Parti socialiste : de la « culture de l’excuse » au réalisme
SURLERING.COM - FRANCE - par Xavier Raufer - le 24/04/2011 - 1 réactions -
Derrière les « petites phrases » du jour et les querelles d’égo ; cachée sous les flon-flons et paillettes de la politique-spectacle, une considérable évolution « sécuritaire » s’amorce au Parti socialiste, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. Sachons capter les signaux faibles, lisons, écoutons bien. Par la voix de ses dirigeants, sous la plume de ses cercles de réflexion, la gauche de gouvernement prépare un virage sécuritaire majeur.

D’abord, elle ne nie plus la grave crise criminelle que vit aujourd’hui la France. « Le mal est profond » dit Martine Aubry « Des formes nouvelles de violence se développent ». Parlant de « criminalité réelle », des experts socialistes exposent « l’action des mafias, l’économie souterraine et la délinquance financière ». La solution ? « agir contre les multidélinquants et individus violents ».
Nous étant préalablement frotté les yeux et demandé si l’on ne rêvait pas tout éveillé, continuons la lecture de ce nouveau credo sécuritaire du PS, tendance réaliste : Claude Bartolone : « Tout commence par l’ordre républicain. Sans sécurité, pas d’installation d’entreprises ni de créations d’emploi. Sans ordre républicain, pas d’école de qualité, pas de mixité dans le logement » enfin, ajoute Bartolone dans le registre suivez mon regard, « pas même de liberté de culte » ! Ce n’est pas assez clair ? Poursuivons : Mme Aubry, encore : « La sécurité est un droit fondamental au même titre que l’éducation et la santé… Nous refusons la société de la violence et des zones de non-droit ». Vous avez bien lu : la première secrétaire du PS parle de « zones de non-droit » et de « lutte contre les violences urbaines ». Tous ces concepts, notons-le, furent jadis forgés par des criminologues réalistes - dont le signataire de ces lignes - et naguère encore, les socialistes n’avaient pas de mots assez durs pour les dénoncer, au prétexte qu’ils « stigmatisaient de malheureuses victimes de l’exclusion et du racisme ».
Mais désormais, le PS évolue à des années lumières de ces bienséants trémolos. Lisons encore Mme Aubry : « certains délinquants, malgré plusieurs peines successives, continuent à mettre leur quartier ou leur entourage en difficulté ». Or, nous autres criminologues, définissons de tels individus comme des « prédateurs violents » - autre concept vomi par les sacristains de la pensée unique ! L’usage répété et officiel de tels concepts place ainsi le PS bien loin de sa fort laxiste idéologie passée. Et pas qu’un peu, puisque les propositions socialistes incluent même d’imposer l’« injonction préventive » aux multirécidivistes. Deux mots d’explication sur cette formule juridique : sous une appellation technique anodine, l’« injonction préventive », ou encore « injonction civile » est une fort répressive, mais efficace, arme de destruction massive pour les bandes criminelles. Inventée aux Etats-Unis, depuis peu pratiquée en Grande-Bretagne, cette injonction prononcée par un juge interdit, comme le dit le PS, que les voyous organisés puissent « accéder à certains quartiers ou rencontrer certaines personnes ». En termes clair, plus moyen pour le gang de se réunir une fois l’injonction prononcée - surtout pas dans son fief. Comme le disaient jadis, impressionnés, ces fins connaisseurs qu’étaient « Les Tontons Flingueurs » : « Faut dire… c’est du brutal ». Ou, pour l’exprimer autrement : Marine en rêvait ? Martine le prépare. Evidemment, cet hymne au réalisme criminel passe mal chez les Bobos, comme chez les gauchistes partisans de la « sociologie critique ». Sans doute indigné, « Libération » a censuré tout ce qui précède dans son grand article du 17 novembre dernier, fielleusement intitulé « Le PS en bon ordre sur la sécurité ». Paraphrasons ici Jean-Paul Sartre : il ne fallait pas désespérer le boboland. Mais les socialistes avaient-ils le choix entre deux discours, l’un de fermeté et l’autre, de permissivité ? pas vraiment. Car cette seconde voie possible en matière de sécurité, elle, prônée par les libéraux-libertaires, est désormais impraticable par tout parti sérieux, tant le discours de ses idéologues tourne désormais au délire - celui sans doute qui accompagne les convulsions de l’agonie. Car lire ces temps-ci la prose des dernières cohortes de « sociologues critiques » et autres Marie-Chantal de la bienséance chic avides de « déconstruire le mythe de l’insécurité », c’est osciller en permanence entre l’horreur et la franche rigolade.
