou</strong><br /><br />Paru en octobre 2010, le petit opuscule de Stéphane Hessel <em>Indignez-vous ! </em>semble tout&nbsp;&nbsp; &nbsp;droit sorti de la Résistance. On y trouve notamment une revendication de démocratie économique et sociale, une contestation de la dictature des marchés financiers...&nbsp;&nbsp; &nbsp;L’essai&nbsp;&nbsp; &nbsp;se répand surtout à une vitesse fulgurante au niveau international. C’en était sans doute trop pour le héraut de la&nbsp;&nbsp; &nbsp;soporifique «complexité » marri d’être, lui, l’ancien spécialiste du yé-yé, dépassé dans les hit-parades. On le verra donc se rapprocher et saluer avec enthousiasme Stéphane Hessel. Il est vrai que les deux penseurs se retrouvaient déjà depuis 2002 en bonne compagnie dans un humble et huppé <em>Collegium-international</em> prônant une « gouvernance mondiale ».<br />Le résultat de leur idylle éditoriale est pourtant consternant. Dans <em>Le Chemin de l’espérance </em>(Paris, Librairie Arthème Fayard, 2011) paru fin 2011, le volontarisme de l’un a été émoussé par le syncrétisme sirupeux de l’autre. On y parle donc de complexité, de terre-mère, de symbiose, de politique de civilisation, de bien-vivre, de soleil, de tout et de rien. En définitive, on pourra ainsi penser qu’Edgar Morin est un peu au capitalisme ce que le Crédit coopératif est à la Banque populaire : son motif de consolation et de justification. Aussi ne sera-t-on pas trop étonné de le voir plébiscité dans des journaux moralisants comme <em>La Vie, La Décroissance, Silence</em>... et passer dans des émissions dominicales. Le vieux penseur aurait-il enfin trouvé son rayon ?<br /><br /><strong>Jean Jacob</strong><br /><strong>Maître de conférence en science politique à l’université de Perpignan. Dernier livre paru : Edgar Morin. La fabrique d’une pensée et ses réseaux influents, Villeurbanne, Éditions Golias, 2011. </strong><br />Article publié dans Le Sarkophage, n° 29, 17 mars /19 mai 2012, p. 6 ; 
article reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et de 
l’éditeur. <br /></div>
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</item><item rdf:about="http://www.surlering.com/article/article.php/article/le-cas-wagner-suite-et-fin-entretien-avec-pierre-andre-taguieff">
    <title>Le Cas Wagner (suite et fin ?) - Entretien avec Pierre-André Taguieff</title>
    <link>http://www.surlering.com/article/article.php/article/le-cas-wagner-suite-et-fin-entretien-avec-pierre-andre-taguieff</link>
    <dc:date>2012-04-25T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Frédéric Saenen</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<h3 align="justify">à propos de son livre :&nbsp; Wagner contre les Juifs, Berg International Éditeurs, 400 pages, 22 €.<br /><br /><img width="650" height="486" align="bottom" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/5gg44.jpg" /><br /></h3><div align="justify"><br />Wagner / Hitler : la rime entre ces noms s’impose comme une évidence à maints esprits vite satisfaits dans l’expression des professions de foi humanistes ; leur rapprochement semble même naturel dès qu’on évoque, images d’archive à l’appui, certains fastes nurembergeois sur fond de <em>Marche funèbre de Siegfried</em>, ou encore <em>l’Untergang </em>du Troisième Reich, dont les crépitements font écho à l’ultime incendie ravageant le <em>Crépuscule des Dieux</em>.