L'atroce censure nazie d'une artiste/victime aux Beaux-Arts
SURLERING.COM - FRANCE - par Laurent Obertone - le 01/03/2010 - 17 réactions -

L'œuvre de Siu-Ian-Ko a été remise en place.
L'œuvre, ce sont les quatre mots : travailler, moins, gagner, plus, imprimés sur autant de banderoles suspendues sur les façades des Beaux-Arts à Paris. Un quelconque esprit fort, mû par on ne sait quelle pensée folle, a fait décrocher cette œuvre. Bien évidemment, la presse spécialisée dans ce genre de scandale s'est indignée. Libération, Télérama, le Nouvel Obs, Le Monde, Gala, etc, tous n'avaient pas de mots assez élogieux pour l'artiste et assez durs pour le conservateur indélicat, sorte de zombie qui tombe à point nommé pour tenir la foule en haleine, pour exhumer une sorte de conflit dans la torpeur de notre époque, et enfin pour faire croire que l'Art existe encore.
C'est Télérama qui en parle le mieux :
"Siu-Ian-Ko, une jeune artiste prometteuse, performeuse engagée, se recouvrant de sang lors des commémorations de Tian'anmen, faisant voyager dans le monde entier des performances subtiles sur le sort des Tibétains – elle a longtemps travaillé au Tibet pour des ONG. Une jeune femme passionnée par les signes, les idéogrammes chinois, les slogans de propagande. Ses performances mêlent puissance poétique, force conceptuelle et contestation politique".
Gala va plus loin, et titre : "Le jour où l'art l'a emporté sur le politiquement correct".
Attachez vos ceintures, échauffez vos zygomatiques, on peut donc en déduire qu'il est "politiquement incorrect" de critiquer Nicolas Sarkozy, et que l'Art avec un grand A, dans ce non-événement, a remporté une grande victoire… Gala, très en forme, présente l'artiste comme "inspirée". Inspirée? Cette détourneuse professionnelle, cette performeuse en la matière, devrait savoir que les blagues les plus lourdes sur ce slogan ont fini de faire rire depuis longtemps les gros bras de la CGT.
Quant à la performance... Quatre banderoles illustrant un détournement à la portée d'un enfant de 11 ans méritent d'être suspendues à toutes les façades de France, au nom de la liberté des artistes ?
D'abord, qui sont les artistes ? Tout le monde, bien sûr.
 La Nartiste en question
L'art, comme tout le reste, n'a pas échappé aux avancées de notre géniale époque. Tout le monde est égal. Tout le monde peut faire de l'art. Tous les arts se valent. Tous les gens sont donc des artistes sans qu'aucun ne puisse jouir d'une estime supérieure. Pour se faire remarquer au milieu de cet océan artistique, où chaque individu capricieux voudrait avoir sa minute de gloriole spirituelle, il faut donc choquer, se faire remarquer, dans ce qui se transforme en une vaste course à l'outrance. Pour jouir du statut d'artiste, les gens semblent prêts à tout, tels des publicitaires en mal d'idées-chocs.
Comme cet artiste qui a exposé un chien attaché dans un coin de son musée, jusqu'à ce que l'animal succombe, sous les yeux des visiteurs ébahis, de faim et de soif. Une œuvre majeure, assurément. Comme cette jeune américaine, inséminée à 16 reprises pour se faire avorter autant de fois, dans le but de composer une œuvre d'art avec ses fœtus. Comme cette œuvre de Xiao Yu exposée à Berne, qui présentait une tête de fœtus greffée sur un corps de mouette. Comme cette autre œuvre de Sun Yu (la Chine est décidément très en avance sur nous autres) qui présente un homme en train de manger un fœtus. Oui, les fœtus sont véritables. Choquant ? Inadmissible ? C'est de l'Art. Voilà la réponse qui tombera systématiquement. Interdire ? Et l'ouverture d'esprit ? Le principe de l'Art n'est-il pas d'être en avance sur sa société ? Si demain un artiste incompris décide que la pédophilie est un art, pourra-t-on objecter quoi que ce soit ? L'enrobage sacré de l'Art contemporain exige que l'on ne pose pas de question.
