Sur le RING

Umar al-Mukhtar, le "Massoud" libyen

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Marie Mille - le 06/03/2011 - 3 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

L’actuelle unité de l’opposition libyenne s’ancre dans la volonté du changement et dans le passé de résistance forgeant une part de son identité, deux raisons parmi d’autres. Le point de départ de cette révolution n’est pas un hasard. La Cyrénaïque et sa capitale, Benghazi, sont parvenues à ébranler le régime du colonel Khadafi comme elles ont opposé une lutte farouche à la colonisation italienne dès 1911. Un homme en particulier s’illustra au point de devenir un héros national, récupéré par le régime de Khadafi, afin d’apaiser les dissidences : Umar al-Mukhtar. S’il paraît anachronique de le qualifier de « Massoud » libyen, les deux hommes se ressemblaient pourtant à la lumière de leur amour de la terre qui les a vus naître et mourir, de la foi qui les animait, de la guerre menée contre l’étranger envahisseur, de leur destin en somme.


Le colonel Khadafi aborde une photographie comportant Umar al Mukhtar lors d'une rencontre avec Silvio Berlusconi.


Le cheikh Sidi Umar al-Mukhtar est né selon les sources entre 1858 et 1862 en Cyrénaïque. Jeune enfant, il apprend à lire et écrire dans une medersa, une école coranique. Il parfait son éducation à la grande medersa de Jaghbub, ville de l’intérieur de la Cyrénaïque, centre de l’organisation de la Sanusiyya. A l’époque, la Sanusiyya est la confrérie musulmane la plus implantée de Libye, désireuse de revenir à l’intégrité du Coran et de la Sunna afin d’unifier les tribus bédouines et, donc, le pays. Les disciples sont éduqués dans les medersa  afin de les élever grâce à la connaissance des textes sacrés. La famille Sanusi, dont était issu Idris Ier renversé par la junte de Muammar el-Khadafi en 1969, n’est pas bédouine. Afin de préserver l’unité des tribus, elle n’en privilégie aucune et se pose en fédératrice et organisatrice pour le bien commun. L’influence de la Sanusiyya s’étend jusqu’au Tchad. Les forces françaises se renforcent pour tenir la frontière, la confrérie met en place des douar (camps armés) en réponse à la pression de la France. Ainsi, elle organise militairement les tribus. Par son niveau de connaissances et son sens du combat, Umar al-Mukhtar prend la tête d’une partie des mujahiddin, toujours dans le respect de la hiérarchie établie par la confrérie. Il fait ses armes lors de la guerre qui oppose les Italiens et les Ottomans pour la domination de la Libye. La confrérie soutient les Ottomans dans une claire solidarité musulmane. Si les forces italiennes prennent  Benghazi en octobre 1911, les Ottomans ne capituleront que neuf années après, en octobre 1920 (paix d’Ouchy). Ce conflit est remarquable en deux points : l’armée italienne doit répondre aux attaques de type guérilla et la solution testée alors contre les razzias des mujahiddin à cheval réside dans le repérage par les dirigeables et le bombardement par les premiers avions de guerre.

Cependant, la confrérie laisse la porte ouverte aux négociations et les Bédouins retrouvent une certaine autonomie à l’éclatement de la Première Guerre Mondiale, les Italiens se cantonnant sur la frange littorale de la Cyrénaïque. Des accords sont ensuite signés (le Statuto en 1919) mais cette paix demeure très relative et les combats reprennent. La répression est rude et les Italiens exécutent en masse, photographient les suppliciés (preuves iconographiques des exécutions pour les historiens) puis répandent les images des cadavres sous forme de cartes postales morbides. La guerre des images ne fera que renforcer la certitude des tribus entonnant certainement une chanson bédouine exaltant leur liberté : « Le sort cruel nous met à la merci de son esclave, ça ne fait rien, ceci est le destin, mais notre foi ne s’éteindra point, notre espérance demeurera forte. »

En 1923, Mussolini accède au ministère des Affaires Africaines et il n’est plus question de négocier. Les Bédouins doivent être vaincus et la conquête de l’ancienne province de l’Empire romain doit s’étendre aux terres désertiques de l’intérieur de la Cyrénaïque et favoriser ainsi l’installation de colons sur les contreforts du Djebel Akhdar, bourrelet montagneux de la Cyrénaïque littorale, région assez fertile pour permettre la culture céréalière, entre autres.

