Sur le RING

Poudlard for ever

SURLERING.COM - CULTURISME - par Pierre Cormary - le 18/08/2011 - 16 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B



 


A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit sa Ginny Weasley...


« Plusieurs de ceux que j'aime et que j'estime s'emportent contre les popularités actuelles, - Eugène Sue, Paul Féval, - des logogriphes en action ; mais le talent de ces gens, pour frivole qu'il soit, n'en existe pas moins, et la colère de mes amis n'existe pas, ou plutôt elle existe en moins, - car elle est du temps perdu, la chose du monde la moins précieuse. La question n'est pas de savoir si la littérature du cœur ou de la forme est supérieure à celle en vogue. Cela est trop vrai, pour moi du moins. Mais cela ne sera qu'à moitié juste, tant que vous n'aurez pas dans le genre que vous voulez installer autant de talent qu'Eugène Sue dans le sien. »
Baudelaire, Conseils aux jeunes littérateurs, 1846.

 



Mépriser Eugène Sue parce qu’il n’est pas Dostoïevski, mais n’être pas soi-même au niveau d’Eugène Sue – tel est le drame du critique coléreux, du littérateur exigeant, du « lecteur difficile » tel que le définissait Pierre Michon dans Vies minuscules, ce fâcheux intraitable et qui, au nom de sa culturie, « défait toute parole en feignant de la surplomber, réfute l’œuvre en portant captieusement sa bouche et son esprit au-dessus de la bouche et de l’esprit qui peinent à l’œuvre ». Le pire (pour ce dernier), c’est qu’il suffit d’avoir fréquenté intensément les grands auteurs pour se rendre compte qu’aucun ne tient la dragée haute aux « petits », que bien au contraire le grand auteur sait que ce qui fait l’éclat d’un chef-d’œuvre se retrouve dans les reflets d’une œuvre modeste – quand ce n’est pas le chef-d’œuvre qui reprend celle-ci et la porte à un état incandescent. Rapsodies, chansons populaires, comptines enfantines, livres érotiques sans orthographe, spectacles de rue, récits d’ivrognes ou de grands-mères sont les sources dans lesquels ont puisé Shakespeare, Joyce et Proust. « Un homme qui aime vraiment les livres, écrivait le grand John Cowper Powys, considère avec une indulgence infinie les goûts littéraires des gens les plus simples. Il a suffisamment d’esprit pour comprendre que ce flot de littérature médiocre qui nourrit l’imagination des multitudes et les aide à supporter la monotonie de leur vie est quelque chose de tout à fait différent de ce que peut en saisir une personne qui se contente d’y jeter un coup d’œil en passant(…) Et ceux qui parlent avec condescendance de la littérature populaire devraient se souvenir comment fonctionne l’esprit des enfants, et comment ils transforment les histoires les plus banales, les plus ridicules, les plus vulgaires en eldorados de pur ravissement.»  Qu’est-ce que le vulgaire sinon celui qui méprise le grossier et qu’est-ce que le grossier sinon un sublime qui voudrait sortir ? Hamlet est plus grand qu’Harry Potter, dites-vous, mais vous, vous êtes plus grand que qui ? Au mieux Cracmol à Poudlard, Rosencrantz ou Guildenstern à Elseneur, au pire, spectre là-bas, Détraqueur ici, on verra vite…

Entendons-nous bien. Loin de moi l’idée de mettre l’œuvre génialement divertissante de Joanne Rowling au même niveau que celle du grand Will. Comme Gainsbourg, je crois à la distinction des arts majeurs et des arts mineurs, à la hiérarchie des goûts et des idées, à la chartreuse des happy few. Mais je crois aussi aux échos et aux correspondances, aux reflets et aux résurgences, je crois au fait que les voix du sublime sont impénétrables autant qu’elles s’interpénètrent. Je crois qu’une grande œuvre se télescope dans une petite (et c’est en quoi elle est grande) comme une haute pensée se redécouvre dans une pensée de moindre importance. Et c’est là la vertu de la littérature populaire de reprendre sous une forme dégraissée, clarifiée, acquise, ce qui a été conçu, inventé et stylisé auparavant. Je crois, comme le dit encore Powys, que « le plus pauvre, le plus grossier, le plus épais, le plus creux, le plus mélodramatique des livres porte en lui quelque chose, quelque teinture, quelque essence, quelque notion de la sagesse des siècles. » Je crois qu’entre Yesterday, la chanson de Paul McCartney et, disons, Matière et mémoire de Bergson, existent des liens consubstantiels et que l’une peut illustrer l’autre. Je crois qu’entre un ange de Sassetta qui vole sur la ville et délivre des âmes captives et Superman traversant les cieux et sauvant tout le monde, la jouissance immédiate du spectateur est comparable. Je crois aux filiations apparemment incongrues. Hugo et Batman – je veux dire : Gwynplaine et le Joker. L’Arthur de Chrétien de Troyes et celui Alexandre Astier – « c’est pas faux ». Le Judas de Kazantzakis et le Séverus Rogue de Joanne Rowling. Je crois au sacré et au profane et au sacré dans le profane. Je crois au vin, la boisson de Dieu, et à la bière, la boisson de l’homme.

En vérité, le mineur fait dans la reconnaissance là où le majeur faisait dans la « connaissance ». Le majeur s’aère dans le mineur. Le mineur popularise la majeur. Et Pynchon s’invite en guest star dans les Simpson. C’est cela qui est délectable dans les arts populaires : réentendre la légende des siècles dans la langue de la tribu. Retrouver les Atrides chez les Corleone, les chevaliers du graal chez les Jedi ou Indiana Jones, et Richard Wagner à travers John Williams. Relire Finnegans wake à l’aune de Star Trek (c’est Philippe Lavergne, le traducteur du Wake, qui le dit) et Balzac dans Mad Men. Eternel retour des Genèses et des Apocalypses.  Pérennité des épopées. Immuabilité des récits d’initiation. Persistance du primitif. Et excellence d’Harry Potter, ce livre majeur de la littérature mineure, ce classique de la littérature enfantine et adolescente qui a prouvé que les enfants aimaient et savaient lire à condition qu’on leur raconte quelque chose de biblique, ce grand livre de vérités et de merveilles qui, sans doute, fut le plus grand bonheur de lecture de ma vie. Qui serait assez bête pour nier que Joanne Rowling a déjà trouvé sa place aux côtés de Charles Perrault, d’Alexandre Dumas, d’Eugène Sue, d’Hector Malot, d’Erckmann-Chatrian, de Jules Verne, de Gaston Leroux, de Maurice Leblanc, de Jules Renard, d’Henri Bosco, de Michel Tournier, de Madame d’Aulnoy, de la comtesse de Ségur, des frères Grimm, de Collodi, de Mary Schelley, de Robert Louis Stevenson, de Frances Hodgson Bunett (l’auteur du Petit Lord Fauntleroy), de Marc Twain, de Lewis Carroll, de Conan Doyle, de H.G. Wells, de Rudyard Kipling, de Tolkien, de C.S. Lewis, de James Barrie (l’auteur méconnu et génial de Peter Pan), de William Golding, de Fred Ulhman, et pourquoi pas du Musil de Törless, du Hesse de Demian, et même de l’Eschyle des Choéphores citées en exergue des Reliques de la mort ? Au fond, il n’y a que les snobinards de basse cour, demi-habiles confondant pour leur malheur élite de cœur et caste cultureuse, ou les  idéologues ringards des Inrockuptibles pour expliquer « pourquoi ils n’aimeront jamais Harry Potter ».