Il est loin le temps des petites peintures au foyer, recherchées mais solitaires. Il faut du clinquant, du tape-à-l'œil, de l'Art qui se voit, qui tâche, à défaut d'être talentueux. Et si l'œuvre en elle-même ne mérite malgré tout aucune attention du grand public, alors associons-la à la puissance d'un vieux symbole souillé. D'une part, vous avez des homards en plastique, d'autre part, vous avez un fœtus. A priori, rien d'extraordinaire. Accrochez vos homards aux plafonds de Versailles, mangez votre fœtus, là, ça devient de l'Art. Et ça ne se discute pas. Comme les Beaux-Arts, où cette étudiante chinoise a suspendu ses quatre banderoles "inspirées".
Originellement, l'Art, c'est la beauté dans un style abouti, dans un ordre imposé au chaos. La puissance de l'Art ne peut être en l'absence de règles. On considère aujourd'hui que le n'importe quoi ferait le génie. Les artistes contemporains seraient comme les enfants-chéris de l'éducation nationale, dépourvus d'enseignement et livrés à eux-mêmes, à leur génie, en somme. Or, l'homme de naît pas Dieu. Ses créations ne peuvent devenir de l'Art qu'après un long travail, soumis à de contraignantes règles. Comme la musique, qui ordonne les sons et les notes, comme la peinture qui ordonne les couleurs et les matériaux, et qui prend en compte une infinité de paramètres pour confiner à la perfection plastique. L'Art contemporain, ce n'est pas de l'art. Les artistes contemporains, ce ne sont pas des artistes. L'avant-garde, c'est la première mode. Il n'y a aucun caractère dans cette avant-garde, si ce n'est celui de céder à tout, avec une perméabilité intellectuelle déconcertante. Pour tenter de dissimuler cette cruelle absence, on se dit qu'il y a quelque chose dans tout, on fait semblant de comprendre le vide de ces œuvres obscènes et monotones, on donne de l'emphase aux choses sans profondeur, on parle d'artiste inspirée, d'œuvre engagée… Et de la nécessité absolue de respecter la liberté totale d'expression des artistes. Donc de respecter l'expression de tout un chacun, si abjecte soit-elle. C'est pour cela que Philippe Muray estimait que l'Art véritable de notre époque n'existait plus que dans la critique véritable.
Dans cette prolifération délirante, bientôt indistincte et infinie, reste le télescopage des Arts. Peut-on tout faire à Versailles ou aux Beaux-Arts ? Versailles est considéré, encore, comme un patrimoine, une œuvre. Personne ne s'en inquiète : elle représente surtout une histoire et un passé, un temps où l'inégalité entre les hommes et entre les artistes était assumée. Pour autant, pourra-t-on prochainement barbouiller la Joconde, par exemple en y greffant quelques morceaux de fœtus, au nom de l'Art contemporain et conquérant, au nom de la liberté d'expression des artistes en avance ? Lorsque l'on constate à quel point il ne restera rien de ces derniers dans quelques années, on peut s'inquiéter du fait qu'ils soient tant à l'image de notre société... Et jusqu'où pourront aller ces citoyens du monde devenus artistes pour le pire, dans leur quête de l'œuvre qui fait parler, dans leur quête de l'œuvre qui parait intelligente et inspirée, simplement parce qu'elle dépasse (en outrance) la pensée de leurs contemporains ?
"Il doit bien y avoir quelque part un peintre moderne qui utilise pour ses jaunes et ses ocres ses matières fécales", disait Davila. Il en existe qui accrochent des homards aux plafonds de Versailles, qui suspendent des banderoles sur les Beaux-Arts, qui laissent crever des chiens, et qui greffent des têtes de fœtus sur des mouettes. On peut se montrer raisonnablement optimiste quant à votre prophétie, M. Davila… Réjouissons-nous, ce n'est encore qu'un début.
Laurent Obertone
Toutes les réactions (17)
1. 01/03/2010 10:28 - Amaury Watremez
L'art n'est plus que de la spéculation, et de l'épate bourgeois continuel ce qui permet au pékin moyen de croire qu'il "est un peu l'homme du XXIème siècle" pour pasticher Madame Mado dans "les Tontons flingueurs".
2. 01/03/2010 10:58 - Max
"D'une part, vous avez des homards en plastique, d'autre part, vous avez un fœtus. A priori, rien d'extraordinaire. Accrochez vos homards aux plafonds de Versailles, mangez votre fœtus, là, ça devient de l'Art."
Je vais l'apprendre par coeur celle-ci.
3. 01/03/2010 11:22 - Laurent Obertone
Ce qui est assez agaçant là dedans, c'est l'arrogance de "l'artiste", qui menace de s'en aller comme une princesse, pour exercer ses talents chez des gens qui "la comprennent"...
