La tombe du Christ en Inde ? À Talpiot ? Peu importe, on veut bien y croire, pourvu qu'elles démentent les Évangiles. Retour sur les nouveaux X-files à la mode autour du Jésus historique.
Le faux "tombeau de Jesus", nouveau must dans le circuit touristique de la capitale de la vallée du Cachemire.
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L'objectif des militants athées, par le biais des médias, est de noyer les Chrétiens sous une tonne de nouvelles informations absurdes, romancées, voire parfois aux apparences scientifiques. Si les Chrétiens ont trop d'informations à trier et à analyser, ils en oublieront jusqu'aux Évangiles. Ils passeront leur temps à se défendre des attaques médiatiques et n'auront plus le loisir de consacrer leurs réflexions au message du Christ.
La "théorie du tombeau indien" est comme toutes les théories du complot : si l'Église dément, elle prend le risque de donner au menteur le crédit qu'il n'avait pas encore. Comment savoir si le mensonge est susceptible ou non de troubler les esprits ? Dans le doute, tout blasphème doit être pris au sérieux. Toute remise en cause d'une croyance, même sous des dehors délirants, est dangereuse. Du point de vue de l'historien, aucun fait ne peut prétendre à la vérité historique absolue. Toute vérité n'est en fait qu'un plus ou moins haut degré de probabilité. C'est dans cette incertitude éternelle que se réfugient les vecteurs du doute. C'est pour cela qu'un mensonge, si grotesque qu'il soit, peut se révéler quasi-increvable. On peut empiler inepties sur inepties, il en restera toujours quelque chose. Avec le temps, le mensonge est étayé, étendu, transmis par de nouveaux vecteurs. Les auteurs de ces mensonges sont soit des militants soucieux de détruire l'officiel, soit des ratés qui tentent d'exister. Un peu comme un garnement écrasant les pâtés de sable qu'il n'aurait jamais su construire.
Les médias, l'air de ne pas y toucher, se contentent de relayer ces délires, entre le journal et la météo. "On dit ça"… "Une nouvelle découverte qui ne manquera pas d'ébranler"… En insistant bien sur le caractère conservateur (donc odieux et suspect) de l'Eglise face à toutes ces "découvertes". Il se trouvera toujours des esprits incertains pour adhérer avec enthousiasme à ces thèses. Ceux-là iront sans doute faire un tour sur des forums spécialisés, accumuleront les preuves (des affirmations aussi irréfutables qu'invérifiables), des éléments logiques (la falsification est souvent logique, à défaut d'être vraie) qui constitueront autant d'armes pour défendre leur ignorance. Si l'Église ne dément pas, de manière claire et définitive, elle prend le risque de laisser noyer le vrai sous des torrents de faux. Mettre du faux partout est aussi une stratégie : c'est pourquoi tout catholique doit d'abord s'en tenir aux Écritures, avant de s'embarquer dans une quête matérielles de l'histoire de Christ. On ne peut combattre un tel Vrai qu'avec énormément de faux. C'est pour cela qu'il faut affronter les théories, au risque de s'exposer à l'éternel "l'Église nous cache des choses". Les méthodes de dénigrement sont souvent les mêmes, la plus efficace étant la dérision. Pour le tombeau indien du Christ, il s'agit d'une savante mixture entre exotisme, bouddhisme, doute, complot, transgression, modernité… Bref, des choses qui plaisent. Dans la logique du Da Vinci Code, il faut trouver la recette pour séduire un large public.
Le Christ en Inde, nous le devons essentiellement à l'espion et journaliste Nicolas Notovitch. Dans son livre écrit en 1894, La vie inconnue de Jésus-Christ en Inde et au Tibet, le Russe affirme donc carrément que le Christ aurait vécu une partie de sa vie en Inde et au Tibet. Ne cherchez pas de bases historiques (d'autant que le Tibet n'a en réalité été touché par le bouddhisme qu'à partir du VIIIe siècle). Après vérifications sur place, il s'est avéré que pas un éminent personnage que l'auteur prétendait avoir rencontré ne se souvenait de lui. Cette thèse fragile a depuis été démontée par de nombreux auteurs (Christian Bouchet, par exemple). Un exemple parmi d'autres : Notovitch prétendait que Jésus avait séjourné au tempe de Jagannath. Or, la construction de ce fameux temple est postérieure au Christ de près de 1000 ans… Pour parer à cette absence de plus en plus patente d'éléments matériels permettant d'accréditer la thèse d'un Christ égaré en Inde, quelques "spécialistes" du bouddhisme, comme Raphaël Liogier, affirmeront par la suite que "par préjugé", les chrétiens ont sciemment oublié la dérive du bouddhisme vers la Méditerranée. Si le Christ n'est pas allé au bouddhisme, alors le bouddhisme est venu à lui. On comprend bien l'essentiel : il faut que cette rencontre ait eu lieu. Ne cherchez pas de bases historiques : il n'y en a aucune.
