Sur le RING

Réalité d’un Christ purement mythique

SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Frédéric Gajaray - le 27/02/2011 - 23 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Ce n’est évidemment pas dans une tradition Bonaldo-Maurassienne que nous aurons la preuve de l’existence du Christ.

Croire avant tout dans les vertus sociales du catholicisme, pour donner une structure au peuple, exclut ce genre de considérations. Quant à la solution Chateaubriand, qui nous ferait défendre son existence par le biais d’une dialectique ascendante – prouver qu’il a nécessairement été parce que cette existence est excellente (1) –, elle n’apportera pas, sans les séductions de la langue du Génie du christianisme, un grand intérêt. Faire un pari pascalien sur l’existence du Christ reste possible. Mais soyons honnêtes, nul n’a vraiment acquis une intime conviction par ce seul procédé. Reste alors à prouver que la Christ a été, matériellement, en recourant à la recherche historique. C’est là ce que tenta à l’extrême un Renan, et qui emporta pour conséquence une condamnation par l’Église (2). Et on peut la comprendre, l’Église : réduire le Christ aux faits matériels, avérés, prouvés par des archives, est un report de la foi sur la raison, et non un accompagnement de la raison par elle. Du reste, prouvera-t-on seulement par la suite les miracles ? Et, sans vouloir être importun, que ferons-nous lorsque il faudra se pencher sur la Genèse ou le péché originel ? Hormis pour les hurluberlus qui iront rejeter Darwin et toute la science avec, cette hypothèse est exclue. Mais nous ne nous adressons pas à eux. Parce que si l’idée d’une démonstration, disons, mathématique, de l’existence du Christ, ne nous parait pas tout à fait possible, ce n’est pas pour autant qu’une preuve admissible de sa présence, de sa réalité ne nous intéressera pas, et que nous sacrifierions tout au mysticisme, voire à la folie.

Reste la solution de prendre le Christ comme un mythe.

Replacer le Christ dans une dimension strictement mythique ne signifie pas, contrairement à l’usage commun du terme – « c’est un mythe » –, que l’on souhaite en faire une vulgaire faribole. Un mensonge. Il ne s’agit pas de vous « mystifier ». Il s’agit d’analyser Jésus comme une histoire sacrée, transmise depuis le Ier siècle, sous diverses formes, jusqu’à l’unité que nous lui connaissons. Un mythe a pour effet de marquer une culture, et une société. En cela, il modèle jusqu’à notre façon d’être au monde : « C’est en effet dans le mythe que l’on saisit le mieux, à vif, la collusion des postulations les plus secrètes, les plus virulentes du psychisme individuel et des pressions les plus impératives et les plus troublantes de l’existence sociale. » comme l’indiquait Caillois (3). La psychanalyse a fait son miel des mythes. On peut penser à la tentative de Jung qui, malgré les nombreuses critiques qu’elle a subie, mettait au jour les concepts d’inconscient collectif (composé des diverses représentations mythiques partagées par les individus), ou d’archétype, (autrement dit, de schéma mythique, de mythème). C’est en se fondant sur ces archétypes qu’il nous délivrait sa psychanalyse. Bref, le mythe descend jusqu’à nous. Mais il monte également jusqu’à la société. Il est le premier des liants sociaux. Ainsi parla-t-on, lorsque la République voulu s’affirmer, d’instaurer une « mythologie nationale », en remplacement du christianisme, et divulguée par les hussards noirs. Cette dimension sociale a permis également une critique du mythe, opium du peuple. De là, la conclusion des fameuses Mythologies de Roland Barthes : les mythes sont autant de paroles monopolisées par la bourgeoisie, ou par une pensée dominante, qui déterminent la plupart de nos réactions.

Reste à envisager qu’utiliser le mot « mythe », pour parler du Christ, nous renvoie à de très vieux débats théologiques. C’est en effet à partir du IIème siècle que l’Église, contre les croyances païennes, s’est mise à défendre l’historicité du Christ.  Et elle l’a fait tout au long de son histoire, pour la bonne et simple raison que le message christique, à l’inverse du « mythos désacralisé de l’époque hellénistique » (4), est révélé, et s’appuie sur une matérialité. Mais nous ne faisons pas ici un travail d’orthodoxie religieuse. Nous tentons de mener à bien une thèse: celle de savoir si le Christ, une fois admis en tant que mythe, peut-être apprécié comme une réalité, voire une existence. Si cette nature mythique exclut vraiment une certaine palpabilité du Christ.

