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Surexposition Kubrick à la Cinémathèque

SURLERING.COM - CULTURISME - par François-Xavier Ajavon - le 24/04/2011 - 2 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Soyons francs : je suis allé un peu à reculons – comme une écrevisse - à l'exposition consacrée à l'œuvre de Stanley Kubrick, présentée sur deux niveaux de la Cinémathèque française depuis le 23 mars, et jusqu'à la fin du mois de juillet. A reculons d'abord car j'ai été bercé par les films de ce réalisateur, que je les connais tous par cœur, et qu'il était hors de question que je m'abaisse à regarder des bandes-annonces vidéo-projetées archi-connues ou bien des panneaux pédagogiques rappelant que l'action de 2001 se situe dans l'espace ! Non mais ! A reculons aussi car je craignais que cette exposition – par l'étalage religieux d'objets personnels de Stanley – n'alimente ma tendance à l'adoration des fétiches. A reculons, enfin, car je ne tenais aucunement à ce que mon immense respect pour l'univers de Kubrick se retrouve noyé dans la foule des visiteurs, qui – à n'en pas douter – vouent aussi un petit culte à ce cinéaste singulier. Mais une amie m'a convaincu du bien fondé d'une petite visite en me disant – fine psychologue qu'elle est ! – que je serai pour l’occasion son guide particulier.



Un photographe.



Il y a bien des chemins qui mènent à la réalisation de cinéma. On a même vu des écrivains ou des critiques de films tenter leur chance avec des succès aléatoires. Kubrick, lui, était photographe avant de se lancer dans le cinéma. A 13 ans le petit Stanley commence à se passionner pour la photo, et trois ans plus tard il vend déjà ses clichés à la presse. Le magazine Look publie un grand nombre de ses images, dont certaines sont restés célèbres, comme ce mémorable portrait d’un kiosquier au visage ravagé par la tristesse, entouré de « unes » de journaux annonçant la mort du président Roosevelt. C’est plus de 12.000 images que le jeune Kubrick va ainsi prendre entre le milieu des années 40 et les années 50. Cette phase cruciale d’apprentissage de l’ « œil » du réalisateur est brillamment mise en avant dans cette exposition, et l’on entrevoit bien dans ses reportages de jeunesse – qu’ils soient consacrés au sport, à la politique ou au music-hall (sublime portrait de Frank Sinatra au passage...) – les prémices d’un authentique regard sur le monde.

L’un de ses premiers courts-métrages, Flying Padre, un documentaire de 1951 sur un prêtre américain qui se déplace dans sa paroisse avec un petit avion de tourisme, est une parfaite illustration de l’attention portée par Kubrick à la photographie de ses films. L’exposition présente une époustouflante mosaïque reprenant plusieurs dizaines d’images extraites de cette œuvre de jeunesse : toutes ont leur cohérence, et obéissent à une harmonie voulue, calculée, pensée. Le même dispositif est appliqué à plusieurs autres films, et il apparaît avec évidence que l’univers de Kubrick est puissamment « graphique » : ce que l’on comprend en voyant la superbe salle de commandement du Docteur Folamour (dans laquelle la large table de réunion circulaire tranche de manière spectaculaire avec la forme trapézoïdale de la pièce), ce que l’on ressent aussi dans le travail sur les couleurs de Eyes wide shut (l’histoire se passant peu avant noël, les images sont dominées par le rouge et le vert des guirlandes ; couleurs obsédantes que l’on retrouve déclinées de mille façons sur presque l’ensemble des plans) ; ce qui est évidemment éclatant dans les images de Barry Lyndon inspirées des toiles de Gainsborough, mais aussi dans des détails plus ténus comme la mythique moquette aux motifs géométriques répétitifs de l’hôtel Overlook de Shining, renvoyant à l’imposant labyrinthe végétal qui est à l’extérieur.



Des visages. Shelley Duvall, Sue Lyon, Gary Lockwood, Malcolm McDowell, Vincent D'Onofrio, Ryan O'Neal... Si Kubrick a tourné avec de grandes stars telles que Kirk Douglas, James Masson, Peter Sellers ou encore Jack Nicholson, il a bien souvent confié des rôles de premier plan à des acteurs discrets dont la carrière a parfois été très marquée par cette expérience. La petite « Lolita » Sue Lyon a littéralement disparu de la circulation. La charmante Shelley Duvall que Jack Nicholson tente de massacrer à la hache dans Shining s’est éloignée du cinéma après ce film. Vincent d’Onofrio, la fascinante « grosse baleine » de Full Metal Jacket se distingue désormais dans la série télé New-York Section criminelle. « Mais il les ‘cramait’ littéralement ses comédiens ? Ils ne faisaient plus rien après un Kubrick ! », me demanda mon amie. Oui, l’exposition souligne aussi cette réalité un peu cruelle, tant ces visages inoubliables – et bien souvent anonymes - semblent appartenir pour toujours à l’esthétique de Kubrick... cinéaste cannibale se nourrissant d’acteurs.

