Sur le RING

Résignation devant l’œuvre de Larry Clark

SURLERING.COM - CULTURISME - par Frédéric Gajaray - le 03/11/2010 - 34 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B



Il est inutile de rouvrir le débat sur la fausse « censure », et la vraie interdiction aux mineurs, de l’œuvre de Larry Clark (1)… L’évidence veut qu’en dessous de 18 ans, voir le derrière saturé de crotte d’une adolescente ; voir une bande d’adolescents se piquer ; voir de longues verges d’adolescents ; voir des adolescents se pendre ; voir des adolescents subissant des sévices sexuels sadiques ; voir des pénétrations d’organes adolescents ; voir parfois un mélange du tout, c’est, même de loin, assez contre-indiqué. Si vous en doutez, il vous est loisible de jeter un œil sur l’œuvre photographique de Larry Clark, grâce au bref panorama que Jean-Marc Morandini en offre.

Vous pouvez aussi, si toute ce stupre vous interroge sur la réputation mondiale de Larry Clark, passer une heure et treize minutes à faire la queue devant le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, et aller y constater la fameuse rétrospective qui lui est consacrée. D’entrée, vous aurez le luxe de vous retrouver parmi toutes sortes d’occidentaux du XXIème siècle (mannequins coupés façon mi-bol mi-mèche, gothiques bien mis, vestes de cuir vertes, dreadeux proprets à trois couleurs, personnes riches etc.). Vous aurez peut-être l’agréable sensation d’être noyé dans une foule d’artistes en gerbe (cf. : le dernier papier de Pierre Poucet, « La lutte des mois »). La toile de fond sera peinte, et le moment d’entrer dans l’œuvre de Larry Clark, venu.


Laideurs de Larry Clark

L’œuvre de Larry Clark se caractérise en premier lieu par sa laideur. Les filtres sont toujours moches, ou absents. Les images sont floues, à peine travaillées. Les couleurs sont fades. Il semble que ces traits constituent le style de Larry Clark. Pourquoi pas. Après tout, quand on se surprend à trouver belle l’une de ses photographies, c’est bien parce que l’image en question sort de l’atmosphère propre à Larry Clark. Et, ne désespérons pas, il est possible de trouver le portrait d’une latino (2) plaisant. Il est possible, pareillement, de répertorier deux ou trois choses de la sorte. Quant au reste, dans son immensité – l’originalité de Larry Clark – il n’est guère comparable qu’à ces tirages de téléphone portable ou de webcam ; surnagent dans un certain vague des adolescents drogués et nus, sans souci esthétique particulier. C’est tout simplement infect. On serait tenté de justifier cette hideur par un souci extrême de réalisme, lequel fonderait la prétention documentaire de l’œuvre de Larry Clark. Qu’il aille chercher ses acteurs directement dans la rue pourrait appuyer cette théorie. L’auteur souhaiterait, par la laideur particulière de productions gonzos, obtenir un effet de réalité. On pourrait alors comparer l’aspect de ses films aux méthodes d’un Kubrick. Oui, on pourrait. Sauf à avoir devant nous une vulgaire mystification. Ce qui est le cas.



Mensonges de Larry Clark

Lorsque l’on creuse un tant soit peu le cinéma de Larry Clark, nous sommes frappés par le nombre de falsifications qui s’y trouve. Les flics sont gras, méchants, et saignent beaucoup (Another day in paradise) ; les adolescents sont gentiment immoraux ; les adultes sont de dangereux névrosés ; l’extrême virilité d’un père cache son désir sexuel pour son fils (Ken park) ; la religion d’un père le pousse au mariage incestueux avec sa fille (encore Ken park) ; les voyous sont joyeux ; les adultes empêchent les voyous de vivre ; de jolies jeunes filles nues donnent leur corps aux voyous, bref, devant tous ces clichés, on n’aura aucun scrupule à dire que « Larry Clark est un con ». La réalité qu’il prétend dépeindre n’est rien d’autre qu’un fantasme abject et grossier. Si certaines des représentations de son cirque de monstres ont des chances d’exister, leur condensé apparaît comme une surenchère odieuse en la faveur d’une ignominie invraisemblable. Ce qui va nous amener à une troisième considération.

Immoralité de Larry Clark

Dire qu’une œuvre est immorale est peut-être la dernière chose à faire. Accoler les notions de morale et d’art révèlerait, en général, une méprise sur leur nature. Bien que l’on puisse partager cet avis, l’œuvre de Larry Clark nous fait oublier toutes réticences. S’il arrive que la fin de ses films propose une espèce de leçon, c’est toujours celle de la légitimité des saletés perpétrées. Expériences :

Cas numéro 1 : le film Kids

Une adolescente à peu près normale se livre à un seul garçon. Elle est contaminée par le Sida. Son amie, en revanche, baiseuse invétérée, oublieuse de l’usage du préservatif, est saine. Elles sont jeunes. Si l’une tente de vanter les avantages de la douceur sexuelle, l’autre affirme qu’il est de loin préférable pour prendre son pied de se faire violemment troncher. La sidéenne cherche le porteur du virus pour l’empêcher de continuer à sauter les petites filles de 12 ans du quartier. Mais elle échoue. Mieux, elle est violée un lendemain de soirée, ne résistant même plus aux assauts du jeune skater qui la baise comme un sagouin, alors que des enfants dorment tout autour, en tas, par terre. Les derniers mots du film : quand on est jeune, on est obligé de baiser, on n’a que ça, alors on le fait.

Cas numéro 2 : le film Bully

Des adolescents imbéciles souhaitent tuer un autre adolescent plus intelligent qu’eux, et aussi, certainement, plus infâme qu’eux. Ils vont chercher un moyen de mener à bien le meurtre, et finissent par y parvenir, après s’être drogués et mutuellement enfilés pendant plusieurs jours, nihilistes. A la fin, l’adolescente qui avait orchestré l’homicide appelle un ami pour lui dire qu’elle a peur d’aller en prison. Larry Clark en personne répond, par l’intercession d’un adolescent, dans un détachement total : « Je t’enverrai des cartes postales », et raccroche. Puis, il nous fait comprendre que les adolescents meurtriers écopent au mieux, pour un obèse innocent, de 7 ans de prison, et au pire, pour un beau surfeur niais, d’un passage sur la chaise électrique.

