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Topaloff : mort d’un clown

SURLERING.COM - CULTURISME - par Alain Jamot - le 09/03/2010 - 4 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

 

Patrick Topaloff est mort dimanche soir d’une crise cardiaque. Les médias lui rendent un rapide hommage, et déjà demain la page sera tournée : il rejoindra la longue liste des seconds rôles ou seconds couteaux dont raffole la France profonde.
Je me souviens de lui pour l’avoir croisé il y a près de dix ans : administrateur de la SACD, il m’avait remis avec Emmanuelle Béart un prix musical décerné par la vénérable institution (la SACD, pas Emmanuelle !!!).
Je ne savais même pas à l’époque qu’il vivait encore, et conservait une activité dans le milieu artistique !

L’homme était adorable : chaleureux, attentif, il s’inquiétait de savoir si je n’avais pas trop le trac avant d’aller débiter mon discours de remerciement sur scène, si la chambre d’hôtel me convenait, si le chauffeur qui devait me ramener à la gare (en Jaguar !) avait été prévenu… un hôte parfait, qui m’avait trimballé amicalement dans le luxe tape-à-l’œil de ce palace normand…

Bref, un homme adorable, rigolo, cultivé, à des années lumière de la parodie pathétique et seventies que l’on nous resservait dans les médias dès qu’il s’agissait de lui.

Oui, il avait gagné beaucoup d’argent à une époque en chantant des conneries pour gosses à la cantine, des pochades un peu ridicules avec son pote Sim, mais ça n’avait pas duré. Mais ça nous a fait bien rire, à l’époque…
L’homme avait galéré, et bien : divorce pénible provoquant sa ruine, SDF un temps, la taule, bref il en avait pris plein la gueule, mais ne se plaignait pas. Il avait remonté la pente, écrit à nouveau des pièces de théâtre…

C’était un clown, un de ces hommes qui nous font rire ou sourire, qui alimentent le répertoire des fins de banquet en banlieue ou en zone rurale, un de ces types que l’on méprise mais qui participe de notre quotidien, de notre mémoire collective, de nos souvenirs…
L’establishment culturel français n’en dira rien, incapable d’imaginer que dans la pire merdouille populaire, il y a toujours quelque chose qui nous touche, qui nous parle.
Que chez ces lointains descendants des comiques troupiers et des pétomanes, il y a une petite musique qui nous charme, une parcelle d’émoi collectif, un petit machin qui nous sort un instant de notre désespoir collectif et de notre suicide quotidien.
Combien sont-ils ces hommes qui savent tirer un sourire d’une population gavée de fausses promesses, combien sont-ils ces clowns sur qui l’on crache, dont on se gausse mais qui expriment, eux aussi, et à leur façon, une part de notre manière d’être ?
Topaloff était-il plus méprisable que nos comiques contemporains qui nous colportent encore et encore la doxa du jour, cette bouillie de clichés pour instituteurs jouant à la Résistance, ces idioties bien-pensantes dont Djamel s’est fait une spécialité ?
Bien sûr que non…
Gardons donc en nous une petite place pour ce rastaquouère culturel, ce saltimbanque diplômé d’Histoire, ce bon vivant sans prétention…
Comme disait BHL, un autre clown (beaucoup plus riche, mais beaucoup moins rigolo) : salut l’artiste !

Alain Jamot
 



Toutes les réactions (4)

1. 09/03/2010 08:55 - Amaury Watremez

Amaury WatremezC'était un copain d'enfance de mon père...
Il faisait rire les gosses sans arrière-pensée didactique, c'était déjà pas mal.

2. 09/03/2010 18:48 - Yanka

YankaUn article qui fait plaisir. J'étais un gosse dans les années 70 et Topaloff était un de ces vrais clowns qui nous faisaient bien marrer, avec Sim, Carlos, Henri Salvador, Pierre Perret et quelques autres « chtarbés » du même cru. Topaloff était en effet un artiste populaire dans le bon sens du terme. Sa gentillesse et sa disponibilité étaient aussi légendaires. Il avait accepté, voici quelques années, à devenir le président d'honneur de la web-radio Bide et Musique. Des cinq artistes cités plus haut, 4 sont morts ces deux dernières années. C'est tout l'esprit d'une époque que la mort ratiboise. Mais Bedos vit encore, pas de veine pour nous.

3. 10/03/2010 17:31 - Gabric

GabricJe ne connaissait pas Patrick Topaloff mais il fait partie de mes bon souvenirs de jeunesse. Je remercie beaucoup l'auteur de cet article, car grâce à lui j'apprend avec beaucoup de tristesse le décès de cet artiste. Je suis écoeuré de l'indifférence médiatique. Merci encore pour cet excellent article.

4. 09/10/2011 13:56 - Mickael

MickaelMoi qui l'ait connu à l'âge de 2-3 ans, avec la cassette "Topaloff En Liberté", j'aime beaucoup Topaloff. J'en ai aujourd'hui 16 et demi, d'avoir appris son décès, ça m'a fait un gros choc !
Adieu à un clown, au grand coeur et au talent inimitable ;)

Ring 2012
Alain Jamot par Alain Jamot

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Dernière réaction

C'était un copain d'enfance de mon père... Il faisait rire les gosses sans arrière-pensée didactique, c'était déjà pas mal.

Amaury Watremez09/03/2010 08:55 Amaury Watremez
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