Aphex twin : chef d´orchestre punk du 21ème siècleSURLERING.COM - CULTURISME - par Laurent Prat - le 17/12/2001 - 1 réactions -
L'histoire simple d'une vie pas comme les autres : Il commence ses méfaits dés l'age de 12 ans, en découvrant le modeste piano familial. Sa mère en fut toute réjouie, mais déchanta vite en voyant son fils plus préoccupé à pincer les cordes de l'instrument plutôt que jouer normalement, comme les autres, sur les touches du clavier. Comme les autres . Une expression qu'il a du et qu'il doit toujours haïr. Alors que le Punk Rock est encore présent dans les esprits des adolescents de son modeste quartier, grattant sans relâche leur guitare électrique pour tenter de ressembler à Joe Strummer et autres Sid Vicious, lui préfère le synthétiseur. Un Bontempi qui le déçoit rapidement. Une solution ? Le trafiquer, bien sûr ! Une passion pour l'électronique et l'informatique est née, et ce sera LE support technique des ses futures compositions. En découlera alors des journées entières passées en pyjama devant son ordinateur et son clavier, seul, à créer des textures musicales ambient, proche des travaux instrumentaux du Brian Eno des débuts des années 80's. Les cassettes enregistrées s'accumulent, jusqu'au jour où une musique électronique, venant à l'époque quasi exclusivement des Etats Unis (le Detroit Sound ), arriva jusqu'aux oreilles de notre solitaire en pyjama. Le choc. La house des clubs devint techno. La transe électronique était née. Sa musique évolue alors vers une forme de acid-hardcore, techno violente parfaite pour les sets auxquels il participe pour, selon lui, " effrayer les raveurs " dans des soirées sur les plages de Cornouaille. On est à l'aube des années 90's, et Richard commence à se faire connaître dans le milieu underground de l'époque, notamment à Exeter. Ils sort, sous le pseudonyme AFX deux maxis LP sur le label local " mighty force " : annalogue bubblebath 1 et 2 . Mais c'est en 1991 que les choses commencent à réellement évoluer : la signature sur un label indépendant belge R&S Records est la confirmation de l'intérêt de plus en plus croissant que suscite la musique de Richard. Les rares sets DJ qu'il effectue sont très appréciés : lors d'une soirée à New York, il parvient à faire danser le public rien qu'en mixant des sons provenant d'appareils ménagers. Digeridoo, Xylem tube EP et surtout Selected ambiant works 85-92 , premier album sous le pseudonyme d'Aphex Twin, sont publiés successivement. Ce dernier provoque une réaction plus que positive de la part des critiques de l'époque. Cet album est en fait une première compilation des fameuses cassettes soigneusement empilées au pied de son lit. On y découvre un réel artiste, à cent lieues des soirées acid, réussissant à créer une musique beaucoup plus mentale, des ambiances originales, créant chez l'auditeur des sensations très particulières. En 1993, il signe chez le prestigieux label WARP, la référence en terme de musique électronique d'écoute. Il sort Surfing on sine waves sous le pseudonyme de Polygon window en 1993, un album très mélodique, dans la lignée du précédent. Mais toujours soucieux de conserver une indépendance vis à vis de l'industrie du disques, il signe la même année chez SIRE RECORDS. En résulte superbe album : Selected ambient works 2 . L'accueil de la critique de l'époque est élogieuse : le très sérieux New York Times ira jusqu'à proclamer l'album comme le parfait exemple " de la musique classique du 21ème siècle " !! Fort de son nouveau statut d'artiste culte de la musique électronique, Richard décide de créer son propre label en 1995 : REPHLEX. Un label qui nous permet de découvrir d'excellents artistes comme par exemple u-ziq et surtout Leila , qui n'est rien de moins que la pianiste de Björk . La même année, il décide de passer à une vitesse supérieure avec le grandiose I care because you do..., publié sur WARP avec le pseudonyme définitif d'Aphex Twin. Premier album diffusé aux Etats Unis, la pochette, dessinée par ses propres soins, est un autoportrait. Il a le sourire exagéré, un regard inquiétant, une barbe coupé de travers, et donne l'impression désagréable de se trouver en face d'un réel psychopathe. Il parvient à mélanger Drum and Bass, Jungle, electronica, ambient, rythmique hip hop, industriel, le tout complété par un nombre incalculable de bruits inquiétants. Les deux facettes de sa musique s'affrontent enfin, un combat entre l'ange et le démon, la musique ambient et la face bruitiste, les deux twins sont enfin réunis pour un délicieux affrontement. Cet album donne l'impression que Richard D James a atteint son propre et inimitable style, sa maturité musicale entre calme et tempête, mélodie et cacophonie. Pour beaucoup, Aphex Twin représente désormais La musique représentative de cette fin de siècle. Les chiffres de vente augmentent considérablement, et son influence se fait de plus en plus sentir dans le milieu de la musique électronique.
