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Villlepin, politiquement déjà mort pour 2012 ?

SURLERING.COM - FRANCE - par David Kersan - le 09/04/2010 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B


 

Par David Kersan et Laurent Obertone

Au commencement de son existence médiatique, le pape de l'humanisme mainstream faisait déjà cavalier blanc, vierge de toute élection (encore aujourd'hui), s'essayant à la poésie, sans casseroles, sans ennemis, bien-pensant, arabo-applaventriste  à l'international (encore aujourd'hui, fils de Chirac), dans le mood, et dans les clous. Un homme tempéré, forcément honnête, droit et surtout, dixit les ménagères de moins de 50 ans, sérieusement bel homme. Déjà, il sonnait décalé, comme son faux patronyme.

Connu le temps du souffle d'un discours, au Conseil de sécurité de l'ONU, Villepin et Chirac, rois du droit de veto, faisaient un choix facile à l'époque. Faire blêmir Powel, caresser l'opinion, le tout avec un peu de salive. De quoi regagner 5 ou 6 points dans les sondages. Avec la guerre en bonus track comme principe actif au bon vieil antiaméricanisme et traceur d'une légitimité artificielle volée sous les applaudissements de la doxa des Nations Unies. Mais on a l'illusion d'exister,  acclamé par les nations les plus ressentimentales. Villepin, c'est le pays des Droits de l'homme entrainant dans son sillage tous les pays convoitant cette mine d'or idéologique du pauvre, la diplomatie des perdants face aux États qui s'occupaient (certes, mal) de la réalité proche-orientale. Et il prend ce rôle de porte parole du tiers monde avec sérieux et hauteur. Cruelle résignation en réalité, encore paternaliste, d'une nation devenue impuissante. Villepin a l'attitude, mais dans les ambassades, on le raille dès qu'il a le dos tourné, entre gens qui savent.

Villepin n'a jamais été Talleyrand, il ne suffit pas de se jouer des lettres et des codes de bienséance pour devenir un habile diplomate. Efficace, Villepin ne l'est pas, posture à la Française, à la Poulidor, même belle, l'artifice chute de l'échelle de la réalité. Ce discours est vite désacralisé une fois aux affaires, puis l'homme politique est tué par une rébellion de cour de récréation, la crise du CPE  habilement manipulée par les médias, comme souvent, la nouvelle vieillesse, préférant s'en remettre aux enfants, comme tout le monde.



Ensuite, le succès annoncé de Sarkozy (son arrivée dans la bergerie en tant que Ministre de l'Intérieur) a une première fois décidé de son destin.

Il lui a fallu du temps pour se refaire une virginité. Il faudra d'ailleurs le procès Clearstream pour remettre l'homme du "risque révolutionnaire" sous l'œil des caméras. Une fois encore, c'est Sarkozy qui décide de son destin. "L'acharnement d'un homme" que l'on ne peut pas croire si stupide, pour replacer ainsi le pied à l'étrier de son meilleur ennemi. Peut-être Sarkozy espérait-il simplement enterrer ainsi Bayrou, en se souvenant que le président du Modem avait été le seul, selon les sacro-saints sondages, à pouvoir rivaliser avec lui au second tour en 2007.

Dominique de Villepin, personnage médiatique, a plutôt bien joué le coup. Secrètement déçu d'avoir été blanchi si vite (même Sarkozy abandonne sa proie en appel), l'ancien premier ministre n'a pas lambiné. Le création de son club, ses innombrables petites phrases, et ses multiples interventions théâtralisées sur Internet ont rencontré un grand écho chez tous les journaux anti-sarkozystes. On l'annonce à 5%. Un feu de paille.



Pourtant, l'effondrement du Modem (prévisible) aux régionales (comme la défaite relative de l'UMP) était tombé à point. Villepin s'est bien gardé de lancer son parti avant, pour s'éviter une première débâcle électorale. C'est donc avec un pucelage politique intact que ce pourtant vieux routard du pouvoir s'attaquera aux présidentielles. Stratégiquement, le contexte semblait idéal pour transformer l'essai. Seulement voilà, des médias au concret, il y a un pas immense, que même l'humanité n'a jamais vraiment franchi.

En présentant son parti, Villepin a fait du Villepin, un peu trop d'ailleurs. Du gaullisme au socialisme ("Gaulliste social", l'expression est de lui, sorte de Gaullisme de Droiche ou de Gaute, comme vous voudrez, pro-palestinien convaincu, tel son Papa Corrézien, première séparation idéologique nette face au pro-Israëlisme de Sarkozy), nuage de mots clés usés et confus, bien démagogiques  (de tous les côtés, remarquez), sans que rien de bien nouveau n'en émerge. Une politique étrangère qui consiste à conduire les impuissants pour se dresser très symboliquement contre les puissants, l'humanisme mainstream, mais  tout ça, au final, n'est pas  encore bien rentable. Une politique intérieure qui consiste à planer au dessus de la mêlée, en s'affirmant non-démagogue et sincère, encore du très quelconque.

