Saint James Dean, priez pour nous
SURLERING.COM - FRANCE - par Adam Galtier - le 17/05/2010 - 5 réactions -
L’Eglise de France va mal. Entre les scandales pédophiles relayés par les médias et les désertions toujours plus nombreuses des fidèles, les catholiques français se posent de sérieuses questions quant à l’avenir de leur communauté. Les vocations, qui étaient traditionnellement si nombreuses au sein de la Fille aînée de l’Eglise, sont aujourd’hui en chute libre. Dieu merci, les publicitaires branchés de la Conférence des Evêques de France ont trouvé la parade : l’Eglise doit « parler jeune » et donner une image plus « moderne » pour attirer de nouveaux séminaristes. Petite analyse d’une campagne de pub à l’air pas très catholique.  Le père Eric Poinsot est à la tête de la direction du Service national des vocations de l’Eglise de France. Cheveu châtain, coiffé court, la chemise blanche légèrement ouverte, il ressemble à s’y méprendre à un cadre jeune et dynamique de chez Deloitte. Seule le petit pin’s en forme de croix sur son costume gris nous rappelle qu’il s’agit pourtant bien d’un homme de Dieu. Car Eric Poinsot, jeune prêtre moderne et bien ancré dans son époque, refuse de mettre la soutane : cet habit passéiste passerait en effet particulièrement mal à l’heure où l’Eglise de France entend afficher sa modernité. Annoncée avec grande pompe dans les médias et sur plusieurs sites catholiques, la campagne de pub nationale pour les vocations à été lancée par le jeune et dynamique père Poinsot le 20 avril dernier. Le début de cette campagne coïncide d’ailleurs avec la Journée mondiale de prière pour les vocations, journée qui fut demandée expressément par les derniers papes pour inciter les jeunes à prendre le chemin des séminaires. Il est vrai que les séminaires européens attirent de moins en moins. Même la Pologne, pays réputé pour sa grande ferveur, commence à accuser un léger fléchissement dans ses vocations. Elle reste toutefois de très loin le pays le plus catholique du continent et ordonne chaque année plusieurs centaines de prêtres : un dynamisme qui jure quelque peu avec la décrépitude de l’Eglise française. Il semblerait en effet que la Fille aînée de l’Eglise ne soit plus à la hauteur de son nom. La flamboyante aînée est devenue en quelques décennies une veille fille grabataire. Les séminaires français sont désespérément vides, des d’églises sont rasées faute de paroissiens, les prêtres manquent. Alors que la France comptait plus de vingt mille religieux en 1998, ils ne sont aujourd’hui que quinze mille. Et avec à peine une petite centaine de séminaristes ordonnés chaque année, la tendance risque de s’accentuer dangereusement dans les années à venir. Dans un contexte aussi difficile, il semble compréhensible que les autorités ecclésiastiques tentent de renverser la tendance. La campagne de pub lancée par le père Poinsot s’inscrit bien dans cette volonté de reconquête des âmes, il s’agit pour l’Eglise de trouver rapidement les quelques dizaines de prêtres supplémentaires qui lui permettraient de conserver un nombre stable de religieux. Et pour cela, la Conférence des Evêques de France entend se donner les moyens de son ambition : plus de 250.000 euros on été donnés à l’agence Bayard Service pour une campagne de pub « détonante ». Cette campagne, qui vise surtout les lycéens et les étudiants, se veut en effet « humoristique et décalée », nous dit le père Poinsot : l’Eglise souhaite attirer en donnant d’elle une image moderne, en montrant qu’elle est proche des jeunes qu’elle courtise, en parlant leur langage, en imitant leurs gestes et surtout en les faisant rire. Eh bien, que la Conférence des Evêques de France se rassure : l’objectif humoristique a été largement atteint.  « 70.000 « Cart’Com » à destination des jeunes de 16 à 22 ans seront mises en place dans près de 600 cafés, restaurants et Virgin Mégastore » indique fièrement le père Poinsot. Bref, la campagne des vocations touche des endroits particulièrement propices à l’introspection spirituelle. Imagions donc la scène. Kévin, jeune garçon de 17 ans scolarisé au lycée « Jean Jaurès », est un passionné de rap américain. Il va donc au Virgin du coin pour s’acheter le nouveau film de 50 Cents, l’excellent « Get rich or die trying». En regardant brièvement les annonces publicitaires, il tombe sur un flyer du père Poinsot. Il réfléchit. Se dit qu’être prêtre, c’est vraiment cool. Bingo. Kévin sort du bâtiment et se précipite dans le séminaire le plus proche. Impossible, pourrait-on croire ? Apparemment pas pour les évêques de France. Pour eux, un jeune garçon de 17 ans peut très bien trouver la vocation entre les albums de Snoop Dog et de Lady Gaga car les voix de la pop sont vraiment impénétrables. Et s’il s’avère que Kévin est un peu dur d’oreille, eh bien il pourra toujours trouver la vocation sur le groupe Facebook « etpourquoipasmoi » créé spécialement pour l’occasion. Trop puissante, l’Eglise de France.