Une opposition à la mythisation du Christ

Cette hypothèse d’un Christ simplement mythique ne plaira pas au croyant fervent, ni au réactionnaire chrétien. Au croyant fervent, nous répondons qu’il a la chance d’être touché par la grâce – Bernanos ne faisait-il pas du catholicisme la religion des enfants, celle qui demande de ne pas trop se questionner ? Au croyant, oui, nous disons que l’objet de ce billet n’est pas d’obtenir la foi, mais bien de rationnaliser un héritage mythique. La foi vient au surplus. Du reste, elle ne peut pas intégrer notre analyse. Quant au réactionnaire, nous savons qu’il regimbe. Il voit bientôt poindre dans la mythisation du Christ sa relativisation à des usages et des contingences. Il a pour mœurs de croire en des mythes, de les cultiver, de les défendre, plutôt que de les décortiquer, de les hacher menu, de les déconstruire : « La décadence est le contraire de l’époque de grandeur : c’est la retransformation des mythes en concepts. » disait Cioran (5). Le relativiste, le sociologue, le structuraliste, sont pour la pensée réactionnaire autant de visqueuses engeances. Tant et si bien qu’elle les renvoie d’un bloc, ces équarisseurs du Verbe, à l’immonde fosse du nihilisme. Elle ne rejette pourtant pas tout à fait l’historicisme, mais seulement  à la condition, comme nous le frappait d’un aphorisme Gomez Davila, d’admettre que : « L’historicisme supprime les faux absolus, mais n’entrave pas la quête d’absolus véritables » (6). Avec Foucault, couronné prince de la relativité historique, nous montrant notre détermination par un discours social nécessairement construit, cette quête d’absolu semblait s’éteindre.

Pourtant, l’héritage foucaldien conserve-t-il toutes les nocivités que l’on prête à ce penseur et à ceux de sa génération ? A y bien regarder, il est pleinement entré dans l’historiographie. On le voit avec éclat dans ce que nous nommons la nouvelle histoire, mais également, dans l’anthropologie qui s’intéresse à la pénétration des mythes dans nos représentations, comme le fait si bien un Jean-Pierre Vernant avec les Grecs. Ces exercices intellectuels de haute volée, bien loin des Gender studies, ou des synthèses bourdieusiennes fatigantes, s’avèrent, finalement, être de formidables exercices de conservation. Réapparaissent au milieu du monde moderne les mondes anciens. Pour prouver l’opportunité de ces travaux, et se demander si laisser le Christ à un statut strictement mythique est satisfaisant, nous avons fait le choix de présenter l’une des dernières productions de cette école. Nous verrons si ce style de lecture relativise tant que ça l’existence des mythes, en nous, et par nous.

Détour par une anthropologie médiévale du merveilleux

L’objet de la récente étude de Laurent Guyénot (7), que l’on ne peut que conseiller, est de rendre justice à l’importance des contes et légendes féeriques dans la formation de l’esprit médiéval. Ce que l’on nommait la matière de Bretagne, un assemblage composite des traditions galloises, bretonnes et celtiques, offrait alors un large éventail de représentations à l’usage de l’homme du peuple. Et pas uniquement. C’était un temps où l’esprit de corps et les structures sociales étaient bien éloignés de ce qui s’est mis en place avec la modernité : « Les seigneurs ruraux restent, au moins jusqu’au XIIIème siècle, culturellement proches de leurs sujets. Ne sont-ils pas nourris dès l’enfance par les contes de leurs nourrices, ainsi que par la poésie des jongleurs qui, de villages en châteaux, constituent de puissants médiateurs entre les classes sociales ? La poésie vernaculaire agit comme un liant culturel car elle traverse les barrières sociales, pénétrant dans les monastères en dépit du mépris affiché par la hiérarchie. » Et les réponses qu’apportaient les lais aux êtres humains n’étaient pas loin d’approcher une métaphysique cohérente, ou du moins, d’offrir une certaine approche de la question fondamentale, à savoir celle de la mort (8). Une approche alternative, et non pas vulgarisatrice du message des clercs, sur l’au-delà, et les façons de mourir.  Ainsi Isidore de Séville affirmait-il dans son encyclopédie que le paradis terrestre, ou jardin d’Eden, se trouvait en Orient. Il ajoutait à la réalité géographique de ce paradis chrétien celle des îles fortunées – paradis féerique, Avalon où Arthur finit ses jours aux côtés de Morgane –,  réputées se situer en Océan occidental. Deux visions simultanées de la mort.

