Peter Jackson : les deux boules de titaneSURLERING.COM - CULTURISME - par David Vanneste - le 28/12/2012 - 3 réactions -
Scénariste catastrophique, producteur empoté, réalisateur paresseux, Peter Jackson n'accumule pas les qualités pour exciter le cinéphile. Radoteur pédant, feignasse cérébrale, adolescent éternel, le cinéphile est quelqu'un dont il faut souvent se méfier. Témérité pendulaire, culot double-ovoïde, océan de testostérone, la paire de couilles de Peter Jackson est un phénomène que les hommes de goût sauront admirer. Maintenant que le cinéaste néo-zélandais a atteint un âge moyen et qu'il semble avoir trouvé un poids médian, on peut jeter un regard un peu synthétique sur sa carrière et voir qu'au-delà de la montagne de dollars et du paquet de mauvais films se trouve une belle série de coups de bluff soutenue par un courage exemplaire. Parce qu'il en fallait quand même du courage, et donc du matos dans le calbut, pour oser s'attaquer à l'adaptation d'un roman inadaptable, le Seigneur des Anneaux de John Ronald Reuel Tolkien, quand à l'époque il n'avait que des films d'horreur fauchés dans la colonne « expérience professionnelle » de son CV. Il en fallait des burnes pour dire aux frères Weinstein, qui voulaient misérablement réduire le roman à un seul film de deux heures, d'aller se faire foutre et essayer de convaincre la New Line de dégager les moyens adéquats pour faire trois films entièrement en Nouvelle-Zélande, lors d'une ultime réunion de la dernière chance avec comme seul outil pour convaincre une bande VHS montrant de mauvaises images de casques et d'épées. Peter Jackson est le genre de gars qui braque tout le monde au poker avec une paire. Mais une très grosse paire. On connaît le résultat, la New Line accepte de lui donner les sous et il livre une trilogie du Seigneur de Anneaux plutôt satisfaisante artistiquement qui rafle trois milliards de dollars rien qu'avec les entrées en salle. On murmure que quatre autres milliards auraient été ramassés par la vente de DVD et des droits pour les télévisions du monde entier. Il est bon de rappeler qu'il faut d'abord avoir des couilles avant de pouvoir se les faire en or. Évidemment il y a un tas de défauts dans ces trois films qui vont connaître trois petits frères les prochaines années : fixation sur le texte qui tue parfois le souffle cinématographique, musique omniprésente, effets de mise en scène balourds (abus de ralentis et d'ornementations, chaque moment dramatique est souligné d'un "nooooooooooo" interminable, chaque putain de décors est garni de statues en polystyrène),... Mais encore, du courage et du flair pour imposer le choix d'Andy Serkis dans le rôle de Gollum, justement parce qu'il a l'air d'un grand malade mental et probablement les neurones assez ravagés pour passer le reste de sa carrière à jouer dans une combinaison d'homme-grenouille. Le point culminant de ces films ne serra pas le sommet du mont du Destin mais la mise au point de la technologie de la performance capture qui permet de donner vie à n'importe quelle créature artificielle. Fantasme de réalisateur exaucé : contrôle absolu et créativité sans limite. C'est dans son rôle de développeur de technologies que Jackson est devenu un grand nabab incontournable du cinéma. Il a des participations dans une vingtaine de sociétés basées à Wellington et impliquées dans chaque étape de la production d'un long-métrage ; la plus connue d'entre elles, Weta Digital, est aujourd'hui la référence mondiale des images numériques et de l'animation par performance capture. On retrouve cette compagnie au générique d'à peu près tous les films au budget supérieur à cent millions de dollars, c'est son savoir-faire qui a permis à James Cameron de réaliser Avatar. C'était insupportable et ce sera encore plus difficile à supporter quand les prochains épisodes d'Avatar envahiront les salles et les supermarchés, mais on ne peut tout de même pas reprocher à Peter Jackson d'avoir donné des instruments à un ringard qui a cru qu'une mixture de Danse avec les Loups et Ushuaïa serait l'idée du siècle. Jackson est un faiseur d'outils, que ceux-ci soient mal utilisés pour produire des navets trop cuits à la vapeur, c'est le dernier de ses soucis. C'est encore trop tôt pour juger des résultats artistiques de ces nouvelles techniques, il faut espérer qu'une jeune génération de cinéastes (Neill Blomkamp, David Jones, Jeff Nichols ?) puisse s'en emparer pour proposer des utilisations intéressantes. Aujourd'hui l'oncle Peter revient avec le Hobbit, un scénario faiblard adapté du roman qui précède le Seigneur des Anneaux, pour tirer en longueur sur trois nouveaux films ce qui aurait du être une revisitation légère et resserrée d'un univers qu'il avait mis en image il y a dix ans. Il revient surtout avec de nouveaux jouets technologiques. Principalement une caméra digitale 3D à très