L’œuvre de Larry Clark n’est pas la quête d’une « hypermorale », comme en parlait Georges Bataille, dans sa Littérature et le mal, c'est-à-dire qu’elle ne déporte pas l’enjeu de la moralité à une autre échelle. Ou s’il lui arrive de le faire, les conclusions que l’on peut en tirer sont à proprement parler sottes. La chose est criante, y compris quand on a la bonne foi de tenter une lecture au second degré –  lequel est indécelable. Sur ce plan, ses productions ne souffriraient pas la comparaison avec la plupart des œuvres subversives contemporaines (pour n’en citer que deux : Plateforme de Michel Houellebecq ou Irréversible de Gaspar Noé.) Et vu sa laideur, l’indifférence que l’œuvre de Larry Clark provoque en nous ne lui permet pas non plus d’avoir une quelconque vertu cathartique. On n’épanche pas notre soif de mal, quand on utilise un produit de Larry Clark. On n’est même pas écœuré, comme devant Salo ou les 120 journées de Pasolini. Nous sommes tout bonnement résignés à l’existence de l’œuvre de Larry Clark. Larry Clark ne fait que projeter des horreurs insipides, pour son petit plaisir dégoutant d’artiste autoréférentiel. Ce qui n’empêche pas le couronnement d’un large succès commercial du résultat de ses prestations. Après l’art pour l’art, voici l’essence d’un nouveau manifeste : la merde pour la merde. Et si une telle assertion doit être laissée d’ordinaire aux ratapoils et autres tenanciers de bistrot, chez Larry Clark, elle s’impose avec une pertinence frappante. L’œuvre du pseudo témoin de réalités doit être comprise comme une réalité navrante. Un point c’est tout.

Restons tous acnéiques, analphabètes, suicidaires et violents, ce sera bien mieux, surtout quand on se fait reluquer la bite par Larry Clark. Venez tous à Larry Clark, mes enfants. Votre vagin tatoué en son nom (3) aura peut-être la chance d’être affiché en gros plan au Musée d’art moderne. De toute façon, comme il le déclarait au Monde (4) le 3 octobre, son œuvre n’est faite que pour vous, et devrait être interdite au plus de 18 ans…

Frédéric Gajaray


(1)    Florilège d’articles défendant la liberté d’expression de l’artiste, vouée aux gémonies d’une puritaine et mutilante administration : http://www.liberation.fr/culture/01012294791-clark-passe-au-rayon-x ; http://www.rue89.com/oelpv/2010/10/07/les-ados-photographies-par-larry-clark-interdits-aux-ados-parisiens-169858 ; http://www.liberation.fr/culture/01012295001-larry-clark-la-polemique-enfle. Un point de vue plus concret : http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2010/09/25/larry-clark-censure-ou-precaution/
(2)    Comme c’est à mon goût la seule photo qui mérite le détour, et qu’au surplus, elle a un titre, j’en ai pris la référence : photo 12, Tulsa, Deanna mann.
(3)    Derrière cette évocation se trouve la photo qui me semble résumer l’œuvre de Larry Clark. On y voit une vénus poilue, sans doute infantile, tatouée au prénom de l’artiste avec une calligraphie façon Coca-cola. Les rebords de l’image sont brûlés. J’imagine que Larry Clark a voulu dire par là qu’il dérobait l’intimité des adolescents, leur âme, et qu’il en devenait de ce fait le seul propriétaire, qu’il pouvait même en abuser. Ce qui révèle assez bien la monstruosité du rapport à l’art photographique de Larry Clark, tout en ne dénotant pas une certaine forme d’intelligence. 
(4)    http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/10/02/larry-clark-une-attaque-des-adultes-contre-les-ados_1419322_3246.html



Toutes les réactions (34)

1. 03/11/2010 13:47 - heidi

heidiJe ne pense pas qu' il y est réellement besoin d' autant d' arguments sur ce sujet, le travail de Larry Clark est commerciale, et propre a choquer pour faire parler de lui, il ne présente aucun intérêt, et de par son manque de profondeur il reste prévisible, insipide et plus que répétitif.
Pour ce qui est de ma petite personne je ferais une grande boite A jeter, et j' y inclurais Irréversible, désolé mais si l' on est un tant soit peu cohérent, on ne peut que relier les deux par le même fil, mais bon c' est mon juste mon avis, tout ça n' est qu' une affaire de ressentie, et puis c' est comme d' hab, les cochons mangent ce qu' on leur donne, sont pas très regardant, les cochons.

2. 03/11/2010 20:49 - Terby

TerbyBon d'accord Larry Clark est adophile et est con comme une bite, mais bon, Bully c'est un film génial mon pote, si si, change de drogue, tu verras.

3. 03/11/2010 22:01 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayHeidi,
C'est précisément parce que je ne pouvais pas mettre Irréversible dans la même boîte que j'ai trouvé intéressant le cas Larry Clark. Vous avez parfaitement le droit de ne pas aimer le film de Gaspar Noé. Mais vous ne pouvez être totalement sourde à ses enjeux esthétiques, moraux, oui, moraux, philosophiques, et même trop, il est vrai. Tant de velléités qui méritent indéniablement une reconnaissance. Tant de velléités qu'en vain j'ai recherchées chez Larry Clark.
Malgré leur participation au film collectif Destricted, il ne sont pas du même bataillon. Je ne vois pas comment vous parviendriez à soutenir Plateforme, et partant, toute œuvre subversive, sans faire plus de distinctions.

Terby,
Merci, mais voyez-tu, je m'y suis terriblement ennuyé. Peut-être l'un des moins pire, c'est vrai.