L’approche de Guyénot à ceci de jouissif qu’elle nous remémore les banshees, les géants, les fées, les nains, et les incubes. Mais plus encore, elle montre comment se formaient par ces légendes l’esprit de chevalerie, la représentation de la royauté, de l’amour courtois, et de quels mythèmes ils procédaient. La logique de l’auteur l’amène à remettre en cause le monopole du christianisme sur les consciences, et à y préférer cette culture qui nous vient des lais, donc, laïque. On peut la critiquer, ou tout simplement lire en tenant ferme le frein à main ; on peut également considérer que tout travail intellectuel suppose le sabordage de certains éléments, qu’une méthode dissertative n’a pas pour vocation de tout dire. Mais on ne peut pas renier que Guyénot nous montre, dans le cadre d’une recherche historique, anthropologique, littéraire, mythologique, que ce que l’on pourra toujours prendre pour une fable, correspond bien plus largement à un élément constitutif de la personnalité, du psychisme humain. Que notre existence d’êtres sociaux nous impose l’acquisition d’une culture, et dès lors, que certains mythes s’imposent à nous. Sont viscéralement en nous. Parlent en nous. D’ailleurs, ne reste-t-il pas encore de vagues réminiscences de cet univers féerique ? Pensons à Halloween. Derrière la croute capitalistique, nous voyons combien certains mythes peuvent subsister, malgré les affres du temps.

Le Christ mythique existe bel et bien.

Dès lors, laisser le Christ à une existence mythique n’a plus rien de navrant. Qui exactement, autour de nous, ne sait pas que le troisième jour il a ressuscité d’entre les morts ? Qu’il a changé l’eau en vin ? Qu’il a chassé les marchands du temple ? Tout le monde sait. En vain, l’éducation laïcarde et anticléricale nous expliquera que tout cela n’est que duperie : nous conserverons toujours gravée dans notre esprit l’histoire du Christ. L’époque pourra bien se dire que l’homo clausus dont parlait Elias aura pour meilleure des spiritualités le New Age ; il n’en demeurera pas moins que la vie de Jésus, et ses vertus allégoriques, s’enracinent au plus profond de nous, et même malgré nous.
Cette existence du Christ, et plus largement du christianisme, n’est pas exclusive dans nos paradigmes. On le voit bien avec la thèse de Guyénot au Moyen Age. Diverses forces mythiques luttent en nous, à l’image de la tension du Ça freudien – et c’est bien mieux ainsi. Il est vrai que la société dans laquelle et par laquelle nous évoluons au fil de l’histoire nous poinçonne de la croix avec plus ou moins de profondeur. Et oui, il faut le dire, la marque est progressivement gommée. Mais ce serait bien trop d’honneur fait à l’athéisme anticlérical, et un pessimisme de mauvaise foi sans doute, que de dire que ce Christ mythique a disparu. De même que son message ne nous est pas parvenu immédiatement, la source de sa voix ne se tarit pas en deux jours ou un siècle, ou…
La vie de Jésus Christ est en nous.

Frédéric Gajaray

(1)    Selon la fameuse formule « Il fallait prendre la route contraire : passer de l’effet à la cause, ne pas prouver que le christianisme est excellent, parce qu’il vient de Dieu ; mais qu’il vient de Dieu, parce qu’il est excellent.» Chateaubriand, Génie du Christianisme, réf. éd. GF-Flammarion, t1, p. 56
(2)    Nous faisons référence à la Vie de Jésus.
(3)    Roger Caillois, Le mythe et l’homme, réf. éd. Folio essais, p. 13
(4)    Nous tirons la formule de Mircea Eliade, Aspects du mythe, p.202. Pour aller plus avant, Jean-Pierre Vernant, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?
(5)    Cioran, De la France, L’Herne, p. 44
(6)    Nicolas Gomez Davila, Carnets d’un vaincu, réf. éd. L’Arche, p.26
(7)    Laurent Guyénot, La mort féerique, Anthropologie du merveilleux, XII-XVème, Gallimard, Bibliothèque des histoires.
(8)    Oui, parce que celle de l’Être, faut déjà pas mal philosopher pour se la poser.