Pour devenir autre chose qu'une énième fable moderne, il manquait à cette théorie quelque chose : l'élément matériel.
La tombe historique de Jésus Christ, à l'intérieur du St Sépulcre, au Golgotha.
Après Notovitch, le documentariste Richard Bock est allé au charbon. Accrochez-vous bien : une fois en Inde, il a recueilli le témoignage d'un homme ayant entendu dire qu'en effet des "manuscrits existaient"… au début du XXe. Avant de disparaître. La thèse de Bock : ils ont été enlevés par l'Église parce que "non conformes" et ont ensuite été cachés au Vatican. Puisqu'on vous dit que l'Église nous cache des choses… Pour Bock, le fait qu'un moine du XXe siècle affirme que Jésus était en Inde durant ses années perdues est un témoignage "convaincant".
Jusqu'ici, rien de très surprenant : on se borne à exploiter une énième fois l'inusable filon des années perdues. Mais l'élément matériel fait encore défaut… Pour enfin compenser cette absence, les amateurs de la thèse bouddhiste pensent rapidement au tombeau. Et si le tombeau du Christ était en Inde ? Et s'il était descendu de la croix, qu'il avait fuit sur la route de la soie, qu'il avait enseigné en Inde avant d'y mourir de sa belle mort ? Et s'il était enterré dans une petite boutique indienne ? Qui pourrait prouver le contraire ? C'est la magie de l'Histoire : si la probabilité de vérité n'est jamais de 1/1, alors la probabilité du mensonge n'est jamais de 1/1. Il restera toujours la trace du doute, si infime et improbable soit-elle. C'est dans cette fissure que se jetteront les esprits marginaux en mal d'exotisme et de sensation. Notons que l'idée d'un tombeau alternatif est loin d'être inédite : James Cameron, soucieux comme chacun sait de ne pas romancer des faits historiques, a récemment acheté les droits de l'ossuaire de Talpiot, découvert dans un quartier de Jérusalem. Du solide ? En 1980, un chantier dans la banlieue de Jérusalem exhibe un ossuaire. Sur les dalles du tombeau sont gravés neuf noms, dont cinq sont susceptibles de correspondre au Christ et à sa famille : Jésus, fils de Joseph, Judas, fils de Jésus, Marie, etc. Des noms très courants à l'époque. Mais peu importe : ce sont forcément ceux à qui l'on pense. Et quant à cette Mariamenouemara énigmatique, tranchons pour Mariamne, donc pour Marie-Madeleine. Histoire d'en rajouter une couche au passage sur le rôle de celle que le documentaire de Cameron ne présente pas seulement comme la maîtresse ou l'épouse du Christ, mais comme la véritable fondatrice de la chrétienté… Et la première féministe de l'Histoire. Il faut une grande maîtrise de soi pour de pas s'étrangler de rire.
Plus sérieusement, Émile Puech a depuis montré qu'il fallait traduire l'inscription de l'ossuaire par "Marie et Marthe" (l'ossuaire contenait d'ailleurs deux ossements). N'en déplaise aux fanatiques de Marie-Madeleine. Ces derniers persistent toutefois à y voir Mariamne. Selon les Actes de Philippe, cette dernière serait morte au début du IIe siècle. À une époque où plus personne n'était enterré dans les ossuaires de Jérusalem.
Les partisans de la thèse d'une tombe authentique de Jésus (qui avait l'avantage de nier l'Ascension) y sont allés de leurs tests ADN, avec une méthode frisant l'amateurisme et sans aucun résultat convaincant. Même le fameux Carbone 14 s'y est cassé les dents. Un grand calcul statistique a conclu que la tombe de Talpiot avait une probabilité maximale de 0,94% d'être celle du Christ et de sa famille. Le coup de grâce : selon plusieurs experts, la mention "Jacques fils de Joseph frère de Jésus" est une contrefaçon récente. Selon l'historien Hégésippe, ce même Jacques a d'ailleurs été enterré "en pleine terre" en 62 suite à sa lapidation. Un détail amusant : le réalisateur explique que cette découverte présente trop de faits troublants pour n'être qu'imputable au hasard. Il est étonnant que son producteur James Cameron ne lui ait pas à cette occasion comté l'histoire du Titan, un paquebot imaginaire, inventé en 1898, soit quelques années avant le Titanic par l'écrivain Morgan Robertson. Le Titan, plus grand navire de son époque, sombre dans l'Atlantique après avoir heurté un iceberg. Le manque de canots de sauvetage cause de nombreux morts. Les similitudes techniques et historiques sont légions.
