PAT, Les Contre-Réactionnaires, Paris, Denoël, 2007
Par David Kersan et Laurent Obertone
"Sarkozy est un problème pour la France". Le grand défaut de ce Setter irlandais, c'est de se confondre un peu trop volontiers avec la France.
Le grand problème de Villepin, c'est qu'il ne peut exister sans Sarkozy. Depuis qu'il a quitté le pouvoir, toutes ces sorties relayées sont des piques à l'attention de son ennemi juré. Il est "fou", disait Sarkozy. Oui, fou. Fou de rage, à l'idée de ne plus exister qu'à travers la haine qu'il voue au Président.
Si Sarkozy s'en va, Villepin disparait. C'est aussi simple que ça. Imaginez-vous la frustration du bonhomme ? Tout ça vient de très loin...
Au commencement de son existence médiatique, le pape de l'humanisme mainstream faisait déjà cavalier blanc, vierge de toute élection (encore aujourd'hui), s'essayant à la poésie, sans casseroles, sans ennemis, bien-pensant, arabo-applaventriste à l'international (encore aujourd'hui, fils de Chirac), dans le mood, et dans les clous. Un homme tempéré, forcément honnête, droit et surtout, dixit les ménagères de moins de 50 ans, sérieusement bel homme. Déjà, il sonnait décalé, comme son faux patronyme.
Connu le temps du souffle d'un discours, au Conseil de sécurité de l'ONU, Villepin et Chirac, rois du droit de veto, faisaient un choix facile à l'époque. Faire blêmir Powel, caresser l'opinion, le tout avec un peu de salive. De quoi regagner 5 ou 6 points dans les sondages. Avec la guerre en bonus track comme principe actif au bon vieil antiaméricanisme et traceur d'une légitimité artificielle volée sous les applaudissements de la doxa des Nations Unies. Mais on a l'illusion d'exister, acclamé par les nations les plus ressentimentales. Villepin, c'est le pays des Droits de l'homme entrainant dans son sillage tous les pays convoitant cette mine d'or idéologique du pauvre, la diplomatie des perdants face aux États qui s'occupaient (certes, mal) de la réalité proche-orientale. Et il prend ce rôle de porte parole du tiers monde avec sérieux et hauteur. Cruelle résignation en réalité, encore paternaliste, d'une nation devenue impuissante. Villepin a l'attitude, mais dans les ambassades, on le raille dès qu'il a le dos tourné, entre gens qui savent.
Villepin n'a jamais été Talleyrand, il ne suffit pas de se jouer des lettres et des codes de bienséance pour devenir un habile diplomate. Efficace, Villepin ne l'est pas, posture à la Française, à la Poulidor, même belle, l'artifice chute de l'échelle de la réalité. Ce discours est vite désacralisé une fois aux affaires, puis l'homme politique est tué par une rébellion de cour de récréation, la crise du CPE habilement manipulée par les médias, comme souvent, la nouvelle vieillesse, préférant s'en remettre aux enfants, comme tout le monde.
Ensuite, le succès annoncé de Sarkozy (son arrivée dans la bergerie en tant que Ministre de l'Intérieur) a une première fois décidé de son destin.
Il lui a fallu du temps pour se refaire une virginité. Il faudra d'ailleurs le procès Clearstream pour remettre l'homme du "risque révolutionnaire" sous l'œil des caméras. Une fois encore, c'est Sarkozy qui décide de son destin. "L'acharnement d'un homme" que l'on ne peut pas croire si stupide, pour replacer ainsi le pied à l'étrier de son meilleur ennemi. Peut-être Sarkozy espérait-il simplement enterrer ainsi Bayrou, en se souvenant que le président du Modem avait été le seul, selon les sacro-saints sondages, à pouvoir rivaliser avec lui au second tour en 2007.
Dominique de Villepin, personnage médiatique, a plutôt bien joué le coup. Secrètement déçu d'avoir été blanchi si vite (même Sarkozy abandonne sa proie en appel), l'ancien premier ministre n'a pas lambiné. Le création de son club, ses innombrables petites phrases, et ses multiples interventions théâtralisées sur Internet ont rencontré un grand écho chez tous les journaux anti-sarkozystes. On l'annonce à 5%. Un feu de paille.