Il est toutefois très peu probable que Kévin ne soit pas tout de suite convaincu par les flyers du père Poinsot, car ces flyers sont absolument géniaux de djeunsitude. On y voit un jeune garçon aux cheveux longs et clairs, style Jean Sarkozy en mode Neuilly-sur-Seine, arborant une espèce de col romain dessiné au crayon sur lequel est marqué un magnifique « Jesus is my boss ». En bas de l’image apparaît une injonction forte à destination des jeunes : « Why not ? ».
On notera les efforts exceptionnels de l’Eglise de France à parler dans la langue de 50 Cents. Tout comme chez le rappeur américain, les phrases sont d’ailleurs simplifiées à l’extrême, histoire de ne pas être trop segmentant. Car Kévin n’est pas forcément bon en anglais même s’il préfère largement cet idiome au français, qui est - ne l’oublions pas - une langue franchement passéiste et aristocratique.
Mais le rameau revient quand même aux affiches à destination des personnes plus âgées. Car la campagne du père Poinsot s’adresse aussi aux étudiants et aux jeunes professionnels de plus de 22 ans. Autre public, autre style : le mode humoristique est alors remplacé par un mode franchement démagogique. L’Eglise de France présente des photos de jeunes prêtres, heureux et souriants, aux côtés d’un texte d’une réelle profondeur.
On peut voir ainsi un James Dean, beau gosse aux cheveux gominés et coiffés en arrière, portant nonchalamment son veston sur l’épaule. Le sourire ravageur et sexy du personnage nous incite tout de suite à apprécier la beauté du texte : le bellâtre se dit être comme les autres, accompagne les personnes, aime la vie. S’agit-il de Christophe Maé ? Non ! Il s’agit bien d’un prêtre de 41 ans venant de Langres.
Autre affiche, autre beau gosse aux cheveux longs. Celui là ne porte même pas de soutane, car on risquerait de le prendre franchement pour un prêtre alors qu’il n’est qu’un homme parmi d’autres. On apprend qu’il croit au bonheur et cherche à le communiquer. Un peu comme Johnny.
L’Eglise de France s’est donc lancée dans un véritable exercice de séduction. Manque de bol pour les lectrices du Ring, les James Dean en question n’existent pas. Des journalistes ont essayé de contacter ces prêtres au beau minois pour leur poser certaines questions mais… en vain. L’agence de pub a rapidement avoué la supercherie : les prêtres photographiés étaient des mannequins. « Pensez-vous que les banquiers que l'on voit dans les publicités sont de vrais banquiers ? », s’insurge le père Poinsot. Non, mon père. Certaines personnes pensaient simplement que l’Eglise était différente d’une banque.