&nbsp; Pierre-André Taguieff, comme à l’accoutumée, a refusé de s’en tenir aux évidences. Obéissant au principe selon lequel « le discours militant chasse l’esprit de finesse en éliminant les nuances et discrédite les distinctions », il offre enfin au public francophone, dans son volumineux <em>Wagner contre les Juifs</em>, une synthèse des plus documentées sur l’écheveau problématique que représentent les rapports du compositeur avec la « Juiverie » (si l’on s’applique à traduire correctement le terme de « Judenthum » qu’employait en général Wagner pour désigner les Juifs). Des études isolées existaient bien sûr, et à foison, par exemple à propos de l’amitié du Maître avec Arthur de Gobineau (auteur de la fresque pessimiste sur « l’inégalité des races humaines ») ou encore de la récupération de cette œuvre immense par les tenants du nazisme, selon des biais proches du recyclage infligé à titre posthume aux écrits de Nietzsche. Mais on ne disposait guère, de ce côté-ci du Rhin, d’une étude qui fît si précisément le lien entre les différentes facettes d’un personnage complexe (ses propos privés, ses prises de position publiques, ses opéras participant à une vision religieuse de l’Art) ni qui envisageât l’étonnante assise de sa judéophobie, à chercher selon Taguieff dans son passé de révolutionnaire aux aspirations libertaires ! L’approche médiane dérangera forcément : les inconditionnels de Wagner reprocheront à Taguieff d’insérer leur idole dans une chaîne causale qui mène, peut-être pas aux miradors d’Auschwitz, mais en tout cas aux cathédrales de lumière des meetings délirants immortalisés par la caméra de Leni Riefenstahl ; les phobiques, quant à eux, ne comprendront pas pourquoi prendre tant de précautions dans le traitement d‘un cas qu’ils pensaient avoir classé de longue date parmi les idéologues fanatiques du racisme, ce que Taguieff se refuse <em>a priori </em>de faire.&nbsp;&nbsp; <br /><br />C’est pourtant dans cet entre-deux que se situe la subtilité de la démarche. « Ce qui demande précisément à être interrogé, c’est l’imbrication du politique et de l’esthétique dans le wagnérisme, devenu l’une des nourritures mythiques des sociétés occidentales au cours des années 1860-1880 », écrit le chercheur. Certes, il s’attache à reproduire d’infâmes propos de salon, des plaisanteries nauséabondes et des médisances vipérines, tous empreints de préjugés crasses et tenus en présence de la fidèle Cosima, qui se plaisait à les consigner scrupuleusement dans son journal intime. Il envisage également sans fard la possibilité que l’acrimonie de Wagner envers le « Peuple élu » reposait sur celle qu’il nourrissait, à titre personnel, à l’encontre de son concurrent Giacomo Meyerbeer. Mais Taguieff sait faire la part entre l’expression de cette judéophobie privée, qui échappe difficilement à l’analyse, et celle qui est indéniablement présente dans l’opuscule <em>La Juiverie dans la musique</em>, publié sous couvert d’anonymat en 1850, ou disséminée dans quelques autres réflexions à caractère théorique, signées cette fois et donc pleinement assumées. <br /><br />Après avoir analysé la responsabilité réelle du créateur de Rienzi dans la transmission et l’attisement de sentiments judéophobes – notamment à travers une captivante généalogie critique de ses idées, principalement puisées chez Hegel, Herder et Feuerbach –, Taguieff montre que Wagner n’eut guère à se mouiller plus avant dans l’engagement antisémite, dans la mesure où il en devint cette figure tutélaire « en retrait », invoquée par une clique de dangereux sectateurs, les Wagnériens. Alors que l’antisémitisme de Wagner (se voulant « rédempteur », mâtiné d’un christianisme unificateur des « Juifs déjudaïsés » et des « Allemands désenjuivés ») n’aboutit jamais à un appel à la destruction de masse, les sous-philosophes de la trempe d’un Houston Steward Chamberlain le réinterpréteront en un racisme culturel, ouvrant la voie royale au racisme biologique et meurtrier du théoricien du nazisme Alfred Rosenberg. Dès 1923, Bayreuth devient, selon l’expression de Thomas Mann, le « théâtre de cour du Troisième Reich », et l’année suivante, Hitler se met à l’écritoire dans son cachot du Landsberg pour coucher les premiers chapitres de Mein Kampf sur le papier que Winifred Wagner lui fournit en abondance… Ici, le temps ne devient peut-être pas espace, mais il est sûr que la musique tourne bel et bien au cauchemar. <br /><br />La thèse qui scandalisera sans doute le plus dans le livre de Taguieff, parce qu’elle ébouriffera