Le pire, c'est que certains l'ont retenue.
4. 01/03/2010 11:45 - Lucie
Elle est Chinoise enfin, salauds d'Occidendaux ! C'est une victime du totalitarisme donc elle sait de quoi elle parle ! ;)
5. 01/03/2010 15:01 - lily
C'est la première voix "discordante" qu'il me soit donnée de lire concernant notre Hardtiste oppressée , ailleurs (et nottament parmis differentes communautés de dessinateurs, d'illustrateurs , peintres... ( naïvement je les croyais moins atteints...) ), eh bien partout les mêmes petits cris , liberté-qu'on-assassine , muselage de la dissidence , heures sombres de l'Histoire et parallèle avec l"'entartete Kunst' , la totale ,c'est l'unanimité ( ..l'humaninité? ) pour fustiger cet acte totalitaire perpetré à l'encontre de not' petite Siu-Ian-Ko,oui -oui -oui, toi -aussi- résistes -voila- nos -vrais -combats-quoi ...
Bref , pour ça (et d'autres choses), merci le Ring
6. 01/03/2010 17:57 - Jérôme
Pas si loin que ça, " le temps des petites peintures au foyer, recherchées mais solitaires." Si vous en voulez un exemple : allez sur www.jeromearbonville.fr. Un peintre modeste et ambitieux qui trace sa voie en solitaire en emmerdant les nartistes.
Amicalement
J. ARBONVILLE
7. 02/03/2010 16:28 - beast
C'est se tromper de voie que de considérer que l'art se quantifie aux diplômes ou aux années passées à travailler cet art et qu'ils doivent s'inscrire dans une perspective de perfection plastique. C'est pour commercialiser l'art au plus grand nombre que l'on veut y apposer des arguments quantifiables, de nombres d'heures supp. ou de pseudo engagement politique outrancier dont vous avez décrits les traits. (Quoiqu'en l'occurrence, on ne puisse vraiment pas parler d'outrance pour cette jeune artiste, elle a piqué tous ses slogans aux cégétistes) L'art, n'en déplaise aux démocrates en appelle aux cordes trop sensibles de l'homme pour qu'il puisse être généralisé et justifié sous des arguments. Les beaux-arts sont dans la même impasse de globalisation mondiale que n'importe quel autre domaine. C'est là leur plus grand tort.
8. 03/03/2010 20:05 - Vespasien
Puisque l'auteur de l'article cite ci justement Nicolas Gomez Davila, il me semble judicieux de tordre le coup à ce "canard" si boiteux qu'est "l'art" contemporain en citant quelques citations de cet écrivain:
"Contrairement à l’art d’autres époques, l’art actuel est inintelligible sans l’esthétique doctrinaire qui l’étaye.", "L’uniforme d’artiste est un déguisement de bourgeois.", "La grande ambition de l’artiste actuel, c’est que la société le couvre d’opprobre et la presse d’éloges.", "L’artiste contemporain se rebelle contre la bourgeoisie pour lui vendre plus cher ses œuvres.", “L’art révolutionnaire finit par décorer les salons du quincailler enrichi.", "L’innovation, dans les arts, s’est révélée un opportun substitut commercial au talent.", "Parmi les artistes, ce qui abonde, c’est la triste espèce des imposteurs sincères.", "Une œuvre d’art, aujourd’hui, c’est n’importe quel objet qui coûte cher."
Tellement juste....
9. 03/03/2010 22:17 - Laurent Obertone
Et il y a celle-ci, admirable : "le diable se cache dans l'art abstrait. Représenter, c'est se soumettre".
10. 04/03/2010 02:42 - Crashtest
Haha! Avez-vous dit arrivisme artistique? Je crois que c'est le nom d'un cursus aux beaux-arts...
11. 04/03/2010 19:48 - collpase
Beau texte ! Mis en ligne sur http://collapsus.wordpress.com/ (en date du 02 mars)... Je voudrais signaler le récent livre de JL Harouel, La grande falsification, l'art contemporain, aux éd. J-C Godefroy...
L' "art" comme la "culture" en général, sont en France et peut-être plus qu'ailleurs aux mains des Khmers rouges...
12. 05/03/2010 06:40 - Felix D.
Je trouve cette conception de l'art contemporain assez étroite d'esprit, et vraiment subjective.