Pourtant, l'effondrement du Modem (prévisible) aux régionales (comme la défaite relative de l'UMP) était tombé à point. Villepin s'est bien gardé de lancer son parti avant, pour s'éviter une première débâcle électorale. C'est donc avec un pucelage politique intact que ce pourtant vieux routard du pouvoir s'attaquera aux présidentielles. Stratégiquement, le contexte semblait idéal pour transformer l'essai. Seulement voilà, des médias au concret, il y a un pas immense, que même l'humanité n'a jamais vraiment franchi.
En présentant son parti, Villepin a fait du Villepin, un peu trop d'ailleurs. Du gaullisme au socialisme ("Gaulliste social", l'expression est de lui, sorte de Gaullisme de Droiche ou de Gaute, comme vous voudrez, pro-palestinien convaincu, tel son Papa Corrézien, première séparation idéologique nette face au pro-Israëlisme de Sarkozy), nuage de mots clés usés et confus, bien démagogiques (de tous les côtés, remarquez), sans que rien de bien nouveau n'en émerge. Une politique étrangère qui consiste à conduire les impuissants pour se dresser très symboliquement contre les puissants, l'humanisme mainstream, mais tout ça, au final, n'est pas encore bien rentable. Une politique intérieure qui consiste à planer au dessus de la mêlée, en s'affirmant non-démagogue et sincère, encore du très quelconque.
Lassés de ses postures grandiloquentes et mélodramatiques, trop pour être honnêtes, les électeurs, surtout en ramenant ces discours à l'échelle de leur propre misère, n'ont prêté qu'une oreille distraite à ses appels à un nouveau parti, un de plus, dans un centre déjà indistinct, et qui, pour ne rien arranger, n'a pas encore de nom. Une annonce floue dans un espace flou. Trop habitué aux médias, l'homme pensait draper sa propre statue sous une toile mystique, en espérant que les foules se presseraient le jour de l'inauguration…
Selon un sondage, 28 % des Français se déclarent intéressés par la création de son mouvement. Villepin, on l'aime bien quand il tente un beau mot. On remarque sa classe par intermittence. Rien d'autre. Lorsque l'on lit dans les médias Français qu'il passe bien à l'étranger, cela veut dire dans les médias étrangers soigneusement sélectionnés par les médias Français. Là encore, du vide, emballé Quai d'Orsay, mais encore du vide.
Lorsqu'il se rend dans les quartiers populaires, en pré-campagne, son décalage avec les bases donne le vertige. Reprendre les recettes de son mentor, comme au salon de l'agriculture, ne suffit pas, ne suffisait déjà plus depuis longtemps.
Dommage que la forme manque, car il y avait au fond de la place. Sarkozy, au lendemain des régionales, est soudain contraint à un grand écart entre un FN regonflé et un centre qui prend nécessairement ses distances… Plus question d'ouverture, l'UMP, s'il ne gagnera pas sans le centre, peut perdre à coup sûr par sa droite. La situation s'annonce beaucoup plus serrée en 2012.
Plus question de jouer le nuage d'encre. Les (rares) électeurs veulent des contours nets et tranchés. Sur l'échiquier, après un moment de flottement, les cases semblent soudain se réduire à leur portion congrue. Villepin n'a pas su le comprendre, et il en a rajouté dans le flou du moment, pensant à la fois grignoter des voix sur une gauche tout aussi illisible, tout en ramassant tous les suffrages au centre et en empiétant jusqu'à la garde fidèle de Sarkozy, et enfin en captant les électeurs volatiles du Nouveau centre fantôme. Villepin va rapidement revoir ses ambitions à la baisse, et se recentrer lui-même.
Battre l'ennemi, certes, mais d'abord réussir, sans être le subalterne de quelqu'un. Villepin était à l'ombre de Chirac ce que Sarkozy était à l'ombre de Balladur. L'ennemi a réussi, pourquoi pas lui ?