une gauche qui se croit trop souvent immune de toute responsabilité dans la confection en masse des chemises noires et brunes, tient en quelques lignes : « La justification de l’agression meurtrière contre les Juifs ne provint pas des milieux contre-révolutionnaires, réactionnaires ou traditionnalistes, mais de milieux qui avaient été portés par les passions démocratiques, et plus particulièrement par un engagement “révolutionnaire” dans une mission universelle : celle de l’émancipation du genre humain. » Car, dans le mélange détonant que forment les ingrédients du national-socialisme, Taguieff ne manque pas d’envisager les deux termes du binôme. Pas étonnant donc de croiser aussi les thèses de Bakounine et de Marx dans le cheminement intellectuel de Wagner…<br /><br />On peut déplorer que le titre de l’essai ne reflète pas la nuance du propos développé dans l’ouvrage. Sans doute <em>Wagner et les Juifs </em>eût-il été autrement pertinent. Quoi qu’il en soit, et c’est vertu, l’étude laisse, malgré son exhaustivité, planer quelques nécessaires mystères sur les choix et la destinée de Wagner. Et l’Artiste semble, depuis l’au-delà de son indigne postérité, redire cet aphorisme extrait d’une de ses œuvres de jeunesse : « Je crois que j’étais sur la terre un accord dissonant qui va trouver dans la mort une pure et magnifique résolution. » (<em>La Fin d’un musicien à Paris</em>, 1840)<br /><br /><strong>Dix questions à Pierre-André Taguieff</strong><br /><br /><strong>- D’où vous vient le projet de travailler sur un compositeur, en l’occurrence Wagner, alors que l’on vous connaît plus comme l’exégète des vulgates écrites du racisme et de l’antisémitisme ?</strong><br /><br />PAT. Tout d’abord un intérêt personnel récurrent pour les débats autour de Wagner et du wagnérisme, puisque ma maîtrise de philosophie, en 1969, portait précisément sur « Nietzsche et la problématique esthétique à l’époque de La Naissance de la tragédie » (dirigée par Louis Marin). Lorsqu’il publie son grand essai en 1872, Nietzsche est un disciple de Schopenhauer et un admirateur enthousiaste de Wagner, qui lui-même se déclare schopenhauerien depuis 1854. Nietzsche célèbre dans l’opéra wagnérien la « renaissance » de la tragédie grecque. Ce moment de haute intensité philosophique et artistique dans l’histoire de la culture allemande, et plus largement européenne, me passionne depuis la fin de mon adolescence, c’est-à-dire depuis près d’un demi-siècle ! Ensuite, dans mes premiers travaux sur l’histoire de l’antisémitisme au XIXe et au XXe siècle, j’ai été guidé par les études pionnières de Léon Poliakov et de Jacob Katz qui, l’un comme l’autre, ont accordé à Wagner et au mouvement wagnérien (incarné par Bayreuth) un rôle majeur dans la formation et la diffusion de l’antisémitisme politique et culturel en Allemagne. Poliakov a intitulé le troisième tome de sa grande Histoire de l’antisémitisme, paru en 1968 :&nbsp; De Voltaire à Wagner, et Katz a consacré un essai aussi éclairant que nuancé sur le thème « Wagner précurseur de l’antisémitisme » (1985), traduit en français l’année suivante sous le titre <em>Wagner et la question juive</em>.&nbsp; Si, dans la littérature militante (« pro » ou « anti »), Wagner peut être considéréré comme « précurseur » de l’hitlérisme ou du nazisme, c’est avant tout du fait que le Troisième Reich a érigé en objet de culte les drames musicaux et les écrits « théoriques » ou politiques du Maître (en particulier l’essai de 1850 : <em>La Juiverie dans la musique</em>). Mais cet argument ne m’a jamais paru totalement convaincant : la récupération hitlérienne de Nietzsche, par exemple, ne saurait être considérée comme une preuve du caractère « pré-hitlérien » de la pensée nietzschénne ! Je me suis longtemps interrogé sur les raisons sérieuses de poser le moment wagnérien comme « annonciateur » du moment hitlérien. Ce qui m’a conduit à découvrir la masse de travaux accumulés sur la question