Au commencement de
son existence médiatique, le pape de l'humanisme mainstream faisait
déjà cavalier blanc, vierge de toute élection (encore aujourd'hui),
s'essayant à la poésie, sans casseroles, sans ennemis, bien-pensant,
arabo-applaventriste à l'international (encore aujourd'hui, fils de
Chirac), dans le mood, et dans les clous. Un homme tempéré,
forcément honnête, droit et surtout, dixit les ménagères de moins de 50
ans, sérieusement bel homme. Déjà, il sonnait décalé, comme son
faux patronyme.
Connu le temps du souffle d'un discours, au
Conseil de sécurité de l'ONU, Villepin et Chirac, rois du droit de veto,
faisaient un choix facile à l'époque. Faire blêmir Powel, caresser
l'opinion, le tout avec un peu de salive. De quoi regagner 5 ou 6 points
dans les sondages. Avec la guerre en bonus track comme principe actif
au bon vieil antiaméricanisme et traceur d'une légitimité artificielle
volée sous les applaudissements de la doxa des Nations Unies. Mais on a
l'illusion d'exister, acclamé par les nations les plus
ressentimentales. Villepin, c'est le pays des Droits de l'homme
entrainant dans son sillage tous les pays convoitant cette mine d'or
idéologique du pauvre, la diplomatie des perdants face aux États qui
s'occupaient (certes, mal) de la réalité proche-orientale. Et il prend
ce rôle de porte parole du tiers monde avec sérieux et hauteur. Cruelle
résignation en réalité, encore paternaliste, d'une nation devenue
impuissante. Villepin a l'attitude, mais dans les ambassades, on le
raille dès qu'il a le dos tourné, entre gens qui savent.
Villepin
n'a jamais été Talleyrand, il ne suffit pas de se jouer des lettres et
des codes de bienséance pour devenir un habile diplomate. Efficace,
Villepin ne l'est pas, posture à la Française, à la Poulidor, même
belle, l'artifice chute de l'échelle de la réalité. Ce discours est vite
désacralisé une fois aux affaires, puis l'homme politique est tué par
une rébellion de cour de récréation, la crise du CPE habilement
manipulée par les médias, comme souvent, la nouvelle vieillesse,
préférant s'en remettre aux enfants, comme tout le monde.
Ensuite,
le succès annoncé de Sarkozy (son arrivée dans la bergerie en tant que
Ministre de l'Intérieur) a une première fois décidé de son destin.
Il
lui a fallu du temps pour se refaire une virginité. Il faudra
d'ailleurs le procès Clearstream pour remettre l'homme du "risque
révolutionnaire" sous l'œil des caméras. Une fois encore, c'est Sarkozy
qui décide de son destin. "L'acharnement d'un homme" que l'on ne
peut pas croire si stupide, pour replacer ainsi le pied à l'étrier de
son meilleur ennemi. Peut-être Sarkozy espérait-il simplement enterrer
ainsi Bayrou, en se souvenant que le président du Modem avait été le
seul, selon les sacro-saints sondages, à pouvoir rivaliser avec lui au
second tour en 2007.
Dominique de Villepin, personnage
médiatique, a plutôt bien joué le coup. Secrètement déçu d'avoir été
blanchi si vite (même Sarkozy abandonne sa proie en appel), l'ancien
premier ministre n'a pas lambiné. Le création de son club, ses
innombrables petites phrases, et ses multiples interventions
théâtralisées sur Internet ont rencontré un grand écho chez tous les
journaux anti-sarkozystes. On l'annonce à 5%. Un feu de paille.
Pourtant,
l'effondrement du Modem (prévisible) aux régionales (comme la défaite
relative de l'UMP) était tombé à point. Villepin s'est bien gardé de
lancer son parti avant, pour s'éviter une première débâcle électorale.
C'est donc avec un pucelage politique intact que ce pourtant vieux
routard du pouvoir s'attaquera aux présidentielles. Stratégiquement, le
contexte semblait idéal pour transformer l'essai. Seulement voilà, des
médias au concret, il y a un pas immense, que même l'humanité n'a jamais
vraiment franchi.
En présentant son parti, Villepin a fait du
Villepin, un peu trop d'ailleurs. Du gaullisme au socialisme ("Gaulliste
social", l'expression est de lui, sorte de Gaullisme de Droiche ou de
Gaute, comme vous voudrez, pro-palestinien convaincu, tel son Papa
Corrézien, première séparation idéologique nette face au pro-Israëlisme
de Sarkozy), nuage de mots clés usés et confus, bien démagogiques (de
tous les côtés, remarquez), sans que rien de bien nouveau n'en émerge.
Une politique étrangère qui consiste à conduire les impuissants pour se
dresser très symboliquement contre les puissants, l'humanisme
mainstream, mais tout ça, au final, n'est pas encore bien
rentable. Une politique intérieure qui consiste à planer au dessus de la
mêlée, en s'affirmant non-démagogue et sincère, encore du très
quelconque.