De nombreux artistes le sollicitent pour réaliser les remixes de leurs propres morceaux : l'excellent Heroes de David Bowie , Devil's Haircut de Beck , mais aussi des titres de Nine inch nails, the Lemonheads... Aphex twin est partout, et nulle part à la fois. Dans certains concerts, au grand dam du public, il préfère jouer ses morceaux filmés dans les loges, le tout retransmis sur un grand écran posé au centre d'une scène vide. Les interviews du personnage se font très rares, et des rumeurs sans aucun fondement courent quand à la gravité de son état mental... Après cette avalanche d'albums publiés sous divers labels et pseudonymes, Richard décide de se faire discret. Il attend jusqu'en 1997 pour publier le double EP
Come to daddy
. Les huit titres proposés ont été enregistrés dans la chambre forte d'une ancienne banque de Londres, une bâtisse apparemment si chaleureuse qu'il décida de s'y installer ! Musicalement, on retrouve Richard là où il nous avait abandonné en 1995, réutilisant la même formule, toujours aussi efficace. En 1999, Richard réapparaît avec le EP 3 titres Windowlicker . Il décide de renouveler sa collaboration avec Chris Cunningham pour cette fois ci nous livrer une parodie des clichés rap. Tel un Puff Daddy en pleine campagne médiatique, Richard apparaît en costard blanc entourer de superbes " bitchs " se tortillant le derrière sous son nez, le tout bien installé dans une limousine. Un classique, si ce n'est que toutes ses pulpeuses courtisanes ont toutes le même visage. Celui de Richard, of course. Et ensuite ? Calme plat. Aucunes nouvelles, à part une bribe d'interview où il annonce son prochain album pour... 2004. Les fans sont désespérés, mais de plus en plus nombreux : sa réputation de génie musicale n'a pas arrêté de gonfler dans les journaux et milieux spécialisés. I care because you do se voit considéré parmis les quatre cent meilleurs album de tous les temps par le très respecté magasine français Rock & Folk, au coté des Radiohead, Beatles, U2 et autres Rolling stones : une belle performance pour un artiste aux créations 100% électronique. Juillet 2001, WARP diffuse la nouvelle : le prochain album d'Aphex Twin, Drukqs, sortira le 22 octobre. Ce sera un double CDs (quadruple vinyls) : trente morceaux pour se faire pardonner de deux ans d'attente. Une œuvre, un personnage : Que ce soit le rock dans les années 60 à 80, ou le rap et la techno dans les années 90's, tout courant musical dit " populaire " a possédé un certain style vestimentaire, une certaine façon de penser, un discours quasi typique qui permettait aux jeunes de se situer les uns envers les autres. Les perfectos en cuir, les dreads locks, les baggy, tout ce coté superficiel de la musique a eu influence sur plusieurs générations : on se laissait pousser les cheveux avec Kurt Cobain, on fumait de la Ganja avec Bob Marley... Des images qui sont vites devenues clichés, qui se perdaient avec la vieillesse, qu'on laissait le soin de cultiver aux nouvelles générations. Le cas Aphex Twin, représentatif d'une musique électronique de plus en plus populaire (electronica ou braindance), n'obéit pas à ces règles. Aucun discours qu'il soit politique ou social n'est tenu, ni même un quelconque message subliminal. Uniquement de la musique, exclusivement instrumentale. Et cette fois-ci entièrement électronique. Contrairement à ce qu'est devenue la techno dans les années 90's, où un superficiel grotesque appuyé par l'odeur de l'argent et la reconnaissance populaire ont rapidement pris le pas sur la qualité et l'authenticité de cette musique, Aphex twin ne représente aucune mode, aucune tenue vestimentaire, aucun style musicale en particulier. C'est un électron