Un parcours émaillé d'objets.
L’une de mes pires craintes s’est vérifiée : l’exposition est truffée de passionnants objets et d’excitants fétiches liés au travail du réalisateur. Livres, manuscrits, contrats, notes diverses, claps, matériel promotionnel, affiche, etc. Mais les conservateurs ne tombent jamais dans l’écueil du « kubrick-à-brac » (pardon, mais 80% de la presse française a aussi fait ce jeu de mot regrettable), et se sont plutôt concentrés sur le processus créatif de l’artiste. A côté d’objets emblématiques venus des films eux-mêmes (la combinaison de cosmonaute de 2001, la machine à écrire de Nicholson dans Shining, le casque « Born to kill » de Full Metal Jacket, ou encore des costumes de Barry Lyndon), sont surtout exposées bon nombre de caméras et d’objectifs utilisés par le maître... Ce qui ne pourra que toucher au cœur les cinéphiles avertis.

Une thématique centrale : la guerre. Si Stanley Kubrick n'a jamais fait deux fois le même film (ni cédé à la facilité des séquelles à répétition), une « figure » traverse son cinéma : la guerre. Depuis son premier long métrage Fear and Desire jusqu’à son avant dernier film, Full Metal Jacket, les conflits armés sont bien souvent l’occasion pour Kubrick de montrer une vérité lucide sur l’âme humaine. L’exposition s’achève d’ailleurs sur la présentation de deux grands projets que Kubrick ne pourra mener à bien pour des raisons différentes, mais dont les étapes de préparation étaient très avancées (jusqu’au casting et au planning de tournage) : un film sur Napoléon et un autre sur la Shoah. Deux « échecs » qui laisseront le réalisateur, plus touchant que jamais, presque inconsolable.

Elégance. Le visage de Kubrick est très présent sur les deux niveaux de l’exposition, à travers les autoportraits photographiques de sa jeunesse, les  toiles de sa femme artiste-peintre, ou encore de fascinants clichés de tournage qui sont, pour certains, inédits. Au détour d’une des salles la photo d’un Kubrick grandeur nature est accrochée au mur, dans le style négligé chic qu’il cultivait. Mon amie, frappée par l’intensité pénétrante de son regard respirant l’intelligence, m’a dit « Je veux le même à la maison... Quand même : 13 films, 13 chefs d’œuvres. Moi, c’est ce que j’appelle... l’élégance ». Et avant que je puisse en rajouter une couche pompeuse sur ma propre admiration sans borne, elle a poursuivi : « En plus, tu sais qu’il était composé à 80% d’eau ! Un simple humain. C’est fou non ? » J’ai vu Stan esquisser un sourire.   

Il est à noter que la Cinémathèque propose également, ces prochains mois, une rétrospective intégrale de l’œuvre de Kubrick (incluant des œuvres de jeunesse très rarement projetées en salle), ainsi qu’un certain nombre de conférences et rencontres qui s’annoncent pour le moins stimulantes...



Par F-X Ajavon -

 



Toutes les réactions (2)

1. 27/04/2011 09:53 - Nach Mavidou

Nach MavidouIl y aurait tant à dire sur Kubrick... J'ai pu aller voir cette exposition dans les tous premiers jours. L'exposition de quelques reliques vaut quand même le détour, et l'évocation des deux grands projets non réalisés est intéressante car ils sont habituellement quelque peu délaissés par les nombreux ouvrages qui lui sont consacrés.

2. 28/04/2011 13:20 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotA n'en pas douter, la future (rêvons un peu) exposition Terrence Malick sera plus courte que celle de Kubrick mais certainement aussi... élégante.

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Il y aurait tant à dire sur Kubrick... J'ai pu aller voir cette exposition dans les tous premiers jours. L'exposition de quelques reliques vaut quand même le détour, et l'évocation des deux...

Nach Mavidou27/04/2011 09:53 Nach Mavidou
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