Il faut vraiment en être resté, comme ce Thomas Pietrois-Chabassier, aux années soixante-dix pour dire sérieusement que si l’on n’aime pas Harry Potter, c’est parce qu’Harry Potter est « l’anti-punk » par excellence. Enfin, Thomas, n’as-tu pas remarqué qu’ Harry a autre chose à faire qu’à se « rebeller » ? Il passe son temps à se battre contre les sorciers nazis, ça devrait te plaire, ça, non, en bon gauchiste ? Il ne pense qu’à bien travailler à l’école ? Et alors, tu voudrais que Poudlard ressemble à Entre les murs avec François Bégaudeau à la place de McGonagall (encore qu’à bien des égards, Poudlard fait penser au lycée de If… de Lyndsay Anderson, ça aussi, ça devrait te plaire). Quant à sa vie sentimentale que tu trouves si prude, elle correspond à celle, idéale et romantique, de la plupart des adolescents, et qui nous change un peu de Larry Clark. Quoi ? Tu aurais voulu qu’il se drogue et qu’il ait des amitiés gays ? Il me semble que tous ses sortilèges valent bien n’importe quelle Lucy on the Sky with Diamonds, non ? Quant à être gay, lui ne l’est pas, mais Dumbledore, son mentor, l’homme le plus sage et le plus fort de la série, l’est, que demander de plus ? « Bon fifils à sa maman », conclus-tu, exaspéré. Mais tout commence toujours par la mère, vieux, tu ne sais pas ça…. Harry Potter est l’histoire d’un deuil, d’un héritage, d’une transmission, exactement comme Arthur, Olivier Twist, et même James Ellroy dans Ma part d’ombre. A moins que tu ignores superbement ce qui constitue les lois traditionnelles du récit initiatique, à savoir le caractère nécessairement transparent et « positif » du héros principal qui permet la cristallisation chez le lecteur. « Inodore, indolore et sans saveur », quoique courageux, aimable et toujours d’attaque, Harry ne l’est pas plus que Tintin ou d’Artagnan, la neutralité (d’ailleurs apparente) de son caractère permettant à tous les lecteurs de s'identifier à lui, ou de s’identifier aux autres personnages via lui. Il est de bon ton, chez les poudlardiens intégristes, d’affirmer sa préférence pour les autres héros de la saga, forcément « plus intéressants  que lui », tels Dumbledore, Luna, Hermione, Lupin, Tonks, Sirius, ou même Neville Londubat, le super gentil, ou Bellatrix Lestrange, la super méchante. Les voilà ceux qui ont la côte ! Et par-dessus tout, Rogue, évidemment, le seul qui perturbe le manichéisme de cette histoire de boy scout, le seul qui fait qu’on peut s’intéresser à cette série sans avoir honte, oui, oui, bien sûr, moi aussi, je suis roguien... Il n’empêche que c’est par Harry Potter lui-même que tous ces magnifiques personnages trouvent leur relief. C’est par lui que nos émotions passent. Quand on pleure la mort de Sirius Black à la fin de L'ordre du Phoenix ou de Dumbledore à la fin du Prince de Sang-Mêlé (choc dont on ne se remettra qu’à la fin de la saga – imaginez un peu qu’au milieu des Misérables, Javert tue Valjean et laisse Gavroche et Cosette aux mains des Thénardier), ou quand on apprend les secrets de Rogue dans « le récit du Prince », on ne fait que se mettre à la place de Harry. On réagit comme Harry. On est Harry même si on préfère Sirius ou qu’on se prend pour Rogue. C’est Harry qui donne vie aux autres personnages (et qui, paradoxalement, doivent mourir pour lui les uns après les autres, lui laissant une culpabilité énorme digne de tous les grands héros), comme ce sont Hermione et Ron qui permettent à Harry de ne pas être étranger aux yeux du lecteur. Etre Harry ou l’ami d’Harry. Etre Hermione, la Sang de bourbe première de la classe, brillante, agaçante juste pour les cancres, féministe, gauchiste (qui milite pour la libération des elfes de maison), et aussi très jolie (tout le monde est tombé amoureux de cette peste d’Emma Watson), et qui se fera torturer par l’odieuse Bellatrix (mais Helena Bonham Carter ! On en redemanderait !), ou Ron, le petit prolo humilié par les sorciers de pouvoir, quoique de sang pur comme eux (autrement dit, pauvre mais privilégié), qui n’a pas tant que ça le goût de l’aventure et de la dignité comme les deux autres et qui parfois peine à les rattraper (un peu à la façon de Milou dans Tintin), ce qui fait qu’on l’aime le moins, peut-être parce qu’on lui ressemble le plus. Pourtant, c’est lui l’indispensable tiers qui empêche les deux H d’aller trop vite en besogne héroïque, sinon de s’aimer, comme l’auront souhaité tant de premiers lecteurs. C’est lui qui fait que tout n’est pas si simple dans le monde des héros. C’est par lui que le rapport devient impair, c’est-à-dire non symétrique, non deux fois le même. Ron, encore plus « fils à maman » que Harry, qui n’a même pas perdu sa mère,  et qui menace même, dans le septième tome, de quitter le trio et de s’en retourner chez lui, au « Terrier », avec ses parents, ses cinq frères et sa soeur. Ron, frein antiromantique et naturaliste de la série, maillon essentiel du récit d’aventure, mais qui revient plus romantique et plus héroïque que jamais, ouf, on a eu chaud. Ron, tiers indispensable de la dialectique poudlardienne. Ron, agent de la dissymétrie et de la synthèse. Ron, phénoménologue de l’école des sorciers. J’exagère ? Mais bien entendu que j’exagère ! Vous me lisez pour ça…

 

 

Finalement, les Inrocks et moi sommes tout à fait d’accord. Harry Potter est bien une affaire œdipienne, yeux de sa mère, ressemblance au père, et tout, et tout, c'est-à-dire matrice biblique, peuple élu (le monde des sorciers), Messie révélé (Harry Potter), structures élémentaires de la parenté (Sang pur, Sang mêlé, Sang de bourbe), transmission de tous les dons à la fois par la mère (les yeux verts, le sacrifice) et par l’ennemi (la cicatrice, le Fourchelang, le Horcruxe), aristocratie du sang mais éthique de la volonté, chiasme douloureux entre acquis et inné, conflit de l’être avec sa race ou sa classe. Une saga résolument consanguine mais qui pose la consanguinité comme problématique, et de fait raconte l’histoire de l’humanité. C’est le roman familial, c’est Shakespeare et Sophocle, c'est les filiations et les corruptions, les serments (inviolables) de fidélité et les doubles jeux, les spectres et les ressuscités, les initiaux et les doubles (Narcissa Malefoy cherchant à protéger son Drago de fils comme Lily Potter le sien). Quel autre livre contemporain donne autant l’impression d’explorer la mort que ces Reliques de la mort ? Non, non, archétypes, je vous dis, archétypes et archaïsmes, mythes et sexualités infantiles. Ca, Surmoi, Atrides, fer, feu et fuck et en même temps, raison pure, raison pratique, impératif catégorique - le succès phénoménal de cette saga reposant à mon avis sur ces questions d’origine et de morale : que s'est-il passé quand maman et papa ont baisé ? Cet oncle si méchant aurait-il pu être mon père ? Puis-je le savoir ? Dois-je le savoir ? Que m'est-il permis d'espérer de ce coup de rein ? Pourquoi y a-t-il moi plutôt que rien ?

