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White Others : Guide to ethnic groups in Britain

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Jérôme Di Costanzo - le 26/04/2007 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B




"Hey you! get off my cloud!"(1).

West Hampstead, London NW6, une artère: West end Lane, partant du nord de Finchley Road, pour aboutir à Abbey road. Ligne de Bus 139 et 328 assurant la liaison. Au Croisement de la Jubilee Line, du Silver et de Thames link s'immisçant entre la juive Hampstead et la très « catholic Irish » Kilburn, entre les paisibles et confortables Mansion houses des descendants d'Isaac York (2) et une bruyante et Gaélique rue sortie tout droit des pages d'un épique « Ulysse » de James Joyce.

West Hampstead est né de cela, dans cette cité « modern ». C'est le quartier des « Whiteothers », peuplé d'une faune hétérodoxe de docteurs en physique polonais, serveuses sur le « Gatwick Express », de critiques littéraires Bosniaques, femmes de ménage, d'étudiants espagnols en commerce, managers de « coffee shop », de Français aventureux travaillant pour des compagnies de marketing direct.

Ils détiennent le monopole exclusif des petits boulots, selon l'expression consacrée « pay your bill ». Continuons la litanie des anonymes : bibliothécaires italiens, cuistots Croates, Chypriotes aux « Fish & ships », les Grecs aux « kebabs», baby-sitters Tchèques, Allemands réunifiés déjà immigrés, courtisanes « Lap-dancer » en provenance d'ex Union Soviétique, barmaids de pub Portugaises, Américains consultants informatique « freelance », chauffeurs de Taxi « sans licence » et visas roumains en maraude, et petits magouilleurs sud-africains, tous réfugiés à West Hampstead. Tribus d'une Israël égarée et sans mémoire, ils peuplent « les cuisines et dépendances » de ce quartier pour Yuppies de la City, dans un utopique London, antipode d'une Jérusalem détruite par quelques Titus de la modernité.

Le titre de cet article n'est pas le fruit d'une quelconque ironie, sortie d'un « 1984» de Georges Orwell ou bien d'un titre des « Clash ». Il a été emprunté « texto » à la terminologie administrative britannique. « Autre blanc : guide des groupes ethniques en Grande-Bretagne ». C'est ainsi que l'« Ethnic policy » de Tony Blair nomme cette population, trop diverse pour être nommée, trop complexe pour exister à leurs yeux.

« The White Others » is a guest in Rome, my friend

« White Others » pour le communautarisme anglais est une catégorie qui se définit par défaut, composé de 1 423 471 ressortissants blancs, étant ni Britanniques, ni Irlandais. Un « fourre-tout » de l'identité de l'Occidental d'origine Européenne. Représenté en son tiers (34% exactement) par des Européens de l'Ouest, dont 215 113 sont de naissance Allemande, 1 sur 7 est originaire de l'Est de l'Europe. Sont compris dans cette catégorie de « Whiteothers » les nord-américains, à hauteur de 10%. On peut aussi citer l'importante concentration d'environ 300 000 jeunes français venus travailler à Londres. La communauté est à 63 % chrétienne et vient en second l'athéisme à 16 %, 9 % musulmane et 2% juive. La communauté est « travailleuse », 1 personne sur dix est âgée de plus 65 ans et 1 sur 7 âgée de moins de 16. Et pour la communauté polonaise, 82 % se trouve dans la catégorie d'âge entre 16 et 34 ans. Si la catégorie « WhiteOthers » est la première des communautés ethniques du Royaume-Uni, devant les Pakistanais et les Indiens, elle reste reléguée dans les limbes de l'ignorance compte tenu de son hétérogénéité.

On n'entend pas sur « Channel 4 », la chaîne des minorités ethniques, de Speaker avec un accent Espagnol ou Polonais. Leur image est calamiteuse entre le français arrogant, raciste et individualiste, les filles de l'Est transformées en « demi » voire « totale putain » et les autres relégués aux clichés du dealer, et autre « fourgue », comme si le système ne marchait pas pour eux. On commence à voir apparaître des mouvements hostiles à cette immigration laborieuse. Les « Poles » sont suspectés d'avoir ramener l'horrible catholicisme romain à la première religion pratiquée en Grande-Bretagne. Et les pays européens, nouveaux entrants, comme la Bulgarie et la Roumanie, se voient imposer des visas et des quotas d'immigration. Ce que l'on ne se permet plus avec les autres ethnies est permis avec les « White Others ».

