Mondializer : nouveaux tickets d'entrée du Gotha
SURLERING.COM - FRANCE - par Alexis Blas - le 15/06/2010 - 8 réactions -
L'équipe de 2010 joue comme est la France d'aujourd'hui : repliée sur
les différences qui devaient faire sa force. Les Matadors de la
diversité ont perdu l'eurovision comme ils perdront la coupe du monde. Tout se passe comme si l'adhésion du sportif à l'Islam, suivi
de sa conversion, était devenu le ticket d'entrée du gotha, le nouvel
ausweis des clubs nationaux. Entre le blanc athée, sans autre valeur à
proposer que sa repentance droit-de-l'hommiste, avatar de
l'auto-flagellation d'antan, et le musulman droit dans ses hadiths, il
va sans dire que l'instinct de l'époque, en mal de repères, recommande à
toute une jeunesse de préférer la très hype spiritualité mahométane au repoussoir
conceptuel français. Nos footballers millionnaires sont doublement porteurs de cette contradiction :
ils incarnent les pires déchainements du libéralisme tout en portant le message
d'une diversité qui la condamne. La preuve par Alexis Blas.

Qu'est-ce qui lui a pris, bordel, de casser la cabane de ce panou-panou, d'ouvrir le bide du primitif aux sourcils broussailleux qui débarquait de sa Savoie? Rama Yade a-t-elle été gagnée par l'autocritique ? C'est qu'elle croyait bien faire, la dernière des emmerdeuses de la diversité élyséenne. Sur fond de crise et dépendances, elle s'inscrivait en faux s'agissant des dépenses somptuaires de l'équipe de France, quand les français tirent la ficelle et que les joueurs ne mouillent même plus leur maillot. Elle fustigeait l'hôtel, jugé trop « clinquant » mais elle boudait en réalité Roselyne, qui lui avait piqué sa chambre. Elle n'a pas dormi dans ce campus universitaire dont elle vantait les lits superposés, plus adaptés à la colonne France, mais dans la résidence de l'ambassadeur, probablement connu pour le bon goût de son maître de maison, l'ingénue... Elle aura en tout cas vexé nos poilus et nos barbus, lesquels se consolent de leurs matchs nuls en jouant au golf. Eric Abidal tacle son ministre par cet aphorisme admirable: « Ce qu'elle a fait, c'est pas bien... » On dirait du Saint-Simon. Quels que soient leurs résultats futurs, ils n'auront pas raté leur vie, nos athlètes cruciverbistes A vingt ans, ils ont déjà tous une Rolex.
« Il faut faire de bonnes fautes » dit le défenseur de l'équipe de France. Un peu comme Sarkozy dans le choix de ses ministres. Ou Domenech, dans celui de ses titulaires. L'oxymore est une figure de style très française. Il y a d'étranges similitudes entre ces deux hommes: un même esprit autocrate et caractériel; l'intransigeance autiste pour Raymond, l'exubérance rigide pour Nicolas. Les deux se sont servi de leur mijaurée pour pipoliser un coup, à leur détriment. Le premier au sortir d'une sale défaite, fait la demande en mariage la plus incongrue de l'histoire des noces (recevant du même coup le râteau du millénaire), le second, au sortir d'un cocufiage dantesque, tombe dans les bras d'une héritière qui donne dans le Chouchou - Marie-Claire. Mais les deux se sont aussi cassés les dents sur une autre « bonne faute », une idéologie dans l'air du temps: la diversité.
Pressé d'en découdre avec la parité et la pluralité, le gouvernement a voulu faire d'une pierre deux coups. Il s'est flanqué des trois créatures qui réunissaient le mieux les précieux critères ethnosex, en forme d'affirmative action: Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade. Mais voilà. Compromis par un garde des sceaux peu à même de contrer « le coup d'état des juges », mouché par une admirable secrétaire d'état à la politique de la ville qui aura pointé du doigt l'impossible plan Marshall nécessaire à la dissolution des ghettos, il est aujourd'hui à la merci d'une beauté nubienne toute en caprices et lubies, pour qui « haltérophilie » veut dire « amour de l'autre » quand elle n'imagine pas avoir déjà quitté Kouchner et son ancien ministère au bras de l'homme.