Toutes les réactions (23)

1. 28/02/2011 20:53 - commequidirait

commequidiraitExcusez-moi de réagir aussi vite sur 3 articles successifs en peu de temps mais : qu'est-ce qui vous prend sur le ring ?!!! Des articles qui se finissent par : "La vie de Jésus Christ est en nous" me laissent tout de même pantois. Je conçois bien évidemment qu'on soit catholique mais on passe avec cette reprise du ring dans une autre dimension : il s'agit de pure militantisme. C'est La Croix ?? Autant adopter dorénavant comme devise : "le magazine des jeunes gens catholiques". Annoncez-le clairement, on y verra plus clair !!

2. 28/02/2011 21:33 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayMon cher monsieur,
Je vous enjoins de lire cet article. Nous en reparlerons ensuite.

3. 28/02/2011 21:57 - commequidirait

commequidiraitRassurez-vous monsieur Gajaray, ce n'est pas parce que je ne cite que votre dernière phrase que je n'ai pas lu le reste... je retiens également : " ces équarisseurs du Verbe, l’immonde fosse du nihilisme."
En terme de mépris (le mot est faible) vous vous imposez tout de même !

4. 28/02/2011 22:08 - Léo WADA

Léo WADAArticle très intéressant, celui-ci décrit finement la manière dont le plus célèbre "mythe " a marqué, dès le I er siècle, la réalité de sa prégnance.
L'article induit une réflexion plus intelligente et approfondie de la religion aujourd'hui comme pour demain.

" Commequidirait " : je pense que la formule "La vie de Jésus Christ est en nous" associée avec l'article est parfaitement cohérente, elle indique qu'il fait partie de notre identité, qu'il est devenu nôtre sans forcément être avec nous, religieusement parlant.
Cet article mélange l'histoire, la sociologie et la religion, il ne fait nullement l'apologie du christianisme.
Je ressens plus une démarche scientifique teintée de mysticisme.
.

5. 01/03/2011 02:44 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayCher comme qui dirait,
Dans le paragraphe que vous évoquez, je ne cherche pas à m'imposer, mais à faire parler ce que j'estime, au travers de mes lectures, être une dominante de la pensée réactionnaire. "Équarrisseurs", "Verbe", "nihilisme", et l'idée de vide ("fosse"), sont, selon moi, des concepts importants de cette tendance. Du reste, ce papier est très certainement conservateur, mais il recourt à des outils intellectuels qui ne le sont absolument pas.

Merci Léo.

6. 01/03/2011 09:02 - Partagas

Partagas@commequidirait,
Ce qui ressort de vos commentaires sur les différents articles de ce théma, c'est que manifestement vous venez juste de découvrir, et avec quel ahurissement, qu'il y a un je ne sais quoi de résolument chrétien dans le Ring.
Et cela a l'air de vous choquer.
Peut-être vous êtes vous tout simplement trompé de porte.

7. 01/03/2011 11:45 - Nejma

NejmaPartagas je ne sais s'il y a un quelque chose de chrétien dans le Ring, ce théma est à mes yeux un excellent tremplin politique et culturel donc bien dans sa lignée.
L'article de Monsieur Gajaray vraiment bien ficelé avec beaucoup de poésie. Nul ne peut aimer la vie s'il ne porte pas un peu de poésie en lui.
Que Jésus ait existé cela ne semble pas poser de doutes, pas plus que Socrates, Aristote, Platon et ma grand-mère. Toutefois la question est de savoir si tout ce qui est écrit dans l'Évangile est vrai?
Par exemple évoqué par l'auteur à savoir que Jésus a marché sur l'eau. Je pense que ce n'est pas "vrai" au point de vue physique, mais que c'est "vrai" et même fondamentalement vrai sur le plan théologique, spirituel et existentiel. De sorte qu'aucun chrétien n'attend de Jésus-Christ qu'il l'aide à se passer de bateau pour aller en Angleterre, mais le Christ aide ceux qui lui sont fidèles à avancer sans être englouti dans les difficultés de toutes sortes.
Je pense, je peux me tromper, que l'auteur de cet article nous invite avant tout à adopter une attitude critique du point de vue de l'historicité des événements. Et sans doute leur conserver leur valeur théologique poétique plus qu'historique.