En comparant les définitions des termes « White Others» et « Barbares », on observera une sémantique commune, celle d'un signifié par défaut : tout ce qui est blanc et non-britannique ou Irlandais, est « White Others », ainsi que tout ce qui était ni Grec ni Romain était appelé Barbare.

« White Others is a guest in Rome, my friend».

Londres : Rome des modernes, Rome des « Mods ». La voilà envahie par une horde de « barbares » nomades venus de l'Est, avec leur foi d'esclave, et leur soif de butin et d'or, prêts à piller les temples du Capitole. Les Barbares sont dans la City.

Enoch was right ?

Le système ignore les « White Others » car issus ni du Commonwealth et ni des ex colonies. Le système n'a pas été conçu pour eux. La problématique ethnique est apparue dans le débat politique à la fin des années 60 avec un Enoch Powell, qui dénonça « les dangers » de l'immigration « Asian » ou « Black ». Et cela, bien qu'il fut un promoteur, au milieu de cette même décade, de l'intégration du « Commonwealth » dans la société Britannique, en intégrant des quotas « West Indies » dans les transports publics et les hôpitaux. Aujourd'hui, certains groupuscules d'extrême-droite ont récupéré le MP et ministre conservateur avec le slogan « Enoch was right ». L'influence du tribun de « river of blood » (3) est considérable, il est une inévitable référence du débat ethnique.

Culpabilité, crime ou pêché originel, peine et repentance, sont des éléments essentiels pour comprendre la politique ethnique Anglo-saxonne. La première grille de classification date de 1975 et a été établie pour « The UK police ». (Voir Annexe 1). Nous sommes dans une problématique sécuritaire et d'ordre public : qui vit dans la cité ? Et quid de ceux qui rentrent et sortent et à quoi ils ressemblent? C'est avant tout un outil de sécurité intérieure. Nous ne parlions pas de communautarisme et de discrimination positive en France avant le phénomène des Banlieues ! Le communautarisme, c'est une réflexion sur « l'étranger et le crime ».

La dernière table d'identification ethnique établie en 2001 par le gouvernement de Tony Blair (voir annexe 2), définit 5 grandes catégories se décomposant elles-mêmes en 3 ou 4 grandes sous-classes en fonction des origines, White, black, Asian, Mixed, Chinese. Une frénésie statisticienne où l'archétype « Commonwealth/Colonial » est complété. On a quitté le modèle succinct et indicatif pour rentrer dans un découpage dichotomique absolu et irréversible. Les « Chinois » ont « bouffé » la catégorie « Sud Est asiatique », les « Asians » se maintiennent. Les Irlandais apparaissent, conséquence du « Bloody Sunday », et la catégorie des Métis apparaît comme une résultante naturelle et positive de la tendance hétérogène de l'humain.

Il y a obligation de se déclarer, vous devez vous définir en tant que race. C'est une obligation de choix. Tout le monde doit trouver son groupe de référence. L'administration Blair avait été jusqu'à proposer que les Francs-maçons se déclarent pour postuler à un poste dans l'administration. C'est la société du contrôle, de la statistique à but moral, du nombre remplaçant le sujet. Une citoyenneté numérique où tout est défini par code, pourcentage et contingent, la comptabilité de l'aliénation des âmes.

« Enoch was right ? »

Constatons qu'ainsi que la France, la société britannique se trouve devant les problèmes de racisme croissant, de discrimination à l'embauche et autre méfait à caractère xénophobe. La discrimination positive et la tolérance communautaire n'ont rien changé. Ce n'est donc pas une question de système !

Enfin la politique communautariste instituée au début de l'ère Blair, se conclut par le réveil encore modéré, aux dernières élections locales, du BNP (4), se traduisant par un vote extrême de « White British » perdus dans une marée communautarisée et discriminée positivement d' « Asian » ou « Black ».

