Sur le RING

Solution Finale

SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Eric Bénier-Bürckel - le 03/04/2006 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Un ami écrivain qui, volontairement, n'avait jamais rien publié de sa vie, m'avait déclaré un jour, au cas où il disparaîtrait prématurément - compte tenu de la grave maladie qui le rongeait depuis des années - qu'il n'autoriserait jamais personne à venir fouiner dans ses affaires. Il insistait là-dessus : « Avant de mourir, je détruirai tout ce que j'ai écrit. Je ne laisserai rien à la postérité. Surtout s'il s'agit de cette masse braillarde et glaireuse qu'on appelle l'humanité. Je ne me laisserai ni museler la bouche ni confisquer mes écrits par les bibliothécaires et les conservateurs de musées vendus à la cause de l'État et à celle de la culture d'État. Je n'écris pour personne. Pas un mot, pas une pensée qui ne soient destinés à cette civilisation-là, à cette humanité-là, à l'État, la Société, le Marché, à cette espèce abjecte et répugnante qui revendique comme un dû le droit à la vie et à sa conservation et qui se gargarise de sa démocratie. Ceux qui rêvent du sursis que leur promet la postérité n'ont rien fait tant qu'écrire pour durer, se conserver, consolider leur identité, valider ce qu'on a fait d'eux, encenser leur existence enchâssée dans le carcan de leur petit moi mesquin, embourbé dans la naphtaline de leur implant bio-politique, inscrire et fixer une bonne fois pour toutes l'hologramme qui leur tient lieu de corps dans l'histoire, cette fiction planétaire qui entretient l'illusion de leur bienveillante et honorable mission civilisatrice, bref, pour survivre à leur disparition.

