Pourquoi le Brésil ?
SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Xavier Raufer - le 13/12/2011 - 12 réactions -
Hélas, on lit trop peu ces temps-ci Octobre 17 vu de France (Editions sociales, 1967) sommet inégalé de l’hagiographie soviétolâtre dû au défunt chef stalinien Jacques Duclos, et ses élans grandioses sur « l’exaltante perspective de la société communiste de demain ». Amusé, le lecteur se dit alors qu’en 2011, c’en est bien fini de ces inepties. Eh bien non - car on en trouve d’analogues, voire de pires et par pleines pages, dans les journaux.

Objet de l’adulation : le Brésil, dont de grands médias ne parlent plus que sur le ton de l’extase. « La cinquième puissance économique mondiale » s’ébahit l’un. Ce « gentil géant » est « un Eldorado pour investisseurs » se pâme l’autre, concluant dans un râle que « Dieu est brésilien ». Or pour le criminologue informé, on est quand même loin du conte de fée et le délirant culte brésilâtre semble, au vu des faits, injustifié. Ecoutons les experts brésiliens, lisons les rapports officiels du pays (ce que nul brésilâtre ne paraît jamais faire) ; voyons - surtout - ce que pensent les Brésiliens eux-mêmes de ces flots de doucereuses flatteries.
D’abord, en matière de crime, excellent révélateur social.
Là, le bilan du Brésil est affreux : premier pays du monde pour les décès par armes à feu (31 homicides pour 100 000 habitants à Rio de Janeiro en 2010, en moyenne 2/100 000 dans l’Union européenne…), l’élucidation de ces crimes tendant vers zéro. Depuis 1980, « plus de trois millions de brésiliens ont péri de mort violente - dix fois le nombre de victimes d’Hiroshima et de Nagasaki ». Chaque jour au Brésil, travailleurs sociaux et défenseurs de paysans sans ter¬res sont assassinés par les milices armées des grands propriétaires. Au quoti¬dien, les populations des favelas (mot poli pour bidonville) sont rackettées par de véritables armées criminelles, contrôlant « depuis des décennies » ces coupe-gorge où, rien qu’à Rio, vit 30% de la population locale. Abandonnés par l’Etat, ces malheureux dépendent entièrement des bandits, ou de milices « anti-crime » pires encore dans les faits, pour tout : transports ur¬bains, télévision par câble, bonbonnes de gaz, eau et bien sûr, pour les stupé¬fiants. Dans les métropoles brésiliennes, miliciens ou gangsters taxent les po¬pulations des favelas, imposent des couvre-feu et allouent même les baraque¬ments ! En août 2011 encore, dans une banlieue de Rio, une magistrate (mère de famille de 47 ans) qui s’opposait à cette emprise criminelle sur les favelas, est criblée de balles… par des policiers ripoux au service des gangsters.
Fin 2010, pour faire bonne figure avant les Jeux olympiques et le Mondial de football, le gouvernement brésilien a timidement entrepris de restaurer l’ordre dans 17 des 1000 favelas de Rio - au prix d’une quasi guerre civile, durant la¬quelle « des blindés équipés de mitrailleuses de calibre 50 » tiraient à l’aveugle parmi des baraques en planches et tôle ondulée. Or quelques mois plus tard l’armée revient dans ces bidonvilles, entre temps reconquis (corruption + intimi¬dation) par les bandits ! L’économie maintenant. Si les récents précédents newyorkais et irlandais ont un sens, ce pays est en pleine surchauffe - la dimension frauduleuse étant là encore majeure : salaires des patrons plus élevés qu’aux Etats-Unis, mètre carré de bureau plus cher à Sao Paulo qu’à la City de Londres, multiplication des milliardaires locaux, dans un pays parmi les plus inégalitaires du monde où, dit un économiste écœuré, « l’abîme qui sépare le capital du travail atteint pré¬cisément le comble de l’obscénité ».