Doit-on pour autant en conclure que Morgan Robertson est un prophète ? La seule conclusion qui s'impose : c'est la possibilité de la coïncidence. Si l'on cherche des similitudes, on les trouve. Et les réalisateurs occulteront tout ce qui ne correspond pas avec leur idée initiale. Le coup médiatique de Cameron, comme de juste, a fait un malheur. Il a notamment été diffusé sur TF1. Le tombeau de Talpiot a aujourd'hui du plomb dans l'aile, mais qui le dira au grand public ? Combien d'émissions y seront consacrées ? L'Église ne bénéficie jamais de droit de réponse, ni sur TF1 ni ailleurs. Les médias choisissent uniquement les vecteurs du doute, pas ceux de la foi. Le sensationnalisme bénéficiera toujours d'une exposition colossale par rapport à la vérité. En imaginant un tombeau en Inde, on fait d'une pierre deux coups : on affirme qu'il n'y a pas eu de résurrection et que Jésus n'était qu'un prêcheur bouddhiste. Et comme les Musulmans locaux rejettent toute forme d'investigation scientifique, l'imposture ne pourra jamais être formellement démasquée. Cette invention permet à la fois de relancer le bouddhisme et "de bousculer spirituellement" les catholiques (qui le sont déjà). En clair, un coup de pioche supplémentaire sur la première pierre de l'Église.
Quitte à délirer, autant y aller franchement. Autant inventer un tombeau dans le Cachemire, autant inventer à Jésus une vie antérieure et postérieure invérifiable, autant dire qu'il est descendu vivant de la croix discrètement, en pleine nuit, pour aller en Inde (non sans être poursuivi par des espions romains) et qu'il y a vécu heureux jusqu'à 120 ans… En comparaison, les plaisantins qui prétendent que Léonardo di Caprio (pour rester dans l'univers James Cameron) a été recueilli par des phoques sur la banquise passent pour des apôtres de la vérité.
Besoin de preuves ? Dans une petite ville du Cachemire appelée Mari, près de la montagne Pindi, un tombeau vieux de 2000 ans est appelé «Le lieu du dernier repos de Marie». Le tombeau lui-même est orienté Est-Ouest conformément à la tradition juive, en dépit du fait qu'il soit situé dans une zone musulmane. C'est une preuve irréfutable. Une autre ? "Le meilleur guide touristique de la région" signale l'existence de ce tombeau. Au final, la tombe de Jésus à Srinagar est une boutique verte et rose flanquée d'un dôme en bois. Difficile d'imaginer pire attrape-touriste. Et pourtant ! Ils y affluent. Ce qui a déjà causé de sérieux problèmes avec la population locale, musulmane et pas du tout disposée à soumettre "leur saint", un certain Yuz Asaf (traduit tantôt par "Jésus rassembleur" ou tantôt par "Le guide des lépreux guéris"), à des tests ADN tendant à prouver qu'il est le Christ. Il fallait quelques volontaires pour véhiculer ce genre de fables. L'inénarrable Gérald Messadié, spécialiste de l'ésotérisme et de la science-fiction (pas le dernier à faire de Marie-Madeleine l'épouse du Christ), s'en chargera à merveille, tout comme l'Allemand Holger Kersten (admirablement défini par Wikipédia comme un "spécialiste des théories marginales). La finalité de cette affaire de tombeau, qui ne repose sur rien d'autre que les divagations d'un espion russe et sur un mythe touristique, a pour but de faire le lien entre le Bouddha et le Christ.
Rien d'étonnant à ce que les adeptes du zen (défenseurs d'une vie dépourvue de dualité), forcément adorateurs de la modernité, constituent une étape normale de la déliquescence du catholicisme. Si le Christ prône l'amour de tout un chacun, il était bien dommage qu'il soit "accaparé" par une autre religion, belliciste à ses heures perdues. Voici ce qu'on peut lire sur un des sites soutenant cette théorie : "Les implications de la thèse de Kersten sont monumentales: la vie du Christ en Inde, après la crucifixion, défie en effet les enseignements de l'Église et ébranle les doctrines officielles... Il n'est pas étonnant que l’Église Catholique Romaine refuse d'examiner les propos de Kersten !"