"In God, We trust" is not bigotry.

La « community » est une notion propre à la société anglo-saxonne, elle en est une résultante logique et un garant des libertés fondamentales, en principe. Le Royaume-Uni se définissant comme l'union de peuples différents à la base, Anglais, Gallois, Ecossais et Irlandais, tous unis par la couronne. Que des groupes venus d'ex-colonies ou pays du Commonwealth, viennent se greffer à la nation en plus des peuples des îles Britanniques, cela ne pose pas de problème. Car la diversité ethnique est à la base du système, et du « society agreement ». Les Iles Britanniques ne sont pas régies par un pouvoir souverain uniquement mais par un jeu d'équilibre et d'enchevêtrement de plusieurs pouvoirs se compensant l'un et l'autre afin de garantir les libertés fondamentales. La « Community » est un compensateur, qui vient par sa « By law », compléter et maintenir la fiabilité de la jurisprudence et de la loi. C'est a priori un « anti-Léviathan » pour faire un néologisme se référant à Hobbes.

La philosophie régissant le système actuel est issue d'un débat attenant et contemporain à la création de la nation britannique moderne durant l' Enlightenment britannique au cours du 17éme et 18éme siècles. Il faut ici aborder la pensée de John Locke.

La problématique de l'époque était de faire cohabiter l'Anglicanisme d'état avec une multitude de « Sectes », entendre par là des communautés religieuses issues de la Réforme. La position de Locke est la suivante : il est du rôle de l'état de garantir les libertés, les sectes peuvent pratiquer librement leur religion, sous réserve de quatre restrictions :

On ne peut accepter :

- Que l'individu ou la Secte soit ouvertement opposé à la société et à la morale la régissant.

- Que des privilèges particuliers émanent de leur statut communautaire, ce qui nuirait à l'égalité.

- Que la Communauté doit obéir au magistrat de sa juridiction, et non à une autorité étrangère.

- Et enfin que l'athéisme doit être prohibé.

La réflexion de Locke porte sur un communautarisme religieux, se maintenant dans une transcendance avec l'interdiction de l'athéisme, car toute communauté ne peut se définir qu'en fonction d'un fait religieux, qui unit et fait communier. La communauté ne peut qu'être religieuse. C'est la Croyance, la Foi qui crée le groupe. C'est parce « je crois » en une tradition, en un Dieu, en un rite transcendant, par un Verbe commun, que je partage, et que cela me relie, par le culte, aux autres membres de la communauté. L'ethnie, la sexualité, la race, « l'ancêtre commun », ne sont pas des facteurs de regroupement viables, car ces dernières n'apportent aucune pérennisation. C'est parce que le groupe est hétérogène, à prendre dans son sens le plus stricte, qu'il survit. La Foi maintient, fédère et permet d'engendrer la diversité nécessaire à toute postérité.

"In God, we trust" is not bigotry.

C'est là le secret de la survivance des « choosing peoples » (5). Ajoutons que les quatre groupes nationaux à la base du Royaume-Uni, Anglais, Gallois, Irlandais, Ecossais, peuvent se décomposer en Eglise aussi : Anglicane, Méthodiste, Catholique, et Presbytérienne. C'est la Foi qui unit la communauté, et non la race, le sang ou le comportement social.

En fait, la « Ethnic policy » actuelle est une hypocrisie, une déviance du système, qui nous fait conclure que l'Etat a renoncé à garantir sa mission de préservation des libertés fondamentales, en combattant toute sorte de racisme et de discrimination et à contrôler les entrées dans la Cité ! Pire encore d'idolâtrer de faux dieux. Tony Blair vient de trahir John Locke. C'est ici le disfonctionnement du communautarisme Anglo-Saxon contemporain, qui serait devenu une compensation hypocritement repentante afin de pouvoir démissionner progressivement d'une mission première de l'Etat, celle de faire appliquer la loi partout dans la cité.

