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Paris : ville sinistrée

SURLERING.COM - FRANCE - par Maurice Gendre - le 03/01/2005 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Auteur du pamphlet Les khmers roses, François Devoucoux du Buysson, 31 ans, est également co-fondateur de l'Observatoire du communautarisme et rédacteur en chef de la lettre satirique le Perroquet libéré (http://www.leperroquetlibere.com/). Il dresse pour Ring un tableau peu reluisant de la vie politique parisienne. Il dénonce la démagogie de Delanoë et la lâcheté de la droite.

- Lire l'article : Delanoe : la politique du tout à l'ego


Alors que la droite ne compte déjà plus les candidats à la candidature : Panafieu, Tibéri, Goasguen, Lellouche, Bernard Debré, Bernard Bled (récemment mis en examen pour détournement de fonds), et même Villepin, Douste, Lamour ainsi que Borloo (d'après ce qui se murmure dans les coulisses), la gauche continue sereinement sa politique communautariste sans que l'opposition ne s'en émeuve plus que cela.

Ring : Quel regard portez-vous sur l'opposition municipale parisienne ?

François Devoucoux du Buysson : Abstraction faite du manque cruel de leaders, la stratégie de la droite est inexistante : elle a sombré dans le mutisme. Ils ont abandonné le terrain politique. Ils pensent, à tort, qu'ils reprendront du terrain sur le maire de Paris en surfant également sur des thématiques comme la propreté, la proximité, la vie quotidienne (les bouchons)...  Ils participent aussi à la dépolitisation du débat à Paris. En revanche, on les attend toujours sur la politique du logement. Si ce n'est pour critiquer les choix de Delanoë sans proposer la moindre alternative.

Sur les fêtes, ils sentent bien que l'opinion publique est agacée, mais, en même temps, ils ont assuré qu'en cas de victoire ils garderaient Paris-Plage. Ils font les mêmes reproches à Delanoë que les riverains durant les comptes-rendus de mandat. Ils râlent sur l'état des rues ou les crottes de chien... Mais ne jugent jamais la politique globale. Et puis, il n'y a pas une propreté de gauche ou une propreté de droite. C'est une absurdité. Décortiquer les subventions comme Le Perroquet libéré essaie de le faire, l'opposition municipale n'y pense même pas. A l'exception des arrondissements qui concernent directement tel ou tel élu. Goasguen (leader UMP au Conseil de Paris, NDLR) est quasiment incollable pour le XVIe par exemple. Mais ça ne suffit pas.

Ring : La droite ne dénonce jamais l'activisme homosexuel et la politique ouvertement communautariste de Delanoë. Pourquoi ?

FDB : Elle a peur d'être accusée d'homophobie. Quand Panafieu dans VSD s'est émue - à juste titre - de la présence du maire de Paris en tête de cortège à la Gay Pride, elle s'est faite insultée partout. La presse a relayé complaisamment les communiqués haineux qui émanaient d'associations homosexuelles.
Effectivement, cela peut calmer les plus valeureux.

Pourtant, il y a des choses à dire. Le centre d'archives gays et lesbiens est un gouffre financier, et n'a toujours pas vu le jour. Cent mille euros lui ont été attribués, voilà deux ans. C'est la gabegie. Le responsable, un personnage sulfureux, a été viré récemment parce qu'il n'a rien foutu. C'est un vieux militant des années 70. Il justifie notamment la pédophilie. Il s'appelle Jean Le Bitoux : le fondateur de Gai-Pied. Stupidement, la droite avait voté pour ce projet histoire d'éviter les ennuis. Résultat, ce « machin » a été voté à l'unanimité et maintenant la droite peut difficilement faire entendre sa voix sur cette question. Un festival de films, Cineffable, a également été interdit aux hommes. Et la droite n'a strictement rien dit. Et là encore : quinze mille euros de subventions. 