Je n'écris pas pour survivre à ma mort, encore moins pour laisser une trace, mais pour dissoudre toute trace de mon passage dans les mots, l'effacer et la rendre imperceptible. Les mots sont rien de moins que les vecteurs de cette dissolution. J'écris pour disparaître, me disséminer, surtout pas pour confirmer ou conforter cette identité rachitique qui me colle au corps dans le seul but de m'asservir à la pesanteur des dogmes. Plus j'avance et plus je m'évertue à effacer les traces de mon passage, à brouiller les pistes que mes écrits aussi bien que mes pas ont laissé derrière moi. Je ne veux pas qu'on me suive à la trace, qu'on attache de l'importance à ces billevesées prisonnières à jamais du sable et de la poussière, engluées dans une immobilité cadavérique. Je ne me reconnais dans aucune de mes empreintes. Je ne me retourne sur aucune d'entre elles. Peu m'importe qu'on oublie mon passage ou qu'on m'oublie tout court. Je n'écris pas pour cultiver la mémoire. Je ne tiens pas à ce qu'on se souvienne de moi. Ni à ce qu'on commente ce que j'ai écrit. Ce que je suis n'a aucune espèce d'importance. Ce que je porte en moi, la destruction même de ce moi, la possibilité même de ma désintégration et de celle de tout ce qui se targue d'appartenir à un moi ou à une communauté, de tout ce qui se tient caché derrière l'enceinte protectrice de la permanence, est la seule chose qui me possède. On voudrait réduire l'artiste aux traces ou aux ½uvres qu'il laisse derrière lui, mais elles n'indiquent toutes que des fausses pistes, des sentiers périmés, des voies qui ne mènent qu'à ses propres impasses. Rien de ce que j'ai écrit continue de m'intéresser. Voilà pourquoi il faut l'effacer ou le détruire. Je n'écris pas contre la mort, mais pour la mort. Tout ce que j'écris est consacré de bout en bout à la mort et à la destruction. Je pouvais devenir assassin, mais, par lâcheté sans doute, j'ai préféré devenir écrivain, ce qui, envers et contre tous, revient strictement au même. Je n'écris ni pour consoler les hommes ni pour les épargner, encore moins pour les divertir ou les amuser, mais pour les assassiner et les massacrer, leur donner le coup de grâce si l'on veut. Chacun de mes livres est un jeu de massacre à lui seul. Je n'écris que pour poursuivre ce jeu de massacre. Je tue autant que possible. Et je continuerai à le faire tant que j'aurai la force d'écrire. L'État, la société et la masse font tout pour brimer et supprimer la pensée, autrement dit ils font tout pour brimer et supprimer tout ce qui est grand. Tout ce qui est grand menace de déchirer leur membrane trop étroite, il leur faut donc l'anéantir. Un esprit fait pour s'assimiler la lumière des galaxies, abandonnant à la masse le soin de conspuer tout ce qu'elle touche, il leur faut l'entraver dès le début de son envol, le sceller à jamais à sa pesanteur et à son abjection contagieuses. Tout ce qui tente de fuir vers les cieux ou vers des horizons impossibles, il leur faut l'abattre. On n'a pas le droit de mépriser l'État, la société et la masse. Pas le droit non plus de s'afficher avec tout ce qui est grand et noble. Pas le droit enfin de s'acoquiner avec les astres. Tout ce qui veut s'élever, il leur faut le rabaisser. Il est criminel de préférer l'infini au fini, monstrueux de ne pas se livrer à l'adoration de l'infini des caniches. Voilà pourquoi je me livre à ce jeu de massacre. La seule forme de résistance que j'ai trouvé contre leurs agressions continues, en dehors de la violence physique, c'est la violence de l'écriture, même si, du point de vue de l'efficace ou du spectacle, elle n'arrive pas à la cheville de la violence physique. C'est par la violence de l'écriture, sa négativité foncière, son énergie retorse, que je me livre à ce jeu de massacre. C'est par cette violence que je pénètre dans l'intimité de l'État, de la société et de la masse, et que je m'adonne aux pires sévices, n'hésitant pas à infliger les tortures les plus ignobles et les plus insupportables. Une fois que vous avez goûté à la violence vous ne pouvez plus vous en passer et vous en redemandez, de sorte qu'il vous est impossible de faire marche arrière. Il vous faut toujours plus de violence, au même titre qu'un drogué doit augmenter ses doses s'il veut continuer à connaître l'extase. Il vous faut votre dose de violence. Vous ne vibrez plus que sur la corde sensible de la violence. Vous vous nourrissez exclusivement de cette violence. Bien sûr, ça ne vaut pas un de ces puissants directs généreusement envoyés dans la face d'un abruti de première que vous rêviez de voir réduit en charpie. Vous n'entendez pas le son de la mâchoire qui se brise au contact de vos phalanges repliées en un noeud de nerfs plus solide qu'un maillet, ou des dents qui craquent et se déchaussent sous l'impact, libérant un jet de sang éclaboussant vos vêtements. Vous ne voyez pas de sang gicler ni de chair morfler sous vos coups. Vous n'avez pas les doigts endoloris par le choc ni les empreintes des dents imprimées sur vos jointures. Aucun cri. Aucune plainte. Rien de tout ce qu'une rixe ou de tout ce qu'un meurtre engendre comme chaos visuel et sonore. Mais le choc frontal avec l'État, la société et la masse, que vous éventrez tête la première, a ceci de commun avec la violence physique qu'elle vous procure un bien fou et vous réconcilie avec la mort. Plus nous nous débattons avec le pouvoir, plus nous nous heurtons avec lui, plus nous rencontrons de points de résistance, plus nous subissons d'impacts et plus intense est notre vie.