Comme pour démontrer qu'il est encore plus difficile d'ébranler ce qui n'existe pas, l'idée que l'Église Catholique n'a pas de temps à perdre avec le premier illuminé venu ne traverse manifestement pas l'esprit de l'auteur. Les délires spiritualistes de ce genre sont si nombreux et contradictoires qu'ils s'annihilent la plupart du temps très bien eux-mêmes. Près de deux millénaires après la mort du Christ, l'ardeur fanatique avec laquelle on tente encore de le tuer sonne décidément comme une preuve permanente de sa Résurrection.
Laurent Obertone
Toutes les réactions (17)
1. 28/02/2011 15:41 - PhR
L'acharnement contre l'Eglise peut être la manifestation de ce qu'elle détient la Vérité. Le Christ est la superstar des révisionnistes de tout poil. De quoi s'en réjouir ? Le mensonge et la calomnie sont parmi les souffrances les plus dures à encaisser. C'est une souffrance pour notre temps que Benoît XVI a déjà expérimentée.
2. 28/02/2011 17:25 - commequidirait
" L'acharnement contre l'Eglise peut être la manifestation de ce qu'elle détient la Vérité " : c'est véritablement ce qu'on appelle une pétition de principe, un raisonnement spécieux comme on n'en propage que dans l'Eglise... Ce genre "d'arguments" me laissent sans voix !!
3. 28/02/2011 18:34 - Matriona
C'est pas Philippe Muray qui parlait du grand usage de l'occultisme et plus tard de l'occulto-socialisme comme dernier et seul barrage ( ce mot étant ici écrit du point de vue des Mordillat et consorts ) contre le Catholicisme ? Chaque fois que vous repoussez l'Immaculée Conception vous faites avancer les tables tournantes disait aussi en plaisantant si peu ,Flaubert ,Baudelaire ?Nous en avons chaque jour la démonstration avec toutes ces hypothèses un peu tirées par les cheveux des spectres ectoplasmiques que " l'on" fait parler si libéralement mais toujours dans le même sens contre tous les fondements de la Religion Chrétienne , au premier rang desquels ,devinez donc qui ?en fait non des hypothèses le mot est usurpé ,mais de bons délires bien glauques ou il est permis de tout prétendre sans risques, pourquoi donc s'en priver alors . Après le Jésus n'ayant jamais existé ,(mais même les plus bornés propagandistes finirent par comprendre qu'un être n'ayant jamais existé mais provoquant deux mille ans durant ,pour commencer, ,autant de bouleversements ,de Foi et d'Effets pour des milliards d'hommes ,c'était pour le coup invoquer le plus grand des miracles :ignoble paradoxe, se retournant contre ses auteurs qu'il convenait de circonscrire et nous avons donc maintenant le Jésus ayant trop existé ,mais comme ils le veulent comme ils veulent :Boudhiste, Rabbi ,ou je m'en foutiste,ou peut être bien médium, magicien ,alchimiste pourquoi pas ... Pauvres sots modernes ,pauvres baudruches gonflées d'importance médiatique c'est à dire de rien et répétant très mal ce que Renan, Michelet ,Hugo ,Zola ,Steiner ,parmi des milliers d'autres dirent aussi mais avec plus de talent ,il faut le reconnaître ...
4. 28/02/2011 20:05 - commequidirait
@Matriona : votre texte est semble-t-il très intéressant, mais la ponctuation en en tellement absente ou farfelue qu'on n'y comprend (du moins, moi) pas un mot ou presque et c'est très dommage.
Ps : mon message n'est pas ironique ou malintentionné, je ne comprends pas, tout simplement.
5. 01/03/2011 09:20 - nicolas
Cacun lutte pour sa vision de Dieu et,contre celles des autres...je ne vois aucun autre commentaire a faire la dessus.Mais il ait clair que le dogme judeo-chretien n'est pas (qu')un miracle..