De 1923 à 1926, l’effort de guerre touche donc davantage les populations civiles que les douar. Mais les mujahiddin s’enfuient à temps. Umar al-Mukhtar parcourt les douar pour mobiliser les hommes et la résistance bédouine parvient à enrayer l’avancée des troupes italiennes malgré une utilisation de plus en plus massive de l’aviation. Umar al-Mukhtar et ses hommes reçoivent l’appui des populations civiles éprouvées. Elles renseignent également les  combattants quant aux déplacements des colonnes italiennes. Leur soutien matériel est fondamental pour la bonne marche de la résistance. Les troupes d’Umar al-Mukhtar reçoivent, dans la mesure des moyens déclinants, nourriture, chevaux et recrues.  Les Egyptiens frontaliers le soutiennent et lui envoient de l’armement. L’adhésion populaire, l’armement égyptien, les razzias et les embuscades  grèvent les tentatives italiennes d’expansion jusqu’à leur prise du centre administratif de la Sanussiyya, Jaghbub, en 1926, par une stratégie de combats motorisés au sol et aérien. Idris Sanusi, réfugié en Egypte, nomme Umar al-Mukhtar représentant plénipotentiaire en Cyrénaïque pour renforcer ses pouvoirs et lui obtenir l’appui maximal de toutes les tribus. Le mujahid a environ 70 ans.
Malgré une période de trêve relative, la guerre dure depuis longtemps. Les populations sont appauvries et les scissions se font de plus en plus profondes face aux campagnes de séduction et de répression des Italiens.  Umar al-Mukhtar, retranché dans ses camps, correspondant avec l’Egypte (il reste un grand nombre de ses lettres ), exerce encore assez d’influence pour obtenir que les tribus demeurent resserrées derrière lui.

 Le gouverneur de Cyrénaïque est congédié et remplacé par un « super-préfet », le général Graziani. Sa nomination provient directement du Duce dont il a toute la confiance. C’est un homme de terrain qui a parcouru la Tripolitaine voisine de long en large. Une vague de répression drastique et de désarmement systématique (le Bédouin est traditionnellement armé d’un poignard et d’un fusil) est menée. Le commerce avec l’Egypte est interdit et une ligne de barbelés sera construite à très grands frais sur près de 300 kilomètres à la frontière avec l’Egypte voisine. Umar al-Mukhtar échappe une première fois au général Graziani mais perd ses lunettes dans cette embuscade. Ce n’est pas un détail. Il ne peut désormais lire et écrire que difficilement. Pour l’isoler encore plus, les populations bédouines sont déplacées lors de marches forcées pour rejoindre le littoral. La structure de vie des Bédouins, sédentarisés dans des camps, s’effondre. Les mujahiddin ne reçoivent plus aucun soutien matériel. Les conditions de vie se détériorent. La poursuite des combats devient impossible.

Un grand nombre de lieutenants d’Umar al Mukhtar sont capturés. L’un d’eux a la tête tranchée et elle est expédiée à Graziani. Un tribunal volant est mis en place afin d’assurer un procès aux opposants. Tous sont exécutés par pendaison. En janvier 1931, le général Graziani prend Kufra. La perte de ce dernier bastion intérieur signe la fin de la résistance armée bédouine face aux Italiens.