La droite ne précise même pas que toutes ces mesures n'étaient inscrites nulle part dans le programme de Delanoë. Il s'agissait uniquement de promesses écrites faites à des assoc' gay pendant la campagne. Mais ce n'est pas tout : des clubs de sports gays et lesbiens ont bénéficié d'horaires aménagés pour s'entraîner dans les stades parisiens ! On imagine le tollé si c'était l'UOIF qui avait formulé une telle demande.

Ring : Selon vous, quel est le prétendant le plus légitime à droite ?

FDB : Peut-être Panafieu. Elle a été ministre. Elle a été relativement épargnée par la débandade de 2001. Mais, honnêtement, le discours ne vole pas très haut. Certains sont courageux, je citerai : Philippe Goujon, le sénateur du XVe, l'UDF Elisabeth de Fresquet, qui a permis de sortir « l'affaire perroquet », ou encore Lekieffre. Mais ce sont plutôt des seconds couteaux.

Ring : Que pensez-vous de la jeune garde de droite, Decorte en tête ?

FDB : Trop nulle. Elle est l'exemple de ces nouveaux élus qui sont apparus en 2001 et qui font presque regretter les anciens. Il leur a fallu à peine quelques mois pour se fondre dans le système et pratiquer les petits arrangements. Ils sont les premiers à se battre pour bénéficier de plusieurs mandats et ils réclament des places éligibles pour les autres élections locales. De plus, Decorte se montre de façon ostensible avec les manifestants de la Gay Pride et avec les Ni putes ni soumises (un mouvement lancé par le PS, NDLR). Sa technique : « On ne gagnera que si l'on séduit la nouvelle sociologie ». En clair : la droite doit également se lancer dans la démagogie « bourgeois-bohème ». Elle ne le cache pas lorsqu'elle déclare : « La reconquête passera par l'Est ». En gros : l'Est parisien s'embourgeoise, il doit donc devenir le nouveau terrain de jeu de la droite. 
 
Ring : Quelle serait la solution pour la droite ?

FDB : Leur unique chance est de faire apparaître sur le devant de la scène un type hors-système.  Si possible un inconnu, comme Delanoë en 2001. Et surtout, vierge de toutes casseroles. Enfin, ils ne doivent plus hésiter à condamner la politique clientéliste de Delanoë. Ce type séduit toutes les communautés et abandonne l'idéal républicain. Sa dernière « clientèle » en date : les Antillais.

Ring : Les Antillais ?

FDB : Il a fait un voyage d'études aux Antilles pour soi-disant resserrer les liens entre les DOM-TOM et Paris. Et dans la foulée, il s'est empressé de subventionner des manifestations culturelles qui étaient estampillées « antillaises ».

Ring : Comment expliquer alors la bonne image de Delanoë ?

FDB : Pour moi c'est le Sarkozy de gauche. Il nous la joue « mon maire ce héros ». La clef de leur succès (à Sarkozy et Delanoë), c'est l'alliage assez étonnant entre l'hyper-activisme et la dépolitisation totale. Leur grand « truc » consiste à balancer : « J'agis, je fais ce que je dis ». En revanche, on ne voit jamais quelle est la vision qui inspire l'action. Ils jouent tous les deux sur l'affectif et l'émotion. Delanoë, par exemple, avance son homosexualité pour se donner une légitimité auprès des minorités. Il n'est jamais dans la réflexion de fond. Tous les deux incarnent une sorte de gauche et de droite américaine. Cela augure d'un affrontement du type « démocrates » contre « républicains ». Si la droite adopte une posture cynique et pense « la politique, c'est mort », alors sans nul doute la droite fera du Sarkozy face à du Delanoë.

Ring : Le logement dans la capitale est-il le talon d'Achille du locataire de l'Hôtel de Ville ?

FDB : La vraie question est : « Quel doit être le vrai visage de Paris ? ». Le maire (à l'instar de ses prédécesseurs) refuse de voir Paris s'étendre. A partir de là, les gens qui veulent habiter à Paris se trouvent devant une offre figée en termes quantitatifs, et avec une offre figée et des demandes qui augmentent, les prix flambent. C'est élémentaire.