6. 02/03/2011 15:57 - Matriona
@ commequidirait :Ce que je veux dire avec ma ponctuation tourmentée (mais pas plus tourmentées que les thèses à la mode ,à la mode ) c'est que il n'y a finalement rien de neuf dans la stratégie anti catholique à travers les âges, le plus bel exemple étant notamment le XIX° siècle qui comme l'a démontré génialement Muray dans son livre quasi éponyme ,avait déjà investi le sujet de tous les fantasmes imaginables . En lieu et place du Jésus sorti de l'Histoire ou n'y étant jamais entré ,selon le niveau de fanatisme pour le coup anti catho, il fallait bien,il faut toujours , trouver des substituts ,des ersatz ,que ce soit dans les tombeaux(à l'exclusion bien évidemment de celui de la résurrection ,forcément! ), dans les berceaux ou dans les croyances, et souvent dans les trois à la fois ..
D'ou cette obsession vénérable (si peu ) de substituer à la tradition des évangiles d'autres lieux ,d'autres origines , d'autres buts ,et par un doux glissement vaselinesque d'autres Messages ! Tout est vrai sauf l'évangile, voila comment le siècle aimerait résumer la vie de Jésus! Un bel exemple ici avec le tombeau indien et les pérégrinations fantasmés du Christ destinés comme d'autres milliers d'hypothèses et de thèses à noyer le Poisson (sans jeu de mots ).
C'est tout ce que je voulais dire ma fois et beaucoup d'autres choses qui prendraient trop de place ,comme le lien quasi siamois entre le recul du Catholicisme et la montée de l'occulte (et inversement ) et finalement sans doute la concordance étonnante (?) entre les Lumières et les guéridons ...
7. 02/03/2011 18:37 - Amadis
Il n'est pas du tout exclu que le Christ ait pu être influencé par la doctrine bouddhiste. Le Bouddha est apparu environ 500 ans avant le Christ. Au IIIe avant JC, sous Ashoka, le Bouddhisme devient la religion officielle de l'Inde. Il reste très influent et très pratiqué dans ce pays jusqu'au VIIIe siècle. Comme les échanges commerciaux et culturels entre l'Inde et le monde romain sont importants à l'époque du Christ, via la Route de la soie, on peut tout à fait imaginer que le Christ ait été inspiré, de façon plus ou moins directe, par cette philosophie. Rien ne l'indique particulièrement, certes, mais rien ne l'exclut non plus. Et il existe indéniablement de grandes similitudes. L'amour du prochain, le repentir des fautes, le pardon, l'équanimité, etc. se retrouvent aussi bien dans les deux doctrines.
8. 03/03/2011 12:48 - Dogann
Amadis... il n'est pas exclus non plus qu'il fut inspiré par Platon ou Pythagore ou encore par la religion égyptienne, ou encore par les légendes celtes... ce n'est pas exclus.
Mais plus sérieusement, on pourrait peut-être réfléchir et étudier les textes et les documents que nous avons en notre possession plutôt que de fantasmer.
Or, en l'occurence, ce que vous citez de l'influence du bouddhisme sur le christianisme (pour résumer, ce que le bouddhisme nomme la "compassion"), n'est pas possible dans ce sens. Pourquoi ? Parce qu'il y a deux écoles dans le bouddhisme. Le theraveda, sa forme la plus ancienne n'est qu'une voie de délivrance intérieure, et ses textes de référence ne parlent pas de compassion. Par contre... le bouddhisme mahayana, lui, évoque plusieurs fois les thèmes de compassion et de miséricorde. Mais dites-moi quand et où est apparue cette école ? Il s'agit clairement d'un bouddhisme, révisé, un bouddhisme réformé. Faites une recherche, et vous serez surpris.
En effet, l'archéologie et les traditions attestent que St Thomas et ses disciples (Addaï et Mari) furent les évangélisateurs de la Mésopotamie (Perse, empire Kouchan, Inde, Chine).
Or, l'Evangile lui-même donne à Thomas son surnom : jumeau. (le mot "toma" en araméen veut dire jumeau). Son vrai nom était Judas. Alors, deux hypothèses : un, il avait un frère jumeau (inconnu). Deux, il était nommé ainsi car ressemblait à Jésus, comme un jumeau (soit physiquement, soit spirituellement). Or, c'est bien cette hypothèse qui semble la bonne. Et qui pourrait expliquer bien des choses quand aux traditions indiennes qui pensent que Jésus les a visité. C'est Thomas et ses disciples qui sont venus dans la région de l'Inde, et ils ont annoncé Jésus-Christ et ont vécu comme lui, n'annonçant que lui. Il faut bien comprendre que si l'apôtre Jean reposa sur la poitrine du Christ (on en fait alors le plus proche du Christ), seul Thomas introduit ses doigts dans les plaies physiques de Jésus. Devenant alors encore plus intime au Christ que tous les autres, et acceptant de se laisser transformer par lui pour devenir une autre image du Christ.
