Sean Dillon, le retour
SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Murielle Lucie Clément - le 01/03/2010 - 0 réactions -
Le terreau des romans
d’espionnage, la guerre froide entre l’Est et l’Ouest semble depuis longtemps
terminée. Les amateurs se souviennent certainement du grand classique de Tom
Clancy Le Cardinal du Kremlin.
Les bons s’y battent contre les méchants dans une guerre des mondes où les
arcanes de la connaissance des armes technologiques peuvent changer l’équilibre
des forces mondiales. Une course effrénée pour la construction d’une arme à
laser. CIA versus KGB. Tous les coups sont permis pour s’emparer des secrets de
l’autre. Dans les plus hautes sphères du pouvoir, les taupes
règnent.
Justice
sommaire de Jack Higgins (pseudonyme de Harry Patterson)
reprend à son compte la bataille des géants dans une intrigue légèrement
parodique du genre. Les méchants ce sont les Russes, of course. Avec Poutine,
bille en tête, les services d’espionnage russe, le GRU contre l’Ouest représenté
par les services britanniques et le président des Etats-Unis.
Le « grand jeu » débute au Kosovo dans le
village de Banu, « quelques maisons en bois
de part et d’autre de la grand-rue, une poignée de bâtiments, un peu plus loin,
qui ressemblaient à des corps de ferme, et une petite rivière enjambée par un
pont en bois posé sur de gros blocs de granite. Il y avait aussi une
construction en bois surmontée du croissant musulman, manifestement la mosquée,
et enfin une auberge devant laquelle était garé un imposant blindé
léger. » Blake le représentant des USA et Miller celui de la
Grande-Bretagne y vont voir de plus près.
Des soldats russes ont
traversé la frontière, en dépit des accords passés avec les forces
internationales et se restaurent à l’auberge, ce qui en soi ne serait pas si
dramatique s’ils n’avaient, de toute évidence, l’intention de commettre des
exactions sauvages : « L’auberge avait
toutes les caractéristiques des établissements traditionnels de la région :
plafond à poutres apparentes, parquet de bois brut, quelques tables çà et là et
un long comptoir derrière lequel bouteilles et verres s’alignaient sur des
étagères. Une quinzaine d’hommes étaient accroupis par terre le long du
comptoir, les mains derrière la nuque, tenus en joue par deux soldats russes. Un
sergent se tenait derrière le comptoir ; le pistolet-mitrailleur à portée de
main, il buvait au goulot d’une bouteille de vodka. Deux autres soldats étaient
assis sur un banc de l’autre côté de la salle, deux femmes agenouillées devant
eux. L’une d’elles sanglotait. » Au pays des barbouzes, on tire
d’abord et on interroge après. Blake et Miller ne dérogent pas à cette règle
d’or et éliminent les Russes, sans états d’âme, aucun.
Théoriquement, les Russes
n’auraient pas dû se trouver de ce côté-ci de la frontière et leur gouvernement
ne peut porter plainte sans trahir ce fait qu’ils veulent garder secret.
Toutefois, les conséquences seront d’envergure car la mort engendre la mort et
la vengeance. Les Anglais font appel à Sean Dillon pour résoudre cette affaire
où viennent se mêler, terrorisme, trafic d’armes et assassinat. Afin que le
bourgeois dorme en paix, des hommes assument les sales besognes pour en empêcher
d’autres de détruire la planète : «
“L’objectif du terrorisme, c’est de terroriser.” Il n’y a qu’avec le terrorisme
que les petits pays peuvent s’attaquer à des pays plus grands qu’eux avec le
moindre espoir de réussite. – C’est Lénine qui a dit ça le premier. Et le
système a été mis en pratique, avec des conséquences douloureuses pour
l’ensemble du monde, pendant de longues années. D’ailleurs ce n’est pas
terminé. » Dillon, l’Irlandais, en sait quelque
chose.
Héros récurrent de Jack
Higgins et un peu un amalgame des héros précédents de ses romans, du moins ceux
pour qui la justice ne doit pas attendre les verdicts rendus dans les cours par
juges et avocats, poète et philosophe, Dillon s’interroge parfois sur l’utilité
des tueries. Ainsi en est-il dans Justice
sommaire au moment de passer à l’action
définitive :
« Dillon avait passé Warrenpoint, scène de l’une des
plus grandes défaite de l’armée britannique face à l’IRA dans toute l’histoire
des Troubles. Il franchit la frontière et entra dans le comté de Louth, en
République d’Irlande, au nord de Dundalk, sans le moindre problème – et sans
aucun contrôle policier. Il s’arrêta quelques instants au bord de la route et
repensa à cette frontière vingt ans plus tôt : la police, les soldats, les
baraquements… Tout avait disparu. La frontière n’était plus qu’une ligne
symbolique, marquée par un panneau au bord de la route. À quoi bon ce conflit,
ces tensions, ces combats d’autrefois ? se demanda-t-il. Assis là, dans la Ford
Anglia, il fut soudain la proie d’un profond sentiment de
détresse. »
Tout au long du livre, le
camp des Anglais triomphe en essuyant de minimes revers dans l’ensemble. Pas
étonnant les Russes sont portraiturés en idiots. Avec des noms étrangement
synonymes à ceux de l’actualité récente et moins récente, ils ne connaissent
même pas les leurs :
« Le Falcon se posa en douceur. Les passagers étaient
prêts à débarquer lorsqu’il s’immobilisa près du petit bâtiment de l’aérodrome.
Le copilote, Elstine, ouvrit la porte et baissa les marches. Volkov descendit
sur le tarmac, suivi de Grigorin et Makeev qui portait les bagages. Un homme
vint à leur rencontre au pas de charge avec un parapluie. La porte du Falcon se
referma ; l’avion se remit aussitôt à rouler sur la
piste.
– Qui
êtes-vous ? demanda Volkov en anglais.
– Igor
Pouchkine, Monsieur Petrovski, répondit l’homme d’un air hésitant, puis il
ajouta en russe : Mais je sais qui vous êtes. Je suis le responsable du contrôle
aérien de la base. Je vous ai déjà vu à Moscou, au complexe
Belov.
– Un
Russe, dit Volkov en souriant. J’ignorais que nous avions des Russes ici. Très
négligent de ma part. Allons à l’intérieur. » Une négligence
– et quelques autres – qui lui coûtera la vie.
Malgré des caractères peu
dessinés et des personnages superficiels, les cinq cent vingt pages se lisent
facilement et Justice sommaire
reste un bon roman d’espionnage où l’auteur se joue des clichés du genre avec
maestria. Jack Higgins garde la main à la plume et sait toujours entrainer son
lecteur dans un parcours échevelé et rocambolesque prodigue en
rebondissements.
Murielle
Lucie Clément
Jack
Higgins, Justice sommaire, Albin
Michel, 2010, traduit de l’anglais par Pierre Reignier, 521 pages, 22,50
€.
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