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The Blue Van : Interview

SURLERING.COM - CULTURISME - par Deborah Douek - le 22/02/2005 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

The Blue Van. A leur actif, une réputation de très bon groupe live qui se répand comme une traînée de poudre. Et qui se confirme le 11 février au Nouveau Casino. Un bassiste qui joue comme avec une guitare. Un organiste à quatre pattes sur son instrument. Une batterie en acier. Un chanteur à la voix déchirée qui semble revenir d'un long voyage dans les années 60. On parlera quelques heures avant le concert d'intégrité, de musique sixties, de leur statut d'outsiders dans le paysage champêtre danois. Juste avant de monter sur leur Ring, vous voici bienvenue à bord du van bleu. 

Steffen Westmark : chant & guitare
Søren V. Christensen : orgue Hammond & voix
Allan F. Villadsen : basse
Per M. Jørgensen : batterie, percussions & voix

J'ai lu votre biographie. Un soir, j'écoutais la radio et je suis tombée sur une chanson de Lou Reed et John Cale, « Small Town », dont les paroles sont : « Quand tu grandis dans une petite ville, tu te dis que personne de connu ne vient de là. Il n'y a qu'une chose de bien à propos d'une petite ville, il n'y a qu'un seul intérêt c'est que tu sais que tu veux t'en aller. » Est-ce que cette chanson correspond à l'histoire du groupe ? Vous venez également d'une petite ville...

Steffen : oui, complètement, c'est le sentiment que j'ai eu pendant longtemps.

Vous avez un son différent, spécialement parce que vous venez d'une petite ville.

Allan : c'est parce que quand tu vis dans une petite ville, tu subis moins l'influence d'autres groupes. Tu joues ce que tu veux jouer. Tu crées ton propre son.

Est-ce que la musique a toujours été primordiale dans votre vie ?

Le groupe : oui

Søren : on aurait pu être conducteurs de camion ou prostitués! (rires)

Comment avez vous formé le groupe ? Vous vous connaissez tous depuis longtemps ?

Steffen : nous avons grandi ensemble, on s'est rencontrés à l'âge de six ans avec Søren.

Søren : après, on s'est retrouvés dans la même classe, nous étions les deux seuls dans notre classe à être passionnés de musique. C'était l'âge où on commence vraiment à la découvrir. Nos camarades se destinaient plutôt à l'élevage de cochons, de vaches ; nous étions les outsiders de la classe, alors nous avons commencé à jouer ensemble. Heureusement, nous avons rencontré deux outsiders de plus. Per pouvait jouer de la batterie, Allan de la basse. Le groupe était formé !

Comment en êtes-vous venus à écouter la musique des années 60 ? Il est quelquefois dur de trouver de très vieux disques.
 
Søren : quand j'étais petit, j'ai vu une publicité pour du café où un type jouait de l'air guitar sur une chanson de Jimi Hendrix. Je ne savais pas ce que c'était, je savais juste que ça sonnait bien et j'ai découvert que c'était Jimi Hendrix. J'ai eu un de ses CD pour Noël, puis le reste a suivi. Tu découvres d'autres groupes.

Allan : puis on devient accro, on dépense tout son argent en CD.

Que signifie Blue Van ? Est-ce un véhicule qui amène les personnes malades mentalement à l'hôpital ou est-ce inspiré d'une chanson d'un vieil orchestre beat, Steppeulvene (Blue Van en danois) ?

Le groupe : c'est un mélange des deux.

Steffen : je crois que c'était pendant une fête de nouvel an, on a entendu la chanson, et on a pensé que ce serait un nom génial pour un groupe.

Søren : puis on s'est rappelé de ce que voulait dire Blue Van, grâce à nos cours d'histoire. On s'en est rappelé en écoutant cette chanson. Tout le monde était d'accord pour ce nom. Puis toi, Per, tu as rejoint le groupe et on t'as dit : « le groupe s'appelle The Blue Van et tu es dedans. »

Per : oui et j'ai pensé « Quel putain de nom stupide ! » (rires)

Pouvez-vous décrire ce que vous appelez la musique beat ?

Søren : c'est une expression qu'on n'utilise plus. Je ne qualifierais pas notre musique de garage ou rock and roll. La principale explication de beat réside dans les années 60, quand les Beatles et les Rolling Stones essayaient de jouer la musique blues qu'ils écoutaient, qui venait de musiciens noirs des Etats-Unis. Ils appelaient la musique qu'ils faisaient la musique beat. Nous faisons également cela, on joue de la musique inspirée par le blues, je crois...

