Nos candidats à l’organisation des prochaines CDMSURLERING.COM - ADRENALINE - par Loïc Lorent - le 12/12/2010 - 3 réactions -
Récemment secouée par une énième affaire de corruption, la FIFA poursuit son œuvre de promotion du football à l’échelle du globe. Après le choix du binôme Corée du Sud - Japon pour 2002 et celui de l’Afrique du Sud pour 2010, Sepp Blatter et ses camarades ont opté pour la Russie (2018) et le Qatar (2022). Si, contrairement à nombre d’observateurs, la victoire de la candidature russe ne nous choque pas, notre perplexité est grande devant celle du célèbre émirat. La FIFA veut instaurer la pax footballistica ? Aidons-la dans cette entreprise en lui proposant d’autres candidats au profil intéressant. La Corée du Nord L’audace, c’est comme la liberté : elle n’est belle que lorsqu’elle est totale. En organisant une Coupe du Monde en Corée du Nord, la FIFA mettrait ses pas dans ceux du CIO, lequel justifiait l’attribution des JO de 2008 à la Chine par la promesse d’une démocratisation de l’empire du milieu. Les sportifs professionnels sont des missionnaires des temps modernes. Un ballon sous un pied, la Déclaration universelle des droits de l’Homme sous l’autre, les footballeurs contribuent à l’édification d’un monde pacifié. Un doute ? Rabat-joie. La Corée du Nord ne manque pas d’atouts. A cause des récurrentes pannes d’électricité en région, tous les matchs auraient lieu à Pyongyang. Le gigantesque Rundgnado May Day Stadium ne suffit pas ? Disposant d’une main-d’œuvre qualifiée et docile, le régime ferait sortir de terre une dizaine de stades en moins de six mois. Pour des centaines de milliers de travailleurs coréens, qui luttent quotidiennement pour leur survie, soumis qu’ils sont à un embargo inique, ces vastes chantiers seraient une pure bouffée d’oxygène (même si rien ne vaut l’air de la campagne). Pour les déplacements en ville, d’un stade l’autre, d’un centre d’entraînement l’autre, sélections et encadrements pourront compter sur le tramway et le métro de la capitale. Très propres mais bondés, ces derniers seraient délestés de leurs clients habituels. Le taux de criminalité est très faible en Corée du Nord. Chaperonnés par de sympathiques guides, les joueurs pourraient se promener et visiter les monuments de la cité sans craindre les curieux. Et s’ils venaient à être la proie de quelque coup de blues, misons sur les danseuses du Ballet de Pyongyang, gentiment réquisitionnées par les autorités, pour leur remonter le moral. En Corée du Nord, on sait recevoir les hôtes de marque. Rappelons également que la sélection nord-coréenne a déjà atteint les quarts de finale de cette compétition (1966) et qu’elle a participé, avec ses forces et faiblesses mais sans se départir de sa légendaire dignité, à la dernière édition. Une belle leçon de courage. D’un point de vue politique, cette attribution serait un signal positif envoyé au soi-disant « Axe du mal » inventé par l’administration bushiste. Les tenants d’un fantasmatique « choc des civilisations » en seraient pour leurs frais. Car l’Iran abandonnerait son programme nucléaire. Les Irakiens se résoudraient à respecter le verdict des urnes. De son côté, la Chine, qui résiste encore au rouleau-compresseur du football, serait forcément intriguée puis séduite par la tenue de cette manifestation chez sa voisine. L’ouvrier chinois, qui fabrique des ballons, doit pouvoir s’en acheter. C’est ça, le progrès. L’Asie n’est pas encore conquise ! Prenons-la par surprise, là où personne ne nous attend. A noter, lors de la cérémonie d’ouverture, la présence de chars T-34 sur la pelouse du Rundgnado. Ça nous changera des Géants de carton-pâte, des enfants déguisés en écureuils ( ?) et des mannequins à poil. L’Afghanistan De l’audace, encore de l’audace ! Un Mondial 100 % écolo : d’aucuns en rêvent, l’Afghanistan peut le faire, facilement qui plus est. C’est bien simple, l’Afghanistan n’a rien. Ni transports en commun, ni stades, ni infrastructures sportives et hôtelières dignes de ce nom. C’est en cela que la candidature de l’Afghanistan serait révolutionnaire. Au lieu de construire ce qu’elle n’a pas, et pour ce faire de soutirer des sommes folles à des officines onuso-européennes, l’Afghanistan organiserait la première Coupe du Monde en plein air de l’histoire. Ce serait drôlement chouette. Un supplément d’âme, bien sûr. Des sensations pures dans