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Le scandale du OueshGate

SURLERING.COM - CULTURISME - par Alexis Choron - le 05/03/2007 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Comme tous ceux qui aiment la langue française et souhaiteraient ardemment qu'elle survive à ce siècle (ce qui semble d'ors et déjà une gageure), j'enrage de voir celle-ci se réduire comme une peau de chagrin, galvaudée au fil des ans sous la pression de diverses minorités à l'ego démesuré qui considèrent qu'il est légitime de supprimer des dictionnaires des termes centenaires, dans le seul but de ne pas froisser leurs susceptibilités déplacées. Minorités dont les voeux, faut-il le préciser, sont bien entendu exaucés, avec l'empressement qui convient, par les médias aux ordres.

 

Parfum de liberté d'expression à deux vitesses ? Alors on pourra toujours m'objecter qu'il s'agit là de revendications légitimes. D'une évolution logique.  D'une modernitude opportune du langage.

Qu'il faut vivre avec son temps et s'accoutumer à l'atmosphère tropicale de la métisse attitude, changement climatique oblige.

Ou encore que les systèmes figés, incapables de s'adapter, sont voués à disparaître.

Las ! On a beau modeler de force notre culture, notre corps et notre esprit afin de les habituer à danser sur des raps endiablés, on n'en disparaîtra pas moins, et même plus vite encore me semble-t-il...

Bref, vastes billevesées que tout cela !

Je crois plutôt pour ma part que l'on est entré, dans ce domaine comme dans bien d'autres, dans une ère de régression. D'écroulement. L'ère de l'effondrement sur soi de la langue française. Temps d'éclatements. De fragmentations. De remodélisations grammaticales et syntaxiques sans cohérence.

Je vois survenir, sous nos yeux cillés, le moment paroxystique de l'aplanissement, du nivellement par le bas. Du lissage, du polissage quasi policier. Et de manière synchrone celui hautement pathogène de la mixtion politiquement correcte et contre-nature de l'espéranto des cités (pardon des quartiers) et de la langue de Molière (pardon de Lièremo).

En sus je m'inquiète de cette recrudescence d'acronymes, d'abréviations, de déformations, de césures, de coupures, d'amputations des mots. Je veux bien sûr parler de cette profusion récente de logos et autres smileys ou émoticons... Ces insanes myriades de pictogrammes, animés ou non, qui se substituent au vocable centenaire pour communiquer - en ce dernier siècle des siècles - par SMS, textos ou mails, sur les chats, forums et blogs, et qui signent l'arrêt de mort de la langue telle que nous la parlons encore un tout petit peu aujourd'hui... et pour combien de temps encore ?

J'attire aussi et surtout l'attention sur cette insidieuse manipulation (une de plus) relayée par des médias pourris par l'auto flagellation et la haine de soi, prodromes symptomatiques de la crise de foi occidentale grandissante de ce début de millénaire, à laquelle on n'a trouvé comme remède pour soigner les conséquences (et non les causes) qu'une édulcoration empressée du signifiant des mots - quand il ne s'agit pas de leur suppression pure et simple - dont le sens originel risquerait, nous dit-on dans les milieux autorisés, de heurter la sensibilité des plus fragiles.

J'y vois pour ma part une déstructuration / restructuration hors de tout encadrement. Sauvage. Profonde. Et funeste pour ce qui touche à la communication entre les humains encore dignes de ce nom.

J'y vois une réplique invertie de Babel ; en creux. La fosse commune de l'humanité...

Et au risque de verser dans la redondance ou de faire dans l'itération lassante, je me fais fort d'insister sur la gravité du phénomène et la vitesse à laquelle il se propage. Une vitesse telle qu'elle ne semble pas même nous laisser le temps de développer un antidote. Autant dire que la maladie est non seulement mortelle, mais qui plus est foudroyante.

Autant dire que nous sommes une espèce en voie d'extinction, car une espèce qui perd l'usage du langage est vouée à connaître une durée de vie qui n'excèdera pas celle de son plus jeune représentant...


Une fois n'est pas coutume, l'Unimonde Humain recouvre d'un (ultime) voile opaque le peu de lumière qu'il nous restait encore à voir. Et c'est une fois encore la télévision, succube cathodique aspirant goulûment la matière grise des masses hypnotisées (à l'insu de leur plein gré, cela va sans dire) qui fait office de vecteur initial, principal et terminal du programme de formatage général des cerveaux.

Cette télévision, qui avait pourtant tout pour devenir le plus puissant outil de culture jamais crée, a choisi de se métamorphoser en une large béance avec vu imprenable sur l'usine à gaz du Camp qui ne dort jamais... Seule consolation, les responsables - mais pas coupables, c'est entendu - du Camp disparaîtront avec les prisonniers et avec le Camp lui-même.

Et si elle n'est certes pas le seul médium à nous conter notre avenir, la télévision peut s'enorgueillir d'avoir enfanté les deux catégories les plus pernicieuses d'animateurs, celles-là même qui se partagent les cours de novlangue gracieusement offerts à la nation à l'heure des repas. Indigeste soupe populaire s'il en est.

D'un côté voici les présentateurs de journaux télévisés. Bien propres sur eux, toujours dignes, souvent graves, rarement authentiques. Leur bouche débitant des phrases toutes faites, leur corps adoptant des postures calibrées et autant de subtils gestes étudiés par les professionnels de la programmation neurolinguistique qui, en régie régentent, tirent les ficelles, pensent à leur place, et leur dictent au creux de l'oreille(tte) les mimiques idoines garantes du maintien de l'audimat, de l'attention des masses, et du prix des pages de publicité.