4. 03/11/2010 23:02 - ferdinand

ferdinandFrédéric Gajaray
Les enjeux esthétiques de " Irréversible " parlons en :
une caméra tourbillonnante pour symboliser lourdement on ne sait quel malaise ( de qui ? du spectateur ? ) en tous les cas une technique déja utilisé par Marcel L'herbier dans les années 20 ( quelle modernité ! )
une idée scénaristique complétement ringarde : refaire " Le vieux fusil " ( un nanard racontant une histoire de vengeance ou Romy Schneider , ici Monica Belluci , est assassinée par des nazis , ici un voyou , et ou son mari joué par Philippe Noiret, ici Vincent Cassel, va la venger ) mais en filmant le tout à l'envers !!!!
Quand au fonds philosophique il consiste en une banale légitimation de l'auto-défense comme dans un vulgaire film de Charles Bronson qui avait au moins le mérite de pas ètre prétentieux.
Je passe sur les scènes de violence ou Gaspard Noé s'attarde avec complaisance sur un viol ou sur un crane qui explose le tout sur fonds de musique techno et qui démontrent que celui-ci est un ado attardé ( comme ceux qu'on voit dans Bully ) .
Vous traitez Larry Clark de con peut-ètre mais c'est un con qui a du cinéma dans les veines un héritier de Nicholas Ray , Cassavetes , Bukovski et la grande Barbara Loden bref tous ceux qui ont montré l'autre Amérique pas celle d'Hollywood.

5. 04/11/2010 11:49 - Pr. Tournebroche

Pr. TournebrocheChers amis bonjour, j'ai présentement fait un petit test avec la participation de mes étudiant(e)s à l'aide d'encéphallugrammes pour déterminer quelles zones du cerveau étaient les plus sollicitées pendant l'exposition de Larry Clark, afin de comparer les résultats avec ceux obtenus suite à la diffusion de mes vidéos persos tournées en 16mm et diffusées à mes élèves le lendemain.
Bon grosso-merdo les courbes sont quasiment les mêmes.
J'observe cependant une légère différence après la diffusion de mes oeuvres, caractérisée par une augmentation du rythme alpha chez certain(e)s de mes élèves que je traduirais comme étant soit du dégoût, soit de l'excitation.
Je n'ai pas encore tranché mais nous verrons bien après les cours ce qu'il ressortira de nos discussions individuelles...
Conclusion, Larry tu te fous de la gueule du monde. Petit pornographe de merde qui gagne plus que moi et qui peut reluquer mes étudiant(es) sans se cacher.
Bon je vous laisse, j'ai encore le devoir de Natacha et Roberto à corriger... en encre de sperme.

6. 04/11/2010 11:55 - HP

HPJe ne sais pas s'il a du cinéma dans les veines, mais il ne semble pas avoir la photographie dans le sans. D'un point de vue esthétique et technique (photographiquement), c'est très pauvre... Rien que pour ça, ça ne mérite pas d'être exposé. Ce n'est pas très grave de toutes façons, tout est visible sur internet... Polémique stérile à mon sens donc. Et puis, des photos aussi moches, les voir sur un beau tirage n'apporte rien, un bon vieux 800x600 bien compressé sur écran suffit. Ce sera noyé dans la masse, comme tout le reste, de toutes façons. Finalement, peut-être le meilleur moyen de s'en débarrasser.

7. 04/11/2010 12:06 - François

FrançoisOn ne peut pas être indifférent à son cinéma et votre article montre que vous ne l'êtes pas, contrairement à ce que vous dites. Bully, Ken Park et Kids sont des films insoutenables qui jouent sur notre fascination voyeuriste pour le corps juvénile et pour la violence. Ils nous dégoûtent et nous titillent en même temps. Ils nous plongent au coeur de meutes adolescentes. C'est un cinéaste de l'amoralité, voyeur et putassier je vous l'accorde mais auquel il est difficile de dénier une esthétique et une vision, si dégoutante fussent-elles. On peut très bien utiliser un matériau réel pour faire passer des fantasmes mais je ne crois pas que dépeindre des ados "gentiment amoraux" (moi je dirais "méchamment amoraux") soit si lointain d'une vérité contemporaine. C'est un peu comme si en littérature vous reprochiez à Bret Easton Ellis ce qui fait son style même (violence amorale, superficialité des personnages, saturation des marques), mélange de fantasmes et de visions crus sur l'époque.

8. 04/11/2010 12:33 - heidi

heidi@Frederic Gajaray
Certes avec un peu de subtilité dans mon propos je pourrais décoller Irréversible du fond de ma boite, mais je maintiens y avoir perçue comme une petite hystérie intellectualiste m' as tu vus qui a le don de m' agacer grandement. Sentiment que je n' ai pas ressentie une seule seconde dans Plateforme, ( sans doute la base de l' oeuvre littéraire y joue t' elle un rôle... ), et là je crois que nous pouvons laisser sa place à l' émotion qui rend subjectif une grande partie de nôtre analyse, humaine .... je ne me permettrais donc pas d' en faire une vérité absolue.
Certes vous avez raison et je ne nie pas la cohérence de vôtre propos, oui je reconnais qu' il y a Matière chez Noé, et vide absolue chez Clarck. C' est pourquoi j' ai un certain respect pour le premier et un gros fous rire pour le second.

9. 04/11/2010 14:38 - ferdinand

ferdinandDans ce texte Larry Clark est désigné d'avance comme un nul parceque ceux qui le défendent et qui vont voir ses expos sont des bobos. Avec ce genre de réflexe plavlovien David Lynch, Houellebecq ou David Cronenberg sont donc eux aussi nuls puisque Libé , les Inrockuptibles ainsi que leurs lecteurs les adorent.