Alors, certes, tout se termine bien, tout se termine en famille - encore de quoi irriter les Inrockuptibles. Mais c’est cela le conte de fée. Beaucoup de cruauté, de viol et de meurtre, mais à la fin, « ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants ». Triomphes de la sainte famille et de la consanguinité bien agencée. Harry n’a pas épousé Hermione mais Ginny Weasley, la sœur de Ron, qui lui a épousé Hermione. En revanche, c’est vrai, George Weasley a épousé Angelina Johnson, soit, d’après ce qu’en dira Joanne Rowling dans une interview, la promise de son frère jumeau, Fred, mort pendant la bataille de Poudlard, et leur fils s’appellera Fred ! Tant pis. Tant mieux. L’inceste comme instinct, instant, insecte, de l’être. On aura plein d’enfants, on les aura baptisés des noms de nos pères de substitution (Albus Séverus Potter), on aura même recueilli sous son toit les orphelins des héros (Ted, le fils de Lupin et de Tonks – dont la mort, une ligne dans le livre, est quand même plus respectueuse dans le film avec cette image saisissante des cadavres qui se tendent la main), on n’aura plus d’ennemis (même Drago Malefoy aura l’air rangé, apaisé, heureux, presque sympathique dans sa nouvelle barbe, et regardant avec un vrai bonheur son épouse embrasser leur fils au départ du Poudlard Express), bref, on pourra dire que « tout était bien ». Qui s’en plaindrait ?

 

 

A ce propos, notons que les films participent entièrement à l’entité Harry Potter. S’ils n’inventent rien sur le plan cinématographique (sauf le troisième et la première partie du septième) et s’ils paraîtront assurément abscons à ceux qui ignorent les livres, ils n’en constituent pas moins les illustrés idéaux qui feront malgré tout le bonheur des fans. A la différence des grandes œuvres qui peuvent perdre à être mis en image (Flaubert et Kafka se battront contre la volonté de leur éditeur de mettre une « illustration » en couverture de Madame Bovary et de La métamorphose : « si je me suis tué à la décrire, ce n’est pas pour la voir en peinture ! », dira le premier), la littérature de gueux adopte facilement l’illustration pour la servir. Et nous sommes de ces gueux. Nous applaudissons Daniel Radcliffe qui est Harry Potter comme Guy Williams était Zorro, comme Vivien Leigh était Scarlett O Hara, comme l’Alice ou le Pinocchio de Disney restent dans l’imaginaire collectif ceux de Carroll et de Collodi. Et on applaudit encore plus la fine fleur des comédiens anglais qui l’entourent, tous ou presque sortis de Shakespeare et qui jouent leur rôle comme si c’était Shakespeare ! Richard Harris puis Michael Gambon (Dumbledore), Maggie Smith (McGonagall), Jim Broadbent (Horace Slughorn) John Hurt (Ollivander), David Thewlis (Lupin), Gary Oldman (Sirius Black),  Robbie Coltrane (Hagrid), Ralph Fiennes (Voldemort), Jason Isaacs (Lucius Malefoy), Brendon Gleeson (Maugrey Fol-Œil), Imelda Stauton (Dolorès Ombrage), Emma Thompson (Sybille Trelawney), Kenneth Branagh (Gilderoy Lockhart), David Bradley (Rusard), Julie Walters (la mère Weasley), Timothy Spall (Quedver), sans oublier Warwick Davis (véritable acteur nain qu’on a connu en Ewok dans Star Wars et qui dans Harry Potter interprète à la fois Filius Flitwick, le professeur de sortilèges, et, assez génialement à notre avis, le gobelin Gripsec), ni, par-dessus tout, Alan Rickman, « à jamais » Séverus Rogue.

 

 

On a dit ailleurs la fascination pour ne pas dire la vénération que l’on avait pour ce personnage magnifique, sa sombre grandeur, son romantisme ombrageux, sa douleur sublime, et finalement son héroïsme sacrificiel. Héros tragique et édifiant de la série littéraire la plus excitante de notre temps, Séverus Rogue est celui par lequel une lecture « adulte » de celle-ci est possible. A-t-on le droit de dire que sa mort, et d’ailleurs tout le récit du Prince, est mieux traitée dans le film que dans le livre ? Que l’idée de lui faire verser de vraies larmes est mille fois plus significative que les gaz qui dans le livre lui échappent ? Et combien sera émouvant, lorsque Rogue s’adresse pour la dernière fois à Harry, le passage du « vous » au « tu », possible en version française (et avec cette si belle voix de Jean Topard qui enchanta nos enfances). Texte visuel par excellence, Harry Potter ne pouvait que triompher au cinéma et parfois même s’améliorer. Ainsi de l’épilogue final bien plus fort  à notre avis dans le film que dans le livre. De nouveau la gare King Cross. De nouveau la voie 9 ¾. De nouveau le Poudlard Express. Les enfants devenus parents et qui accompagnent leurs enfants. La palingénésie tellement évidente sur le plan visuel. Le leitmotive de John Williams. L’installation des juniors dans le compartiment. La Chocogrenouille qui saute sur la vitre. Tout recommence, mais cette fois-ci, sans menace, sans danger, sans négatif. Certes, nous avions tous été bouleversés en lisant ce dernier chapitre, d’ailleurs écrit comme une séquence de cinéma, mais peut-être par défaut, parce que c’étaient les dernières pages d’une saga inoubliable, parce qu’on ne ferait jamais plus de si beau rêve, parce qu’enfin, c’est toujours la joie qui fait pleurer.