Umar al-Mukhtar est capturé le 10 septembre 1931 après des semaines d’errance dans le désert. Il est transféré à Benghazi et répond devant le tribunal de chefs d’accusation du ressort du droit commun (agressions, vols, razzias, embuscades…). Autrement dit, il n’est pas jugé comme un chef de guerre mais comme un bandit. Il est remarquable de constater que l’avocat de la défense, commis d’office, un capitaine, tenta de soutenir qu’Umar al-Mukhtar agissait en vertu de motifs religieux, d’un idéal de vie. Il demanda également clémence en considération du grand âge (environ 74 ans) de l’accusé. Il fut sanctionné par le général Graziani de 10 jours d’arrêt suite à sa défense s’appuyant sur la rectitude morale de l’accusé.



Le lendemain, 16 septembre 1931, à 9 heures du matin, Umar al-Mukhtar est mené à la potence dans l’un des plus grands camps de concentration de Bédouins, Solouk, à 70 kilomètres de Benghazi. 20 000 Bédouins l’entourent. Sa pendaison sonne le glas de la résistance. L’armée italienne contrôle la Cyrénaïque avec la mort du chef des douar. Umar al-Mukhtar fut enterré à Benghazi et sa dépouille très récemment transférée à Solouk, lieu de son exécution. Cette guerre sera peu relayée par la communauté internationale mais le destin de ce chef fut assez romanesque pour qu’un film, certes américano-libyen, retraçant son parcours soit réalisé  (Le lion du désert de Moustapha Akkad avec Anthony Quinn, magnifique, dans le rôle-titre).



Des années plus tard, son combat trouvera un écho dans l’accession au trône d’Idris Ier, réfugié en Egypte au moment de la lutte pour l’indépendance de la Cyrénaïque et de la Libye. A sa chute orchestrée par la junte militaire, le colonel Khadafi ne fera pas table rase du passé et se réclamera d’Umar al-Mukhtar dans sa volonté de propagande et d’édification du Libyen combattant pour sa liberté et sa légitimité contre les Occidentaux. Il rencontrera même Silvio Berlusconi avec une photographie de l’opposant bédouin agrafée à son plastron militaire.  Aujourd’hui, l’opposition libyenne veut se débarrasser du colonel Khadafi, vivant sur la Libye à la manière d’un envahisseur et se remémore Umar al-Mukhtar tel un mythe fondateur, afin de se donner le courage de poursuivre la révolution en marche vers une ligne d’arrivée encore trouble.



Bibliographie (non-exhaustive):
•    CRESM, La Libye nouvelle, rupture et continuité, Aix-en-Provence, 1975.
•    Catalogue du festival Omar al Mukhtar, Benghasi, 1979.
•    Romain RAINERO, « La capture, l’exécution d’Omar el-Mukhtar et la fin de la guérilla libyenne. » in Les Cahiers de Tunisie, tome XXIII, n° 111/112, 1er et 2ème trimestre 1980, Tunis, p. 59-73.
•    Romain RAINERO, « Une doctrine nationale dans la Libye coloniale d’après Omar al Mukhtar » in Cahiers de la Méditerranée n°37, Intellectuels et militants dans le monde islamique. , 1988, p. 253-273.
•    Lien vers le film Le lion du désert :    http://www.dailymotion.com/video/x7fxgs_film-omar-al-mokhtar-partie-1-sur-9_shortfilms

Marie Mille


Toutes les réactions (3)

1. 08/03/2011 18:38 - france

francebien !

2. 30/03/2011 10:11 - Silem Bechik

Silem BechikÉtonnant même, sur ce site, cette apologie d'un héros... musulman que l'on compare à un Massoud alors qu'il aurait mieux valu le comparer à un émir Abdelkader !
http://delitdislam.wordpress.com/medias/sur-le-ring/les-revolutions-arabes-2/apologie-dun-heros-musulman/

3. 02/01/2012 20:04 - algérie

algériegod bless him, witch a real man, we are so proud of him

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france08/03/2011 18:38 france
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