L'art de nos jours n'est qu'une simple évolution des années de peinture et de sculpture qui nous précèdent. Le fait est, que depuis les grands maitres de la Renaissance tel Michel-Ange ou De Vinci, et même ultérieurement, la peinture a atteint une telle perfection, qu'il n'est plus attrayant pour un artiste de passer 4 ans a réaliser et peaufiner une fresque (cf. Chapelle Sixtine).
Et cela car notre monde est en mouvement permanent, et notre quotidien se situe de plus en plus dans l'éphémère.
Marcel Duchamp et sa "Fontaine" en 1917 nous apportaient une entrevue sur ce qu'allait se dérouler dans l'art contemporain. Il nous a démontré que tout (et rien) pouvait être élevés au rang d'oeuvres a part entière. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est présenté en tant qu' "oeuvre" est beau et esthétique. Parmi tous ces milliers d'artistes qui produisent des oeuvres, combien de centaines sont-elles vues par d'autres personnes, et combien de dizaines sont-elles médiatisées? Moins encore resteront dans la postérité..
De plus, je suis convaincu que les artistes ont à toutes les époques réaliser des oeuvres grâce aux prouesses et avances technologiques de leurs temps. Notre monde étant fortement industrialisé et technologiquement avancé, il est clair que les hommes créeront des oeuvres "différentes", et s'inspirant d'une urbanité et d'une culture "souterraine".
Les productions dans les champs de la sculpture et de la peinture contemporaines sont vraiment remarquables, et je pense que vous devriez ouvrir les yeux et regarder ce qui se fait de nos jours.
Amicalement.
Felix.
13. 05/03/2010 16:26 - Mallory
Une oeuvre ne devient' elle pas oeuvre d' art par les regards extérieurs qui lui sont portés ?
Par ce que si tel est le cas, en partant du fait précis qu' il y a des cons partout, il y aura toujours quelqu' un pour dire qu' un rouleaux de pq sur une commode louis XIV exposé a Beaubourg c' est de l' Art, ou que le clown triste au dessus du canapé à quelque chose d' émouvant, c' est donc a chaqu' un selon son individualité, sa culture, ses émotions et tout ce qui le compose, de déterminer une oeuvre comme oeuvre d' art ou oeuvre simplement. L' Art est totalement subjectif, et n' en finira pas de nourrir les conversations, plus ou moins stériles, et ce type de travail artistique ( ou pas ) possède au moins le mérite de soulever des échanges entre les hommes , ( et ça nous change de la burqa, des régionales etc ... )
14. 05/03/2010 17:16 - Mickey
Pour moi le véritable Art c'est exactement comme dans la pub d'Orange où on voit les 2 homos se prendre une "claque" au musée. C'est une création qui fait l'unanimité. Qui s'apprécie aussi bien des spécialistes que des spectateurs.
Après il existe une multitude d'arts mineurs. L'art est qqchose qu'il faudrait je pense "catégoriser" en fonction de la charge de travail et du talent objectif de l'artiste.
15. 06/07/2010 01:41 - ed quarter
Vous êtes, M. Obertone, très dur avec les enfants de 11 ans.
16. 12/07/2010 00:07 - Serildune
"Il doit bien y avoir quelque part un peintre moderne qui utilise pour ses jaunes et ses ocres ses matières fécales", disait Davila....
A titre informatif, allez jeter un oeil du coté de Gérard Gasiorowski.
"...Celui-ci mélange ses excréments à des plantes aromatiques, obtenant ainsi un produit avec lequel il fabrique des compositions à la manière de Cézanne, il s'agit des Tourtes (1977) sortes de galettes d'excréments que Gasiorowski dispose comme les pommes de Cézanne. Le jus des Tourtes est lui recueilli et utilisé pour peindre la série des Jus...." (article sur wikipedia)
17. 03/01/2011 14:39 - Orlando
@FélixD:oui mais sur le cas traité êtes vous d'accord ou pas ?je trouve que la définition de Davila de l'art actuel est géniale : "l'art actuel est inintelligible sans l'esthétique doctrinaire qui l'étaye ".Sauf que la définition me semble encore optimiste et qu'il faudrait écrire :l'art actuel n'a pas d'existence sans l'esthétique doctrinaire qui l'étaye .
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Dernière réaction L'art n'est plus que de la spéculation, et de l'épate bourgeois continuel ce qui permet au pékin moyen de croire qu'il "est un peu l'homme du XXIème siècle" pour pasticher Madame Mado dans "les...  01/03/2010 10:28 Amaury Watremez
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