Sur bien des aspects, les films éclairent, corrigent, étayent, et parfois dramatisent des situations que les livres ne faisaient que survoler. Le plus bel exemple étant cette scène des Reliques de la mort première partie où Hermione, afin de protéger ses parents, leur envoie un sort d’amnésie qui la fait se retirer littéralement de leur mémoire. En fait, c’est tout l’aspect sentimental que les films vont développer, et cela dès la fin de La chambre des secrets où l’on comprend qu’Hermione, lorsqu’elle se jette sans sous-entendu dans les bras de Harry mais se retient d’en faire autant avec Ron, doit en pincer pour lui, et que sans doute ils finiront ensemble. Ou dans Le prisonnier d’Azkaban, lorsque le trio croise un groupe de filles (dont Cho Chang, la future première petite amie d’Harry, doit faire partie) et que celui-ci se retourne furtivement vers elles. C’est qu’arrivant après les livres, les films ont pu juger de l’impact émotionnel que ces derniers ont eu sur les lecteurs, et par là-même, prendre en compte les désirs dramatiques qui n’auront pas manqués de surgir à ce moment-là dans les têtes de ces derniers, quitte à transformer l’histoire initiale. Ainsi, et sans aller jusqu’à la potterfiction délirante que développeront certains internautes (dont une romance entre Hermione… et Rogue : http://severusrogue-hermione.skyrock.com/ ), les films ajouteront à l’imaginaire de l’auteur l’imaginaire des lecteurs. Une fois de plus, la littérature de gueux donne le pouvoir aux lecteurs. Autant il serait incongru  d’imaginer des suites ou des tangentes à Crime et châtiment ou à Absalon, Absalon ! autant il est permis de le faire avec Harry Potter et sans en trahir du tout l’esprit. Si la littérature sacrée est toujours, comme le dit Powys, « une critique de la vie », la littérature profane est peut-être une apologie de celle-ci, ou plus exactement, une apologie de l’idéal de celle-ci. On a besoin de Raskolnikov mais on a également besoin de Luke Skywalker. On a besoin que tout finisse mal comme dans une tragédie grecque, on a tout aussi besoin que tout finisse bien comme dans un film hollywoodien. Comme toutes les grandes œuvres de la culture populaire, Harry Potter et ses ramifications caressent dans le sens du poil. Contentent les essences élémentaires. Réconcilient les archaïsmes entre eux. Flirtent avec les interdits parentaux ou sociaux. Permettent les configurations qui feront plaisir. Comme faire danser Harry et d’Hermione sur O children de Nick Cave dans Les reliques de la mort première partie, sublime idée dramatique et qui est l’une des plus belles scènes, sinon la plus belle, de ces sept films : dans la solitude et le désespoir, un moment d’union et de joie…. et dans une autre vie, peut-être, Harry & Hermione. Ou « marier », à la fin des Reliques de la mort seconde partie, Neville et Luna, personnages qui ne peuvent qu’aller ensemble dans l’esprit du spectateur (alors que d’après Rowling, Neville épouse Hannah Abbott et Luna Rolf Scamander, deux personnages que l’on oublie vite). Ou encore, toujours dans ce dernier film, et à quelques minutes d’intervalle, mettre en écho une même réplique de Rogue et de Lily, et ainsi les unir par la parole : Rogue affirmant à Dumbledore qu’il aimera Lily « à jamais », le fantôme de Lily persuadant son fils qu’elle sera avec lui « à jamais ».

 

 


L’ensemble de ce dernier film est d’une générosité étonnante. On y retrouve au moins pour un plan (Emma Thompson) la plupart des personnages, les connus comme les anonymes, et notamment les enfants devenus grands et que l’on a fini par repérer au fil des films même s’ils n’ont jamais eu plus d’une ligne de dialogue, telles Padma et Parvati Patil, les deux sœurs indiennes qui furent les deux cavalières de Harry et de Ron au bal de La coupe de feu, ou Lavande Brown, la première amoureuse de Ron (et qu’elle appelle « Ronron »), au grand désespoir de Hermione. Comment oublier Dean Thomas, le black de Gryffondor, présent dès le premier film, et son meilleur ami, l’inénarrable Seamus Finnigan, le spécialiste en explosif, constituant nucléaire, on peut le dire, de la promotion 1991 ? Et Colin Crivey, le plus jeune des sorciers, sorte d'Etienne de Poudlard, et qui sera abominablement assassiné par Greyback ? (voir à ce sujet les étonnantes chronologies potteriennes que l’on peut trouver sur la toile et qui donnent les dates de naissance supposées de tous les personnages, leur signe astrologique, leur jour d’entrée à Poudlard, et tout cela grâce aux indices infimes dispatchés par Rowling toutes les mille pages….). Tant pis pour Vincent Crabbe, l’un des deux complices de Drago, dont l’absence dans le septième film s’explique par l’inculpation de son acteur Jamie Waylett dans un trafic de drogue ! Mais tant mieux pour les très sexy et très méchantes Pansy Parkinson (Scarlett Byrne) de Serpentard et Astoria Greengrass (Jadeo Olivia), l’épouse de Drago et petite amie réelle de Tom Felton, l’interprète de Drago – la consanguinité poudlardienne touchant autant les comédiens que leurs personnages ! Dans cette revoyure finale, si douce pour la mémoire, c’est le personnage de Cho qui, bien oubliée dans les livres après le cinquième, et méprisée par la plupart des lecteurs, se voit privilégiée de plusieurs plans significatifs – comme quoi, le premier baiser avec la première fille fait partie de l’essence d’un être. Enfin, on n’oubliera ni McGonnagal qui retrouve la place charismatique qu’elle avait dans les deux premiers épisodes et dont on savourera le «  boum » d’encouragement à Seamus autant que son sourire espiègle à Molly Weasleay après avoir avoué qu’elle rêvait depuis toujours de lancer le sortilège qui met en branle l’armée de Poudlard (sous la belle musique d'Alexandre Desplat), ni bien sûr la merveilleuse Luna Lovegood (Evanna Lynch) à la recherche de son gros nounours de Neville Londubat (Mattheu Lewis), tous deux déterminants dans la victoire de Poudlard. En fait, Joanne Rowling participe elle aussi aux « potterfictions » d’Harry Potter, précisant en interview ou en déclarations tous les détails que l’on voulait savoir sur la vie et l’avenir de ses personnages (et dont l’homosexualité de Dumbledore fit naguère le buzz), comme si pour elle, la saga devait continuer hors les cadres de ses sept volumes et s’enrichir de tous les désirs de ses fans en plus des siens. Harry Potter, ce livre dont vous êtes le héros.

D’où le plaisir exagéré de l’exégèse et dans laquelle je suis en train de tomber pour ma honte et mon bonheur. Harry Potter, ce traité de métaphysique de l’amour et de la mort, et par lequel on finira.

Dans cette épopée apparemment traditionnelle et qui comporte son lot d’épreuves spectaculaires avec dragons, araignées géantes, forêt interdite, labyrinthe, poursuite en balais volants (et compétition olympique !), potions magiques, métamorphoses, trésors à découvrir et à détruire, l’essentiel est ailleurs. La sorcellerie n’est pas tant technique que psychique. Ainsi de la fameuse « Salle sur demande » de Poudlard qui ne s’ouvre qu’à celui qui en a vraiment besoin pour faire quelque chose qu’il lui est impossible de faire ailleurs. L’usage de la magie demande autant de « dons » qu’une bonne connaissance de soi, et les cours les plus passionnants sont ceux qui permettent d’explorer son intimité – par exemple, ce qui nous fait le plus peur, ce que les Sorciers appellent nos Epouvantards, et qu’il faut apprendre à surmonter par un Ridikulus, un sort qui « ridiculise » notre peur. Ou le Patronus, ce bouclier quasi invincible qui prend la forme d’un animal immatériel et qui exprime ce qu’il y a eu de plus heureux dans notre vie. Le souvenir du bonheur comme protection existentielle de notre vie, ce n'est pas une belle vérité, ça ? La magie qui exprime ce que nous sommes et oscille entre nos désirs et nos devoirs. C’est à ce moment là qu’elle devient morale. Si dans le premier tome, Harry arrive à récupérer la pierre philosophale, ou plus exactement, si cette pierre philosophale passe subrepticement de son reflet dans le miroir à sa poche, c’est, comme le lui expliquera un peu plus tard Dumbledore avec une pointe d’orgueil, parce que seul le désir de la trouver, et non de la posséder pour s’en servir, permettait de la prendre. La magie (blanche) ne fonctionne qu’à partir de la bonne intention.