Le football a, lui, un temps d'avance dans le mondializer de ses talents. Depuis l'arrêt Bosman, en 1995, la foire aux transferts n'a pas cessé, creusant un fossé de plus en plus grand entre les clubs les plus riches et ceux les moins dotés, a contrario de l'esprit même qui avait présidé à formuler la directive: La non discrimination des joueurs entre les nations de la communauté européenne. On pouvait toutefois juger cette directive par trop européano-centriste. Les centres de formation ont donc levé cette dernière atteinte aux droits-de-l'homme et l'on peut aujourd'hui se servir sans crainte dans le cheptel des meilleurs joueurs du continent africain et parfois, des autres. L'idéologie qui vient renforcer ce mercato à visage humain, c'est la pluralité, pilier de la foi de la religion des Droits de l'homme. Exactement comme à l'époque où le commerce triangulaire s'honorait de la bénédiction des papes, sanctification accordée au nom de la diversité des âmes que le christ voulait bien admettre en son église. Le pape Nicolas V nomma d'ailleurs l'une des deux bulles qu'il rédigea en 1452 pour légitimer l'esclavage: « dum diversas »...
Cette diversité, on le voit, sert de paravent au trading footballistique et lui réinjecte de la valeur ajoutée, comme pour tous les marchés soumis à la mondialisation. Mais l'échec de la pluralité idéologique réside aussi dans son objectif moral : le métissage. Le métissage n'est pas tant le mérite accordé aux mariages mixtes que la fluidité des relations inter-ethniques et culturelles dans une France bigarrée. La France de 98, celle des Black Blanc Beurs, pouvaient encore fonctionner car l'équipe avait réellement trouvé son ciment sportif, lequel finit par lui apporter la victoire. Les particules ethniques et religieuses semblaient s'être agglomérées pour former un mixte vrai, au sens où l'entendait Aristote, c'est à dire une synthèse qui n'est pas la seule somme de ses agents mais un produit nouveau, résistant à l'analyse. Du coup, on estima que le slogan était bon et que le multiculturalisme pouvait avoir toute légitimité. Ce sentiment irénique devait faire long feu. Si les particules glissaient entre elles, ce n'est pas parce qu'une molécule avait pris corps mais parce qu'un ballon en avait donné l'illusion. L'éloge de la différence eut un tout autre effet.
L'équipe de 2010 joue comme est la France d'aujourd'hui : repliée sur les différences qui devaient faire sa force. Les Matadors de la diversité ont perdu l'eurovision comme ils perdront la coupe du monde. On parle beaucoup de l'entraîneur de l'équipe de France, trop peu du climat qui règne au sein de son équipe. Véritable bouilloire du ressentiment, le staff actuel est un précipité de tous les vices qui rongent la société française: défiance patriotique – on ne demande pas tant aux joueurs de chanter leur hymne que de vivre leur histoire française, Platini ne chantait pas la Marseillaise mais il est « mort » pour elle, aux pieds du chevalier teuton - argent coulant à flot, turpitudes festives et sexuelles tarifées sur fond de fréquentations mafieuses, mépris du supporter et arrogance gratuite. Celle-ci surgit du sentiment de pouvoir que l'argent procure tout à coup, mais aussi du pouvoir démesuré, voire irrationnel que leur confère l'Etat, plus que la population. L'Etat a fait de cette équipe à l'âme désarmée, le dépositaire de toutes ses « valeurs ». Enfin, elle cristallise le malaise dit « musulman », sentiment diffus devenu en quelques mois un symptôme de crise majeure de l'identité française.