La littérature est inutile si elle n'est pas une entreprise de démolition. Pas pour faire table rase et recommencer avec les mêmes. Mais pour en finir avec cette farce ridicule et insipide qu'on appelle l'humanité. Je n'écris que pour démolir. Je ne cherche la vérité que pour accélérer le processus de cette démolition. Le dévoilement de l'être est indissociable de la dévastation de ce qui le voile. Je n'écris que pour déchirer et arracher ce voile, le mettre à bas. Déchirer, trouer, cogner, mettre à feu et à sang, le tout sans pitié ni égards pour les victimes, surtout ceux des dépossédés qui n'ont de cesse de souiller le monde de leur médiocrité et de leur bassesse, telle est la mission que je me suis fixé en me jetant à corps perdu dans l'écriture. Mettre à feu et à sang l'État, la société et la masse, tel est mon unique objectif. Débarrasser la terre de l'épidémie qui l'empoisonne. Déblayer la vie des remblais et des croûtes sous lesquels l'État, la société et la masse l'ont enfouie, telle est mon unique ambition. Nulle gloire à en tirer. Nulle reconnaissance. Nul profit. Nul ego narcissique à caresser dans le sens du poil ou à colmater. Mon corps n'est qu'une plaie, une plaie ouverte sur un abîme, mon abîme, une blessure qui ne se referme pas et qui m'entame d'heure en heure. Par sa béance suppure le sens, mon sens, goutte à goutte. Sa perte m'entaille de jour en jour. Plus je plonge en moi-même et plus le sens me saigne entre les nerfs, s'éloigne et demeure hors d'atteinte. C'est le non-sens qui s'ouvre à moi, l'absence délibérée de sens, sa suppression, son extinction. Toute notre vie, nous devons jouer le je, croire en lui, nous aplatir devant lui, nous tapir en lui, refouler le vide qui menace de l'engloutir. Nous jouons le je pour ne pas mourir de vide. Nous nous accrochons à lui comme on s'accroche à une bouée de sauvetage. Nous l'agrippons pour ne pas sombrer dans la béance qu'il ouvre en nous. Nous la remplissons. Nous la comblons. Nous posons des fonds et des fondations pour ne pas déchoir et nous y prenons racine dans l'espoir de pousser vers des hauteurs qui tiendront l'abîme en respect. Je veux tout simplement exterminer l'homuncule. Par mes mots, par la toute puissance de mon être, balayer l'humanité cadavérique de cette planète. Je n'écris pas pour encourager les valeurs qui tiennent à c½ur le genre humain, mais pour les mettre en miettes. Je n'écris ni pour louanger la civilisation ni pour féliciter le genre humain d'exister et lui témoigner ainsi mon affection, mais pour lui témoigner ma haine et l'encourager à s'éteindre. J'ai toujours voulu faire de l'acte d'écrire un crime contre l'humanité. La question n'est pas : qu'est-ce que l'homme a à espérer de la civilisation ? mais : qu'est-ce que l'univers a à en attendre ? La réponse est simple : rien du tout. L'univers n'a que faire de la civilisation. Quelles que soient les options choisies par les hommes, amélioration, mutation, transvaluation, dépassement, ils en reviendront toujours à leur civilisation et à la conservation de celle-ci. Il n'y a rien à espérer ou à attendre de la civilisation. Rien à espérer ou à attendre de l'humanité. Rien non plus à espérer ou à attendre de l'art, de la philosophie et de la science. La culture est un bouillon bien tiède et bien médiocre eu égard aux bouillonnements houleux qui pulsent dans l'univers. La vie n'a que faire des justifications bravaches et des missions coûteuses que l'humanité s'invente pour se donner des raisons de croire en elle et de persévérer dans son être. L'humanité est une erreur. Un accident. A quoi bon s'acharner à vouloir la défendre et la perpétuer ? Toute erreur, pour autant qu'elle ne peut être viable à long terme, est appelée à disparaître, à s'autodétruire. Je ne suis pas contre la mort, mais pour la mort. Pas contre la haine, mais pour la haine. Pas contre le mal, mais pour le mal, le mal radical, en d'autres termes l'éradication pure et simple du genre humain. Mon ½uvre tout entière est consacrée à la mort et à la destruction. Je ne célèbre rien tant que la mort. Je ne redoute rien moins que la mort. Seule la mort, l'idée de la mort, me réconforte. Car elle est la promesse de ma désintégration totale, comme de la désintégration totale de l'État, de la société et de la masse. Je l'appelle de tous mes v½ux, de tout mon être. Je ne désire rien tant que l'éclatement de mon identité, la dissolution de ma conscience, le morcellement de mon cerveau, la dislocation de mes membres, la dilacération de mon corps enfin dégraissé de ses attributions carcérales, la libération du chaos qui gronde en mon for, cette évanescence thermonucléaire qui, pour l'heure, est prête à exploser à la face du monde. La mort ne nous anéantit pas, au contraire, en nous extirpant de la gangue naturelle et sociale dans laquelle on a écroué notre corps et ses incessantes mutations, elle nous sauve de l'anéantissement. C'est cette gangue qui nous anéantit, c'est de cette gangue, de son insupportable pesanteur, que nous pourrissons, c'est d'elle encore que nous venons à manquer d'air et à suffoquer. Loin d'être un anéantissement, la mort est une délivrance. Non pas l'accès immédiat à un dieu bienveillant, mais le retour dans le courant, la remise à flot de nos particules scellées et incarcérées dans cette carapace, un scaphandre trop épais pour que nous puissions vraiment apprendre à nous sentir et à appréhender l'ouragan dans lequel nous nous mouvons et nous déplaçons sans cesse comme des cyclones.