Je vous invite à lire ces travaux : http://eecho.fr/?p=26
et notamment les commentaires qui sont en dessous.
9. 03/03/2011 14:24 - commequidirait
@matriona :Merci pour vos précisions.
10. 03/03/2011 22:32 - Amadis
Dogann... Bien sûr on peut gloser sur l'accent mis sur la compassion dans le Mahayana, plus récent, par rapport au Theravada, plus ancien (encore que la tradition des Sutras du Grand Véhicule veut qu'ils forment un cycle d'enseignements énoncés par le Bouddha lui-même, et redécouverts plus tard). Mais il ne faut pas tomber dans l'erreur classique de penser que la compassion est absente du corpus (et de la pratique) Theravada. Elle est proclamée notamment dans le Metta Sutta. L'un des plus importants - et des plus beaux - textes pâli. Faites une recherche, vous serez surpris... Et souvenez-vous aussi des mots de Chogyam Trungpa Rinpoché : "Le Vajrayana est, en un sens, le Hinayana." Je vous garantis qu'il s'y connaissait très bien.
11. 04/03/2011 11:39 - Dogann
Cher Amadis,
J'ai pris le temps de faire la recherche en question. Donc, très bien, le Metta Sutta est un texte (très beau, j'en conviens), de 10 versets, qui parle de la nécessité de la compassion pour tous les êtres vivants. 10 versets sur... combien de centaines de textes, discours, commentaires et débats du canon Pali ?
Autant dire que c'est une goutte d'eau dans l'océan. Vous savez bien que c'est justement parce que le Théraveda était jugé beaucoup trop austère qu'il a été réformé, et qu'il est ainsi devenu le Mahayana.
Votre citation du Rinpoché n'a guère de valeur. C'est comme si, en quelque sorte, un protestant disait qu'en Luther se retrouve toute la richesse du christianisme primitif. Les catholiques et les orthodoxes se tordent de rire. Ca n'empêche pas qu'il y ait une tradition commune et des éléments de foi très proches, mais ne mélangeons pas tout.
Basons nous sur des éléments historiques fiables. Que savons-nous au juste de ce concile fondateur pour le bouddhisme (le 4ème concile) ? Les sources sont très claires. La première partie de ce concile a permis la mise par écrit complète de ce que nous appelons aujourd'hui le canon Pali. C'est la tradition Theraveda pure, et cela a lieu un siècle avant Jésus-Christ. Mais quand donc est réalisé la deuxième partie de ce concile ? A la fin du 1er siècle ? Où ? Et par qui ? Au Cachemire, dans l'Empire Kushan, convoqué par l'empereur Kaneshka. Et quel en a été le résultat ? L'apparition d'une nouvelle tradition, d'une nouvelle religion, qui n'a plus rien a voir (ou si peu) avec le Theraveda ancien. Ce qui fait que le Theraveda rejette ce concile de l'empereur Kaneshka. Pourquoi donc à votre avis ?
Un concile voulu par un empereur... ça ne vous met pas la puce à l'oreille ?
Qui a convoqué le premier grand concile oecuménique chrétien ? L'empereur Constantin. Et que voulait-il ? L'unité de son empire. Mais pour y parvenir, il fallait que les Chrétiens se décident sur la question qui les divisaient : l'arianisme. Pour Constantin, que le Christ fut "le Fils adoptif de Dieu, première créature, et plus haute que toutes les autres" ou qui fut Dieu lui-même en la personne du Fils, incarné, et de même substance que le Père ; lui était bien égal. A la limite, l'arianisme avait bien plus d'avantage pour un empereur. Mais ce que voulait Constantin, c'est que les Chrétiens se mettent d'accord pour que l'Empire puisse n'avoir qu'une même et unique religion. Peu importe son contenu.
Nous avons le même phénomène avec Kaneshka. Il n'a que faire des querelles de doctrine. Son seul souhait est d'établir une religion parfaite qui puisse assurer l'unité de son empire face à la diversité des races et des traditions religieuses. Bref, une religion syncrétiste parfaite qui satisfasse tout le monde.
Dois-je développer ?