Et le compte rendu des films de Clark comme mauvaise foi et ignorance c'est gratiné : résumer " Another day in paradise ", ce magnifique polar que n'aurait pas renié Sam Peckinpah ( et ou il démontre qu'il sait aussi diriger des grands acteurs comme James Woods ) , à une histoire d'embonpoint de policier sanguinolent ( au passage c'est un agent de sécurité qui prend un coup de couteau , ce qui vous conviendrait fait saigner, c'est physiologique ) cela démontre un désert argumentaire . Ensuite prétendre que l'auteur est un irresponsable qui approuve tout ce que ses personnages font c'est tout simplement méconnaitre plus d'un demi-siécle de modernité cinématographique ( il en est pourtant passé du monde sur les strapontins depuis le premier " Scarface " ou un panneau prévenait les spectateurs : " attention les gens que vous allez voir sont des gangsters et nous condamnons leurs actes immoraux " ).
Les cinéastes modernes parmi lesquels entre autres Oshima ( son "Empire des sens " très Bataillien ), Bunuel ( avec son " Los olvidados " et ses voyoux mexicains qui ressemblent tellement à ceux que Clark filme ) ou Kubrick qui est cité en comparaison et à décharge ( on se demande bien pourquoi, il n'y a pas plus différent que ces deux artistes : l'un est un chantre du réalisme brutal et priviligie l'instinct des amateurs, l'autre est un démiurge qui recrée avec perfectionnisme en studio des tableaux cérébraux avec des acteurs professionnels ) ont montré la voie d'un cinéma adulte ou le spectateur n'est pas surplombé moralement. Cela leur a valu la haine de certains critiques qui ne sont en fait que des curés déguisés effrayés que le troupeau s'affranchisse de leur tutelle ( et qui citent Bataille et Sade parceque la littérature n'est-ce pas c'est pour les initiés tant que tout çà ne se retrouve pas sur un écran a la vue de tous ).

Pas étonnant donc d'apprendre qu'un navet comme " Irréversible " soit considéré ici comme une oeuvre subversive . C'est vrai que par rapport à Larry Clark , les fausses audaces de Gaspard Noé ( le Luc Besson de Technikart ) sont filmées avec gout et super bien léchées façon MTV , le problème c'est qu' un long clip en faveur de l'auto-défense ça n'est pas du cinéma et il suffit pas de citer a tout bout de champ Pasolini pour prétendre ètre un " artiste " ( le petit malin a eu l'idée d'engager Costes pour avoir sa caution sulfureuse et celui-ci a écrit un texte sur le tournage à mourir de rire ou il se moque de Noé, Cassel et Dupontel ). Entre cette vieille carcasse de Larry Clark ( qui semble tout droit sorti d'un bouquin de Bukowski ) et le bobo honteux qui filme des bobards mon choix est fait.

10. 04/11/2010 15:16 - Long

LongHallelujah!

11. 04/11/2010 15:19 - Long

LongIl a jamais bossé pour Benetton ce mec ?
Sur certaines photos y'a juste besoin d'y ajouter le logo et le tour est joué.

12. 04/11/2010 16:23 - ferdinand

ferdinandLong
Bien vu, il a été récupéré par la mode et par la pub ( Calvin Klein ) qui comme d'habitude pompent les artistes comme des vampires.

13. 04/11/2010 16:32 - HP

HPOui, mais ce genre "d'artiste" ne produit-il pas en vue d'une récupération/succès par les grandes marques ?

14. 04/11/2010 16:57 - ferdinand

ferdinandHP
Larry Clark a d'abord influencé les cinéastes américains de Coppola ( son " Rusty James " ou " Rumble fish " en v.o est une variation autour de son recueil de photos " Tulsa " et le film se déroule dans la ville éponyme ) à Gus Van Sant en passant par Greg Araki tous s'intéressant en priorité à l'adolescence. C'est via ces cinéastes et l'iconographie ado de leurs films que la mode a récupéré le travail de Clark.

15. 04/11/2010 17:11 - Long

LongBiensûr que non!! Ce mec est un véritable artiste underground qui boit de l'alcool et consomme de la drogue au petit déjeuner et je suis sûr que les royalties reçues de la part de ces grandes marques ont été reversées à ses jeunes modèles.

16. 04/11/2010 17:14 - Long

LongExactement ! Si Gap et Célio existent, c'est en grande partie grâce au travaille de Larry.
Merci.

17. 04/11/2010 17:20 - Long

LongSans oublier The Warriors de Walter Hill et un bon nombre de films de Jarmusch qui se sont directement inspirés du maître.
C'est tellement évident...

18. 04/11/2010 17:23 - Long

LongEt Nirvana et son Smells Like Teen Spirit...
Larry est partout et à toutes les époques.
Je lui dois probablement mes 1ers poils pubiens.

19. 04/11/2010 20:37 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayJe remercie vos attentions à tous. Je réponds aux deux détracteurs principaux.

François,
Je vous assure qu'en tant qu'amateur d'œuvres dégueulasses, celle de Larry Clark me laisse de marbre. Je ne nie pas qu'il y ait des adolescents amoraux ; je reproche la prétention documentaire de Larry Clark. Et je pense avoir fait plusieurs distinctions qui, justement, ne permettent pas de mettre des types comme Elis sous le coup de ma résignation. Je reconnais, enfin, qu'il y ait une vision, une patte Larry Clark. Seulement, je me répète, celle-ci est laide, mensongère, et immorale.

Ferdinand,
Vos remarques sont habitées par un paradoxe : vous vous plaisez à contorsionner mon texte à foison, et pourtant, vous aimez critiquer une œuvre à la faveur d'une lecture au premier degré.
Vous dites qu'Irréversible n'est que la légitimation de la vengeance. Pardon, mais c'est beaucoup plus compliqué que ça : Cassel se trompe sur l'identité du violeur, et la scène du meurtre est parallèle dans l'horreur à celle du viol. Le jugement que l'on peut porter sur nos deux protagonistes et sur un monde moderne putréfié oscille constamment ; il y a recherche d'une "hypermorale". Je ne suis pas du tout convaincu que Gaspar Noé se complaise dans ce qu'il filme, même si le rendu à l'image est esthétique. Et vous oubliez la scène extrêmement lumineuse, à la fin, dans l'appartement. Vous oubliez le principal : un mouvement de Thanatos à Eros. Et l'explosion philosophique de la fin (qui me fatigue, personnellement).
Vous affirmez que la caméra n'est là que pour retranscrire une nausée. Mais elle est aussi, à mon sens, un questionnement sur la position d'un narrateur, d'un artiste, par rapport à un enchainement de faits déterminés, irréversibles. Elle est l'artiste qui se débat.
Sachez que vous ne pouvez pas mettre ma critique sur le compte de la censure des curés hypocrites, puisque j'aime toutes les œuvres subversives dont vous me parlez. Aussi, j'aimerai que vous me démontriez, en me parlant strictement des productions de Larry Clark, en quoi elles sont intéressantes, d'elles mêmes. Je n'ai pas attaqué du tout la possibilité de représenter le Mal en art. Vous vous fourvoyez complètement. Et ce n'est pas parce qu'il y avait effectivement des bobos dans la file que j'en suis venu à de telles conclusions.