Florilège.
Les braqueurs équipés d’armes de guerre sont « en état de survie économique et sociale » et leurs « conduites à risque » expriment en fait une « sociabilité décalée ». Au fond, ils « essaient de s’en sortir » par des « pratiques rusées ». Et puis, pourquoi voir le mal partout ? Braquer des commerces permet à ces jeunes « de faire des apprentissages socio-économiques » à l’« école de la rue ». Identiquement éprise de positivité, la revue de l’association française de sociologie assimile (en mai 2010) les massacres commis par les criminels colombiens à de la « débrouille ». Voici un titre de l’étude en question : « Comment se traduit la violence homicide dans un contexte de débrouille ? ». Et sa conclusion « La notion de débrouille permet de rendre compte de situations où ce qui est perçu comme exceptionnel dans les pays du Nord est la norme ». Evidemment, on voit mal Mme Aubry expliquer aux habitants d’un quartier populaire de Lille, peu après un braquage, qu’il faut comprendre que de jeunes à « sensibilité décalée » se « débrouillent », du fait de leur « incapacité à se résigner face à l’injustice ». Pas plus, M. Bartolone souligner devant des ménagères de Seine Saint-Denis le « caractère fondamentalement mythique du discours dominant sur la violence et l’insécurité ».
D’où, l’inflexion sécuritaire du PS, non pas par enthousiasme, mais par réalisme - ou, plus sûrement encore, par crainte de se faire désormais lyncher dans leur quartier en prônant la « culture de l’excuse ».
Xavier Raufer
Toutes les réactions (1)
1. 07/06/2011 17:38 - Runciter
Pour avoir une idée de ce que pourrait être une France dirigée par Martine Aubry, il suffit de venir faire un tour dans la métropole lilloise. Les rues les plus sales de France, des concours de klaxons (parfois toute la nuit), des courses de Quad sur les grands boulevards...en 10 ans la qualité de vie n'a cessée de se dégrader ! Avis aux journalistes, venez faire votre travail !(je ne parle pas d'Arlette Chabot ou de Jean-michel Apathie qui considèrent que Lille est une ville "très bien gérée" sans jamais y avoir mis les pieds). Alors, oui, ici à Lille, la culture de l'excuse, nous connaissons. Une grande majorité des lillois doit s'excuser quotidiennement devant une centaine de petites crapules, soutenues et protégés par les élus socialistes. Dans la métropole lilloise de Martine Aubry, non seulement les zones de non-droit se sont développées mais en plus la crapule règne désormais sur les grands boulevards. Mais je tiens à m'excuser : il est intolérable de vouloir empêcher ces jeunes de faire la fête, après tout, ce diktat imposé par le sulfureux Jack Lang est devenu l'emblème de notre pays. Et puis vraiment, je suis trop intolérant ! Ne pas accepter de voir défiler la moitié de la semaine des drapeaux du Maghreb dans un concert de hurlement, c'est un manque total d'ouverture de ma part. Aubry vient tout juste d'apprendre à prononcer le mot "insécurité". Quel effort surhumain ! Le temps qu'elle se rende compte que sa métropole est devenue sous sa gouvernance un taudis rempli de voyous, nous serons tous partis. Un pays où un quart des votants élisent des menteurs incompétents de ce type n'a aucun avenir !
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par Xavier Raufer
Consigliere du groupe Ring, écrivain, éditorialiste, docteur en géopolitique, Professeur affilié à l'Edhec, membre du Centre for the Study of Terrorism and Political Violence, School of International Relations, University of Saint-Andrews, enseignant à l'Université Panthéon-Assas, Paris II, chargé de cours à l'Institut de criminologie de Paris, depuis 1987 (cours de méthodologie), au DESS Paris II/École des officiers de la Gendarmerie nationale/EOGN-Melun, et directeur des études et recherches du Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (études, recherches, séminaires et cours sur la criminalité organisée transnationale). En République populaire de Chine (RPC), il est professeur associé à l'École supérieure de police criminelle de Chine (Shenyang, RPC), et directeur de recherches associé au Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé, Université de Sciences politiques et de Droit (Beijing, RPC).
Dernière réaction Pour avoir une idée de ce que pourrait être une France dirigée par Martine Aubry, il suffit de venir faire un tour dans la métropole lilloise. Les rues les plus sales de France, des concours de...  07/06/2011 17:38 Runciter
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