En effet, tout se passe comme si l'adhésion du sportif à l'Islam, suivi de sa conversion, était devenu le ticket d'entrée du ghotta, le nouvel ausweis des clubs nationaux. Entre le blanc athée, sans autre valeur à proposer que sa repentance droit-de-l'hommiste, avatar de l'auto-flagellation d'antan, et le musulman droit dans ses hadiths, il va sans dire que l'instinct de l'époque, en mal de repères, recommande à toute une jeunesse de préférer la spiritualité mahométane au repoussoir conceptuel français. Ajouté à cela une nouvelle génération de joueurs qui, pour beaucoup, viennent de quartiers « sensibles » (quartiers où la « sensibilité » des jeunes gens éclot dans les vers de Kool Shen et la prose de Kemi Seba), l'élection des affinités entre joueurs a plus à voir avec les codes urbains que ceux de la fédération, peu importe qu'ils s'entraînent à... Clairefontaine. Si les bisbilles entre les anciens caïds des cités et les piercés blancs sont avérées, - on parle de discriminations anti-blanc au sein de l'équipe – c'est qu'à l'instar du reste du pays, l'équipe serait au bord de l'implosion et vivrait là le baroud le plus malsain que l'on ait vu à un tel niveau.
Domenech peine en réalité à s'imposer comme un chef et un fédérateur. De la même manière que Nicolas Sarkozy est obligé de renier un à un tous ses projets de campagne, enchaîné à une crise et une résistance européenne, le sélectionneur est acculé par son turbulent échantillon mondialisé. Il jette du lest dans le jeu comme dans ses choix pratiques. A-t-on dit que c'est lui qui aurait imposé au traiteur de l'équipe de ne plus cuisiner que des mets Hallal? On peut imaginer l'érosion d'un chef de cuisine, lassé de devoir composer avec les impératifs catégoriques laïques des uns et les interdits religieux drastiques des autres. Si le choix est pratique, il n'en est pas moins inquiétant. La France joue comme elle est.
Le métissage a échoué. Pierre-André Taguieff relève la contradiction constitutive de ce beau rêve, de ce désir d'avenir : tenter de faire tenir dans un même cadre, diversité et métissage. Encore un oxymore ! Le concept est abstrait, incohérent, intenable. Les identités se réifient et l'on voit apparaître aujourd'hui une pléthore de français qui, lassés de se faire passer pour des imbéciles enkystés dans leur terroir, eux qui n'ont pas la beauté de l'orient, la belle couleur du métis, s'estiment être les nouveaux stigmatisés du paysage pluriel français et se tournent de plus en plus vers des plateformes interlopes où refleurissent les extrêmes. Les moins adroits ou les plus mous, s'inventent des gènes exotiques; il est courant de deviser avec un quidam qui ne dira plus « je suis français né à Besançon, mais je suis né à Besançon et je suis d'origine italienne » etc. Ce "culte du veau d'Autre" (2) accentue le rejet de soi en même temps que la quête extrême de soi. L'idéologie plurielle reconduit l'inégalité, pire, elle en invente de nouvelles! Le paradoxe énoncé par Paul Yonnet prend ici tout son sens: le multiculturalisme ne conduit pas à s'abstraire de la communauté mais c'est s'y replonger qui doit aujourd'hui faire la force de la nation. (3)
Un autre point mis en avant par Taguieff, et non des moindres, est que les défenseurs du métissage, ce libre-échange des races (où l'on voit que le métissage reconduit aussi, avec malice, la notion de races, « objet » honni que l'on voulait faire disparaître à jamais du paysage mental de l'individu bien pensant) sont aussi les ardents adversaires du libéralisme, rendant la notion de métissage parfaitement factuelle et, comme la grossesse... non désirée. De plus, rajoute Taguieff, tout se passe comme si ce blocage maintenait le message de diversité et "était la condition de son efficacité symbolique." (4)
Nos footballers millionnaires sont doublement porteurs de cette contradiction : ils incarnent les pires déchainements du libéralisme tout en portant le message d'une diversité qui la condamne. Issus de l'immigration, ils se veulent les nouveaux prolétaires (dont ils seraient l'avant-garde brillante, le « pauvre qui peut s'en sortir ») d'une lutte des classes qui n'est au final qu'une lutte des ethnies (5). En outre, ils avivent impunément le fantasme délirant d'une intégration réussie par le sport - alors qu'ils en constituent l'élite privilégiée – au détriment d'une assimilation par le savoir, autre débat! ( A ce sujet, Rama Yade, dans un post étonnant, - "Trop de noirs dans le sport? Et si Alain Finkielkraut avait raison ?" - fait part de sa perplexité sur cette appréhension de l'intégration par le sport et l'érection en modèles de ses hérauts.) A quand une puissante introduction à la connaissance: « L'école de la République, c'est bien. »?