Larry Clark vient de "l'autre côté", je suis d'accord avec vous... ce qui devait lui éviter de ne pas finir de la sorte. En prétextant une simple monstration, il nous donne à voir les peluches au bout de son lit. Des peluches moches, parmi lesquelles il se vautre. C'est donc "un con". Un écueil artistique vivant. Le point aveugle de l'art du Mal.
Il faudrait peut-être écrire une Extension du domaine du con.

20. 04/11/2010 21:52 - Léo

Léo "son œuvre n’est faite que pour vous, et devrait être interdite au plus de 18 ans…" Puissant :)

21. 05/11/2010 12:28 - heidi

heidi@Ferdinand
Quelqu' un qui a du Talent peut s' influencer de tous et n' importe quoi comme base de départ de son travail, c' est justement ça entre autre, qui en fait quelqu' un de talentueux ; la qualité de son travail à lui ne garantie en aucun cas la qualité de ce qui a pu l' influencer.
On peut partir d' une pub pour un shamppoing des années 50 pour en arriver à la création d' une oeuvre de qualité qui n' aura plus aucun rapport avec cette pub. Cette dernière malgré son statut d' " Influence " n' en restera pas moins une pub pour un shampooing des années 50.
Le travail de Clarck c' est ce que vous injectez dedans en tant que spectateur qui le rend précieux et précurseur à vos yeux. Mais si vous faites preuve d' objectivité, si vous prenez une certaine distance avec vos émotions, vous pourrez y déceler une réel nouveauté dans le travail de ces débuts, certes, allé soyons sympa, les dix premières photos, mais vous ne pourrez pas nier ( ou alors ce serait vraiment malhonnête ou stupide ) que la suite de sa carrière n' a été qu' une répétition, longue, trèèèèèès longue des dix premières photos, il n' y a jamais eu aucune évolution dans son travail, les photos sont toutes les mêmes et ses films sont interchangeable, il n' y a absolument rien, concrètement, qui montre une quelconque évolution quelle quelle soit. Hors et c' est là ou je veux en venir, c' est bien l' évolution d' une réflexion à travers un travail artistique qui en fait une oeuvre d' art , ou pas. Pour finir, mes jours et me nuits d' adolescentes ont été bercées pas la vois éraillé de Kurt Cobain ( c' est encore le cas aujourd' hui ), en aucun cas vous ne pouvez faire un lien entre Clarck et la " culture " grunge, ce serait enlever a cette dernière tout ce qu' elle a pu avoir a ses débuts de sincère, de désespérer et de m' enfoutisme absolue qui lui est bien propre et dans laquelle un grand nombre d' ados meurtris ont trouvés un appel d' air.
Par ailleurs vôtre interprétation du texte de Gajaray me semble un peu bordélique et pas très cohérente.

22. 05/11/2010 15:39 - babydrone

babydrone@Ferdinand, critique d'art,

c'est quoi exactement une " oeuvre de qualité", elle a reçu une distinction Appellation Contrôlée ?
Ou un Label bio ? Ou la reconnaissance de ses "pairs" ? ou un Prix Con-Gourde ?
Oeuvre de qualité !
trois mots suffisent, souvent.

Larry Clark est un petit bouffon post-moderne, rebelle-subventionnard, comme tous ceux qui exposent leur CACA au MOMA.
"Quelqu'un qui a du Talent peut s' influencer de tout et n'importe quoi comme base de départ de son travail, c' est justement ça entre autre, qui en fait quelqu'un de talentueux " je te cite, entre deux tressautements des zygomatiques, ta "conception" de l'art est celle des petits lettristes genre situs et autres farceurs, l'art ne part pas de "n'importe quoi" comme "base de départ", quelle poilade, j'ai des nouvelles pour toi : c'est l'Art la "base de départ", c'est l'Art la Sélection initiale, c'est l'Art qui tranche entre la Beauté et l'Immondice.
Il suffit de voir la tronche de petit con instruit du scatophile millionnaire pour reprendre Jules Renard :
"Je ne juge jamais, je me contente de condamner."

drone them all -

23. 05/11/2010 19:59 - ferdinand

ferdinandbabydrone
La posture du rebelle c'est tout a fait vous derrière votre ordinateur à lancer des anathèmes et frimer au travers d'anglicismes abscons en me tutoyant par dessus le marché. Quand vous serez décrispé vous constaterez que les commentaires que vous m'attribuez sont de heidi ( commentaire 21 ) et vous vous trouverez con , tellement con qu'on pourra vous exposer non pas au MOMA mais plutot au musée de l'homme section préhistoire.

heidi
Je parlais de Larry Clark cinéaste puisque c'est cette partie de son travail qui est attaqué sans arguments sinon un procès d'intention moralisateur . Je connais moins son travail de photographe mis a part ce que j'en ai vu dans certains magazines.
Quand aux films interchangeables , si vous voulez dire que Larry Clark a un sujet privilégié et des obsessions je vous répondrai que c'est le cas de la plupart des grands cinéastes ( et des artistes en général ) .
A mon tour de vous demander de faire preuve d'objectivité et d'admettre que Larry Clark est capable de tourner avec brio une commande d'aprés un roman policier ( " Another day in paradise " ) et pourrait tout à fait devenir un cinéaste commercial puis de revenir à un cinéma plus underground ( " Wassup rockers " ) . Ainsi vous constaterez que non seulement il peut changer de registre et d'économie ( un polar avec des acteurs célèbres ou un docu-fiction avec des inconnus sortis de la rue ) mais aussi qu'il est loin d' ètre un type vénal comme vous le prétendez dans votre premier commentaire . Il lui serait très facile de rejoindre s'il le voulait le système hollywoodien ( " Bully " et " Another day in paradise " ont bien marchés et ce dernier film a été primé au festival du film policier de Cognac ). S'il y a bien un type fidèle à la philosophie grunge et à Kurt Cobain ( l'intégrité et le refus de s'aplatir devant le consumérisme entre autres professions de foi ) c'est bien lui. Petit point anecdotique mais révélateur d'une communauté d'esprit Michael Pitt révélé dans " Bully " incarnera plus tard Kurt Cobain dans le film de Gus Van Sant " Last days ".

