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PCF : on change les mêmes et on recommence

SURLERING.COM - FRANCE - par Laurent Obertone - le 24/06/2010 - 2 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

«Plus nous serons nombreux, les militantes et les militants communistes à être de tous les rassemblements progressistes, plus nous donnerons à voir de notre utilité et plus nos idées rayonneront». C'est par ce préambule que Marie-George Buffet a ouvert le 35e congrès du PCF dit "d'étape". Être utile et rayonner, vaste programme.



Martine Aubry, Cécile Duflot, Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon, Bernard Thibault… Il y avait du beau monde… «Ça m'a paru être la photo du futur gouvernement», a grincé l'inoxydable et décidément incorruptible Arlette Laguiller.

À peu près tous ceux qui marchent en tête de cortège pour dénoncer "l'injuste" réforme des retraites et qui militent pour "la retraite à 60 ans" étaient du congrès. Un événement "traditionnel".

Et ils manifestent entre camarades, "par tradition", le poing levé de temps en temps, parce que ce sont des partis progressistes, comme chacun sait, tournés vers l'avenir. 

«N'ayons pas peur ! N'opposons pas identité et ouverture, le parti et le rassemblement !», "N'opposons pas l'identité à l'ouverture…" Voilà une phrase qui mérite d'être soulignée. «L'ouverture» est un concept amusant. Tous les partis dits progressistes sont en effet extrêmement ouverts à ce qu'on les rejoigne corps et biens, en y laissant au passage nom, ambition et âme.

Pour ce qui est de s'ouvrir réellement à l'autre...

Le député européen Jean-Luc Mélenchon, qui a l'ambition de conduire le Front de gauche aux présidentielles, est extrêmement ouvert aux quelques voix du PCF.

«Un objectif : construire ce nouveau Front populaire du XXIe siècle pour rouvrir ses droits au peuple », a expliqué Buffet.

Il s'agit de rouvrir les droits du peuple qu'il a perdu entretemps, bien entendu. Le Front populaire sous entend une menace fasciste plus ou moins permanente et plus ou moins sarko-lepéno-bayrouiste, voire strauss-khaniste.

Dans un congrès finalement peu passionné, les militants proposent des "projets nouveaux", parlent de "nouvel élan". Et finalement, "on touche pas aux retraites, on taxe le capital" (pour financer le collectivisme, logique, le communisme dépend donc du… capitalisme)… Bref, en dehors de changement de tête, le PCF s'en tient à son dogme avec une rigueur toute stalinienne.

"L'artisan de la rénovation" choisi (dans la douleur) pour succéder à Buffet s'appelle Pierre Laurent, connu dans le milieu, présenté comme "timide" par son parti, ce qui est une qualité indéniable pour diriger un parti politique. Comme le PS ou la CGT, ils nomment le patron "secrétaire général", pas patron ni président, ce qui ferait très mauvais genre.

Durant ce congrès, on a beaucoup moins parlé de Pierre Laurent que de Jean Ferrat et surtout que de Mélenchon.

Si ce dernier fait grincer un certain nombre de dentiers au PCF, c'est parce qu'il est le symbole de la dissolution du parti, abandonné par la force des choses à l'allié le plus fort, ou plutôt à celui qui voulait bien récupérer le vieux bébé rouge. Nul doute que cet allié loin d'être timide gèrera intégralement le Front de gauche au premier tour, puis choisira seul ses propres alliances (avec le PS au second tour par exemple). Ce n'est pas le "timide" Pierre Laurent qui l'en empêchera.

Mélenchon, ratissant jusqu'à Besancenot sur sa gauche, tente d'occuper un registre Chevènementiste totalement à l'abandon depuis que Royal a fait semblant de le ramasser en 2007.

Pour ce faire, Jean-Luc Mélenchon lance quelques déclarations vaguement tricolores, genre "touche pas à ma France", totalement incohérentes lorsqu'elles sont comparées à d'autres déclarations qui lui valent les bravos du nec plus ultra de l'extrême gauche. Bref, il n'est pas facto-soupçonnable, donc peut tranquillement faire campagne chez une certaine gauche (le PCF à l'ancienne, bleu-blanc-rouge et préférence nationale) sans risquer de perdre l'extrême gauche anti-nationaliste, qui est peut-être la plus adolescente attardée, mais qui est surtout la plus nombreuse, même si elle vote finalement peu.