8. 01/03/2011 19:25 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayJe vous remercie Nejma. C'est ça. En quelques sortes, même si la vie du Christ était une pure invention, ou une "construction" (ce qui reste à établir), il n'en demeure pas moins que nous nous sommes faits avec, depuis un petit bout de temps quand même. De là, j'ai voulu montrer sa présence, profonde, dans nos esprits.
Je vais me répéter : cette démarche est hétérodoxe, absolument pas théologique, et aucun croyant ne pourrait s'y limiter.
Quant à la dimension de "vérité" du mythe christique, je ne pense pas l'avoir abordée ici, mais je sais que c'est l'une des thèses de Mircea Eliade : les mythes nous disent quelque chose sur nous, sur la réalité, sur les usages etc. Il en fait même une des conditions sine qua non du mythe. Je crois que cela réclamerait beaucoup plus que quatre pages pour en traiter, néanmoins.

9. 01/03/2011 20:59 - commequidirait

commequidirait@Frederic Gajaray : merci pour vos explications, claires et sans fiel.

@ Partagas : Que le Ring appartienne à la "sphère chrétienne" ne m'avait pas échappé figurez-vous, je ne suis tout de même pas si con. Cela ne me choque pas non plus, il en faudrait un peu plus pour cela.
Je voulais juste exprimer, au travers de mes quelques commentaires, mon étonnement concernant le choix de ce "numéro spécial" (je ne sais pas comment l'appeler autrement). Evidemment, ce site a toujours ouvertement revendiqué son attachement aux valeurs chrétiennes mais on passe ici à un degré supérieur : une certaine forme de militantisme, ce qui change tout de même quelque chose.
Et puis autant le dire puisque vous l'avez compris, ce sujet m'emmerde un peu beaucoup. Je sais : libre à moi de ne pas lire ces articles. Néanmoins, même si je ne suis pas en phase avec tous les papiers, j'aime tout de même les lire (parce qu'en général bien écrits).
Raison pour laquelle je ne me suis "pas trompé de porte" (pratiquement une métaphore religieuse...) et ne cherche en aucun cas à appartenir à une chapelle.

10. 02/03/2011 09:30 - Nejma

NejmaCommequidirait le Ring du militantisme chrétien? Je n'ai rien vu. Vous croyez que ce théma est un moyen détourné de rassembler les frères chrétiens et lutter contre l'islamisme rampant?

11. 02/03/2011 09:39 - Nejma

NejmaFrédéric, la vérité du mythe christique est sous-entendue dans votre article. Pourquoi mettre entre guillemets le mot vérité.Le mythe étant une théorie sociale auto-générée.
Savoir lire les mythes, c’est les « dé-masquer », en en déchiffrant la jouissance encryptée.
Donc peu importe que cela soit vrai l'essentiel est le plaisir et la force que les croyants en tirent.

12. 02/03/2011 23:16 - J.

J.Un indice, si l'eau symbolise le psychisme, "marcher sur l'eau" n'est pas à prendre au sens littéral...

13. 03/03/2011 10:43 - HP

HPArticle très intéressant, j'apprécie la conclusion (à titre personnel). Mais, je me permets de la mettre un peu en doute, à la lumière de l'époque que nous vivons. Personne ne peut nier que nous avons en occident une structure de pensée judéo-chrétienne. Notre rapport au monde, au quotidien et à l'autre, ainsi que des années de philosophie et d'anthropologie le confirment. Le christ est en nous malgré nous. Mais, de moins en moins.

Tout en restant dans la théorie du mythe, on peut justement mettre en doute le postulat de ces structures de pensées. En effet, si le mythe est un support structurant de la pensée, c'est qu'il s'ancre dans la réalité et se transmet par des actes quotidiens d'actualisation de cette matière (discussions, rites, mais aussi simples actes de la vie quotidienne) et tout cela repose aussi grandement sur une adhésion à ce mythe (la boucle est alors bouclée). Cette génératrice de structure ne peut exister que dans une actualisation quotidienne et perpétuelle de ses principes.
Il suffit de voir comment l'organisation des sociétés d'indiens d'Amérique ou des société (ou tribus, clan etc.) ont été anéanties en peu de temps. L'occidental avait emmené avec lui la réfutation du mythe et la société s'est transformée aussitôt. Il reste bien quelques traces, que des anthropologues défenseurs du peuple opprimé veulent positiver, mais en réalité, il ne s'agit plus que de folklore, classé et subventionné par l'unesco...

Il en est de même pour la pensée catholique en Occident, malmenée depuis si longtemps par tous les bords politiques et les intellectuels. Si on ajoute l'effondrement du rite collectif et même individuel, il reste de plus en plus une philisophie personnel davantage qu'une religion. L'actualisation se faisant de moins en moins, on voit des structures de pensées de moins en moins chrétiennes apparaître, je ne vous fais pas de dessin. La première page des particules élémentaires est ce qui décrit le mieux ce phénomène raz-de-marée du changement social et mental pour moi.

