De : Maurice G. Dantec, Montréal À : La Presse, Comité de rédaction
Objet : droit de réponse à l'article du 21 septembre, par Laura-Julie Perreault
L'article attaquant Dantec :
La Presse Actualités, dimanche 21 septembre 2003
"Je suis un guerrier chrétien sioniste"
L'écrivain Maurice G. Dantec tient des propos islamophobes dans une conférence sur l'antisémitisme
Une conférence du journaliste et analyste français Alexandre Adler sur la montée de l'antisémitisme européen a pris un tournant inattendu, cette semaine à Montréal, lorsque l'écrivain Maurice G. Dantec a pris la parole pour annoncer qu'une armée souterraine se préparait à attaquer les groupes islamistes en France. "Je suis un guerrier chrétien sioniste", a lancé l'auteur de La Sirène rouge et de Babylon babies en guise d'entrée en matière.
"Bientôt, il va y avoir un mouvement de violence en France. Des groupes se préparent et ils vont mettre dehors les extrémistes islamistes. Nous sommes la plus vieille nation chrétienne d'Europe. Nous ne nous laisserons pas massacrer comme les chrétiens libanais", a dit l'écrivain, recueillant les applaudissements des quelque 300 personnes qui étaient venues entendre la conférence donnée par le journaliste et analyste français Alexandre Adler.
Le romancier français, vivant au Québec depuis cinq ans, a fait ces déclarations à la fin du discours du fondateur du Courrier international sur la montée de la judéophobie en Europe. M. Dantec n'était pas invité par les organisateurs de la conférence et a pris la parole pendant la période de questions ouverte au public.
Élite judéophobe?
Lors de son allocution, qui a duré plus d'une heure et demie, M. Adler, auteur d'un best-seller sur les événements qui ont entouré le 11 septembre, J'ai vu finir le monde ancien, a dénoncé l'attitude laxiste des élites françaises face aux centaines de gestes antisémites posés par des jeunes d'origine maghrébine en France au cours des trois dernières années- soit depuis le début de la nouvelle Intifada au Proche-Orient. "Les élites auraient dû se lever pour dire qu'une attaque contre une synagogue est aussi une attaque contre la République. Mais ils ne l'ont pas fait", a souligné le conférencier, qui était l'invité à Montréal de la Communauté sépharade du Québec, du Centre communautaire juif, du Comité Québec-Israël et du Centre Hillel. Selon M. Adler, la gauche française, en soutenant une politique proarabe, fait fausse route. "Ils vont finir par réaliser qu'il n'y a pas un sou à aller chercher dans le monde arabe, qui est en pleine perdition", a lancé M. Adler.
L'intellectuel, qui a été membre du Parti communiste jusqu'à la fin des années 70, soutient que la gauche française d'aujourd'hui est en partie antisémite. Il note que cette tendance idéologique serait née à la fin des années 70 d'une fusion de l'arabophilie de l'élite et de l'antisionisme de l'extrême-gauche, associé à l'aile trotskiste. M. Adler croit que la "propagande permanente des médias contre Israël" est une autre preuve de la judéophobie grandissante de l'élite française.
Conseiller éditorial au Figaro, M. Adler a conclu son discours sur une note positive, en soulignant que la communauté juive française, forte de 600 000 membres, a de bonne raisons d'espérer que les têtes dirigeantes de l'Hexagone reverront leur position sur la question juive et sur l'importance de la survie de l'État d'Israël. "Il n'y aura pas de place pour les pervers qui ont soutenu une politique proarabe puisque cela ira contre l'intérêt de la France à long terme", a avancé M. Adler.
C'est sur ce dernier point que Maurice G. Dantec est intervenu, pendant la période des questions. Selon l'auteur controversé du Théâtre des opérations,essai polémique publié en deux tomes, M. Adler a tort d'être optimiste sur l'avenir de la France et de son multiculturalisme. "Dans certains quartiers de Paris, la rue c'est Lagos, c'est Karachi! Les filles n'osent plus sortir!" s'est exclamé l'écrivain français, promettant que des forces souterraines s'apprêtaient à "rétablir l'ordre".