les montagnes, des rencontres avec la population, des actions humanitaires, sponsorisées par la FIFA, aux quatre coins du pays. Une poignée de pelouses, des gradins de fortune, mais authentiques, symboliques (pourquoi ne pas utiliser ces blocs de pierre autrefois appelés Bouddhas de Bâmiyân ?), des équipes logées dans d’anciens forts de la Coalition (un petit côté Starship Troopers très cinématographique), et le tour serait joué. Que vaut l’équipe afghane ? Pas beaucoup moins que celle du Qatar… Ce serait en outre un geste fort en direction du monde musulman. La Coupe du Monde chez Ben Laden, c’est un défi lancé aux fanatiques, c’est narguer la Terreur. Qu’ils y viennent, les barbus ! Qu’ils osent donc briser les rires des enfants ! Ils perdaient toute crédibilité aux yeux de leurs coreligionnaires – eux qui en ont déjà si peu. Le sport est dépassement des identités. Le sport est partage. Quand les supporters anglais débarqueront à Kaboul, l’ambiance sera chaude dans les cafés de la capitale Afghane. Aller vers l’Autre, apprendre ses coutumes, lui apprendre les nôtres : le foot est communion. Problème : imposer aux autorités afghanes des tribunes mixtes ne sera sans doute pas chose aisée… L’Islande Dans l’imaginaire collectif, l’Islande, c’est Björk, Sigur Rós, des hivers très longs et des volcans. Les Islandais sont tous cousins, descendants des mêmes hordes de blondinets, et prouvent ainsi que la consanguinité n’engendre pas forcément que des monstres (quoique nos Bretons nous en apportent également la preuve… dans une certaine mesure). Petit pays isolé à la périphérie de l’Europe, l’Islande aime beaucoup les banques. Ces temps-ci, c’est moins vrai, mais ce désamour est passager. Or, les membres de la FIFA fréquentent beaucoup les banques. Des passions communes, ça rapproche. Malgré un bassin de population limité, l’île produit une flopée de footballeurs qui s’en vont louer leurs talents dans les championnats scandinaves et anglo-saxons, où leur grinta est fort appréciée. Le plus connu d’entre eux, Guðjohnsen, a été l’attaquant vedette de Chelsea pendant plusieurs saisons – quand même. Il y a donc une vraie tradition footballistique en Islande (même si le handball est le sport le plus populaire). On y dénombre d’ailleurs quelques stades qui font le bonheur des spectateurs du Úrvalsdeild karla í knattspyrnu, soit le championnat local, lequel est fréquemment mis sur le devant de la scène médiatique grâce au génie comique de ses joueurs. L’Islande, c’est l’exotisme suprême, l’occasion de broder à l’infini sur le thème de l’inaccessible Thulé chère à Pythèas le mythomane. Dans une perspective millénariste (ou écolo-trash), l’Islande, pays où l’on stocke déjà l’ADN de toutes les espèces menacées en attendant le tsunami des derniers jours ou la guerre thermonucléaire finale, est une terre promise. Les « spiritualités », ça cartonne en librairie. En Islande, on adore le New Age, on caresse l’écorce des arbres en psalmodiant des odes à la virginité de la nature. Politiquement, ce serait une manière de rendre hommage au « modèle scandinave » et plus largement à tout ce qui vient du « Nord ». Ces gens-là, ils ne sont pas comme nous. Ils sont mieux. Chez eux, l’école endigue la reproduction sociale. Chez eux, le multiculturalisme est fertile. Chez eux, la transparence est une évidence (si tu n’as rien à cacher, pourquoi tu ne montres pas, hein ?). Chez eux, les hommes s’occupent des enfants et les femmes sortent les poubelles, colossale avancée sociale. En fait, si nous faisions tous comme eux, le monde serait plus beau. Confions donc aux plus purs des gens du « Nord » (et qui sont les plus au Nord, en plus) l’organisation d’une Coupe du Monde. Les familles seront ravies : près des stades, à la place des buvettes, y aura des crèches gratuites. Côte d’Ivoire ou Algérie Tôt ou tard, il faudra bien revenir en Afrique. Dès lors, parmi les pays aptes à accueillir une compétition internationale, la Côte d’Ivoire s’impose. Sur le papier, depuis un moment déjà, la sélection ivoirienne est ce qui se fait de mieux sur le continent (et l’Egypte est ce qui gagne le plus). Didier ‘’A Fucking Mistake’’ Drogba, superbe joueur, est une star planétaire. Longtemps la Côte d’Ivoire fut un exemple pour les autres Etats africains. On parlait de miracle, on la comparait à la Suisse. A l’orée du XXIe siècle, l’invention de la barre