Avec un peu d'espoir, et vu les temps sombres que nous traversons, combien de temps vont durer encore ces structures (une, deux générations ?) Quelle place peuvent encore avoir les textes chrétiens dans la société occidentale ? Le mythe peut-il renaître ?

14. 03/03/2011 12:22 - Nejma

NejmaHP le problème n'est pas de le museler pour ces propos. En fait je me fiche bien qu'il annonce une vérité qui crève les yeux. Zemmour a été condamné pour ses idées en faveur d’une conception figée, chauvine, mesquine, étroite du monde.
Défense de l’existence des races, banalisation de l’arabophobie et de l’islamohainie, nostalgie de la domination occidentale, lepénisation des esprits, apologie de la haine sous couvert de liberté d’expression :avec ses moyens, Zemmour a désigné les nouveaux boucs émissaires et comme les politiques réussit à détourner le regard des véritables enjeux de société.
Zemmour est une catin à la solde de l'audiovisuel.

15. 03/03/2011 12:23 - Nejma

NejmaEuh me suis trompée c'était pas ici que je devais poster cela.

16. 03/03/2011 12:52 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayEn tout cas Hp, vous soulevez un problème que je n'ai qu'effleuré. Je conçois tout à fait cette crainte ; elle m'habite. Nous sommes probablement à la veille d'une nouvelle révolution métaphysique. Cependant, je ne connais pas de révolution qui ait réussi à faire table-rase ; au contraire, elles se sont toutes nourries de ce qu'il y avait avant. J'ajoute que si les gens ne vont plus beaucoup à l'Eglise (encore que dans les populations noires...), il existe des contre-courants, un peu comme ceux, pour rester sur Houellebecq, qu'il évoque dans la Carte et le territoire. D'ailleurs, cet auteur à l'intense modernité n'est-il pas l'incarnation de cette survivance du Christ? Pensez à son horreur de la chair.
De plus, pour effacer le Christ de notre héritage, il faudra probablement bruler l'essentiel de nos livres, et détruire un gros morceau de nos bâtiments.
Je vous prends un exemple, en lien avec mon article. Avez-vous lu les Hauts de Hurle-Vent d'Emily Bronte? Son auteur était une jeune fille coupée du monde. Pourtant, nous voyons coexister dans son chef d'oeuvre, au XIXème encore, des références tant chrétiennes que féeriques, au sens que Guyénot en donne. Ces mythèmes (tertres, disparitions, noces funèbres, héros maudits) étaient réputés disparus à peu près au XVème siècle.
Bien sûr qu'il y a gommage, et nécessité de défendre un héritage - ou en tout cas, de rester à l'arrière-garde de l'avant-garde. Mais il ne faut pas trop sombrer dans la peur. Je pense à différents proches, qui ne vont pas à l'Eglise, qui rejettent volontiers "les curés", mais qui ne conçoivent pas l'éducation de leurs enfants sans un enseignement chrétien. Ou encore, des gauchistes farouches, issus même de traditions musulmanes, qui se plaisent à voir dans le Christ le premier révolutionnaire.
Et puis, cette époque qui nous somme d'aimer toute le monde, n'est-elle pas chrétienne quelque part?

17. 03/03/2011 13:18 - HP

HPJe suis assez d'accord avec vous et je pense aussi qu'une partie de la société opère un retour sur certaines valeurs que ne peut nous amener la modernité que nous vivons. Et aussi d'accord sur la force du programme chrétien, la république, dans sa forme territoriale comme symbolique a beaucoup repris du programme chrétien, une mairie pour église (même avec clocher parfois), un texte de base qui est un texte sacré etc. etc.

Cependant, les nouvelles formes de la modernité travaillent aussi très puissamment : génétique, nouvelles formes familiales, homosexualité, communautarisme exacerbé etc. Le tout se rangeant sous l'étiquette de l'individualisme contemporain. Ce désenchantement du monde se poursuit et s'accélère même.


Et, pour répondre à votre dernière question : "Et puis, cette époque qui nous somme d'aimer toute le monde, n'est-elle pas chrétienne quelque part?"

Je dirais que le plus paradoxal, c'est que la mythologie chrétienne et le contenu de ses textes portaient dès le nouveau testament les gènes de cet individualisme, comme le protestantisme aurait donné la forme moderne du capitalisme selon la thèse fascinant de Max Weber. Cette prise en compte de l'individu et des sentiments, de l'amour en fait. La rencontre avec l'antiquité a donné ce que nous sommes. Mais, je repose ma question : dans ce code génétique, n'y avait il pas un principe d'autolyse ?