Ces marionnettes, acteurs, personnages, robots, machines, simulacres, artefacts (pas de mentions inutiles à rayer) nous présentent les nouvelles du front et nous tiennent en même temps au courrant des tout derniers remodelages linguistiques en vigueur et, conséquemment, de la manière dont nous devons nous adresser les uns aux autres.

C'est ainsi que du jour au lendemain - exemple parmi tant d'autres - sans prévenir, l'antimondialiste s'est définitivement transformé dans la bouche du présentateur de JT en un sympathique altermondialiste. Parce qu'en fait, il n'est pas anti. Anti est un préfixe par trop négatif en ces temps festifs. Aussi est-il devenu alter. Car il est vrai qu'il a une « autre » vision du monde ; celle qui consiste, entre autres choses, à brûler votre voiture monsieur, à taguer votre fourrure madame, ou à défoncer les vitrines des magasins, voire (avec l'aide de ses amis alterislamistes) vos tronches de sales bourges, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, exprimant ainsi, dans la plus pure tradition républicaine et démocratique, sa toute autre et très personnelle façon d'envisager l'avenir...

L'autre catégorie de clones élevés en batterie au CFJ, le fameux Centre de Formatage des Journalistes, ou à l'ESJ, la célèbre Ecole de Sabotage du Journalisme, et télé-guidés à l'antenne, est celle des animateurs d'émissions dites « culturelles » ou « de divertissements » (comprendre « d'élevage du troupeau ») dont la fonction est de nous dire quoi lire, quoi aller voir au cinéma, quoi penser, qui applaudir, qui huer, quand rire, et quand siffler.

Tout aussi inhumains, mais plus loquaces que les précédents, moins guindés, adeptes de la grivoiserie la plus avilissante, leurs attitudes et leurs expressions ont pour unique objet d'être enregistrées par le plus grand nombre de petits cortex reliés à la matrice, et de servir d'étalon culturel au vulgum pecus sous hypnose qui se fera fort le lendemain, devant la machine à café, de restituer les enseignements dispensés la veille, et de propager la bonne parole.

Ce sont ces mêmes androïdes qui vous inviteront dans leurs émissions, soit en direct, afin de vous humilier pour le plaisir des petits et des grands, dans un remake moderne à mi chemin entre les jeux du cirque et les exécutions en place publique, soit en différé, afin de vous livrer en holocauste à l'idole trônant dans le salon des foules païennes, jouant habilement des manettes des consoles de montage comme on branlerait frénétiquement celle d'une Playstation dans un jeu à l'échelle du monde.

Marionnettes des marionnettes, créatures des créatures, voilà ce à quoi sont réduits ceux qui pensent encore qu'il est possible d'exprimer une once d'authentique humanité à la télé, ou simplement quelques grammes de finesse dans un monde de putes. Les autres, gentils invités, marchands du temple de mèche avec les prêtres défroqués, sont encensés avec la même ferveur que les autres sont conspués, par des téléspectateurs conditionnés et béats, buvant le calice jusqu'à la lie.

Alors voilà : Cliché de la scène du crime et du cadavre :

Avachi sur son canapé, la face éclairée par les images du poste encore allumé, le regard vitreux, la tête légèrement inclinée sur le côté, un filet de bave à la commissure des lèvres et le bras droit ballant, à l'extrémité duquel ses doigts déjà rigides enserrent la télécommande, la victime est décédée des suites d'une atrophie du bulbe provoquée par ingérence volontaire et massive d'images en couleurs de la reality-life.

Accusation de crimes contre l'humanité pour ces snippers génocidaires dégommant nos âmes à l'arme de destruction massive ? Que nenni ! Décorations officielles, honneurs, cocktails mondains et comptes en Suisse (et je reste soft).

Alors oui, c'est clair : un bug a compromis l'intégrité du système. La machine s'est emballée. Un virus est en train d'effacer la mémoire vive et tout le disque dur de notre histoire et de ce qui reste d'humanité sur cette planète. Il nous faut tout déconstruire et tout reprogrammer. Il nous faut sauver et reconfigurer au plus vite les derniers cortex encore en état de marche avant qu'il ne soit trop tard. L'ensemble des bases de données doit être reformaté et les fichiers du passé, tenant lieu de pièces à conviction, doivent être conservés dans un dossier crypté, accessible par code secret aux initiés du futur. Pour qu'ils voient à quel point leurs ancêtres furent stupides (et apparemment fiers de l'être).

Voilà pourquoi j'ai choisi de rejoindre ce petit groupe des révoltés du verbe. Ces quelques hommes et femmes agitateurs de neurones et de consciences qui ont décidé de provoquer des dommages collatéraux dans les cerveaux engourdis et qui prennent un divin plaisir à distribuer quelques bastos sur le Ring pendant que le reste de l'Inhumanité danse benoîtement avant l'apocalypse.

Il est grand temps de faire parler la poudre, mais pas celle que vous sniffez mes agneaux.

Compte à rebours enclenché, mise à feu imminente... Veuillez rejoindre vos sièges, attacher vos ceintures et relever vos tablettes, nous allons bientôt traverser une zone de fortes turbulences.

PS : total rès-P a tou ceu ki mon é-D a écrir ce txt en bon fran C

Alexis CHORON



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