Au fond, il s’agit toujours d’exercer sa volonté propre contre la nécessité ou la matière. De jouer de son psychisme contre les choses et de sa morale contre son psychisme. Par exemple, en choisissant d’aller volontairement à Gryffondor plutôt que de se laisser aller à Serpentard. Le grand sorcier est celui qui privilégie ses choix plutôt que ses aptitudes, qui affirme sa puissance morale plutôt que sa puissance génétique. Telle est la sagesse « dumbledorienne » qui traverse toute la saga. Telle est Luna Lovegood qui porte l'amour, la bonté et la lune dans son nom, et dont les pouvoirs magiques surdéveloppés relèvent presqu'entièrement de ses blessures et de ses deuil. Ce sera grâce à elle et à son contact permanent avec les morts qu'Harry pourra parler avec le fantôme d' Helena Serdaigle et retrouver l'Horcruxe contenu dans le diadème de sa mère, Rowena Serdaigle. Histoire de mort, histoire de mère.

 


De Neville Londubat, récompensé dans le premier tome pour avoir pris le risque d’affronter ses amis parce qu’il croyait qu’ils faisaient le mal à l’acceptation par Harry de sa prochaine mort dans le dernier, en passant par l’incroyable double jeu de Rogue qui lui, mourra pour de bon, assumant jusqu’au bout son rôle d’autre « homme de Dumbledore », ce sont bien les vertus qui sont à l’honneur dans ce monde si singulier d’Harry Potter. Monde aussi païen de l’extérieur, pourrait-on dire, que chrétien de l’intérieur.  Ce sont les vertus, et le travail qui va avec, qui aguerrissent le plus à la magie. Un Neville Londubat, encore lui, gentil élève un peu lourdaud et qui, au début, a beaucoup de mal à s’intégrer, finit par se révéler, grâce à son sérieux, son courage et son humilité, comme le quatrième héros du groupe, décapitant Naguini, le serpent de Voldemort et son dernier Horcruxe. A contrario, force est de constater que les « vilains » ne sont pas si performants. Crabbe qui met le feu à la Salle sur Demande est un bien piètre sorcier. Gilderoy Lockhart, l’insupportable je-m’as-tu-vu de La chambre des secrets, se révèle le plus mauvais professeur que de mémoire de Rusard Poudlard n'ait jamais eu. Voldemort lui-même périra à force d’inhumanité, ce qui, pour Rowling, ne relève rien d’autre que d’une méconnaissance des autres et de soi. Connais-toi toi-même et aime les autres, tel pourrait se résumer son credo. Inversement, c’est sa très maternelle humanité qui fera que Narcissa Malefoy, apprenant que son fils est vivant, choisira de protéger Harry en mentant sur sa mort, trahissant de fait Voldemort,  mais rachetant l’honneur de sa famille par la noblesse de cet acte. Un instant de charité et le monde est sauvé. Quant à Harry, tout élu qu’il est (il naît à la fois puissant sorcier et milliardaire, ce que n’ont pas manqué de blâmer les lecteurs gauchistes), il se doit de faire ses preuves tout au long des sept années passées à l’école – prouvant à ses ennemis fascistes ou gauchistes que l’important n’est pas dans le don mais bien dans ce qu’on en fait. Morale banale simplement destinée aux enfants, dites-vous ? Morale immémoriale qui a éduqué l’humanité, vouliez-vous dire.

En même temps, la volonté n’est pas tout. Contrairement à ce que disait Sartre, nous ne sommes pas que libres, ce qui est à la fois déprimant et rassurant selon le point de vue cosmologique duquel on se place. Transmission et filiation, y compris les plus fâcheuses, jouent un rôle non négligeable dans nos existences, que l’on soit Moldu ou sorcier. Si Harry parle Fourchelang, c’est parce que Voldemort lui a cédé sans le savoir une partie de ses pouvoirs, sinon de son identité, quand il a voulu le tuer, enfant – et c’est tout le souci d’Harry de se demander tout au long de la saga qui il est vraiment. Au fond, les sortilèges que s’envoient les personnages sont beaucoup moins importants que les liens qui les unissent ou les désunissent. L’idée sublime du Patronus qui a fait rêver tous les lecteurs (et moi, ça serait quoi mon Patronus ? Un paon ? Un rat ? Un lion ? Un porc ?) ne prend toute sa dimension amoureuse que lorsqu’on comprend que le Patronus de Rogue est une biche comme celui de Lily, la femme aimée « à jamais » – et une biche qu’il enverra un jour à Harry, s’unissant ainsi à Lily pour protéger ce gamin qui aurait pu être son fils. Au bout du compte, et on le savait depuis longtemps, c’est l’amour qui est la magie la plus forte dans cet univers de sorciers qui ne sont autres que des hommes et des femmes. Et c’est l’amour porté jusqu’au sacrifice de soi qui est le prodige ultime et fait que le mal finit par être vaincu.

Trois sacrifices enchâssent effectivement la saga : celui de Lily pour son fils, celui de Rogue pour Lily, celui, enfin, d’Harry pour l’ensemble du monde auquel il appartient, amours, amis (et ennemis : il sauve Drago deux fois de la mort, et tente de sauver Voldemort), camarades, professeurs, parents sacrifiés. A cela, on sera tenté de rajouter la mort, assurément salvatrice, de Dumbledore – sauf que celle-ci relève moins d’un sacrifice proprement dit que d’une euthanasie organisée et stratégique (empêcher Drago Malefoy de commettre l’irréparable et faire croire à Voldemort que Rogue lui est définitivement acquis.)

 



Harry doit donc endurer l’épreuve d’une mort symbolique par laquelle il accomplira ce que Hegel appellerait son « Aufhebung » - c’est-à-dire son dépassement dialectique dans lequel les éléments positifs sont conservés et les éléments négatifs (en l’occurrence, son Horcruxe) éliminés. Certes, dans le livre, Dumbledore explique à Harry qu’en utilisant un peu de son sang (à lui, Harry) pour recréer son corps (à la fin de La coupe de feu), Voldemort n’a pas vu qu’il transférait une partie du charme de protection de Lily en lui. C’est la raison pour laquelle tant que Voldemort reste en vie, Harry ne peut mourir, le charme de Lily le protégeant dans le sein même de son ennemi - et cela sans que ce dernier ne le sente ni ne le sache. Autrement dit, chacun possède en lui ce qui protège l’autre, Harry : le Horcruxe de Voldemort, Voldemort : le charme de protection de Lily – sauf que Harry finit par se débarrasser du Horcruxe grâce à son passage dans les limbes alors que Voldemort garde en lui et jusqu’au bout ce qui fait qu’il ne peut précisément pas tuer Harry. Pire, c’est lui qui, croyant le tuer une première fois, tue son Horcruxe, sans tuer ce qui lui reste d’Harry en lui. Sans s’en rendre compte, il rompt le chiasme, la symétrie, j’allais dire la parité, l’identité, qu’il y avait entre eux. Il se sépare de ce qui le protégeait dans Harry (le Horcruxe) sans pour autant se débarrasser de ce qui en lui protège Harry de lui. Tout cela peut paraître alambiqué alors que c’est extrêmement clair sur le plan chimique et transparent sur le plan hégélien : on transcende le négatif dans le positif, on liquide le négatif, on accomplit le positif. En voyageant dans les limbes, non seulement Harry a pu se dévoldemoriser tout de bon, mais également comprendre toute cette complication consanguine, et revenir à la vie plus fringuant que jamais. Le duel final n’est alors plus qu’une formalité, Voldemort ayant déjà perdu la partie sans le savoir.