Une fois encore, la solution ne viendra pas de Villepin lui-même, mais de Sarkozy. Car quoiqu'il advienne de Villepin, dans sa courte résurrection politique, c'est Sarkozy, l'ombre de toute sa carrière, qui en décidera. Villepin a tout intérêt à poursuivre dans cette voie, tout en espérant que son croc de boucher favori soit réélu, pour qu'il puisse continuer à s'y suspendre. Son estrade sera son gibet. Pour que la foule aperçoive encore de temps à autre son corps déjà faisandé, il n'y a pas d'autres moyens.
Laurent Obertone et David Kersan
Toutes les réactions (11)
1. 08/04/2010 01:13 - Max
Un imposteur qui terminera aux oubliettes de l'histoire.
2. 08/04/2010 01:36 - Gajaray
Quoiqu'il en soit, ai toujours pensé que le gaullisme est - et sera - toujours incarné par des "gogaullistes".
3. 08/04/2010 12:55 - Partagas
Après une agonie de plus de deux ans, le gaullisme est mort le 9 novembre 1970.
4. 08/04/2010 15:59 - Julien
Excellent portrait. Le nom de son parti, ça vous dit rien ?
5. 08/04/2010 19:20 - batleby
effectivement un imposteur mais en revoyant cette video de finkielkraut, je me dis qu'il est vraiment devenu con, lui aussi... serieux, il melange tout... le probleme n'est pas comme il dit "un emploi stable pour tous" mais pourquoi le cpe? quel sens a le cpe? quel apport au monde du travail?
je crois que je ne crois plus en grand-chose mais meme des gens que j'ai respecte par le passe (pas villepin, mais finki) me semblent devenus cons dans la mesure ou, comme dit l'autre," ceux qui pensent en cercle ont les idees courbes"... il radote et ressort ses 2/3 idees en permanence sans meme s'interesser au reel... tout le monde a deserte le navire... et le reel...
6. 08/04/2010 22:02 - Laurent Obertone
Apparemment, le parti de Villepin s'appellera donc le PRS. Pour une République Solidaire.
République & Solidaire. Vraiment très original. À l'image du bonhomme...
7. 09/04/2010 00:51 - Rodolphe
Le PRS est à l'origine le parti "Pour une république sociale" créé par Mélenchon en 2004 et dissout dans la parti de gauche en 2009.
Pas beaucoup d'imagination ce cher Dominique....
8. 13/07/2010 04:57 - Ma Pomme
Peut-être Sarkozy espérait-il simplement enterrer ainsi Bayrou, en se souvenant que le président du Modem avait été le seul, selon les sacro-saints sondages, à pouvoir rivaliser avec lui au second tour en 2007.
Les sondages ne donnaient pas Bayrou mais Royal. Bayrou n’était même pas, au commencement de la campagne, un troisième homme potentiel. C’est d’ailleurs comme ça que le provinciale agrégé qu’il est se lança dans la posture du révolté anti média et anti sondage.
Vrai que les sondages ou disons les sondeurs, ces propagandistes militants, sont le pain quotidien des journaleux TV et autres. Alors les 5% de Villepin… et le selon un sondage 28%... la logique de la démonstration ? Un feu de paille.
Villepin s'est bien gardé de lancer son parti : Ben voui, Sarkozy a fait une OPA sur l’UMP de Chirac… (comme naguère Mitterrand la fit sur le PS de Rocard) et il y a encore pas mal de chiraquiens qui n’étaient ni ne sont convaincus du Sarkozisme. Chirac lui-même, dit-on entre gens qui savent… n’a pas fini de jouer ce dernier pion.
Et puis il ne faut pas mépriser la ménagère de moins de 50 ans. Car en matière de vote… houhouhou pardon, de votation, l’électeur lambda, quiconque ou plutôt quelconque, pardon, le quidam, est une ménagère de moins de 50 piges.