Lassés de ses postures grandiloquentes et mélodramatiques, trop pour être honnêtes, les électeurs, surtout en ramenant ces discours à l'échelle de leur propre misère, n'ont prêté qu'une oreille distraite à ses appels à un nouveau parti, un de plus, dans un centre déjà indistinct, et qui, pour ne rien arranger, n'a pas encore de nom. Une annonce floue dans un espace flou. Trop habitué aux médias, l'homme pensait draper sa propre statue sous une toile mystique, en espérant que les foules se presseraient le jour de l'inauguration…

Selon un sondage, 28 % des Français se déclarent intéressés par la création de son mouvement. Villepin, on l'aime bien quand il tente un beau mot. On remarque sa classe par intermittence. Rien d'autre. Lorsque l'on lit dans les médias Français qu'il passe bien à l'étranger, cela veut dire dans les médias étrangers soigneusement sélectionnés par les médias Français. Là encore, du vide, emballé Quai d'Orsay, mais encore du vide.

Lorsqu'il se rend dans les quartiers populaires, en pré-campagne, son décalage avec les bases donne le vertige. Reprendre les recettes de son mentor, comme au salon de l'agriculture, ne suffit pas, ne suffisait déjà plus depuis longtemps.

Dommage que la forme manque, car il y avait au fond de la place. Sarkozy, au lendemain des régionales, est soudain contraint à un grand écart entre un FN regonflé et un centre qui prend nécessairement ses distances… Plus question d'ouverture, l'UMP, s'il ne gagnera pas sans le centre, peut perdre à coup sûr par sa droite. La situation s'annonce beaucoup plus serrée en 2012.

Plus question de jouer le nuage d'encre. Les (rares) électeurs veulent des contours nets et tranchés. Sur l'échiquier, après un moment de flottement, les cases semblent soudain se réduire à leur portion congrue. Villepin n'a pas su le comprendre, et il en a rajouté dans le flou du moment, pensant à la fois grignoter des voix sur une gauche tout aussi illisible, tout en ramassant tous les suffrages au centre et en empiétant jusqu'à la garde fidèle de Sarkozy, et enfin en captant les électeurs volatiles du Nouveau centre fantôme. Villepin va rapidement revoir ses ambitions à la baisse, et se recentrer lui-même.

Battre l'ennemi, certes, mais d'abord réussir, sans être le subalterne de quelqu'un. Villepin était à l'ombre de Chirac ce que Sarkozy était à l'ombre de Balladur. L'ennemi a réussi, pourquoi pas lui ?

Une fois encore, la solution ne viendra pas de Villepin lui-même, mais de Sarkozy, qui, le moment venu, devra choisir. Droite ou encore ? La logique voudrait que l'UMP se porte du côté du FN, chez la revancharde Marine Le Pen, pour un premier combat décisif, en jouant sur des tableaux qui ne lui sont ni lointains, ni étrangers, quoique copieusement diabolisés. Tout en envoyant guerroyer au centre sa garde fidèle, comme Borloo, qui incarnerait à merveille la nouvelle alternative destinée à essouffler toutes les autres, pour ensuite ramener tout ce joli monde au bercail au second tour, contre la gauche. Villepin, lui, aura beau jeu de planer sur les arguments anti-Sarkozy de cette dernière, copieusement relayés par les médias, tout en prônant une once de réalisme et en offrant son meilleur profil en apposition aux utopies socialistes et a leur probablement catastrophique candidat.

Sarkozy devra quant à lui se battre contre sa propre haine de Villepin, qui l'incite à se porter vers lui, directement, pour l'anéantir. C'est le risque de perdre les voix d'un FN qui sera très haut, et donc de se retrouver soit troisième, soit qualifié mais avec une dynamique très défavorable.

Quoiqu'il advienne de Villepin, dans sa courte résurrection politique, c'est Sarkozy, l'ombre de toute sa carrière, qui en décidera. Reste à savoir si la haine du chef de l'État doit l'aveugler au point de se repositionner lui-même au centre uniquement pour "pendre à crochet de boucher" ce cadavre électoral, pourtant déjà bien faisandé, qu'est Dominique de Villepin.

David Kersan et Laurent Obertone




Toutes les réactions (1)

1. 05/07/2010 16:03 - Anna

AnnaC'est fini, plus personne en France ne croit au chevalier blanc qui raconte de belles histoires ,trop longues trop éloignées du réel , trop ennuyeuses. Même le look est passé de mode.
Quand à Sarkosy il est en train de devenir l'illustration de l'impuissance qu'il se plaisait à dénoncer.
Il faut qu'il renonce à être aimer et qu'il agisse, très vite. Les médias l'ont décris comme le grand méchant loup. On attend qu'il montre ses dents.
Le prochain gouvernement devra être composé de guerriers pas de représentants du commerce.

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