Ce qui tue l'homme, c'est sa détention préventive dans le régime de signes qui en congèle l'existence. C'est cette existence congelée, scellée, parquée, asphyxiée dans la représentation figée de son chaos qui constitue le vrai malheur de l'homme, non pas la mort, encore moins la vie, mais ce qui veut pourfendre la vie en cherchant à l'enclore dans ces parcs à thèmes que sont nos routines ou nos habitudes et où elle oublie les forces qui l'animent et qui sont son seul salut. La mort révèle l'homme à son chaos intérieur, à sa vie, en somme. Elle le libère et le rend aux flots tumultueux qui, des années durant, avaient été mis aux arrêts au sein du lac artificiel créé grâce aux barrages et aux digues servant à les contenir. La mort n'a rien de tragique en soi. Ce qui est tragique, c'est le destin de placard à quoi est condamné chaque homme qui vient au monde, se vautrant dans les mailles du pouvoir comme on tombe dans un piège. Ce piège, c'est l'État et le règne de Mammon, mais aussi toutes les figures figées où l'on voudrait voir incarcérée et étrécie la vie. Le déclin de l'occident n'a rien de tragique. La mort n'est tragique que pour les individus, pas pour l'espèce. Mourir pour s'extirper de cette gangue qu'ils appellent la réalité, mais qui est l'obstacle majeur à son épanouissement, un barrage aux élans les plus purs, un emballage qui en étouffe la spontanéité en la truffant de conservateurs qui en gèlent les processus et en réduisent la marche de man½uvre, ayant la reproduction du même comme seul mot d'ordre et la perpétuation du phylum comme unique objectif. On s'évertue à conserver. Ce que je veux, c'est intensifier. Tout ce qui est désigné comme propre, comme faisant partie de mes propriétés, est en réalité la propriété d'un autre. Je ne suis que le locataire d'un corps vide. Je verse un loyer pour avoir le droit de rester dans les murs dans lesquels on m'a écroué. Certes nous sommes terrifiés par le vide qui investit notre monde, nous basculons et tombons dans ce vide. Mais nous avons voulu ce vide, nous l'avons appelé de toutes nos forces, nous l'avons invoqué, comme on invoque le démon. Nous voulions la vérité. Nous voulions faire le vide autour de nous et en nous. Nous nettoyer, nous purger de tout ce qui nous obscurcissait la vue. Nous voulions la lumière et la liberté pour tous. Mais avec elle, c'est le vide qui s'est divulgué. Et ce vide augmente avec la vérité. Nous avons la vérité de la domination et de la soumission. La liberté de consommer et d'être consommé. Nous croyions exhumer une chance d'espérer. Mais nous n'avons fait que déterrer le couperet du désespoir. Et c'est ce même couperet qui, pareil à une épée de Damoclès, est suspendu aujourd'hui au-dessus de nos têtes. Nous devons vivre désormais avec lui. Bien sûr, des âmes faibles ne manqueront pas de chercher à occulter ce vide, à le dissimuler sous des montagnes de mensonges, à le remplir avec des tonnes de discours. On continuera à nous parler de démocratie, de paix, d'espoir, de révolte, de salut, de bonheur, de félicité, mais nous, nous saurons qu'il ne s'agit que de chimères produites comme les pièces à conviction d'un alibi mensonger pour continuer à nous soumettre au système, pour nous le faire aimer, pour avoir de bonnes raisons de ne rien y changer et de laisser tomber dans l'oubli le vide qui s'étend sous nos pieds. L'homme est un chancre à la surface de la terre. Une épidémie qui s'étend et vérole la croûte terrestre. On lui donne la parole, il en fait un vide-ordures. Il intoxique tout ce qu'il touche. Sa bouche ne lui sert qu'à propager et à déverser des tonnes d'ordures sur le monde. L'homme n'habite pas en poète, mais en vide-ordures sur la terre. Tout ce que ses sens interceptent, il l'entoile, l'englue, l'entache, en ternit chaque jour un peu plus l'éclat. Je ne désire aucun autre destin pour l'espèce humaine que son extinction, son pogrom pur et simple, le plus bel hommage qu'on puisse finalement rendre à la vie, la seule grande action que l'homme puisse accomplir et dont il pourrait vraiment se vanter. Et ceci passe par le massacre systématique de l'État, de la société, de la masse, et au final, de la démocratie. Je suis l'écrivain de la solution finale. Écrire est un crime contre la vie, contre l'immédiat. Alors j'écris, j'écris, j'écris sans relâche, car, écrivant, je sais que je commets un crime contre la vie, contre tout ce qui est vivant, je tue chaque chose que je dis, je massacre, j'assassine tout ce que je dis, avait-il dit, de plus en plus agité, il me suffit d'écrire pour commettre le crime le plus atroce, le plus ignoble de tous les crimes. Écrire est un crime bien plus terrifiant que tous les crimes infligés aux vivants. Il n'y a pas pires assassins que les écrivains. C'est pourquoi les gens ont raison de s'en méfier. On devrait craindre les écrivains bien plus que les assassins d'enfants. Un écrivain qui ne ferait peur à personne devrait immédiatement aller se rhabiller. Ils sont nombreux à courir sur la place, ceux-là, les répandeurs de pacotille, les enculeurs de mouches, les meurtriers du silence, les obsédés de la longévité, ardents défenseurs des droits de l'homme et négociants en chagrin de toutes pièces, toujours prêts à vous refourguer leurs carnets intimes ou leurs histoires d'amour foireuses, pleurnichant à la première femme perdue ou au malheur d'être né trop riches. Ceux-là, ils n'effraient personne. Ni les pauvres qu'ils irritent ni les nantis qu'ils ennuient. Pas même les cafards que leurs palabres laissent de marbre. On les positionne bien sur le devant de la scène, là où ils peuvent plastronner à loisir sous les projecteurs. La vraie grande littérature, elle est toujours du bon côté de la société. Les écrivains tels que moi vivent en liberté, mais ils devraient tous croupir derrière les barreaux, car personne ne dynamite autant de monuments, n'assassine autant d'êtres et n'enlève autant de vies que les écrivains de la solution finale dont je me réclame », avait-il conclu en agitant la tête et en clignant de l'oeil, avant de cracher au sol. 