Aux mains d’une gauche factice, entièrement hypnotisée par Goldman-Sachs & co., (banque ayant, rappelons-le, inventé le miroir aux alouettes des « BRIC ») le gouvernement brésilien voit aussi gonfler une énorme bulle du crédit à la consommation - 28% du revenu disponible local servant désormais à rembour¬ser des dettes (16% du revenu des Américains, pourtant extravagants en la matière). Le nombre de brésiliens ayant plus de 3 000 dollars US de dettes a cru de 250% depuis 2004, alors que 150 millions de cartes de crédit cir¬culent désormais dans le pays, trois fois plus qu’en 2008 !
Ajoutons-y une bureaucratie immense et paralytique, une sécurité civile inexis¬tante, une corruption grave, un népotisme et un clientélisme énormes, permet¬tant toutes les fraudes. Et quasiment pas d’infrastructures majeures entreprise depuis trente ans. De grands groupes, dont Carrefour, commencent d’ailleurs à regretter avoir écouté les sirènes médiatiques à propos d’un pays devenu « le cauchemar du N° 2 mondial de la distribution ». Sur place, les plus optimistes espèrent que l’inévitable et explosive correction ne surviendra pas avant les Jeux olympiques - mais refusent de le certifier.
Tel est le paradis inventé par ce que nous avons baptisé « DGSI » (Davos-Goldman-Sachs-Idéologie). Telles sont les sornettes colportées sans vérifier par des médias sans doute énamourés mais, dans les faits, pousse-au-crime.
Xavier Raufer
Toutes les réactions (12)
1. 12/12/2011 21:42 - dartagnan
Alors que propose M. Raufer ?
Une dictature d'extrême droite ?
2. 13/12/2011 08:53 - Grégory
Et pourquoi pas une dictature d'extrème gauche ?
Plus sérieusement, M. Raufer dénonce, à juste raison, le déni de réalité, ou, la subjectivité, de l'ensemble des médias au sujet de la situation brésilienne.
L'incompétence des médias n'est plus à démontrer.
Ce qui est un comble à notre époque, à l'ère de l'Internet, où, quiconque, peut, objectivement, s'informer soi-même, sur à peu près n'importe quel sujet.
3. 18/12/2011 14:03 - hertzeleid
Pour l'instant dans l'histoire c'est l'idéologie d’extrême gauche qui a fait le plus de mal mondialement, quand aux mirages capitalistes gérés par la gauche et idolâtré par les médias cela donne cela... le Brésil.
4. 18/12/2011 14:14 - Alfred
@ dartagnan.
Pourquoi extrême-droite??
Si les hommes politiques (droite et gauche)faisaient un temps soit peu leurs travaillent pour lequel les peuple les ont élus il n'y aurait pas tous ces problèmes de violences!!
Et Grégory à raison heureusement qu'internet est présent ce qui permet de savoir ce qu'il ce passe réellement car les journalistes sont complètement dans les choux ou ils préfèrent cachés les vérités afin d'évité une monter du patriotisme "qui pourrait soit disant" rappeler les HLPSDNH!!
5. 18/12/2011 14:33 - Barnett
@dartagnan ET POURQUOI PAS ?....Ou à la rigeure , un gouvernement à la japonaise ? (mais pour ça , il aurait fallu que le pays soit encore homogene , hors ce n'est plus le cas...en ce qui concerne la france , elle est envahie par le tiers-monde.)
6. 18/12/2011 16:42 - älgsson
@Barnett: la France a depuis deux siècles déjà choisi d'emprunter la voie d'un peuple par acclamation, et non d'un peuple par filiation. (Renan vs Fichte). Si l'homogénéité par la filiation facilite l'homogénéité des aspirations (Fichte au secours de Renan), la France n'existe que par cette promotion d'un idéal de collectif partagé. Au reste, ce qui nous est insupportable aujourd'hui c'est moins l'origine des gens, c'est les idées que cette origine leur fait avoir sous nos latitudes. La France est un pays de loi positive, au contraire de la tradition slave et germanique de pays de lois naturelle. Positivons, et la France survivra en dépit des différences.