sulfureuse par des spécialistes anglo-saxons ou allemands, historiens ou musicologues. Ces travaux, souvent de haute érudition, ne prenaient en compte, pour la plupart, que certains aspects du problème complexe venant de l’entrecroisement, chez Wagner, de la création artistique et de la théorie esthétique, de la pensée sociale et politique, des conceptions religieuses, du projet de « régénération » de l’Allemagne. D’où ma tentative de repenser le problème dans son ensemble. Enfin, j’ai beaucoup étudié les écrits et le parcours de Houston Stewart Chamberlain qui, théoricien du racisme aryaniste et prophète du germanisme doublé d’un musicologue wagnérien averti, a joué le rôle d’un grand médiateur – avec le « Cercle de Bayreuth » -&nbsp; dans le passage de la pensée « völkisch », du pangermanisme et de l’antisémitisme au nazisme. Dans mon livre, je me suis efforcé de montrer l’importance de Chamberlain – gendre de Wagner -&nbsp; dans le processus de légitimation du nazisme naissant, de sa rencontre avec Hitler le&nbsp; 30 septembre 1923 à sa mort en 1927.&nbsp; <br /><br />En outre, l’étude du « cas Wagner » m’a permis de revenir sur la question plus générale des relations entre esthétique et politique, notamment à propos de l’élaboration et de la réception des doctrines racistes et antisémites modernes. Dans les typologies raciales fabriquées par les anthropologues depuis Linné et Blumenbach, la « race blanche », dite ensuite « caucasique », « caucasienne » ou « aryenne », détient le monopole de la beauté physique.&nbsp; La question raciale est posée d’abord comme une question esthétique, dans tous les contextes où le type européen est opposé aux autres types - africain, oriental/asiatique ou juif/sémite. Mon hypothèse est que le racisme est une esthétique de la diversité humaine, une esthétique racialisée appliquée à la politique. Dans la doctrine hitlérienne, par exemple, l’esthétisation de la question raciale, et plus particulièrement de la « question juive », après son traitement par Wagner, se constitue autour de l’opposition « beau/laid » ou « sublime/répugnant ». L’une des particularités de la vision hitlérienne du Juif a été fort bien relevée par le regretté Philippe Lacoue-Labarthe&nbsp; : « Par essence, “le Juif” est une caricature : la laideur même ». La beauté « aryenne », quant à elle, protège l’Aryen de la caricature : la « race aryenne » est incaricaturable, car il n’y a pas de laideur en elle. Dans la construction du Juif comme figure répulsive, typiquement répugnant, vil, horrible, dégoûtant, inquiétant, l’esthétisation négative a joué un rôle déterminant, avant et après l’apparition du racisme dit biologique (qui serait plus exactement qualifié de racisme « somatique »). Le point de départ perceptuel fonctionne comme une preuve empirique : au commencement est une réaction de rejet, fondée sur une « répulsion » déclenchée par le phénotype de tout représentant de la « race » inquiétante. Dès son essai pamphlétaire de 1850, <em>La Juiverie dans la musique</em>, Wagner a témoigné de sa « répulsion intime » et « involontaire », de son « aversion instinctive » pour les Juifs, et mis en cause, explicitement, l’apparence physique de ces derniers. Il confie à ses lecteurs que « le Juif (…) nous frappe d’abord dans la vie ordinaire par son apparence extérieure », et ajoute : « À quelque nationalité européenne qu’on appartienne, on trouve cette apparence désagréablement étrangère à sa nationalité : involontairement, on souhaite n’avoir rien en commun avec un homme ayant une telle apparence ».&nbsp; Il précise qu’un « tel aspect physique » est à ses yeux le produit d’« une fantaisie disgracieuse de la nature ». Sur ce point, je suivrai Lacoue-Labarthe, qui a identifié et analysé ce mouvement d’esthétisation hérité du romantisme, caractérisable comme un « national-esthétisme » : « Le racisme – et tout particulièrement l’antisémitisme – est avant tout, fondamentalement, un esthétisme ». Wagner et ses disciples du « Cercle de Bayreuth » auront beaucoup contribué à déplacer sur le terrain esthétique la vision antisémite du Juif, préparant la doctrine esthético-raciale des théoriciens nazis.