Lassés de ses postures grandiloquentes et
mélodramatiques, trop pour être honnêtes, les électeurs, surtout en
ramenant ces discours à l'échelle de leur propre misère, n'ont prêté
qu'une oreille distraite à ses appels à un nouveau parti, un de plus,
dans un centre déjà indistinct, et qui, pour ne rien arranger, n'a pas
encore de nom. Une annonce floue dans un espace flou. Trop habitué aux
médias, l'homme pensait draper sa propre statue sous une toile mystique,
en espérant que les foules se presseraient le jour de l'inauguration…
Selon
un sondage, 28 % des Français se déclarent intéressés par la création
de son mouvement. Villepin, on l'aime bien quand il tente un beau mot.
On remarque sa classe par intermittence. Rien d'autre. Lorsque l'on lit
dans les médias Français qu'il passe bien à l'étranger, cela veut dire
dans les médias étrangers soigneusement sélectionnés par les médias
Français. Là encore, du vide, emballé Quai d'Orsay, mais encore du vide.
Lorsqu'il se rend dans les quartiers populaires, en
pré-campagne, son décalage avec les bases donne le vertige. Reprendre
les recettes de son mentor, comme au salon de l'agriculture, ne suffit
pas, ne suffisait déjà plus depuis longtemps.
Dommage que la
forme manque, car il y avait au fond de la place. Sarkozy, au lendemain
des régionales, est soudain contraint à un grand écart entre un FN
regonflé et un centre qui prend nécessairement ses distances… Plus
question d'ouverture, l'UMP, s'il ne gagnera pas sans le centre, peut
perdre à coup sûr par sa droite. La situation s'annonce beaucoup plus
serrée en 2012.
Plus question de jouer le nuage d'encre. Les
(rares) électeurs veulent des contours nets et tranchés. Sur
l'échiquier, après un moment de flottement, les cases semblent soudain
se réduire à leur portion congrue. Villepin n'a pas su le comprendre, et
il en a rajouté dans le flou du moment, pensant à la fois grignoter des
voix sur une gauche tout aussi illisible, tout en ramassant tous les
suffrages au centre et en empiétant jusqu'à la garde fidèle de Sarkozy,
et enfin en captant les électeurs volatiles du Nouveau centre fantôme.
Villepin va rapidement revoir ses ambitions à la baisse, et se recentrer
lui-même.
Battre l'ennemi, certes, mais d'abord réussir, sans
être le subalterne de quelqu'un. Villepin était à l'ombre de Chirac ce
que Sarkozy était à l'ombre de Balladur. L'ennemi a réussi, pourquoi pas
lui ?
Une fois encore, la solution ne viendra pas de Villepin
lui-même, mais de Sarkozy, qui, le moment venu, devra choisir. Droite ou
encore ? La logique voudrait que l'UMP se porte du côté du FN, chez la
revancharde Marine Le Pen, pour un premier combat décisif, en jouant sur
des tableaux qui ne lui sont ni lointains, ni étrangers, quoique
copieusement diabolisés. Tout en envoyant guerroyer au centre sa garde
fidèle, comme Borloo, qui incarnerait à merveille la nouvelle
alternative destinée à essouffler toutes les autres, pour ensuite
ramener tout ce joli monde au bercail au second tour, contre la gauche.
Villepin, lui, aura beau jeu de planer sur les arguments anti-Sarkozy de
cette dernière, copieusement relayés par les médias, tout en prônant
une once de réalisme et en offrant son meilleur profil en apposition aux
utopies socialistes et a leur probablement catastrophique candidat.
Sarkozy
devra quant à lui se battre contre sa propre haine de Villepin, qui
l'incite à se porter vers lui, directement, pour l'anéantir. C'est le
risque de perdre les voix d'un FN qui sera très haut, et donc de se
retrouver soit troisième, soit qualifié mais avec une dynamique très
défavorable.
Quoiqu'il advienne de Villepin, dans sa courte
résurrection politique, c'est Sarkozy, l'ombre de toute sa carrière, qui
en décidera. Reste à savoir si la haine du chef de l'État doit
l'aveugler au point de se repositionner lui-même au centre uniquement
pour "pendre à crochet de boucher" ce cadavre électoral, pourtant déjà
bien faisandé, qu'est Dominique de Villepin.
David Kersan et Laurent Obertone
Toutes les réactions (1)
1. 05/07/2010 16:03 - Anna
C'est fini, plus personne en France ne croit au chevalier blanc qui raconte de belles histoires ,trop longues trop éloignées du réel , trop ennuyeuses. Même le look est passé de mode.
Quand à Sarkosy il est en train de devenir l'illustration de l'impuissance qu'il se plaisait à dénoncer.
Il faut qu'il renonce à être aimer et qu'il agisse, très vite. Les médias l'ont décris comme le grand méchant loup. On attend qu'il montre ses dents.
Le prochain gouvernement devra être composé de guerriers pas de représentants du commerce.
réagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring
C'est fini, plus personne en France ne croit au chevalier blanc qui raconte de belles histoires ,trop longues trop éloignées du réel , trop ennuyeuses. Même le look est passé de mode.
Quand à...
NB : Cette tribune libre n'engage pas l'ensemble des chroniqueurs de Surlering.com.Aux « déçus » du sarkozysme.En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde...
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