Frédéric Gajaray
J'avoue avoir beaucoup de mal à trouver un autre degré d'interprétation à la pseudo-fable de Gaspard Noé . Il faut dire que celui ci ne me laisse pas le choix , tout est balisé et surligné pour bien me faire comprendre que nous sommes dans un cloaque : la boite homo s'appelle Le Rectum , Vincent Cassel veut sodomiser Monica Belluci qui refuse , par contre l'assassin de cette dernière ( si mes souvenirs sont bons ) y parvient en la violant ( à l'intérieur d'un tunnel-intestin bien sur ) et enfin Costes fait une apparition en guest-star underground ( célèbre pour ses performances scatos ) en se fistant puis en réclamant qu'on l'encule.
Le monde est un cloaque , les moments de bonheur sont fugaces , la maternité représente la pureté ( en opposition aux vilains homos ) et la vengeance est un droit de l'homme ( je ne me souviens plus si cette phrase est dans le film ou sur l'affiche ) donc peu importe que Cassel se trompe de bonhomme ( puisque ce dernier se comporte lui aussi comme un porc et que Dupontel lui écrabouille le visage comme on écrase une vermine )..
Une seule vision de cette version post-moderne du démago " Vieux fusil " ( mèmes flash-backs sur le bonheur perdu et mème chantage émotionnel conduisant le spectateur vers de mauvais sentiments d' épuration suscités par la vue d'horreurs ) m'a suffit parce que justement c'est suffisant ( dans tous les sens du terme ) . Alors que je ne me lasserais jamais de revoir " Taxi driver " ou " Accatone " sublimes poémes sur le monde moderne putréfié ( pour reprendre votre expression ).
Pasolini justement ( que Noé cite souvent comme un de ses maitres ) disait que les bourgeois adorent ètre choqués et bien Gaspard Noé est pour moi un cinéaste roublard ( ou peut-ètre tout simplement bète ) qui cherche à épater le bourgeois.
Tout le contraire de Larry Clark qui ne juge pas , ne démontre rien et qui porte un regard plein d'empathie sur les gens qu'il filme .
Le milieu social sur lequel il travaille est tout bètement le sien aussi , celui dans lequel il a grandi. Chabrol disait qu'il filmait des bourgeois parcequ'il en était un et que c'était ce monde là qu'il connaissait le mieux, de sorte qu'il ne s'est jamais aventuré à décrire un autre milieu, cela s'appelle de l'honneteté intellectuelle ( et cela vaut pour Clark ).
Que vous n'aimiez pas ce monde n'empèchera pas qu'il existe .Quand Bunuel a tourné son film sur les gosses des rues à Mexico ( il y a plus de cinquante ans déja ) il y avait l'espoir ( chez les producteurs pas chez Bunuel parce qu'il était trop lucide ) que celui ci serve à quelque chose , il n'y a pas chez Larry Clark la moindre illusion ni militantisme, on peut mème dire qu'il s'en fout que ce n'est pas son problème.
Clark privilégie l'instant ( philosophie de junkie qu'il a été ) et veut capturer la grace dans les visages et les corps des ados mème si ceux ci vivent dans la fange ( à plus forte raison s'ils y vivent ). En ce sens il rejoint Pasolini qui cherchait lui aussi la grace dans les bidonvilles de Rome et John Cassavetes qui se moquait comme d'une guigne de l'esthétisme de ses films, s'intéressant seulement à l'humain.
Alors oui parfois il charge la barque ( les parents et les adultes en général sont pratiquement tous fautifs dans ses films ce qui est injuste sans doute que cela est du à sa propre histoire ) parfois il s'attarde sur des détails sordides et ne trouve pas la bonne distance pour filmer nous rendant voyeurs. Mais ce ne sont que des couacs comme les grands jazzmen en font de temps en temps parcequ'ils prennent le risque de sortir des sentiers battus et que le chef d'oeuvre est la derniere de leurs préoccupations.

24. 06/11/2010 13:58 - Ollivier

OllivierLe problème, c'est qu'on se place toujours du côté du "subversif", ou l'inverse, c'est pareil. C'est à dire de la morale. Larry Clark ne semble pas se situer sur ce chemin-là. Est-ce qu'il cherche à choquer ? Sans doute pas. C'est plutôt les réactions de rejet ou l'inverse, au niveau moral, qui sont révélatrices de l'époque. C'est ce désir de choquer ou d'être choqué, déjà vieille histoire, qui enfume la perception de ce qu'est une œuvre d'art. La morale n'a rien à faire là-dedans. Dali et ses potes ont réglé la question depuis un bail déjà. La question de la laideur en art a été réglée par Picasso de façon définitive, et avec un autre brio...
Les névroses de Clark rencontrent celles de son époque. Est-ce que ça en fait de l'art ? Si on admet qu'il est l'ultime représentant de la nouvelle vague, pourquoi pas, après tout. C'est sans doute pour ça qu'il rencontre un tel écho dans ce pays qui adore son passé artistique, peut-être parce qu'il ne lui reste plus que ça.

Après, la tartuferie qui consiste à interdire l'expo au moins de 18 ans faire sourire quand on sait ce que voient les gamins d'aujourd'hui. J'appelle ça du déni de réel. Plutôt que de s'extasier devant les photos de Clark, ou l'inverse, on devrait se demander quel monde peut bien produire une horreur émotionnelle de ce type.