Pourtant, au cours de l'Histoire, Paris n'a cessé de s'agrandir. Au moment de la Révolution, la place de la Nation était la limite de Paris. Le XVIe, c'était des villégiatures non-urbanisées. La barrière de Philippe Auguste n'allait pas tellement au-delà du quartier Saint-Michel. Pourquoi a-t-on décidé que Paris devait arrêter de s'épanouir ? L'avenir de Paris c'est peut-être d'englober Levallois, Montrouge, Montreuil... Cela fera monter les prix à Montreuil, mais ça calmera la hausse Porte de Vincennes ou Porte Maillot. C'est là qu'on voit la vision conservatrice de Delanoë. Il se dit que les pauvres sont partis à Fontenay-sous-Bois ou au Kremlin-Bicêtre... Et comme il n'a pas mené une politique tournée vers eux, il est persuadé qu'il n'a pas intérêt à les réintégrer dans le corps électoral. Chirac avait déjà fait le même calcul. Par exemple, si on veut intégrer des villes comme Sceaux, dans le cadre d'un Paris élargi, ce qui signifie un Paris de dimension européenne... car Paris est une ville moins étendue que Madrid, huit fois moins pour être précis !... si la fac de Sceaux, donc, devenait une fac parisienne et non plus de banlieue, elle serait beaucoup plus attractive et tout cela créerait un cercle vertueux d'émulation... Aujourd'hui, on se réduit à Dauphine, la Sorbonne et Assas... Le conservatisme toujours le conservatisme. Les étudiants galéreraient moins pour se loger à Sèvres que dans le Ve ou le XVIe.

La vraie question est donc, je le répète : « Qu'est-ce que Paris ? ». Et cette question n'apparaît nulle part. En 2004, il n'y a donc rien de vraiment attirant pour un jeune provincial. Ce qui est dommage, car les nouveaux arrivants ont toujours apporté du sang neuf à la capitale. Ils ont permis de bousculer pas mal de dynasties.

Le refus de l'extension pose aussi le problème des tours. Si on ne s'étend pas de façon horizontale, on est obligé de réfléchir à la verticale... D'où le choix cohérent des tours. Malgré tout, ils ont peur de se faire étaler aux élections, comme quelques maires de gauche dans les années 70 qui avaient fait construire des tours immondes... Alors, il faut faire circuler la rumeur des « tours magnifiques ». Il suffit de promettre aux gens une vue imprenable sur la capitale du haut du vingtième étage dans un appart' luxueux pour que tout le monde ait envie de se ruer dessus. Mais là encore, le même problème : les prix vont être une nouvelle fois exorbitants.    

Ring : Le vrai problème du maire de Paris, n'est-ce finalement pas les Verts ?

FDB : Ils sont jusqu'au-boutistes sur des questions dont tout le monde (ou presque) se fout (type mariage homo), et, dans le même temps, ils sont ultra-conservateurs sur des sujets comme les tours précisément. Les tours, je ne suis ni pour ni contre. Mais quand cent mille logements manquent à l'appel, et qu'on ne veut pas étendre la ville comme je le préconise, il faut bien trouver une solution... Or, les tours apportent un début de réponse. Et les Verts ont vraiment posé des problèmes à Delanoë à ce sujet. Il ne s'agit pas de construire des tours à la Donald Trump, mais de se bouger un peu. Malheureusement, on a l'impression que les Verts souhaitent un Paris sous cloche, dans le genre Amélie Poulain. C'est un Paris qui n'existe plus. Ils ont d'ailleurs contribué à le tuer. Je vis dans le IIIe, on vient de construire un quartier vert rue de Bretagne qui va stimuler la spéculation financière... On a ennuyé les commerçants et élargi les trottoirs - va savoir pourquoi - et, du coup, la rue de Bretagne ressemble à l'avenue de la Grande Armée avec des lampadaires façon XIXe, un paquet de boutiques - genre marchands de café - totalement inutiles.

Propos recueillis par Maurice Gendre, pour Ring

Pour plus d'infos : http://www.leperroquetlibere.com/



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Ring 2012
Maurice Gendre par Maurice Gendre

Editorialiste, ancien rédacteur en chef. Ring Wall of fame.

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