Non seulement il ne peut plus tuer Harry, vu qu’il a toujours en lui le charme de protection de Lily qui l’empêche de le faire (et il ne le sait pas !), mais en plus, la Baguette de Sureau qu’il croit être sienne appartient en fait à Harry (et il ne le sait pas non plus !). C’est que la Baguette de Sureau, considérée comme la plus puissante baguette au monde et qui a, raconte-t-on dans Le Conte des Trois Frères, le pouvoir insensé de conjurer la mort, est censée appartenir à celui qui a tué ou désarmé son ancien propriétaire, en l’occurrence Albus Dumbledore. Or, à la fin du Prince de Sang-Mêlé, c’est Drago qui a désarmé Dumbledore et c’est Rogue qui l’a tué. Voldemort, qui ignore le désarmement du premier, croit donc en toute logique que c’est Rogue l’actuel propriétaire de cette baguette et se voit dans « l’obligation » de liquider celui-ci s’il veut à son tour être le propriétaire légitime de celle-ci. Sauf qu’on le sait, Rogue ne tua Dumbledore que sous ordre de ce dernier et par conséquent ne fut jamais le maître de cette baguette. C’est donc bien à Drago qu’elle appartint un temps (et d’ailleurs sans que lui ne le sache non plus !) avant qu’Harry ne le désarme lors de la fameuse nuit passée au château Malefoy et devienne dès lors le véritable maître de cette satanée baguette (là, si vous décrochez, c’est normal, cette histoire de Sureau est infernale). Bref, Voldemort se retrouve à la fin privé de tous les fragments d’âmes qui étaient censées lui assurer l’éternité, et avec une baguette ultra puissante qui n’obéit qu’à son adversaire, lui-même revenu invincible du monde des morts ! On peut le dire, il est mal.

Mais à ces deux explications consanguine et technique (et d’ailleurs nécessaires quant à l’organisation du récit, voire à la compréhension de la réalité organique des sorciers – tout n’étant pas, comme on l’a dit, libre arbitre et volonté absolue, mais aussi sang, chair, chimie de l’amour), s’ajoute la troisième explication, métaphysique celle-ci, bien plus probante, et d’ailleurs contenue dans le livre, mais qui semble avoir beaucoup de mal à passer auprès des lecteurs, même chez les poudlardiens les plus attentifs, comme si le dégoût d’une certaine métaphysique, « chrétienne » qui plus est, était tel qu’on préférait ne pas comprendre et passer outre sur ce qui est quand même le coup de théâtre le plus vertigineux de toute la saga.

Reprenons. Si Harry a survécu à l’Avada Kedavra de Voldemort, c’est, comme on l’a vu, grâce à la « vérité de sa mère », « le fruit de ses entrailles », « mon fils c’est le plus bô », etc, etc, mais c’est aussi et surtout parce qu’à ce moment-là  il n’est pas encore au courant de toute la complication consanguine qui est en œuvre entre lui et Voldemort (ou il n’en connaît qu’une partie : qu’il est un Horcruxe et qu’il doit périr pour ça). Il va donc sincèrement,  intentionnellement, à la mort. A l’instar d’Abraham qui doit croire qu’il va réellement égorger Isaac, Harry doit croire qu’il va réellement à la mort, sans recours ni magie. La mort ne sera symbolique qu’à la condition que la souffrance d’y aller soit réelle. Le miracle de la résurrection n’aura lieu qu’en croyant qu’aucune résurrection n’est possible - et il est fort significatif qu’à ce moment-là, Harry jette par terre la Pierre de Résurrection (1). Les reliques de la mort, au fond, il faut s'en débarrasser. C'est la dernière leçon que lui donne Dumbledore dès qu’il se relève dans les limbes :

«

-    Mais vous êtes mort, dit Harry.
-    Oh oui, répondit Dumbledore d’un ton neutre.
-    Alors… Moi aussi, je suis mort ?
-    Ah, s’exclama Dumbledore, qui souriait encore plus largement. Telle est la question, n’est-ce pas ? Dans l’ensemble, mon cher Harry, je crois que non.
Ils se regardèrent. Le vieil homme rayonnait.
-    Non ? répéta Harry.
-    Non, confirma Dumbledore.
-    Mais….
Harry leva instinctivement la main vers la cicatrice en forme d’éclair. Elle semblait ne plus être là.
-    Mais j’aurais dû mourir… Je ne me suis pas défendu ! Je voulais le laisser me tuer !
-    Et c’est cela qui, à mon avis, a fait toute la différence, déclara Dumbledore. »


Renoncer à la magie pour déclencher la magie suprême, telle est la différence métaphysique fondamentale et le Graal moral de Joanne Rowling. Accepter sa mort pour protéger les autres, puis revenir à la vie pour en finir avec le mal. Le final d’Harry Potter sera bien une apocalypse. Après cette expérience des limites qui n’est qu’autre qu’une rencontre avec sa propre intériorité (puisque, comme Dumbledore le lui dit, « ce n’est pas parce que cela se passe dans ta tête que ce n’est pas réel »), Harry peut en effet réapparaître devant Voldemort tel le Commandeur devant Don Juan et lui expliquer que c’est parce qu’il avait l’intention de mourir qu’il n’est pas mort, mais qu’en revanche lui, Voldemort, n’a plus de pouvoirs, et qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps pour se repentir.

«
-    Vous ne tuerez plus personne, plus jamais. Vous ne comprenez donc pas ? J’étais prêt à mourir pour vous empêcher de faire du mal à ceux qui sont ici…
-    Mais tu n’es pas mort !
-    J’en avais l’intention et c’est cela qui a tout déterminé. J’ai fait ce que ma mère avait fait. Ils sont protégés, vous ne pouvez plus les atteindre. »


Et de rajouter que s’il veut être sauvé et ne pas devenir pour l’éternité une sorte d’avorton avorté, ultime avatar des Horcruxes, tel que l’a vu Harry dans les limbes, alors il doit au moins "essayer d'éprouver du remords", c'est-à-dire "d'être un homme". Ce qu’évidemment ce dernier refuse, parce qu'il est trop tard, parce que la rage et l' impuissance l'ont emporté, parce que l'inhumanité est hélas conséquente. L’Avada Kedavra qu’il envoie (désespéré ?) à Harry se retourne contre lui et il tombe foudroyé. L’enfer existe bel et bien dans le monde des sorciers et il y a des gens dedans. 