Vous voulez sonner live, ça a l'air d'être quelque chose auquel vous tenez, car dans votre vidéo pour le single « Revelation of Love », on vous voit enregistrer la chanson en live.

Steffen : on veut être sincères. De plus pour la vidéo on ne voulait pas fabriquer une histoire, un de ces trucs ringards, on voulait montrer un peu l'énergie qu'on a quand on est sur scène. Avec l'album c'est pareil, c'est un son live, naturel. Tous les instruments sont joués en même temps.
 
Søren : c'est le son d'un groupe, nous manquons de ce genre de son à l'heure actuelle. Les groupes sont tous produits à outrance.

Steffen : et puis c'est bizarre d'être dans une pièce et de voir ses amis jouer dans d'autres. Pour moi, ce n'est pas naturel.

J'ai lu que vous aimiez l'album des Kings of Leon, A-Ha Shake Heartbreak. Est-ce que vous croyez qu'aujourd'hui il y a un peu plus de chances, pour ce genre de groupes (ils sonnent classique), de percer tout en jouant ce qu'ils veulent jouer, à l'abri des modes ?
 
Steffen : oui, je le pense. Pendant longtemps les maisons de disque étaient prudentes, au point de produire des artistes conformistes qui allaient plaire au plus grand nombre.

Søren : ça a changé avec les White Stripes.
 
Steffen : donc oui, il y a eu un changement et c'est bien pour notre musique. Car il n'y a rien de pire que de se voir conseiller de modifier notre musique, afin de la rendre plus accessible. C'est bien que le succès des Strokes et des White Stripes ait changé les choses.

Allan : je pense que les gens ont besoin de trouver un vrai groupe, dont les membres jouent ensemble depuis longtemps.

Søren : j'aime les Beatles, ça c'était un vrai groupe, tout comme les Rolling Stones, ce ne sont pas des groupes factices formés par une maison de disque comme Boyzone ou autres boys bands. Ils sont vrais.

Steffen : et jouent de la bonne musique.

Est-ce que le Roskilde Festival (un festival danois de rock, très connu) est un bon moyen de connaître de nouveaux groupes danois ? Vous avez participé à ce festival...

Le groupe : oui, c'est un point de référence dans une carrière.
 
Søren : quand on a joué là-bas, personne ne nous connaissait, nous n'avions pas de contrat avec une maison de disque. On a joué devant trois mile personnes. Et trois mille personnes au Danemark, ça fait beaucoup. Elles se passent le mot. Lorsqu'on joue dans les clubs, ces mêmes personnes viennent nous voir et nous disent qu'elles nous ont vus à Roskilde.

Steffen : il n'y avait qu'une scène, alors tous les gens qui voulaient écouter de la musique venaient, et assistaient à notre concert avant de voir la tête d'affiche.

Est-ce la première fois que vous venez jouer en France ?

Le groupe : oui et, on espère, pas la dernière.

Vous avez donné à certaines de vos chansons des titres en français comme « Peine forte et dure » et « C½ur de lion ». Vous aimez la langue française ?
 
Allan : c'est juste un plan marketing ! (rires) On en a prévu en allemand...

Steffen : j'ai étudié le français à l'école. Bien sûr, j'ai tout oublié maintenant. On voulait avoir des titres qui sortent de l'ordinaire.

J'ai lu les paroles de vos chansons. Elles sont très empreintes de réalisme sur l'époque dans laquelle nous vivons. Vous parlez de « rebelles avec un son » qui n'est pas sans rappeler « rebelles sans cause » ou « je te cracherai au visage comme tu l'as fait ».

Steffen : pour celle où je parle de cracher au visage, c'est un rappel de nos années où les gens ne nous estimaient pas car nous étions underground. C'est une façon de dire que lorsqu'on sera au sommet, on rendra ce mépris.

Y a-t-il des salles de concert où des groupes comme le vôtre peuvent venir jouer et acquérir une notoriété, ou est-ce plutôt difficile ?

Allan : c'est dur, surtout quand on joue le genre de musique que nous jouons. Au Danemark, les gens n'écoutent que de la pop, du R&B et du hip-hop. Ils n'osent pas découvrir des musiques comme la nôtre.

Søren : le nombre de gens qui aiment ce genre de musique est tellement réduit.

Per : si les radios offraient une plus large palette de groupes, les gens pourraient choisir. Malheureusement, il n'y a qu'une station.

Søren : ils jouent une chanson de rock par heure ! Et encore, dans les bons jours !

Où avez-vous tourné en dehors du Danemark ? Avez-vous été aux Etats-Unis par exemple ?