Bon, après on peut lire Wilhelm Reich ou les Évangiles...

25. 06/11/2010 21:48 - Nicolas

NicolasIrréversible. Inverser la narration n'apporte dans ce film aucun sens particulier, cela permet surtout de masquer la pauvreté scénaristique. Tout ça pour finir par cette phrase: "Le temps détruit tout" , qui est complètement hors sujet, la destruction dans ce film étant surtout due à la saloperie humaine, incarnée à la base par le violeur, un peu métèque sur les bords. Le temps détruit tout? Surtout une bonne manière de dédouaner le protagoniste en question, manière de faire bien dans l'air du temps. Subversif?

26. 07/11/2010 06:03 - Ollivier

OllivierJe me rappelle cette phrase de Gaspard Noé : "Si vous dites que vous voulez faire un vrai film d'amour, on vous dit mais vous ne pourriez pas mettre des morts dedans".

27. 07/11/2010 14:12 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayFerdinand, il me semble que vous fonctionnez comme les terroristes dont parlait Paulhan. Les reprises et les clichés font partie de l'art. Enfin, passons, ça serait trop long.
Bien sûr que je n'aime pas cette réalité, puisque ce n'en est pas une. Mais croyez-vous sincèrement le contraire ? Parce que, certes, les adolescents dégoutants existent. Mais des quartiers où ils le sont 'tous', où ils tabassent, tuent, violent, restent 'tous' sous acides, et impunis par quiconque, ça n'existe pas. Dans ses photos, les mensonges sont encore plus frappants. C'est de la pure surenchère. Lisez l'interview au Monde. Vous comprendrez que tout n'est composé que des fantasmes et des petites nostalgies distordues de Larry Clark. Et s'il avait "l'honnêteté" de le reconnaître, alors il quitterait ses philtres documentaires, et il se mettrait à travailler, à chercher une plus-value. Ce qu'il ne souhaite pas. Vous me parlez après de grâce... Il y en a chez Pasolini, mais pas chez Larry Clark. Ou, à la grande rigueur, une scène tous les deux films... Autant dire rien. Ce n'est pas le but. Le but, c'est ce qu'il y a dans la tête de Larry Clark, au premier degré.
A vous croire Ferdinand, il suffit d'avoir eu la vie dure, d'être parfaitement d'avant-garde, et de toucher au dernier tabou occidental - la pédophilie -, pour valoir le coup. Je ne suis pas d'accord. Il faut affirmer la distinction entre beau et bien, ou violenter la morale, ou en rechercher une autre, ou proposer une catharsis... Il n'y a rien de tout ça chez Larry Clark. On est à mille lieux d'Orange mécanique, par exemple. Il n'y a pas de quête. Et si on veut en trouver une, alors Larry Clark est un parfait imbécile, parce que les coupables, ce sont dans ce cas les adultes.

La vérité, Nicolas, c'est que même si cette phrase est nulle (je l'ai suffisamment dit) il y a plus de sujets abordés dans Irréversible que dans l'ensemble de l'œuvre de Larry Clark. Notre intellectualité n'est jamais agitée devant les films de ce dernier.

Et oui, Ollivier, la phrase est évidente. Et encore, je ne suis pas sûr que l'on réclame beaucoup de morts de nos jours... Vision de l'amour surannée. J'espère vous avoir répondu plus haut sur les raisons de mon reproche d'immoralité : il n'y a rien, c'est le nihilisme pur et accompli, acclamé par les masses. Lautréamont et Baudelaire peuvent se retourner dans leur tombe. Je rappelle que je ne fais ce reproche qu'à Larry Clark. Et qu'il suit celui de laideur et de mensonge. Je ne suis pas favorable aux interdits dans une pensée critique. Trop se soumettre aux dogmes et théories, c'est parfois manquer l'essentiel. Je crois avoir pris suffisamment de précautions sur le sujet dans mon texte.

Merci à tous.

28. 07/11/2010 17:47 - ferdinand

ferdinandDécidement vous vous sentez assiégé et vous en rajoutez dans la mauvaise foi : ou avait vous vu de la pédophilie chez Larry Clark ? ( mème les associations les plus intégristes ne lui font pas ce procès ) . Il y a dans " Ken Park " un personnage de père aux pulsions incestueuses c'est tout et le moins que l'on puisse dire c'est que Larry Clark ne le ménage pas et le montre comme un faible derrière une façade de dur.
Larry Clark pour filmer ses personnages d'ados laisse aux vestaires son statut d'adulte , se met à leur hauteur , les laisse exister tels qu'ils sont, respecte leur altérité . Tout le contraire d' un pédophile qui est un prédateur et qui use de son autorité pour dominer , détruire .
Suite à nos échanges j'ai revu " Kids " et reste entièrement conforté dans mes convictions et mon admiration . Personne depuis Cassavetes n' a eut autant le sens de la rue et de la vibration urbaine que Clark . Quand aux personnages négatifs, Larry Clark fait des films, pas des procès , des sermons ou des cours magistraux il laisse donc aux spectateurs le soin de tirer des conclusions s'il y a lieu. Est-ce que Scorsese approuve les actes de Travis Bickle dans Taxi Driver ? Evidemment que non. Est-ce que De palma fait l'apologie de Tony Montana dans Scarface ? Bien sur que non. Est-ce que Kubrick se réjouit de la phrase finale de Alex dans Orange Mécanique ( " j'étais bel et bien guéri " sous- entendu rendu à son état antérieur d'ultra violent ) pas plus que Clark à la fin de " Kids " . D' ou vous vient cette idée saugrenue qu'un cinéaste cautionne tout ce que font ou disent ses personnages ?
Continuez de confondre lucidité avec nihilisme et cinéma avec leçon de morale moi je continuerai d'aimer le fils du requin Larry Clark.