L’intériorité, c’est ce que ne comprenait Voldemort et qui a causé sa perte. Pourquoi le garçon a-t-il survécu ? se demandait-il sans cesse. On avait beau lui répéter que c’était parce que sa mère s’était sacrifiée pour lui, il en revenait toujours à ses histoires de « pouvoir », de « domination », de « sélection ». Pure intelligence reptilienne, sensible seulement aux instincts, il ne pénétrait pas réellement les autres. Pour lui, tout était extérieur. Tout était acte. Tout était désir ou peur, force ou faiblesse, violence ou mort. N’ayant pas de cœur, c’est le moins qu’on puisse dire, il ne sentait pas le cœur des autres – il ne sentait pas le cœur de Rogue amoureux « à jamais » de Lily. Incapable d’amour, d’amitié, d’espérance ou de charité, il ne comprenait pas que Lily se soit sacrifiée à son fils et encore moins que Rogue se soit sacrifié au souvenir de Lily. Il crut tuer Harry quand il était enfant. Il crut encore le tuer quand il était adulte. Il fit deux fois la même erreur mais le pire ne prit jamais conscience de ce double échec. Il était trop obnubilé par l’idée de sacrifier les autres en vue d’assurer sa misérable survie pour prendre en considération ceux et celles qui se sacrifiaient pour autrui et qui de fait se rendaient ou rendaient ceux pour lesquels ils se sacrifiaient plus forts que lui. Il crut que Rogue avait vaincu Dumbledore parce qu’il l’avait tué alors que c’est sur ordre de ce dernier que Rogue le fit et pour le vaincre, lui, Lord Voldemort. La vérité est qu’il avait trop peur de la mort pour pouvoir aimer la vie. C’est tout le sens du dialogue extraordinaire entre lui et Dumbledore dans la grande bataille finale de L’Ordre du Phoenix :

«
-    Il n’y a rien de pire que la mort, Dumbledore, gronda Voldemort avec hargne.
-    Tu te trompes complètement, répliqua Dumbledore (…) En vérité, ton incapacité à comprendre qu’il existe bien pire que la mort a toujours constitué ta plus grande faiblesse… »


La mort n’est rien pour celui qui est dans l’amour, tout pour celui qui ne l’est pas. Voldemort, que nous ne devrions plus qu’appeler Tom Jedusort, crut conjurer la mort par tous les moyens, en fait les plus lamentables et meurtriers, en se préparant via les Horcruxes une immortalité improbable et au fond peu souhaitable. Or, non seulement, on peut ressusciter parce que l’on a été prêt à donner sa vie (Harry) mais en plus on peut mourir sans avoir été vaincu (Dumbledore), ce qui était précisément l’impensable pour Jedusort. En ce sens, il incarna l’Antéchrist parfait – celui qui ignore intériorité et altérité, et qui ne comprend rien aux sentiments intimes des uns et des autres et encore moins à leurs desseins moraux. Jedusort périt de ne pas avoir compris Dumbledore. Rogue. Lily. Harry. Jedusort périt de n’avoir compris que son maudit pouvoir de domination, celui-là même qui causerait sa perte. Il ne vit même pas qui était pas le vrai maître de la Baguette de Sureau. Et c’est pourquoi cet immense méchant, ce redoutable vilain, cet Hitler des sorciers, apparut à la fin comme un sale con et mourut comme tel – et sans d’ailleurs qu’Harry l’ait tué lui-même. Non, c’est la mort que Jedusort lui envoya une troisième et ultime fois qui se retourna contre lui, tout simplement parce qu’à ce moment, la grandeur d’âme de Harry était telle qu’elle l’avait rendu invincible et qu’elle les protégeait, tous ses amis et lui. Ainsi triompha la vraie morale,  la seule qui satisfasse l’esprit, à savoir que le méchant n’était pas si intelligent.

Quant au cher Séverus, dont on aurait tellement souhaité qu’il apparaisse lui aussi à Harry avant le duel avec Voldemort, ou mieux, après celui-ci, dans les limbes, aux côtés de Dumbeldore, et qu’ils s’expliquent, se pardonnent, se réconcilient, et se scellent,  « à jamais », une reconnaissance d’outre-tombe, sans doute a-t-il rejoint les vignettes des plus grands mages de l’Histoire contenues dans les paquets de Chocogrenouilles et que s’arrachent les premières années. Au moins sera-t-il devenu, et malgré la fumeuse biographie de Rita Skeeter intitulée « Rogue : ange ou crapule ? », le sorcier le plus vénéré de son temps pour son héroïsme, son intelligence, sa fidélité, et celui dont le destin tragique émeut le plus les écoliers. Pour le reste, mon Dieu, espérons que là où il est, il est bien.



Pierre Cormary



(1)- L’on pourra me rétorquer que c’est sans doute forcer un brin l’interprétation de cette  Pierre de Résurrection puisque celle-ci ne « ressuscite » que les fantômes des êtres aimés et ne sert pas du tout à ressusciter soi-même, mais reconnaissons que ce geste de renoncement final a tout de même sa part signifiante à laquelle on ne peut s’empêcher de penser.



Toutes les réactions (16)

1. 19/08/2011 01:07 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotÉbouriffant !

Je crois que je ne me lasserais jamais de vous lire, monsieur Pierre.

2. 19/08/2011 16:00 - J.

J.Parfait, le début et la citation de Baudelaire (pas le temps de lire le reste tout de suite). Ce mépris est maladif en République des Arts et Lettres (R.A.L.) où les récits d'imagination sont tenus pour moins que rien. Pas aux Etats-Unis où un Dan Simmons parle d'une branche "sérieuse" partant de Henry James et une "imaginative" de R.L. Stevenson (où il inclut aussi sans doute Jules Verne). Lui-même appartiendrait plutôt à la deuxième. De fait un auteur comme Dan Simmons est déjà très nettement au-dessus de la plupart des littérateurs français actuels se réclamant d'un art "supérieur".

3. 19/08/2011 23:41 - commequirait

commequiraitIl n'est pas absurde de consacrer un article à Harry Potter ; au contraire, il est judicieux de se pencher sur les productions de Rowling et de s'interroger sur les raisons de son succès.

Cela dit, il y a beaucoup de choses dans cet article, à mon sens beaucoup trop.
Difficile d'y distinguer la thèse entre les nombreuses parenthèses.

Monsieur Cormary, vous semblez condamner une certaine forme d'élitisme ou de snobisme qui consiste à tenir pour rien tout ce qui n'est pas labellisé "intellectuel, littérature ou art". Ce faisant, vous vous livrez à une analyse réellement (ou artificiellement ?) élitiste dont, je le crains, peu de lecteurs auront la patience (issu du verbe souffrir en latin...) de venir à bout.

Je ne doute pas qu'on puisse discerner certains thèmes intéressants dans Harry Potter mais à ce compte là, Candy et Albator méritent également une thèse (et c'est largement réalisable).

Je le répète : je n'ai rien contre ces livres (films) mais votre analyse s'apparente à un canular (est-ce le cas ?).
Dans la rubrique littéraire, je vous soumets une idée supplémentaire : Tintin et sa vie sexuelle inexistante (ou moralement réprouvable...cf. Milou) mais je crois que cela a déjà plus ou moins été traité.

4. 20/08/2011 16:27 - Nach Mavidou

Nach MavidouN'étant pas lecteur de Harry Potter, je passe à côté d'une grande part de la portée de cet article.

Mais je comprends que les fans soient intéressés par cet essai d'analyse et au vu de la passion de certains d'entre eux, je ne crois pas que ce soit un pensum pour eux de lire cela, bien au contraire, pour essayer d'aller plus loin avec Pierre Cormary dans l'oeuvre qui les a captivés tous ensemble. Je ne peux les accompagner, mais je peux les comprendre par une simple comparaison avec d'autres cycles issus de la culture populaire dont je suis féru.