libre, totalement indépendant. Pourtant, Richard D James est représentatif du renouveau de la musique électronique, le meilleur exemple de l'existence d'un art post techno, de la conversion de DJ vers une musique beaucoup plus mentale, moins physique. A l'aide d'expérimentations (comme Autechre ou Black dog à la même époque), il réutilise la transe hypnotique comme moyen de créer un tout nouveau type de compositions, froide, informatique, avec un minimum de contrôle humain. Une sorte de chef d'orchestre punk du 21ème siècle. Il appartient aux rares qui ont su partir de l'expérimentation pour créer leur propre style musical, plutôt que se limiter à reprendre un format déjà existant. Comme tous les précurseurs. En outre notre homme gère de façon très étonnante son image médiatique. Ses pochettes en sont la parfaite représentation : ce fameux visage habité par une profonde folie, pastiche des pochettes ringardes de ces gens soit disant " exemplaires " que l'on trouve sur la plupart des galettes de la variété musicale mondiale, force à penser que l'on s'est procuré l'album d'un véritable malade mental, à cent lieues des figures parfaites et sur mesure des produits commerciaux diffusés jusqu'à l'écœurement par les médias. Une image qu'il développera lui même, persuadant les journalistes de son suivi psychologique et des ses internements à répétition. L'utilisation de plusieurs pseudonymes, les multiples facettes de sa musique donne l'impression d'un personnage profondément schizophrène. La diffusion abusive de son visage ne peut être du qu'à une mégalomanie maladive. Le fait de composer cloîtrer dans une chambre forte est sûrement le résultat d'une paranoïa aigue. Mais Richard n'est pas fou. Au contraire. Son image calculée, incroyablement bien gérée, a été crée pour déranger. On est face a un anticonformiste endurci, une personne abhorrant la banalité, qu'elle soit musicale ou médiatique. D'où le coté parodique, malsain de ses vidéos et la virulence de certains de ses propos. Il confia à un journaliste du magasine anglais NME qu'il remixait uniquement les morceaux qu'il jugeait " merdiques, pour au moins leur donner une chance d'exister ". Rien de moins. Donner des titres à ses morceaux n'est pas non plus son fort. Richard préfère leur attribuer des équations, des chiffres, une succession d'anagrammes ou tout simplement rien. Le néant. La totalité de l'album annalogue bubblebath 3 en est vierge : il nous confie uniquement le titre qu'il a bien voulu attribuer à l'album et le nombre des morceaux. Sur selected ambient works 2 , ils sont représentés par une succession d'images abstraites, chaque image ayant une superficie au cm² représentant la durée réelle du morceau. Non, Richard n'est pas un malade mental, mais d'avantage un artiste se consacrant entièrement à son art musical, un des plus original qui soit. La façon de composer ces morceaux, enfermé dans une pièce, sans aucun apport extérieur fait penser à une forme autisme musicale, repliée sur elle même, mais terriblement personnelle. Il n'a " commencé à écouter de la musique qu'après en avoir composé ", une indépendance artistique qui reste sûrement une des raisons de l'originalité débordante de son œuvre. Assurément un génie. Précipitez vous sur l'excellent www.aphextwin.fr.fm, avec sa superbe intro, une présentation sobre et classe, un site riches d'informations... et le tout en français ! N'oubliez pas non plus www.warp-net.com, la vitrine de l'excellent label anglais WARP, ainsi que www.aphextwin.nu, la référence, mais cette fois-ci entièrement en anglais.
Laurent Prat Toutes les réactions (1)1. 04/11/2010 06:57 - Philippe
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