haute résolution qui capture 48 images par seconde au lieu des 24 habituelles. Alors que personne n'ose tenter le truc et que la plupart des cinémas dans le monde ne sont pas équipés pour une projection de ce type, ben il s'en fout, Peter, et met ses couilles sur la table. Technique incroyable qui devient une métaphore du film, le pointillisme digital à haut défilement est un ogre qui mange et détruit les autres techniques traditionnelles et artisanales du cinéma comme l'éclairage, le maquillage, la fabrication de costumes et de décors. Cette nouvelle image, réseau infini de points lumineux, nous englobe dans un rêve éthéré, un voyage insomniaque où plus rien ne semble réel. Le grand courage de Peter Jackson c'est de faire de sa carrière et de ses films une double ode à l'Occident. Il ne faut pas s’appesantir sur les références évidentes, dans les films et les romans, à l'histoire chrétienne : obligation de porter le poids du péché, salut par le sacrifice, évocation de la douceur et la lumière du Paradis, idéal chevaleresque,... Plus intéressant est le parallèle étonnant entre les aventures des héros de la Terre du Milieu qui se battent contre la Technique devenue folle, représentée par un anneau qui est autant un symbole de pouvoir que de soumission, et le processus de réalisation des films. Les hobbits, nains, elfes et hommes sont des peuples distincts mais tous dépositaires d'un éclat de beauté et à la recherche d'un certain équilibre entre les arts et les techniques. Les forces du mal, elles, déploient des industries qui dévorent les espaces vitaux pour en faire des territoires normalisés et sans dimension, les créatures maléfiques sont générées en batterie par une institution globalisante, aucune trace de lignage ou d'identité pour ces pauvres bougres sans qualité, sans individualité, grouillant dans la boue. Ce sont les mêmes périls qu'affrontent le réalisateur et toute son équipe, l'épée à double tranchant de la Technique qui permet la réalisation des films pouvant à tout moment se retourner contre eux pour qu'au final ils ne produisent rien d'autre que des artefacts sans singularité. Peter Jackson lui-même comprend parfaitement le lien entre la quête romancée en Terre du Milieu et ses pérégrinations bien réelles en Nouvelle-Zélande en donnant, plus qu'aucun autre réalisateur avant lui, une importance cardinale aux admirables reportages expliquant la fabrication de ses longs-métrages. C'est très simple, dans le coffret DVD du Seigneur des Anneaux il y a autant d'heures de making-of que de film et il est allé encore plus loin pour le Hobbit puisque des vidéos sur l'état d'avancement de la production étaient régulièrement mises à la vue du public avant la sortie en salle. Dans la lumière de ces vidéos, on peut voir une myriade de génies individuels associant leurs compétences autour du grand projet artistique : des ingénieurs allumés qui planchent sur de nouveaux systèmes de contrôle des prises de vue, des passionnés de son qui jonglent avec des centaines de pistes d'effets, de patients costumiers qui collent des milliers de cheveux sur des perruques bizarres, des décorateurs qui déploient des trésors d'imagination pour construire des villes en carton sur des flancs de montagne. Dans l'ombre se trouvent les dangers de la Technique qui finit par tout phagocyter : hypnotisation par les images quand les assistants de montage se révèlent incapables de décoller leur rétine de l'écran et de faire un choix, transport de tonnes de matériel vers un paysage paradisiaque avec risque de le saccager, croissance du numérique qui menace à chaque instant de remplacer toute chose réelle, massification d'une industrie qui promet des conflits sociaux à l'échelle mondiale au moment où la Warner tente de délocaliser le tournage devant le blocage d'un syndicat néo-zélandais... Là encore, Peter Jackson fait appel à ce que sa famille lui a donné de plus précieux, ses bijoux, pour porter les talents de milliers de personnes sur ses épaules et partir en mission : utiliser et développer les techniques pour le mieux tout en les contrôlant pour éviter le pire. Mission accomplie ? Certainement pas, cette mission n'a pas de fin, c'est une course sans ligne d'arrivée. Histoire de notre civilisation. Peter Jackson est un entrepreneur opiniâtre, magnanime, chaleureux et incroyablement couillu. Devant de tels attributs, on ne peut qu'applaudir. David Vanneste Toutes les réactions (3)1. 31/12/2012 15:50 - Rosco
2. 03/01/2013 12:36 - Vici
3. 04/01/2013 17:17 - Carson
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Dernière réaction
Faut reconnaître que le bonhomme sait prendre des risques, même si l'utilisation du 48im/sec. est, à mon humble avis, un ratage colossal. On attendait un peu mieux de ce Hobbit, au scénario... ![]() Articles les plus lus
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