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br /><strong>- Le fait d‘aborder un compositeur et non un idéologue vous a-t-il révélé de nouveaux champs d’expression de l’antisémitisme et du racisme que vous aimeriez explorer ? Et y a-t-il un autre créateur que vous aimeriez envisager sous cet angle d’approche ?</strong><br /><br />PAT. Wagner est aussi bien un génie musical qu’un « réformateur » social, politique et religieux. Et il se veut tout autant poète que philosophe, voire prophète. J’ai en chantier un ouvrage sur cet autre grand créateur de formes qu’est Louis-Ferdinand Céline. S’il ne peut être considéré comme un théoricien politique ou un idéologue, en dépit de ses engagements pro-nazis à partir de <em>Bagatelles pour un massacre </em>(décembre 1937), il reste à mieux évaluer le rôle de ses convictions politiques (j’hésite à dire « philosophiques ») dans le processus même de la création littéraire.&nbsp; <br /><br /><strong>- Ne craignez-vous pas que « l’esprit de finesse » dont vous vous revendiquez dans l’approche du cas Wagner ne vous range finalement du côté de ses glossateurs indulgents ? En somme, ne risque-t-on pas vous reprocher d’avoir tenté d’expliquer la part la plus inacceptable du « génie » Wagner ? </strong><br /><br />PAT. C’est un beau risque à courir ! On ne saurait être à proprement parler « objectif » dans l’interprétation de ce véritable fait culturel total qu’est le wagnérisme, celui de Wagner comme celui (ou ceux) des wagnériens. Dans cette tâche difficile, toute description ou caractérisation est en même temps une interprétation et une évaluation. Et chaque herméneute construit son Wagner et ses wagnérismes. Mais on peut chercher, comme je me suis efforcé de le faire, à être équitable, en ne négligeant aucun argument « anti » ni aucun argument « pro », et en les soumettant à un libre examen critique. Par ailleurs, tenter d’expliquer, même l’inexplicable, ne revient en aucune façon à justifier. Pour un historien des idées, la volonté de comprendre n’a rien à voir avec la volonté d’excuser.<br /><br /><strong>- Que pensez-vous de l’initiative du chef d’orchestre Daniel Barenboïm qui a tenté de briser le tabou Wagner en Israël, notamment en l’inscrivant au programme de certains concerts ?</strong><br /><br />PAT. Dans cette initiative, qui témoigne de l’esprit frondeur, voire provocateur, du célèbre chef d’orchestre, il ne faut pas négliger l’amitié, doublée d’une complicité dans l’amour de la musique, qu’éprouvait Barenboïm pour le critique Edward Saïd, d’origine palestinienne. <br /><br /><strong>- Vous réévaluez l’apport de la vision gobinienne chez Wagner car, selon vous, le grand inspirateur du dernier Wagner, c’est plutôt Schopenhauer… </strong><br /><br />PAT. La lecture de Gobineau par Wagner a été fort tardive : lorsqu’il se mit à lire l’Essai sur l’inégalité des races humaines, entre 5 mars et le 14 août 1881, le Maître s’était déjà donné depuis longtemps une philosophie, dont les présuppositions étaient difficilement conciliables avec les thèses fondamentales du racialisme gobinien. Ce qui n’a nullement empêché Wagner et Cosima d’éprouver de l’admiration et de sincères sentiments amicaux pour Gobineau, qu’ils ont reçu à plusieurs reprises. Leur grande préoccupation commune concerne la « dégénération » (ou la dégénérescence) de l’espèce humaine. Mais leurs conclusions sont totalement différentes : alors que Wagner continue jusqu’à sa mort (février 1883) à déterminer les moyens de « régénérer » l’espèce humaine, notamment par le végétarisme et la conversion à un christianisme déjudaïsé mâtiné de bouddhisme, Gobineau considère que la décadence de l’espèce humaine, due aux effets du mélange des « races » qui fait disparaître le précieux sang aryen, est irréversible, irrémédiable et finale. Ce pessimisme décadentiste n’est pas partagé par Wagner, qui récuse également le matérialisme biologique de Gobineau.