12. 04/03/2011 14:32 - Amadis
Cher Dogann,
L'influence d'un texte n'est pas proportionnelle à sa longueur. Je pense, sans être connaisseur, qu'il ne manque pas d'exemples dans le christianisme pour le prouver. D'autre part, ce n'était qu'un exemple, il y a en fait dans le Canon pâli d'innombrables références à la compassion. Au hasard, ouvrons le Sutta "la Crainte et la terreur" du Majjhima Nikaya, et écoutons le Bouddha : "...on peut avec juste raison dire de moi : un être dépourvu d'illusion est apparu dans le monde pour le bien de beaucoup, pour la prospérité de beaucoup, par compassion pour le monde, pour le profit, le bonheur et le bien-être des dévas et des hommes." Voilà pour la racine compassionnelle du Bouddhisme "originel". A mon sens elle est très solide, et je pense qu'il y a une réelle et intéressante correspondance entre Bouddhisme et Christianisme primitif sur ce plan.
Sur l'histoire des Conciles, de part et d'autre, je vous fais confiance. C'est un sujet que je connais mal. Toutefois il me semble que c'est un peu hors du sujet. On discutait de l'influence éventuelle de la doctrine bouddhiste dans la formation spirituelle du Christ. Je dis que cette thèse n'a rien d'absurde mais je n'en dis pas plus. Je n'étais pas sur place. Et vous avez entièrement raison, le Christ peut très bien avoir été intéressé par d'autres doctrines exotiques.
En revanche, votre interprétation de la réflexion de Chogyam Trungpa Rinpoché est erronée. C'est un cas bien différent de celui que vous évoquez, entre doctrine catholique, orthodoxe et protestante. Pour un bouddhiste Mahayana, il est essentiel, à un certain stade, de comprendre cette sentence non pas pour des raisons théologiques (et pour cause, il n'y a pas de théologie bouddhiste) mais afin de ne pas se fourvoyer dans la pratique méditative en développant de l'orgueil par rapport à un supposé "Petit Véhicule". Au contraire de ce que vous pensez, cette indication a une très grande valeur, mais il faut sans doute avoir passé quelques années sur un coussin pour l'apprécier.
13. 04/03/2011 15:57 - Dogann
Cher Amadis,
Concernant la question du Rinpoché au niveau spirituel, je vous laisse seul juge, n'ayant pas passé des années de méditation sur ce sujet. Je ne faisais qu'une comparaison, qui, bien sûr reste bancal, car la bouddhisme n'est pas le christianisme, nous sommes bien d'accord.
Ceci mis à part, oui, le coeur de votre remarque concernait l'influence sur bouddhisme sur le christianisme. Tout mon développement visait à faire prendre conscience que le contraire n'est pas exclu du tout. En clair : que ce soit le christianisme qui ait influencé le bouddhisme (mahayana en l'occurence). La (re-)découverte de la falaise de Kong Wang Shan est un élément qui va dans ce sens, même s'il est encore trop tôt pour en tirer de plus amples conséquences.
En résumé, les personnages présents sur cette falaise étaient jusqu'à présent identifié comme taoistes ou bouddhistes, mais viennent d'être réévalués comme judéo-chrétiens. Cela change complètement la vision de l'expansion du christianisme (et donc du bouddhisme), en Inde et en Chine. Pour ce qui concerne la Chine, le bouddhisme mahayana n'y pénètre pleintement qu'au 3ème siècle. Alors que le christianisme y arrive dès l'an 70 grâce à la prédication de St Thomas et de ses successeurs.
Voir ici : http://eecho.fr/?page_id=274
Il est difficile pour nous de voir que culturellement tout cela s'origine dans le même type de traditions, parce que notre vision du christianisme est complètement occidentalisée. Or, le christianisme est une religion orientale, araméenne, sémite.
Notez simplement ceci : les Bibles actuelles sont découpés en "livres, chapitres, versets". Ceci n'est qu'une appellation tardive de ce qui s'appellait à l'origine "la transmission d'un enseignement oral". Et cela se dit en araméen "Souartha".
Mot que vous retrouvez en sanskrit pour désigner la même chose : "sûtra"... et que vous retrouvez en arabe, pour désignez la même chose : "sourate".
C'est là qu'on comprend que l'étude des textes est une chose, mais qu'à l'origine d'un texte se trouve toujours une tradition orale vivante.
14. 04/03/2011 17:19 - Amadis
Cher Dogann,
Vous faites bien de préciser, je n'avais pas conscience que votre thèse est, en fait, que le Bouddhisme Mahayana découle du Christianisme. Il faut dire que c'est hardi. A mon avis la piste étymologique ne tient pas du tout, Sûtra est un mot sanskrit en usage en Inde bien avant la naissance du Christ. Quant à la charité et l'amour chrétiens comme source de la compassion du Mahayana, je vous assure qu'une étude un peu sérieuse du Canon pâli vous fera voir que c'est un fantasme. Cela appartient au Bouddhisme dès l'origine. Lisez les Jatakas, par exemple, récits de la "carrière" du Boddhisatva avant qu'il renaisse comme Bouddha Sakyamuni. Vous verrez qu'il n'y est question que d'amour, et de don de soi jusqu'au sacrifice pour le bien d'autrui. Le fait qu'il y ait des chrétiens peints sur une grotte en Chine n'y change rien.