chocolatée sans cacao porta un coup terrible à l’économie ivoirienne. Comme le disait alors Laurent Gbagbo avec ce refus du manichéisme et ce sens des responsabilités qui le caractérisent : « C’est un complot des Français ! La faute des Français ! C’est les Français ! Tout, c’est la France ! » Le concept d’ivoirité, c’est aussi les Français ? Evidemment. Aujourd’hui, après une décennie de guerre fratricide, la Côte d’Ivoire se relève. Le processus de pacification doit être soutenu par la communauté internationale. Problème de taille : si Gbagbo reste au pouvoir, le projet de candidature sera sûrement confié à Jack Lang. Nous vous laissons imaginer la suite, et notamment la cérémonie d’ouverture… Du coup, l’Algérie serait une alternative crédible. Plus passionnés de football que les Algériens, ça n’existe pas, même au Brésil. L’Algérie est un pays riche : la construction de stades aux normes imposées par la FIFA, elle ferait ça les doigts dans le nez. A condition que la France demande pardon pour la colonisation, mette la main au portefeuille et que ses journaux cessent de calomnier les bienfaiteurs du peuple algérien, à savoir ces politiciens et militaires qui assurent la prospérité du pays depuis 1962. Qui peut oublier les scènes de liesse consécutives à la qualification des Fennecs pour la dernière Coupe du Monde ? Et après ! Chaque match de l’équipe d’Algérie était pour certains de ses supporters (une infime minorité, cela va sans dire) une occasion de témoigner de leur bonhomme attachement à leur « patrie ». En France, les rues de Paris et de nombreuses autres villes s’en souviennent comme si c’était hier. Les pompiers aussi. Alors oui : « One, two, three, viva l’Algérie ». Bien sûr, dans les deux cas, on insistera sur la lutte contre le racisme. Salvador Footballistiquement parlant (mais pas que !), l’Amérique centrale vit dans l’ombre de l’Amérique du Sud et de son grand voisin mexicain. Et puisque le Mexique, grand habitué des phases finales de cette compétition, a déjà eu sa Coupe du Monde (1986), penchons-nous – avec une loupe – sur la carte et militons pour une candidature salvadorienne. La semaine dernière, un type du comité qatari défendait son projet en arguant qu’il permettrait de « balayer toutes les idées reçues sur l’islam ». Noble ambition ! Que savons-nous du Salvador ? Quelques lieux communs : criminalité, gangs, drogue. Autant de clichés que le cinéma consacre alors qu’il conviendrait de les combattre. Honnêtement, on ne sait absolument pas comment se porte le foot au Salvador. Mais les Salvadoriens parlent espagnol, et ça, en général, ça ne trompe pas. En plus, les Salvadoriens sont pauvres, et la pauvreté est presque toujours accompagnée par un ballon de foot. Peuple fier et qui voyage beaucoup, surtout dans la banlieue de Los Angeles, les Salvadoriens se feraient une joie de recevoir chez eux des milliers de supporters étrangers à bananes autour de la taille. Pour les journalistes, le Salvador, ce serait l’eldorado. Ils se régaleraient des coutumes locales, notamment celle qui consiste à prier dans un grand bâtiment le dimanche. Dans les campagnes, nos intrépides reporters dénicheraient bien quelque « tribu » vénérant El Maticos Machupachos (genre), culte bigarré qui nous rappelle combien l’homme est peu de chose face aux questions essentielles qui agitent blablabla et nous enseigne les vraies valeurs blablabla. Et les sujets sur les tatouages ! Et ceux sur la chirurgie esthétique ! Et sur les danses très « caliente » que les « démunis » pratiquent pour oublier blablabla ? Oui, pain béni. Politiquement, c’est nécessaire : appelées à jeter un regard neuf sur leur histoire, les nations de ce coin du monde songeraient peut-être enfin sérieusement à refonder les Provinces unies d’Amérique centrale. Ça nous éviterait de les confondre à chaque fois et, par exemple, d’atterrir à Managua en croyant arriver au Honduras. Loïc Lorent Toutes les réactions (3)1. 13/12/2010 08:38 - alex
2. 13/12/2010 17:45 - commequidirait
3. 13/12/2010 22:14 - Nerva
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Dernière réaction
Pour l'option afghane (ou plutot Afpak car c'est bine comme ça qu'on appelle désormais cette sttratégie) en cas de retour (probable) au povoir des talibans d'ici là, les mi temps des matchs... ![]() Articles les plus lus
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