Per : oui, on a joué à New York. On y a vécu trois mois et demi.

Le groupe : on est allés un peu partout en Europe.

Steffen : on va peut-être aller en Australie cet automne.

Comment les gens réagissent-ils à votre musique ? Vous avez la réputation d'un bon groupe de scène.

Le groupe : ils réagissent bien à peu près partout. Peu de personnes réagissent mal. Peut-être que cela va arriver ce soir, on ne sait pas... (rires)

Croyez-vous que la musique, et plus particulièrement le rock, peut changer certaines choses ?

Steffen : la musique en général est un moyen, comme la peinture ou la poésie, de donner une réponse ou inciter les gens à penser d'une façon différente. S'ils lisent les paroles.

Søren : et aussi de combattre le conservatisme toujours présent. C'est étonnant, quand je marche dans ma ville d'origine le samedi soir, les gens m'insultent car j'ai de longs cheveux ! On est en 2005 ! C'est comme si on retournait dans les années 60 !

Steffen : les outsiders, quand ils nous voient, se sentent moins seuls. C'est comme ça dans les petites villes.

Et ce conservatisme a lieu partout au Danemark ?

Steffen : partout dans le monde. Les conservateurs ont encore gagné au Danemark. Mes paroles sont, dans un sens, politiques, sans excès. Si la musique devient trop politique et qu'elle cherche à prêcher, cela peut la perdre. Un groupe comme Rage Against The Machine, très politisé, n'a plus marché car les membres avaient des divergences d'opinion.

Søren : tout tient dans le fait de lire entre les lignes.

C'est une bonne chose car souvent les auditeurs sont rebutés par des paroles trop politiques.

Steffen : on a joué quelque fois avec un groupe anglais dont le premier album avait pour titre « Poèmes et explosions ». C'est une bonne définition de ce que notre musique est aussi. Une musique brute avec de la poésie.

Allan : malheureusement, ils ont pensé au titre avant nous !

Vous avez nommé votre album The Art of Rolling. Qu'est ce que cela veut dire ? Ça me rappelle une phrase de Keith Richards : « tout le monde parle de rock mais jamais de roll ».

Steffen : je regardais souvent Søren rouler les cigarettes.

Søren : non, moi je les finissais, c'est toi qui le faisais le mieux ! On a pensé que l'art de rouler serait un bon titre !

Steffen : on ne s'adresse pas qu'aux fumeurs ! L'art de rouler veut également dire l'art de faire de la musique qui roule, qui marche bien. De la musique qui « roll » et qui « rock ».

Allan : c'est l'art de faire de la bonne musique.

Steffen : oui et l'art de faire de la bonne musique, ça ne sonnait pas assez bien comme titre !

Quand on va sur votre site, on voit que vous conseillez des albums à écouter.

Søren : c'est pour éduquer les gens. (rires)

C'est étonnant de voir autant de culture.

Søren : c'est parce que nous sommes aussi des collectionneurs de CD. Nous sommes ringards dans un sens. 

Steffen : non. (rires)

Søren : les gens s'arrêtent sur notre page web et découvrent de nouvelles choses. Comme ça, ils n'iront pas acheter le nouveau...

Le groupe : ...Céline Dion ! (rires)

Søren : c'est une sorte de mission !

Sur votre site, vous décrivez également tous les instruments que vous utilisez. Tentez-vous de trouver grâce à eux un son spécial, propre à votre musique ?
 
Steffen : c'est important pour nous, le son exact que nous cherchons. De cette façon, on éduque aussi les gens ! (rires) Les nerds pourront s'en inspirer !

Søren : nous sommes des nerds de la musique et de l'équipement musical.

Allan : et on en est fiers !

Collectionnez-vous les instruments ?

Per : on ne les collectionne pas, on en joue.

Oui, mais vous semblez fiers d'avoir mis la main sur votre orgue. Il rend votre musique différente.

Søren : tout à fait, et je crois que cet instrument mérite une plus grande attention. Aujourd'hui, tous les groupes ont juste des guitares et une basse.

Steffen : plus personne n'utilise un véritable orgue. Dans toute notre carrière, on n'a vu qu'un seul groupe qui en avait un vrai. Mais le son était masqué par les guitares. Au lieu d'avoir deux guitares, on a un orgue et une guitare.

Quelque chose à ajouter ?

Le groupe : achetez notre album ! (rires) Visitez notre site et nos groupes préférés de la semaine.

Déborah Douek

www.thebluevan.dk
www.thebluevan.com

PS : Merci aux membres de The Blue Van ! / Thanks to The Blue Van !



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