Cette campagne - décidément très humoristique - revêt un intérêt sociologique certain. Elle souligne en effet qu’à force de désacraliser la fonction du prêtre pour le transformer en « homme comme les autres », l’Eglise de France a fait de la prêtrise un métier et non plus une vocation. Le prêtre étant un simple « créateur de lien social », comme on peut le lire sur le site de la Conférence des Evêques de France, on voit mal pourquoi des jeunes souhaitant devenir assistants sociaux s’emmerderaient à gagner des clopinettes et à rester chaste toute leur vie. Face à cette réalité, au lieu de recentrer la fonction du prêtre sur ce qui fait son essence, c'est-à-dire le sacré, l’Eglise de France préfère mentir : elle assure aux jeunes de façon totalement fausse que le prêtre peut devenir un James Dean, un beau gosse aux cheveux gominés, un jouisseur de la vie, un épicurien sociable et souriant. Les jeunes ne seront toutefois pas assez dupes pour entrer dans cette combine. Ils savent bien que des barrières empêchent le prêtre de jouir sans entraves. On peut donc parier que cette campagne ne donnera rien. Et s’il s’avérait que le jeune Kévin était réellement intéressé par le « job » après avoir lu un flyer du père Poinsot, on pourrait sérieusement se poser des questions quant à ses motivations.
Très étrangement, la campagne de l’Eglise de France ne correspond en rien au dernier discours du pape sur la prêtrise. Benoît XVI a souligné dans un message, rédigé à l’occasion de la 47e Journée mondiale pour les vocations, comment attirer de nouveaux prêtres dans les séminaires catholiques. Pour lui, c’est tout simplement par la qualité du témoignage personnel des prêtres, par l’exemple de leur abnégation, par leur fidélité, par leur charité, par leur amour que l’Eglise touchera le cœur des jeunes et les poussera à suivre le Christ.
Témoignage personnel ? Charité ? Don de soi ? Sérieux ? Et si c’était comme ça qu’on suscitait des vocations ?
Adam Galtier
Toutes les réactions (5)
1. 18/05/2010 08:04 - Karl
On fait avec les moyens du bord, on devrait trouver des fanatiques chrétiens et les mettre au C4 remarque, hausse des conversions à l'Islam exponentielles juste après les attentats du 11/09 et explosion des ventes de Coran aux USA dès la première semaine après le deuil national. On est vraiment des losers.
2. 18/05/2010 10:28 - Yannick
Je ne pense pas que l'on puisse faire pire que la récente campagne publicitaire du diocèse de Nancy :
http://a21.idata.over-blog.com/500x375/0/52/80/33/Images-3/denier2010.jpg
Que Dieu nous pardonne.
3. 18/05/2010 23:26 - Partagas
Je viens d'aller jeter un œil à la dite campagne nancéenne.
Putain, j'en ai encore les yeux qui saignent.
4. 19/05/2010 11:34 - Evan Ard
Plus l'Église cherche à faire moderne, plus elle est has-been, plus elle s'abandonne à la tradition, à la culture et à l'histoire héritées de l'Esprit, plus elle est futuriste. Bien des hommes d'église n'ont pas encore compris cela.
5. 19/05/2010 12:03 - René de Sévérac
D'accord avec vous. Comment rechercher ce qui est rare dans le grand public comme on vend des savonnettes et des comportements ? Çà prouve que la Conférence des Evêques de France est à "coté de ses pompes" si j'ose me permettre l'expression.
Les séminaires sont plein en Afrique : ça trouve que là-bas comme ici une centaine d'années plus tôt cette démarche était "payante" (statut essentiellement). Comment comparer avec la stratégie actuelle où le "bac+n" est en soi rémunérateur et parfois même prestigieux.
Je regarde avec émotion le petit gars du XVIIIe siècle que le prêtre du village repérait et envoyait au séminaire pour une "carrière" sans commune mesure avec son futur de paysan pauvre.
Ce fut le cas d'Ernest Renan ou même (dans une situation "laïque) de Charles Peguy.
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Dernière réaction On fait avec les moyens du bord, on devrait trouver des fanatiques chrétiens et les mettre au C4 remarque, hausse des conversions à l'Islam exponentielles juste après les attentats du 11/09 et...  18/05/2010 08:04 Karl
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