Ce n'est pas un hasard si Mélenchon a totalement pollué ce congrès. Voilà quelqu'un qui peut objectivement mettre à mal le candidat officiel du PS au premier tour en 2012, pour peu qu'il y ait du monde au centre, et un dédoublement de la gauche classique, ce qui est encore possible. Sans oublier les Verts et les marginaux traditionnels.  

Si le Front de gauche représente réellement quelque chose sur l'échiquier politique (on peut d'ailleurs se demander jusqu'à quelle mesure l'effondrement du PCF était dû à un déficit de figures charismatiques), le PCF n'est même plus l'ombre de son chien...

Aujourd'hui, les communistes, combien de divisions ?

Ils sont d'abord des minorités extrêmement bruyantes et visibles dans la rue, lors des "mouvements sociaux" (traduisez les randonnées urbaines et bariolés d'habitués souvent pas si mal lotis que ça, mais bon, l'État étant devenu une mère permissive, le gémissement assure double ration), ou lors des opérations "régularisation de tous les sans-papiers". On leur doit les slogans "on travaille ici, on vit ici, on reste ici", alors que les clandestins leur doivent de magnifiques casquettes rouges ou quelques bons coups de matraque (de gauche) lorsqu'ils occupent les locaux de la CGT. Faudrait voir à pas déconner non plus.

Les syndicats, ces fameux syndicats qui, faut-il le rappeler, ont connu leur apogée à la libération, quand les communistes représentaient un poids électoral conséquent. Aujourd'hui, en dépit d'une chute des adhésions (et de la confiance) impressionnante, les (cinq) syndicats sont les mêmes et ils conservent une légitimité médiatique et politique pleine et entière.

Pour ce qui est du PCF, hormis quelques bastions, villes et députés, il n'existe plus électoralement. Avec des scores ridicules (1,93% de Buffet aux présidentielles 2007), il aligne tout de même un groupe parlementaire (seul puis par alliance) et une poignée de députés, ce qui n'est pas le cas d'autres partis auteurs de bien meilleurs scores. Et à entendre les discours (ré)animant ce morne congrès, il n'y avait vraiment rien d'idéologiquement novateur ou surprenant… Pas de chars, et pas d'idées non plus.

Pourquoi le communisme n'est-il pas mort ?

Il est mort, électoralement, depuis belle lurette. Que le timide Pierre Laurent se soit efforcé de le démentir durant l'ensemble du congrès a valeur d'épitaphe. Dans l'absolu, on peut constater que le rouge vif du PCF a idéologiquement déteint sur les formations politiques voisines, et qu'en traversant les dernières décennies bouleversées socialement (alors que lui n'a pas changé, donc a perdu toute crédibilité pour un parti dit progressiste) il s'est scindé en quantité de petits partis extrêmement mal organisés, dépourvus de stratégie et de chances électorales.

Pourquoi les médias parlent tant du parti communiste ?

Peut-être parce que le communisme a gagné les esprits. L'idée ultra-égalitaire et ultra-étatiste, l'essence du communisme, n'a jamais été si répandue… Et peut-être parce qu'une renaissance due à Mélenchon permet de le faire revivre, au travers ce qui s'annonce comme une cavale personnelle et éphémère, uniquement propre à emmerder le PS (avec ou sans éléphant, bi ou tricéphale) et à animer les débats.

Comme "utilité" et comme "rayonnement des idées", c'est limité. Pour autant, le cirque au chapiteau plus ou moins rouge assurera encore quelques tours de pistes … L'ensemble de la gauche, qui ne veut pas perdre ce brave symbole devenu parfaitement inoffensif et médiatiquement bankable, y veillera.

Laurent Obertone


Toutes les réactions (2)

1. 24/06/2010 19:44 - Refusal

RefusalLe pourcentage n'est pas bien intéressant dans cette société qui ne parle que du "vote utile". Ce chiffre n'est pas représentatif même si c'est lui qui décide. Ce n'est pas le communisme qui est mort, c'est la démocratie.

Le Grand Soir approche, camarade!

2. 24/07/2010 02:16 - AtomikPolak

AtomikPolakPour un éclairage sur les apologistes ce cette pensée porcine et le contexte génocidaire du communisme, rappelons l'excellent ouvrage collectif "Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression" sous la direction de Stéphane Courtois.

60 millions de morts inscrits au passif de leur atroce comptabilité et ces gens là sont encore invités sur des plateaux télé ...

Ring 2012
Dernière réaction

Le pourcentage n'est pas bien intéressant dans cette société qui ne parle que du "vote utile". Ce chiffre n'est pas représentatif même si c'est lui qui décide. Ce n'est pas le communisme qui...

Refusal24/06/2010 19:44 Refusal
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