29. 07/11/2010 20:02 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayFerdinand, vous m'épuisez. Je fais une dernière fois preuve de bonne volonté. Je n'ai pas dit que c'était des films de pédophiles, j'ai dit qu'ils touchaient le tabou, la dernière licence. Et je ne me sens pas acculé, puisque depuis le début, vous ne me répondez pas. Gravez ça dans votre tête : je ne confonds ni la lucidité et le nihilisme, ni l'art et la morale, ni les produits de Larry Clark et une œuvre de qualité. Allez taper contre votre mur tout seul.

30. 07/11/2010 22:40 - ferdinand

ferdinandSeuls les aliénés tapent contre leur mur tout seul . C'est une manière bien discourtoise de clore une discussion .

31. 08/11/2010 08:53 - Nicolas

NicolasFrédéric, je ne voulais pas dire que votre phrase est nulle, je posais juste une question sur un film, en passant. Merci en tout cas pour votre article et votre attention.
A propos de pédophilie, je ne pense pas que ça soit le dernier tabou occidental, l'inceste en reste un également. Gaspard Noé aborde d'ailleurs le sujet dans Seul contre tous, de manière un peu limite d'ailleurs, je n'ai pas trop compris sa position, mais ça a le mérite de nous questionner, effectivement. Je ne dénie pas une certaine fascination exercée par ses films et il a le mérite de ne faire aucune concession visuellement, de montrer la réalité crue, sans enjoliver. Larry Clark est effectivement en dessous, ressassant ses clichés de film en film. (j'avais pourtant un peu accroché au début) Après, je ne sais pas s'il touche au tabou de la pédophilie, il me semble qu'il ne faut pas tout confondre, les personnages de Clark ne sont plus des enfants.
Je ne pense pas de toute façon que le danger se situe dans l'oeuvre d'un Gaspard Noé ou d'un Larry Clark. A ce propos, j'invite à visionner "Le grand show des enfants", une émission grand-public diffusée un samedi soir où l'on ne peut que constater une volonté de faire glisser la société vers la dégénérescence totale, une tentative insidieuse de banaliser la pédophilie.
J'ai noté quelques moments-clé, l'émission durant plus de deux heures et étant particulièrement pénible. Je vous laisse vous faire votre idée.

http://videos.tf1.fr/le-grand-show-des-enfants/le-grand-show-des-enfants-6118564.html

Visionner à: - 33mn.35sec.
- 43mn. (cadrage de la vidéo)
- 1h.15mn.
- 1h.22mn.40sec.

32. 11/11/2010 19:30 - merian

merianComme souvent dans les textes publiés sur Ring on sent qui sont vos maîtres et on en éprouve une vague gène durant la lecture. En l'occurrence nous avons ici affaire à un mélange entre un chapitre de la Possibilité d'une Île et "Jacques Prévert est un con". J'adore Houellebecq mais il est vraiment dommage qu'à chaque fois qu'un grand penseur apparaît en ce monde il se trouve vidé de sa substance par l'acharnement de ses propres adeptes. Soyez charitable avec lui, ne nous en dégoûtez pas.

33. 12/11/2010 14:21 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayMerian,
J'ai tenté le pastiche, en demi-teinte, parce que cela servait parfaitement à éclairer mon propos. Je choisis les armes en fonction de l'adversaire. Vous ne m'auriez pas vu le faire pour une autre critique.
Bien à vous, Ô gardien de la source sacrée.

34. 19/11/2010 18:47 - edible

edibleJ'aime pas les articles qui, à l'image de celui-là, donnent dans l'exagération sans plaisanter. Qui jugent à la fois une œuvre, son auteur et son public de manière péremptoire et tentent d'obvier aux contradictions et aux critiques qu'ils vont susciter. La seule publication culturelle intello que j'aie pu lire sans avoir, je crois, jamais pensé «mais ferme un peu ta gueule, pédant de journaliste de merde» c'est Télérama. Émettre une opinion sincèrement c'est parler de soi. Émettre une opinion sur le mode du pastiche, c'est déjà prendre une distance formelle. Peu de critiques sont prêts à (s')avouer les raisons pour lesquelles ils répudient un film, à utiliser la première personne dans leurs articles plutôt que la troisième, lue fréquemment dans un emploi parfois personnel (on), parfois carrément impersonnel (ça). Comment être extérieur au jugement qu'on émet ? Pourquoi ne pas raconter qui vous êtes et comment vous pensez. Les pseudonymes, patronymes, toutes les listes de choses que vous aimez ou n'aimez pas et les commentaires lapidaires, attachés aux multitudes de comptes qu'Internet vous a fait ouvrir, n'en disent rien. Cette objectivité, artificieuse, assenée partout sur le web par des gens aux goûts sûrs (les plus venimeux) ou fragiles, je la trouve accablante. Sincèrement, c'est une souffrance.

Ring 2012
Dernière réaction

Je ne pense pas qu' il y est réellement besoin d' autant d' arguments sur ce sujet, le travail de Larry Clark est commerciale, et propre a choquer pour faire parler de lui, il ne présente aucun...

heidi03/11/2010 13:47 heidi
Tout sur
Articles les plus lus
  • Les excuses publiques de Causeur à David SerraLes excuses publiques de Causeur à David Serra

    Publié sur Causeur.fr le 11 décembre 2013, un an après le conflit entre l'auteur de Satellite Sisters et l'éditeur. Les éditions Ring annoncent à leur tour la fin du contentieux avec Maurice...

  • Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?

      On en a tous assez de prendre connaissance dans les médias déchaînés des énièmes rebondissements de l'affaire... qui semble ne jamais vouloir se terminer. De loin, du Zimbabwe par exemple,...

  • Droit de réponse aux désinformations de Maurice DantecDroit de réponse aux désinformations de Maurice Dantec

    [ Addenda du 11 décembre 2013 :Les excuses publiques du Magazine Causeur à David Serra : http://www.causeur.fr/nos-excuses-a-david-serra-et-aux-editions-ring,25362David Serra et les éditions Ring...

  • Réflexions sur la tuerie antijuive de ToulouseRéflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse

    (propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...

  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD,...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

Offrez-vous La France orange mécanique