&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br /><br /><strong>- Vous envisagez surtout, et c’est très compréhensible, les rapports entre l’antisémitisme allemand et le wagnérisme. Mais quid de l’admiration envers Wagner nourrie par la droite et l’extrême-droite française (on pense ainsi au pamphlétaire et historien de la musique Lucien Rebatet) ?</strong><br /><br />PAT. Le wagnérisme militant de Rebatet, lui-même écrivain non négligeable, pourrait faire l’objet d’une étude critique fort intéressante.&nbsp; Ce wagnérisme n’est certes pas strictement d’ordre esthétique : il témoigne aussi de la fascination exercée sur l’écrivain pro-nazi par la mythologie germanique, en particulier le culte des héros. Mais, en France, le wagnérisme nazifiant de quelques écrivains antijuifs, pour certains collaborationnistes, demeure un phénomène marginal, qui ne saurait être comparé aux puissantes vagues wagnériennes qui, depuis les années 1870, ont alimenté le nationalisme politique et culturel des pays germaniques.&nbsp; <br /><br /><strong>- En réalité, votre cible dans ce livre est moins Wagner que les wagnériens tels que H. S. Chamberlain, coupables d’avoir travesti, aménagé, confisqué son message artistique pour le plier à leurs lectures idéologiques ou leurs visions fantasmatiques…</strong><br /><br />PAT. Sans aucun doute. Ces wagnériens nationalistes rêvent d’une renaissance du germanisme, repeint aux couleurs de l’aryanisme, et d’un germanisme conquérant. J’attache également une grande importance au rôle joué par cet infatigable propagandiste de la synthèse wagnéro-gobiniste qu’est Ludwig Schemann (1852-1938), devenu du vivant même de Wagner l’une des figures prometteuses&nbsp; du « Cercle de Bayreuth ». En mai 1882, à Bayreuth, Wagner présente le jeune Schemann à Gobineau. Devenu un gobinien enthousiaste,&nbsp; Schemann crée en février 1894 la « Société Gobineau » à laquelle adhèrent Chamberlain et Hans von Wolzogen (et, en France, Georges Vacher de Lapouge, Paul Bourget, etc.). Elle devient vite l’une des associations culturelles participant à la propagande pangermaniste. Schemann rejoindra plus tard l’Anneau nordique, organisation mystico-raciste fondée en 1926 par l’architecte Paul Schultze-Naumbourg. On retrouvera dans la culture nazie l’héritage du wagnéro-gobinisme, en même temps que celui du racisme aryaniste et de l’eugénique « nordique » dont Chamberlain était le « précurseur » reconnu.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br /><br /><strong>- En quoi vous semblait-il important de proposer une nouvelle traduction du pamphlet La Juiverie dans la musique ainsi que d’autres textes de Wagner, moins connus du grand public, où transparaît son antisémitisme ? </strong><br /><br />PAT. Avant de juger, d’encenser ou de rejeter Wagner en tant qu’idéologue antisémite, il convient de lire sérieusement ses écrits théorico-polémiques portant sur les Juifs, non dans des morceaux choisis mais intégralement, et dans des traductions non fantaisistes, accompagnées d’un appareil critique permettant de contextualiser ces textes, de saisir les allusions et d’éviter les contresens. Face à ces écrits,&nbsp; la principale difficulté&nbsp; rencontrée par un lecteur français contemporain (je le suppose de bonne foi) tient à qu’ils se présentent d’une part comme la face émergée d’un iceberg de débats et de controverses bien oubliés aujourd’hui, et, d’autre part, comme des interventions aux multiples cibles dans tel ou tel espace polémique, où la « question juive » est posée en même temps que bien d’autres questions.