Sarkozy lui-même… il y a déjà un bail, on ne sait comment, fut trouvé beau sur un plateau télé, par une ménagère ; une militante peut-être ?
Quant au théâtre, de la prise d’otage en école maternelle au footing en passant par le cyclisme à la Drucker… not’ cher président ne fut pas lui-même en reste, ratissant tout de même plus large, il est vrai.
Et l’UOIF, à qui la doit-on ?
D’autres gens dans le secret, fut un temps, connaissait l’envie de Juppé de monter en première ligne. Ah les gens qui savent… ils n’en savent que trop, voilà où le bas blesse.
Mais bon, démago, éloigné du peuple et de ses aspirations, ça… c’est tout Villepin, qui n’était qu’un porte-flingue de Chirac.
Sarko, lui, avait su écouter, non pas les gens mais l’époque. De là à le dire honnête, disons peu machiavélique, il y a un pas de géant en bottes de sept lieues. Et quant à réitérer l’exploit de 2007… nous verrons bien.
La gauche, je n’en parle même pas, son cadavre est plus que faisandé, poussière retournée à la poussière.
9. 13/07/2010 04:57 - Ma Pomme
Par contre Finkielkraut, formidable, comme depuis et maintenant. Il ne mélange rien. Il épingle l’infantilisation, comme toujours le discours : y sont formidables ces jeunes ; étudions les ou plutôt écoutons ce qu’ils z’ont à nous dire, à nous les vieunes qui ne voulons pas vieillir, pas mourir, jamais céder la place. Pas de vis-à-vis. Mort à la séparation ! Les drôles à l’Assemblée et que ça saute… ah ben c’est déjà fait !
Un emploi stable pour tous, voilà ce qui a été crié, scandé, par les manifestant bloqueur de savoir. Comme si l’université ne devait pourvoir qu’à cela. Comme si le chercheur n’avait autre chose à transmettre que sa volonté d’être en accord avec la jeunesse aussi, comme dit le philosophe, moquant les têtes pleines d’étrons. Comme si l’homme n’était pas une tâche à accomplir mais une série de droits à satisfaire. C’est ça l’expropriation du réel, ce refus de se dépasser, d’affronter son devenir, cette chimère de prétendre qu’un apéro géant est un symbole du civisme renommé vivre ensemble par la novlangue contemporaine, comptant pour haine, du réel, précisément.
10. 15/11/2010 12:17 - Greg môk
C'est vrai que la rigueur de la démonstration de son assertion en dit long sur sa capacité (mais il n'est pas le seul) à abrutir son prochain.
11. 19/11/2010 12:49 - thierry bruno
D'accord avec "Ma Pomme" et pas d'accord avec bartleby : non, M. Finkielkraut n'est pas devenu con et non, il ne radote pas, il va au contraire au coeur du problème, ici au sujet du CPE. Le petit con de l'UNEF, roquet aboyeur du P.S (qui depuis l'a récompensé) ne posait pas la question du pourquoi du CPE, ni ne défendait sa génération "précaire" (???) mais était totalement conformiste et à mille lieux des réalités et de la réalité. Et encore heureux qu'il y a encore des Finkielkraut pour sortir des lieux communs et en sortir avec des arguments et non des slogans.
Quant à ce pauvre M. de Villepin, il est absolument pathétique et vous avez bien montré, MM Obertone et Kersan, que son drame est de n'exister que dans sa haine pour N. Sarkozy. Exit Sarkozy et Villepin disparait.
Inutile de revenir sur son discours aux Nations-Unies qui était tout, sauf du De Gaulle et surtout, qu'il cesse de se prétendre l'héritier du gaullisme. De Gaulle existe par ses écrits, par ses actes et il n'a nul besoin d'héritiers, de droite comme de gauche.
Exister par vous-même, M. de Villepin, ce serait déjà bien mais vous en semblez bien incapable, étouffer que vous êtes par votre vanité psychotique et votre haine du président de la République. Larbin de Chirac vous fûtes, larbin de Chirac est votre meilleure place.
réagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring
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