Éric Bénier-Bürckel



Toutes les réactions (1)

1. 12/04/2011 19:42 - Philippes Viakalès

Philippes ViakalèsCher Éric,

Ce texte me rassure.
J'écris depuis que je vous ai eu comme professeur.
L'écriture, la vraie, est un viol intellectuel.
Elle vous agresse, décroute vos sens, décape vos idées reçues, dévoile le monde humain, plus corrosif que de l'acide chlorhydrique, arrachant vos œillères. Vous ne pouvez plus cligner des yeux. La violence vous submerge, vous anéantie. Vos membres flageolent. Vous voulez savoir la suite.

Et vous refermez le livre, pour connaître la suite plus tard, quand vous serez aux cieux. Plutôt en enfer, car quand on est mort il n'y a que les flammes de la passion passée pour vous réchauffer.
Il faut davantage se méfier d'un catholique que d'un toxico. L'esprit commercial ravage la vérité.

Plus qu'un extrait, votre texte déflore en un coup d'œil. Il me rassure par rapport à cette grande farce qu'est la vie. Plus belle la mort. La fin des tics, des ventres enflés, des escarres, des vêtements qui cachent, des mensonges, des sourires qui cachent le dégout, du faux qui se vend très bien, de l'impalpable que l'on planque, que l'on nous vole, à qui l'on fait la nique, qui fait rire les comédiens de ce bas-monde, cette basse-cour immonde. Vous chantez les pieds dedans, prêt à être déplumé par les "médias-merda", ceux-là-même écrivains ratés habitués à se bâfrer des misères du monde avec un rire grandiloquent, ponctué de bières, et de choucroute, dans cette vaste comédie qu'est cet opéra sauvage policé qu'est l'actualité.

Vous êtes un coq vibrant de sa chair avant de mordre son adversaire aux gants de latex, dans un abattoir.

La poésie, qu'est-ce donc si ce n'est des mots narrant l'incompréhensible de la vie, avec la même matière qu'elle, fugace, sans trace immortelle, mordant le tout venant, crachant à sa gueule la gale de son être, les milliers de litres d'alcool qu'il lui fallu pour exister, les milliers de litres de sueurs insomniaques, les litrons de caféine, la tristesse perlant de son sens, du bien-fondé de son existence, de ses méfaits, de la dissolution de la vie par les pores de ses écailles méphitiques. Vous croyez comprendre. Vous avez lu. Vous n'avez rien saisi.

Ainsi va la vie.

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Cher Éric, Ce texte me rassure. J'écris depuis que je vous ai eu comme professeur. L'écriture, la vraie, est un viol intellectuel. Elle vous agresse, décroute vos sens, décape vos idées...

Philippes Viakalès12/04/2011 19:42 Philippes Viakalès
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