18. 03/03/2011 13:51 - hP

hPJ'ai oublié de rajouter que la difficulté de l'utilisation du paradigme mythologique pour les textes sacrés, notamment le nouveau testament, c'est qu'à la différence des mythes des sociétés dites traditionnelles, ces textes sont de nature philosophique et métaphysique et contienne un droit à la réflexion et à l'interprétation même dans certains cas. Ce qui n'est pas le cas des sociétés traditionnelles. D'où mon questionnement (enfin, ce n'est pas le mien : Elias, Weber etc.) sur ce gène.

19. 03/03/2011 18:45 - Nejma

NejmaHP vous m'époustouflez, vous êtes plein de ressources cachées, petit coquin!

20. 03/03/2011 19:32 - Frédéric Gajaray

Frédéric GajarayHp,
Si je devait tenter de vous répondre, je vous dirais que je ne suis pas tout à fait pessimiste ; d'un autre côté, croire en l'apocalypse peut être aussi une forme d'optimisme. Il n'est pas sûr que le processus de civilisation n'ait pour conclusion que la cage de fer dont parle Weber, voire à terme, une autodestruction de l'homme par l'Humanité. C'est une possibilité, d'autant que nous y sommes presque. Mais je demeure convaincu que tant que nous ne pourrons pas tout élucider par la science, et nous en sommes loin, il faudra d'autres éléments pour faire tenir le soufflet. Après tout, l'individualisme est une construction plus récente que le christianisme. Des ruptures épistémologiques, pourquoi pas sous la forme de reflux historiques, pourraient nous amener à prendre en considération ces facettes que nous avons oubliées. En tout cas, j'en suis partisan.
Pour conclure, je ne me sens pas tout à fait capable de vous apporter une réponse ferme ; je ne crois pas que quelqu'un le soit.

21. 03/03/2011 22:53 - HP

HPNejma, je ne suis pas qu'un réac laïcard d'obédience chrétienne ;-)

Frédéric, votre réponse me satisfait, notamment sur le reflux historique (en espérant que ce ne soient pas les derniers soubresauts convulsif d'un mourrant). C'est ce que j'espère aussi, bien que ma lucidité me rendre souvent pessimiste. Pour la précision, je parlais davantage de la destruction de l'occidental par lui même. Pour la science, nous ne savons pas encore cloner les primates, donc la possibilité d'une île est encore loin.

22. 26/08/2011 17:08 - un homme sans nom...

un homme sans nom...+Et sans doute leur conserver leur valeur théologique poétique plus qu'historique.

La Théologie n'est pas de la poésie. Kierkegaard et Pascal ont bien écrit là dessus. "Honnête homme et non pas poète" dit Pascal.

L'éxègèse apprend que le Christ à exister historiquement...Seuls les derniers fidèles de Niezstche contestent l'historicité du Christ.

23. 26/08/2011 17:09 - un homme sans nom...

un homme sans nom...
+Quelle place peuvent encore avoir les textes chrétiens dans la société occidentale ? Le mythe peut-il renaître ?


L'Evangile est la sortie du mythe dit un éxègéte. Le christianisme est la religion la plus historique possible, avec le judaisme.
De nos jours (jours de facilité d'accès : à la communication et à la consommation etc) on oublie tout ce que le christianisme à d'exigeance..."Dieu ça fait mal..." disait un polémiste chrétien.

Barth dit :"La Bible ne dit pas comment nous devons parler de Dieu, mais bien ce que Lui nous dit ; elle n’indique pas comment nous trouverons le chemin qui conduit à Lui, mais comment Il a cherché et trouvé son chemin vers nous." .

N'est ce pas plutot la place de la Parole (parole performative) de Dieu ? du Verbe ? dans la culture ?
Et est-ce que la Parole performative (qui joue depuis la relation père-enfant jusqu'à la relation intersubjective) n'est-elle pas ce qui fonde la culture de l'europe ?

La france est incurable de Dieu ? Le cadavre bouge encore...Dieu n'est pas encore si mort que cela...