15. 04/03/2011 17:39 - Matriona
@dogann"Notre vision du christianisme est complètement occidentalisée "Ca se dit également verset ".On ne voit pas en quoi ces truismes (xcusez moi mais je ne trouve pas d'autres termes) seraient de nature à modifier l'enseignement (mauvais mot )disons plutôt les révélations du Christ qui n'ont rien à voir je pense avec l'origine ethnique (par ailleurs si décriée!).L'amour du prochain malgré tout, et et toutes ses délicieuses affirmations sur la vie, et l'amour qui nous attend dans la maison du Père (il y en a plusieurs on le sait )et la Passion, et la Résurrection sans laquelle le message du christ "ne vaut pas pipette "ce n'est pas moi qui le dit mais Saint Paul ; tout ceci c'est autre chose que Jésus "intéressé par d'autres doctrines exotiques ",je cite . Et pour un Chrétien celà n'a rien à voir avec l'historicisme fut -il sémite ,araméen ou autre ;Le Boudhisme a ses vertus et ses grandeurs c'est sûr mais quel rapport avec Dieu le Père le Fils et le Saint Esprit ,La Trinité qui n'a pas fini de nous interroger en ce qu'elle défie la raison humaine ! Le syncrétisme voulant ramener toutes les religions à une seule, ce n'est pas nouveau ,mais cela vire facilement au syncrétinisme si l'on oublie l'extraordinaire originalité du message christique totalement étranger au cadre historique dans lequel il s'inscrit ,en rupture profonde avec son temps tel qu'il n'en eut aucun exemple avant et après ,et dont nul ne sortit indemne parce que l'amour qui le constitue nous ne le connûmes jamais mais l'espérons pour l'avenir c'est notre nature .
16. 08/03/2011 09:36 - Dogann
@Matriona
Vous avez raison. Cependant, il ne faudrait pas prêcher un christianisme "hors-sol", "conceptuel", alors que justement sa particularité, son essence est de proclamer l'incarnation, c'est à dire, Dieu qui se fait homme.
S'il se fait homme, il accepte et prend sur lui tout ce qui fait l'humanité en général, certes, mais aussi, en particulier l'humanité de son époque, et plus précisément de sa tribu, de son clan, de sa famille... Jésus était juif, il est venu d'abord pour les juifs (il le répète souvent), et son message, sa vie, ne peuvent être compris si on ne voit pas qu'ils sont continuité et accomplissement de tout "l'Ancien Testament". Dieu, en lui-même, est hors-temps, et hors de toute considération matérielle, psychologique ou ce que vous voudrez, mais Jésus le Christ, non, et ne pas faire l'effort de prendre cela en considération, c'est risquer de passer à côté d'à peu près la moitié de ce qu'il nous a transmis.
Ce que je voulais dire fondamentalement, c'est que justement, le seul qui a vécu véritablement un amour total envers son prochain, fut justement le Christ. Et si le bouddhisme fait une place importante à la miséricorde et à la compassion, il y a lieu de réfléchir si ce n'est pas plutôt l'annonce de l'Evangile du Christ qui a influencé sa doctrine plutôt que le contraire.
17. 09/03/2011 08:58 - D
Chaque jour en France, et peut-être ailleurs, on invective contre le Christianisme. Et la "perte de repères et de valeurs" que l'on ressent n'est probablement que le poids de la civilisation judéo-chrétienne qui s'effondre lentement sous les coups de boutoir de tous ceux qui, de par leurs tendances auto-destructrices, voudraient nous apprendre ce qu'est l'amour et la tolérance, en détruisant ce que nos aïeux ont mis si longtemps à construire.
Que le Christianisme soit un syncrétisme de civilisations antérieures et dont l'hindouisme fait partie, cela ne fait aucun doute (il n'y a qu'à lire la Bhagavad-Gita pour s'en convaincre). Mais de là à fantasmer la Vie du Sauveur pour en faire un sujet à sensation noircissant les pages d'un torchon infâme, il y a plus qu'une marge, il y a un abîme.
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