Je retiendrai néanmoins les premiers développements, plus généraux, forment une déclaration esthétique au fond simple, mais qu'on ne redira jamais assez surtout dans le paysage intellectuel français (PIF !) contemporain.

Au reste, j'aime bien Dan Simmons aussi (même si je suis loin d'avoir tout lu tant il est prolifique). Lui aussi se complaît à des exercices de style bien balisés, il assume de truffer son écriture d'astuces pompières "comme au cinéma". Et pourtant, certaines de ses œuvres m'ont bouleversé. Je ne dis pas captivé par le suspense ou l'angoisse saignante, je dis bien bouleversé par leur profondeur.



que cela s'adresse au cercle plus restreint (mais pourtant large)

5. 21/08/2011 03:20 - carpenoctem

carpenoctemSoyons sérieux.

On se trompe d'objet d'analyse, ici. L'oeuvre de Rowling n'est qu'un point, une anecdote, à la limite un symptôme parmi tant d'autres. Pourquoi ne pas avoir fouiller les poubelles de Tolkien à la place? Ou bien celles d'Avatar? Ou celles de toute la pléthore d'auteurs puérils qui est citée? On n'en finirait plus. On salirait son oeil et son esprit dans un tel bourbier. À l'instar du pentathlète dont parle Platon dans les Amoureux rivaux, ce n'est pas en connaissant plusieurs domaines de façon spécialisée que l'on s'élève vers une vision plus vraie ou plus englobante de la réalité, c'est au contraire en la prenant comme un Tout. Non pas analyser dans les moindres détails chacune de ses parties ou de ses points (Rowling étant l'un de ces points), mais prendre du recul ce qui implique de ne pas trop en savoir sur un détail particulier (surtout quand ce détail s'avère particulièrement crasseux). Il y a spécialisation dans l'anecdotique, ici. Mauvais cible. Mauvais sujet. On se colle l'oeil sur le détail d'un tableau en espérant saisir l'ensemble. Rowling ne peut qu'être citée très brièvement, le plus brièvement possible, à titre d'illustration dans un ouvrage plus large traitant de l'infanto-occultisme, par exemple, ou de l'anglo-spiritisme. En hérésiologie, on dit que l'erreur participe du multiple, l'orthodoxie de l'unité. Hé bien, Rowling n'est qu'une des infinies manifestations du multiple qui ensorcelle le monde.

Mais que diable allait-on faire dans cette galère?

6. 21/08/2011 08:13 - tantumphilosophiapotuitsuaderemalorum

tantumphilosophiapotuitsuaderemalorum@ carpenoctem : si tout le monde planait à vos hauteurs, les cieux seraient sans doute trop encombrés à votre goût : laissez donc aux mortels leurs plaisirs éphémères et contemplez vos essences sans vouloir dégoûter la plèbe de ce qui nourrit son imagination. Blague à part, vous êtes en pleine inflation de l'ego suite à l'ingestion d'un pensée trop élevée pour vous, pour l'instant... laissez ce bon Platon un moment, et allez faire une partie de Mario Kart.
Du reste, sur le fondde l'article, on pourrait surenchérir : qui doutera que Stephen King et Tolkien survivront à Beckett et à Marguerite Duras ? Le modernisme a placé la littérature d'art bas que n'importe quelle pochade de genre... non ?

7. 21/08/2011 09:42 - h

hEst-on obligé de s'adonner à une telle frénésie de name dropping lorsqu'on veut répondre aux Inrockuptibles ?

8. 23/08/2011 12:03 - nikko

nikko"La mort ne sera symbolique qu’à la condition que la souffrance d’y aller soit réelle."

la classe,

un très bel article. je m'attendais, après un titre que je prenais à tort pour de l'ironie, à une mise à mort en règle de cette oeuvre et c'est avec surprise que je me suis plongé dans un article écrit par un véritable admirateur. il y aurait tant à dire mais là je suis un peu bluffé et sans voix. merci

9. 26/08/2011 18:09 - Hawkeye

HawkeyeExcellent article en effet, et qui permet une remarque. S'il y a des arts, des œuvres et des artistes majeurs, tandis que d'autres sont mineurs, je pense qu'il faut se garder de fixer le rang de chacun dans le classement.

Mark Twain, que vous citez dans votre listes 'd'artistes mineurs' est loin d'en faire partie. On pense toujours non aux romans Tom Sawyer ou Hucklbery Finn, mais aux images d'Epinal qui en ont été tiré. Twain est le point de départ de la littérature américaine moderne. autant dans la langue que dans la thématique. Sans Twain, il n'y aurait pas Hemingway, Faukner ou Pynchon.

Je pense que l'importance d'un artiste ou d'un art se mesure à sa portée. Jane Austen était jusqu'à récemment une charmante écrivaine pour jeunes filles; elle est aujourd'hui considérée comme l'auteur le plus percutant de sa génération. Hitchcock de son vivant était vu comme un grand bonimenteur. il et maintenant classé parmi les artistes les plus importants du siècle. Les changement sont des réévaluation qui mettent ces atristes à leur juste valeur.

Quelle est la véritable valeur de Rowling?

10. 02/09/2011 14:10 - J.

J.@Nach Mavidou
J'apprécie personnellement ce côté discipliné qui permet des livres qui se tiennent jusqu'au bout de leurs 400 ou 600 pages... Si jamais, un des derniers Simmons, Flashback, situé en 2036, m'a bien bien plu.

11. 02/09/2011 22:48 - commequidirait

commequidirait@J : pourriez-vous traduire votre message s'il vous plait ? Qu'est-ce que vous appellez "ce côté discipliné" ?

12. 03/09/2011 09:52 - J.

J.Rien de funeste, je vous rassure, c'était en écho à la remarque de Nach Mavidou sur les "exercices de style bien balisés". J'aurais pu dire simplement "cette rigueur".

13. 04/09/2011 18:54 - commequidirait

commequidirait@ J : compris, merci de votre reponse.

14. 05/09/2011 15:50 - Florent

FlorentEtrange parfum de fiotte qui flotte sur ce texte...ne critiquez pas trop les incorruptibles, il ont leur place en notre temps, ils sont nécéssaires à notre temps, et notre temps vous soulage tellement !

15. 05/09/2011 16:03 - ichbinrodolphe

ichbinrodolphe Ben m.. alors ,je croyais bien connaître l'oeuvre de Rowling , mais votre article est tout simplement époustouflant ! et au fait c'est bien vous tantumphilosopha...?

16. 05/09/2011 23:08 - commequidirait

commequidiraitEt sinon, vous avez decide ?
Vous comptez pondre un article tous les 3 mois sur Harry Potter ou abandonner definitivement le site ? Ce ne serait pas plus mal de rendre les choses claires a un moment ou autre... Moi je dis ca comme ca...
(excusez-moi, pas d'accent sur mon clavier... ou en tout cas, difficiles a trouver)

Ring 2012
Pierre Cormary par Pierre Cormary

Littérateur et éditorialiste. Ring Wall of Fame.

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Ébouriffant ! Je crois que je ne me lasserais jamais de vous lire, monsieur Pierre.

Sylvain Métafiot19/08/2011 01:07 Sylvain Métafiot
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