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br /><br /><strong>- Que pensez-vous des générations de wagnériens qui ont suivi celles de ses descendants directs, clairement compromis dans le nazisme, tels le couple formé par son fils Siegfried et son épouse Winifred ? L’image de Wagner est-elle en passe d’être « épurée » au fil du temps ou au contraire rigidifiée dans un stéréotype de compositeur écoutable seulement par les nostalgiques d’une époque qu’ils n’auraient pas connue ?</strong><br /><br />PAT.&nbsp; Il faut cependant saluer le courage intellectuel de Gottfried Wagner, petit-fils du Maître, qui n’a pas hésité à revisiter sans complaisance l’histoire des compromissions de sa famille, dès 1923, avec les milieux nazis. C’est surtout Winifred, littéralement séduite par Hitler dès le début des années 1920, et membre du NSDAP, qui a « nazifié » Wagner. Je pense que, depuis les années 1980, la multiplication des travaux sur Wagner et les wagnérismes historiques ont fait surgir une nouvelle image du Maître, moins univoque, marquée par l’ambivalence. Car Wagner n’a jamais vraiment cessé d’être le révolutionnaire de 1848 qu’il avait été en compagnie de Bakounine, même lorsque, dans ses dernières années, il faisait figure de conservateur rallié au nationalisme allemand.&nbsp; Par ailleurs, le rejet de type « antifasciste » de Wagner, soixante-sept ans après la disparition du Troisième Reich, ne semble plus être qu’une survivance. D’où un nouveau rapport, moins idéologisé, à Wagner, dont l’œuvre a largement cessé d’être réduite à ses instrumentalisations hitlériennes. Les amateurs de musique comme les historiens et les musicologues les plus exigeants ne peuvent que s’en féliciter.&nbsp; Mais, du même coup, l’on peut réévaluer l’influence de Wagner dans le développement de l’antisémitisme allemand.&nbsp; <br /><br /><strong>- « On peut aimer Wagner sans pour autant être wagnérien », écrivait Jean Matter. Pour votre part, arrivez-vous encore à apprécier Wagner alors que vous avez acquis une connaissance aussi approfondie des ressorts de son idéologie et exploré les plus sombres aspects de son génie ? Si oui, quelle est l’œuvre de Wagner que vous emporteriez sur une île déserte, et pourquoi ?</strong><br /><br />PAT. Je me reconnais dans le propos de Jean Matter. Je dirai de la même manière qu’on peut aimer Céline (je m’en tiens au Voyage et à Mort à crédit) sans être le moins du monde célinien. Pour un tête-à-tête méditatif sur une île déserte, j’hésite entre Tristan et Isolde et <em>Parsifal</em>. Avec l’âge, ma préférence va à <em>Parsifal</em>. Pour finir, ce qui importe n’est-ce pas de cesser d’être l’esclave du désir ?<br /><br /><strong>&nbsp;Entretien et article parus dans Le Magazine des Livres, n° 35, mai-juin-juillet 2012, pp. 54-59. </strong><br /></div>
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    <title>Les éditions Ring signent chez Interforum</title>
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<div align="justify"><p>Pour leur première année d'existence, les éditions Ring viennent 
officiellement de s'engager avec le plus important distributeur 
français, Interforum (du groupe Editis, deuxième groupe d’édition 
français avec 2 300 collaborateurs et près de 30 marques d’édition 
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 Cherche Midi, Kurokawa, Fleuve noir, Hugo&amp;Cie, Éditions du Moment, 
Solar, Anne Carrière, Bartillat, First, La Musardine, La Découverte, Max
 Milo, Perrin, Michel Lafon, Privé, Prisma Presse éditions, Nil, 
Julliard, Omnibus, Oh! Éditions, Les Presses de la Cité, Presse de la 
Renaissance, etc), garantissant ainsi une disponibilité maximale de ses 
ouvrages sur l'intégralité des points de vente français et les territoires belges, suisses
 et canadiens. Le site internet des éditons Ring ouvrira ses pixels mi juin 2012. <strong><a href="http://www.ring.fr" target="_blank">Voir en ligne</a><br /></strong></p><p align="center"><img align="middle" width="400" height="129" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_29358/tsh.jpg" />&nbsp;</p></div>
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