Le football mondialisé suit la pente de son économie. Les nations faibles ne gagneront plus. Bien sûr, il restera l'impondérable humain, identitaire ou fasciste, faible ou conquérant, mais à l'instar des légats romains dont l'orgueil se boursoufflait des victoires de leurs gladiateurs chèrement achetés, il ne restera que la force et la morgue de mercenaires avilis, au petit supplément d'armes, pour donner encore du spectacle aux foules et faire sonner les cornes et les vuvuzelas.
Alors, imaginons un peu, un matin de soleil sud-africain. La noire ambassadrice aux sports divers quitte sa chambre, longe la terrasse. Elle lève la tête, par dessus ses épaules et, se retrouve, surprise! nez à nez avec Franck Ribéry. Que fait-elle sinon se mettre à entonner: « Qu'est-ce qui t'a fait prendre cette fille contre son gré et sous ses griffes, des regrets, tu réponds: négatif! Mieux encore, tu ricanes... »
Et nous, avec lui, nous répondons : La nostalgie, camarade, la nostalgie...
Alexis Blas
(2) idem (3) Cité par André Grjebine in: LE DEBAT Mars:avril 2010: « La gestion de la différence dans une société ouverte – les contradictions du multiculturalisme» (4) P.A. Taguieff in: LE DEBAT Mars:avril 2010: « diversité et métissage – un mariage forcé » (5) Relire à ce sujet André Grjebine in: LE DEBAT Mars:avril 2010: « La gestion de la différence dans une société ouverte – les contradictions du multiculturalisme» Il parle de cette translation du débat comme sonnant la fin des perceptions intellectuelles de l'identité française au profit d'une identité ethnique, dont la grande majorité des politiques a déjà pris acte.
Toutes les réactions (8)
1. 14/06/2010 23:55 - Vuvuzela
Taguieff avait précédemment publié le texte auquel vous faites référence sur RING l'an passé.
2. 15/06/2010 00:13 - alexis blas
Tout à fait, c'était le 23 novembre dernier. Il a été remis au goût du jour dans le N°159 de la revue "Le débat" de mars et avril 2010, en correspondance avec la thématique de Pierre Nora, André Grjebine et Krzysztof Pomian.
3. 15/06/2010 00:38 - Lise
très intelligent papier, il va falloir désormais inventer le prison break de ce nouveau paradigme.
4. 15/06/2010 00:42 - Jurietti
Oh la tronche de Cissé... Là, l'argument est tout suite évident.
5. 15/06/2010 00:53 - Pierre-André Taguieff
Article aussi intéressant que percutant.
6. 15/06/2010 09:24 - dark city
bon papier, système éclairé mais pas assez accessible pour un jeune public qui doivent comprendre ces types de rouages derrière ce qu'il se passe aujourd'hui dans la société française.
7. 15/06/2010 19:19 - Roméo Joan
dark city,
la pensée ne doit pas être prolétarisée.
8. 15/06/2010 22:10 - Vuvuzela
Salut, Roméo.
Jolie formule, mais je crois que dark city parlait de sensibiliser les premières "victimes" de ce phénomène : la jeunesse, les adolescents. Se mettre à leur portée n'est pas obligatoirement céder à la facilité, ce que j'imagine récuserait le RING, comme l'auteur de ce texte.
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Dernière réaction Taguieff avait précédemment publié le texte auquel vous faites référence sur RING l'an passé.  14/06/2010 23:55 Vuvuzela
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