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Violence scolaire, la descente aux enfers

SURLERING.COM - FRANCE - par Roman Bernard - le 22/02/2010 - 8 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B



Les violences à l'école font de plus en plus souvent l’actualité. Sont-elles en hausse ? Tout laisse à penser que oui, même si l'on ne dispose pas de chiffres officiels en la matière. Ce que l'on sait en revanche, c'est que le laxisme de l'Éducation nationale, en amont comme en aval des violences, en est l'une des deux causes majeures. L'autre, l'immigration, reste taboue...

Quand on a la fièvre, c'est bien connu, le mieux à faire est de casser le thermomètre. C'est en tout cas comme cela que l'Éducation nationale traite le problème de la montée des violences à l'école.

Jusqu'en 2006, un logiciel, Signa, permettait de comptabiliser les actes de violence grave dans les établissements du second degré (collèges et lycées) de France. Le chiffre, à caractère confidentiel, avait « fuité » dans la presse. Le Point, à la rentrée 2006, avait en effet révélé que 82 000 actes de violence grave avaient été commis, en 2005-2006, dans les quelque 7800 établissements du second degré du pays. Soit plus de dix actes de violence grave par établissement et par an. L'hebdomadaire aggravait son cas en révélant quels étaient les établissements les plus violents, à éviter d'urgence.

C'était trop d'audace pour un ministère qui continue à prétendre qu'il assure les mêmes conditions d'enseignement dans tous les établissements. Le logiciel Signa a donc été remplacé par le logiciel Sivis, qui ne donne plus de chiffre global, apte à frapper l'opinion, mais de simples pourcentages. On ne sait plus combien d'actes de violence ont lieu, mais juste dans quelle proportion ils ont lieu.

Intérêt de la manœuvre : montrer que les violences sont minoritaires, et ainsi pouvoir les relativiser.

Qu'en est-il depuis ? Les violences ont-elles miraculeusement cessé à l'école depuis que le ministère de l'Éducation nationale a décrété qu'elles n'étaient qu'un phénomène minoritaire donc insignifiant ?

Si l'on ne peut, et pour cause, connaître l'évolution générale des violences dans les établissements scolaires français, on peut en revanche beaucoup douter que cette évolution se soit faite à la baisse.

Coups de chaise et lettre de menaces


Rien qu'en décembre dernier, une professeur de Cubzac (Gironde) a été frappée à la tête à coups de chaise par un élève à qui elle avait juste demandé de cesser de jeter des boulettes de papier. Une enseignante du lycée Jean-Lurçat, à Paris, a dû subir l'humiliation d'une pétition lancée contre elle par des élèves, qui ont surenchéri avec une lettre de menaces et d'insultes de toute sa classe. À Montbéliard, un proviseur a été roué de coups devant son lycée par des élèves à qui il demandait de bien vouloir dégager l'entrée de l'établissement... En janvier, un lycéen est mort de ses blessures après avoir été poignardé par un autre élève. Le motif ? Un règlement de comptes entre bandes...

Problème de cette énumération : s'il est manifeste, pour les enseignants retraités notamment, que cela ne se serait jamais produit il y a encore vingt à trente ans, on ne peut qu'aligner des faits divers.

La hiérarchie de l'Éducation nationale continue à dire qu'il s'agit d'actes isolés, de la part d'élèves n'ayant aucun antécédent, et dans des établissements qui jusqu'ici ne connaissaient aucun problème.

Démission de la hiérarchie


Pire, lorsqu'elle peut prendre des sanctions, elle se dérobe à ses responsabilités, comme dans le cas évoqué plus haut de la lettre de menaces et d'insultes envoyée à l'enseignante du lycée Jean-Lurçat. Les punitions collectives étant interdites par le Code de l'éducation, et la classe ayant signé d'un seul homme cette lettre, nul n'a été puni : la condamnation par l'inspecteur a été purement verbale.