Ou alors, c'est la guerre civile ouverte, pour retrouver un corps social homogène et dominant. Sans rappeler les HLPSDNH, c'est un vaste programme qui éreintera la morale de beaucoup, beaucoup de gens. On tente de corriger et implémenter le premier modèle? On assume la destruction par l'action du deuxième? Ou alors, on continue comme aujourd'hui, vers une destruction par délitement... On devrait faire une "Nation Academy". Proposition 1, tapez 1...
7. 18/12/2011 17:00 - Frédéric
J'ai un doute sur le fait que le Brésil soit le plus ''violent'' du monde. La criminalité dans certains pays d'Amérique Centrale, Venezuela, Colombie, Mexique me semble bien supérieure. Et je ne parle pas de certains états en faillite d'Afrique ou d'Asie.
8. 18/12/2011 19:45 - Aliberthin
@frederic: effectivement, le pourcentage de tués par arme à feu est plus important au Venezuéla qu'au Brésil, pour parler de la seule Amérique du sud. Parce que pour le reste, entre Salvador, Honduras, Jamaïque, Côte d'Ivoire et St Kitts pour ne citer qu'eux, les Brésiliens sont loin du compte.
9. 27/12/2011 02:27 - yann
C'est, semble t-il, dans la nature des médias d'occulter ce qui navre leur peinture du moment. Leur vrai crime est de laisser croire à l'exhaustivité de leurs analyses, alors qu'ils pourraient l'éviter. Vanité, vanité, vanité !
10. 07/01/2012 23:21 - Jeune Gaulliste
Remarquable analyse de Xavier Raufer et qui met un terme au culte dérisoire de la prétendue modernité multiculturelle brésilienne. Bravo !
11. 14/01/2012 22:31 - bak
..J'ai du rater un épisode : quand et où donc se tient l'éloge du Brésil qu'entend dénoncer l'auteur ?
S'il y a bien un mot que tout le chacun associe immédiatement à ce pays c'est celui de "favela", bien avant "Lulla" ou "Paradis sur terre"...
12. 17/03/2012 01:17 - Tintin
Analyse décevante, on découvre là à Xavier Raufer un côté socialisant qu'on ignorait et qui lui va très mal...
Accuser sans preuves sur la seule base de son instinct, la finance d'être responsable des difficultés du Brésil, alors que ce dernier est socialiste (politique monétaire socialiste, planification etc.), c'est un sophisme...
Concernant l'écart entre riches et pauvres, là encore, la critique est mal fondée, l'écart entre riches et pauvres n'étant pas le problème, l'absence de méritocratie étant le seul problème...
Un smicard en France gagne 1000 fois le salaire que gagne 2 milliards d'Hommes sur terre, faut-il qualifier le salaire du smicard d'obscène ?
Avec ce type de raisonnement contre l'enrichissement individuel qui en méritocratie (ce que n'est ni la France, ni le Brésil et ce que ne sont plus les USA...) n'est pas contestable, la France et l'Occident ne tardera plus à ressembler au brésil et nos experts comme en Argentine de fustiger la finance là où les responsabilités sont à chercher du côté de l'endettement, de l'intolérance pour les différences de revenus selon la méritocratie et l'excellence de chacun...
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par Xavier Raufer
Consigliere du groupe Ring, écrivain, éditorialiste, docteur en géopolitique, Professeur affilié à l'Edhec, membre du Centre for the Study of Terrorism and Political Violence, School of International Relations, University of Saint-Andrews, enseignant à l'Université Panthéon-Assas, Paris II, chargé de cours à l'Institut de criminologie de Paris, depuis 1987 (cours de méthodologie), au DESS Paris II/École des officiers de la Gendarmerie nationale/EOGN-Melun, et directeur des études et recherches du Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (études, recherches, séminaires et cours sur la criminalité organisée transnationale). En République populaire de Chine (RPC), il est professeur associé à l'École supérieure de police criminelle de Chine (Shenyang, RPC), et directeur de recherches associé au Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé, Université de Sciences politiques et de Droit (Beijing, RPC).
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 12/12/2011 21:42 dartagnan
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