+Je suis assez d'accord avec vous et je pense aussi qu'une partie de la société opère un retour sur certaines valeurs que ne peut nous amener la modernité que nous vivons. Et aussi d'accord sur la force du programme chrétien, la république, dans sa forme territoriale comme symbolique a beaucoup repris du programme chrétien, une mairie pour église (même avec clocher parfois), un texte de base qui est un texte sacré etc.

du programme chrétien ? si le christianisme est un programme, désolé mais je n'en suis pas...

La différence entre l'Eglise de Dieu (car la théologie apprendre qu'il faut dire Eglise de Dieu et non pas Eglise...même si elle est composée de bourreaux, de traitres, de laches, de prostiutées, de collabo et cela dès les orignes ) et la République est la différence qu'il y a entre la relation Je-Tu et la relation Je-cela.

Car l'Eglise de Dieu est lié à un tutoiement d'une qualité morale jamais encore dépassée...
"Tu ne tueras point" etc...
la Loi comme Dia-logue. La Parole comme performation. Bref rien de nouveau : le Verbe ou la Parole qui s'incarne, qui se réalise.

La République est morale ? oui enfin elle a ses grandeurs et ses bassesses...comme l'Eglise de Dieu.
Peut-être ce aussi la différence entre Personne et Individu.
La personne d'après le judaisme à un nom unique, un visage, une histoire, elle est UNIQUE.
L'individu est interchangeable, sans nom, sans visage...

« Tous les ouvrages de Buber font état de cette menace, et de cette possibilité que l’autre, au lieu d’être perpétuellement saisi comme un Toi, c’est-à-dire une conscience qui est elle –même un Je et qui entre dans une relation de conscience libre à conscience libre avec un autre Je, soit au contraire saisie parfois comme un « caractère », comme un système de causes ou de déterminations, ou comme une fonction institutionnelle, comme une chose en somme et comme une réalité en troisième personne. »
MISRAHI. Robert, Buber, Ed. Seghers, Paris, 1968, page 78.


La réification est tout ce qui contribue à faire perdre consciecne du visage de l'homme en tant que Tu...Religion, politique, art, morale (en tant que manière d'exister et non pas simplement interdit), philosophie, etc...La chosification dégrade à la fois la Parole et le Visage.

La personne est surtout capable de Parole et d'entretien authentique. (comme avant on disait que l'homme est "capax Dei"...) Verbe, Dieu, Parole...

"Parole. Hébr., dabar, parole, et aussi acte ; Le mot vient d’une racine qui signifie : être derrière (le debîr du Temple = sa partie de derrière, le Saint des Saints), avec la nuance de quelque chose de caché, qui va être poussé en avant." .
CONGAR Yves, La Foi et la Théologie, Ed. Desclée and Co, Tournai, 1963, page 4.


L'entretien authentique est tout véritable et PERFORMATIF dialogue. (ce n'est pas ce que Buber appelle le faux dialogue c'est à dire le monologue avec l'apparence de dialogue ni le dialogue technique où autrui est traité en tant que cela.)

« Le dialogue authentique repose d’abord sur un mouvement, le « se tourner vers autrui » ; seul ce mouvement et cet acte peuvent ajouter à la connaissance intime (on sait que dans la tradition hébraïque et notamment dans la Kabbale, la Connaissance, Daath, est aussi Amour) rendre l’autre effectivement présent lui-même. »
MISRAHI. Robert, Buber, Ed. Seghers, Paris, 1968, page 71.

Car l'homme n'existe pas par lui même. Il commence par exister par autrui.

"Ce n’est pas moi qui peut opérer cette fusion de tout mon être, mais elle ne peut se faire sans moi. Je m’accomplis au contact du Tu, je deviens Je en disant Tu." .
MISRAHI Robert, Buber, Ed. Seghers, Paris, 1968, page 65.

La Foi est le dernier élément où l'homme peut SAVOIR QUI IL EST...

« Donc, aujourd’hui, Dieu ou rien. Au choix. La Foi, la Foi seule, garantit à l’homme ce que science et philosophie contemporaines ne peuvent plus lui assurer ou lui refusent : son existence. Il faut se résigner au néant et à son propre néant de subjectivité, ou croire. Dur dilemme, où chacun est terriblement libre. »
CLAVEL. Maurice, Dieu est Dieu, nom de Dieu, Ed Grasset et Fasquelle, Paris, 1976, page 111.

et l'on sait où mène le nihilisme...dans les vastes "camps" d'un espoir trop humain.
Et on ne sait pas où mène la Foi...mais elle pose la question non pas du : "où cela", mais celle de : "avec qui".

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commequidirait28/02/2011 20:53 commequidirait
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