Telle attitude est-elle surprenante de la part de l'Éducation nationale ? Pas vraiment, hélas. En septembre déjà, l'académie de Créteil a lancé une « expérimentation » pour lutter contre l'absentéisme à l'école : il s'agissait de récompenser les élèves de trois classes d'un lycée professionnel de ZEP s'ils daignaient venir en cours ! Montant du butin : 10 000 euros par classe.

Ainsi, les élèves apprenaient, de leur hiérarchie, qu'il valait mieux avoir un comportement tout juste passable après avoir séché les cours que, simplement, ne jamais avoir posé le moindre problème...

Immigration, le tabou


Lors de l'enquête du Point, en 2006, il était net que les établissements les plus touchés se situaient dans des quartiers, des communes, un département (la Seine-Saint-Denis) où vit une très forte population immigrée, majoritaire en de nombreux endroits. Avec l'augmentation de la population immigrée, les actes de violence risquent donc fort de se multiplier, et de gagner en gravité.

Il va ainsi devenir difficile, pour les ministres successifs de l'Éducation nationale, de prétendre régler les problèmes de violence en mettant des détecteurs de métaux à l'entrée des établissements et des CRS à la sortie, sans poser la seule question qui vaille : pourquoi a-t-on dû en arriver là ?

Roman Bernard




Toutes les réactions (8)

1. 22/02/2010 12:07 - Christophe

ChristopheAh! le méchant! Insinuer que la violence en Seine-Saint-Denis est liée aux "problématiques" d'immigration risque de vous attirer l'ire des vigilants écologistes. C'est très mal de de surenchérir sur des thèmes de l'extrême-droite...

2. 22/02/2010 13:29 - Didier Goux

Didier GouxJe trouve cet article particulièrement nauséabond.

(Smiley...)

3. 22/02/2010 14:30 - Roman Bernard

Roman BernardOui, Didier, cet article sent le réel, donc la merde. C'est déjà mieux que le progressisme, qui lui sent la mort.

4. 22/02/2010 14:53 - Vespasien

VespasienNauséabond ? Parce que relater la réalité est un mal ? Nous mourrons tous (enfin nous disparaîtrons...) du déni de réalité. La politique de l'autruche ne mène nul part !

5. 22/02/2010 15:11 - Roman Bernard

Roman BernardChristophe, je n'insinue pas, j'affirme.

6. 22/02/2010 19:40 - Marine

MarineCet article relate les heures les plus sombres de notre histoire. Enfin, j'en vois venir de plus sombres encore.
Le pire, c'est que les jeunes profs précaires sont supposés pouvoir travailler dans le calme, alors que personne ou presque n'y parvient, y compris parmi les personnels "formés".
Alors que tout le monde baisse les bras, eux sont sommés de réussir à établir une discipline qui n'existe nulle part. Sinon, ils sont virés. Même pas besoin de démissionner, eux.
La violence, ce n'est pas que l'agression médiatisée (malgré les autorités). C'est aussi l'humiliation subie au quotidien par les jeunes adultes, la déception de la bonne volonté bafouée, la lucidité trahie par la démagogie ambiante.
Il est minuit moins deux.

7. 23/02/2010 21:45 - Nico de Montreuil

Nico de MontreuilC'est un des points qui permet de voir le plus clairement la faillite du système mai 68.
Mais croyez pour autant que ces profs qui ont soutenu ce système et en subissent aujourd'hui les conséquences iraient le remettre en cause ? Croyez-vous ?
Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

8. 24/02/2010 11:02 - faivre

faivrePhttp://www.observatoire-laxisme-ecole.fr/print_text.php?id=
Pas tous, cher nico. D'autant que ce sont les mômes, plus que nous, anciens "maos"(!),qui en subissent les conséquences;c'est leur avenir qui se pourrit tant que l'encre de la Doxa Pieuvre ne s'est pas dissipée. Toutes les conneries que nous avons répandues, aidés par le fait commercial qu'il y avait du fric à se faire, des jeunes à séduire...( même chose)

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Ah! le méchant! Insinuer que la violence en Seine-Saint-Denis est liée aux "problématiques" d'immigration risque de vous attirer l'ire des vigilants écologistes. C'est très mal de de...

Christophe22/02/2010 12:07 Christophe
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