Logique des Camps

C'est en lisant « Grande Jonction » de Maurice G. Dantec que je suis tombé sur une citation de Joseph Ratzinger/ Benoît XVI :

« Aujourd'hui si la loi universelle de la machine est acceptée, il ne faut pas oublier que les camps pourraient préfigurer la destinée d'un monde qui adopte leur structure. Les machines qui ont été mises au point imposent la même loi. Selon cette logique, l'homme doit être interprété comme un ordinateur et cela n'est possible que s'il est traduit en Nombres. Toutefois, Dieu a un nom et nous appelle par notre nom. Il est la personne et recherche la personne. » (6).

Il ne s'agit plus de communauté mais de camps, il ne s'agit plus de communautarisme mais de cantonnement. Nous voilà dénombrés : population active, âge, race, classifiés, déclassés, fichés. Il faut nourrir la machine, par des codes, des nombres, l'humanité résumée par des tabulations, statistiques et formules.

La « White Others » West Hampstead est un camp encore confortable certes, comparé aux quartiers défavorisés entre Wembley Park et Nearsden, où les enseignants voient leur mission éducative se transformer en mission humanitaire. Des camps de réfugiés à l'intérieur de nos cités modernes où atterrissent Somaliens, Afghans, et Soudanais. C'est le « tiers-monde » qui ne finit pas d'échouer perpétuellement dans la banlieue de la Capitale du Monde. Townships d'Occident, cantonnés, dénombrés, avec métiers réservés et signes distinctifs. Sans miradors ni barbelés, ce sont bien des camps.

Rome/London, je réalisais que mon nomadisme m'avait mené dans un camp. J'avais été confondu par cette apparente festivité, que les païens appellent le carnaval où toute valeur est inversée. Dans cette euphorie, un masque m'avait été mis sur le visage, celui du « WhiteOthers ». Je devais tenir mon rôle pour ne pas perdre ma place.

« Dansons vite avant l'Apocalypse !» aurais-je pensé ?

Ce masque est étouffant et je souhaite sortir de cette morbide mascarade concentrationnaire, ou tout matricule tremble derrière son sourire de plâtre.

Devant le spectacle de cette misère flamboyante, je me rendais compte que l'Empire avait tué Rome. J'étais le spectateur d'un Satyricon pathétique, un dernier Banquet chez Pétrone .Tous vivaient encore dans l'illusion de leur grandeur passée, s'engouffrant dans une mascarade orgiaque, dans une ultime exaltation des sens, pour atteindre in extremis encore une fois , les dieux. Dans un lamentable râle de jouissance polyglotte, Rome mourait.

Jérôme L.J di Costanzo

Notes :

(1)"e;Get off of My Cloud"e;, composer par Jagger/Richard pour l'album "e;December's Children (And Everybody's)"e; en 1965, produit par Andrew Loog Oldham sous le label ABKCO.

(2) Cf. l'article de Sarah Vajda : « la fille d'Isaac York » paru dans la revue Egards hiver 2005-2006

(3) Discours dit de "e;River of Blood"e;, titre inspiré d'un vers de Virgile, 20 avril 1968, pour la réunion du « West Midlands conservative politic Center » à Birmingham.

(4) British National Party, parti d'extrême droite

(5) Traduction littérale : les peuples choisis, mais entendre peuples élus.

(6) Grande Jonction éditions Albin Michel, deuxième partie « Après monde, Organon »


Annexe 1 :

IC1 White person

IC2 Mediterranean or Hispanic person

IC3 African/Caribbean person

IC4 Indian, Pakistani, Bangladeshi, or anyothers Asian person

IC5 Chinese, Japanese, or South-East Asian person

IC6 Arabic, Egyptian or Maghreb person

IC0 Origin unknown

(IC) : identity code.


Annexe2 :

White: British

White: Irish

White:others

Mixed: White and Black Caribbean

Mixed: White and Black African

Mixed: White and Asian

Mixed:others

Asian: Indian

Asian: Sri Lankan

Asian: Pakistani

Asian: Bangladeshi

Asian:others

Black or Black British: Black Caribbean

Black or Black British: Black African

Black or Black British:others

Chinese orothers: Chinese

Chinese orothers:others



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Ring 2012
Jérôme Di Costanzo par Jérôme Di Costanzo

Chroniqueur Outremonde. Correspondant à Londres.

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