Le roi de l'incendiaire
Maurice G. Dantec n'en était pas à sa première déclaration incendiaire sur la question islamique dans le monde occidental. Dans un texte qu'il a écrit pour le journal Voir au lendemain du 11 septembre 2001, Maurice G. Dantec avait vilipendé la gauche pour sa naïveté par rapport à la menace "hitléro-musulmane". "C'est au Canada en effet, et au Québec tout particulièrement, que l'anarchisme pop (...) mine les esprits, et que l'antisémitisme de gôche, qui se camoufle de façon pitoyable sous le vocable "antisionisme", a pénétré les consciences au point que, désormais, nos portes sont grandes ouvertes aux tueurs fanatiques dont la haine à notre encontre ne connaît point de limites", avait-il écrit le 20 septembre dans l'hebdomadaire.
Perreault, Laura-Julie
Réponse de Maurice G. Dantec

Mesdames, messieurs,
Ne lisant pas votre journal, c'est par une amie que j'ai pu prendre connaissance, sans la moindre surprise, mais avec une curiosité non feinte, de l'article que votre collaboratrice, comme l'on dit je crois dans le monde du journalisme, a cru bon de me consacrer à la page f-6 de l'un de vos plus récents numéros.
Tout d'abord, en préambule, permettez moi de rectifier le tir que votre rédactrice a très adroitement dévié: je ne me suis pas présenté, lors de cette conférence de M. Alexandre Adler, comme un "guerrier chrétien et sioniste"; chère madame, ou mademoiselle, il va falloir apprendre à dompter vos ardeurs et à bien entendre la syntaxe de votre langue, la mienne aussi au demeurant, car j'ai dit, puisque je l'avais préparé à l'avance : que j'étais un écrivain-combattant (virgule) chrétien (virgule) sioniste; je sais que les mots, dans la profession du journalisme, n'ont aucune importance puisqu'on peut leur faire dire n'importe quoi, mais je crois me souvenir que c'est Walter Benjamin - ou peut-être Karl Kraus - qui a dit, lui, je cite de mémoire, que de l'emplacement d'une virgule dépend l'existence du monde.
Ainsi Michaël Moore, Ignacio Ramonet, ou je ne sais quel pacifiste "antisioniste", sont-ils des écrivains combattants, et surtout engagés. Je ne peux être quant à moi qu'un "guerrier", pour ne pas dire bientôt un "terroriste", on me connaît d'ailleurs pour mes détournements d'avions et mes prises d'otages sanglantes depuis mon arrivée au Canada.
C'est d'ailleurs la même méthode que votre collaboratrice (décidément, ce mot !) continue d'employer par la suite en appliquant la régle numéro un des écoles (post)modernes de journalisme : celle qui fut inventée par l'Agence Tass, durant les fameuses Années Trente.
Cette méthode : sélection-concaténation, dirons-nous, permet de faire dire à l'individu une séquence de phrases qu'il n'a jamais dites dans cet ordre, ni même souvent dans les termes relatés. Mais, surtout, ce "résumé" faussement synthétique, puisqu'il résulte d'un MONTAGE, au sens cinématographique et politique, ne prend tout son NON-SENS que si l'on omet soigneusement de RACONTER OBJECTIVEMENT dans quelles circonstances - à savoir un DIALOGUE, certes vif, entre M. Adler et moi-même - il a pu être prononcé.
Ainsi vous faîtes croire que je ferais partie d'une sorte d'organisation souterraine prête à bouffer de l'Arabe aux quatre coins de France. Or c'est très précisément l'inverse, et vous le savez, des propos qui furent tenus ce soir là : fort de mon expérience yougoslave, j'ai MIS EN GARDE mon pays d'origine, dont M. Adler est un représentant fort valable, contre les dangers de l'Islamisme, tout autant que contre les inévitables dérapages que cette menace allait engendrer par réaction, bref j'ai lancé un véritable signal d'alarme, prédisant en effet une situation à la Bosniaque en République Francaise dans moins de 20 ans, si rien n'est fait d'ici là, et rien ne semble pouvoir arrêter cette nouvelle marche du "progrès des peuples" vers un "avenir radieux".
Il est clair que vous n'avez pas voulu entendre cette partie de mon intervention, à condition toutefois que vous ayez été en mesure de le faire.
Avec mes salutations les plus "incendiaires",
Maurice G. Dantec
Montréal, le 25 septembre 2003