Michel Field, épouvantail du PAF
SURLERING.COM - BIG BROTHERS - par Marie Raymond - le 03/06/2004 - 0 réactions -
Charme du quinquagénaire (bedaine, sourire libidineux) et publications hermétiques à portée de main, Michel Field est le parfait animateur de gauche, vulgarisateur de philosophie, pulvérisateur d'audimat. A peu près aussi loin de la bouillie de culture d'Ardisson et Beigbéder, que du Bouillon de Culture du vieux Pivot, Field a pourtant tout fait pour ne pas passer inaperçu, pour sortir du lot..
Son seul exploit, le public voit à peu près qui il est.

Et c'est heureux, parce qu'il approche péniblement mais sûrement de sa quinzième année sur le petit écran. Depuis 15 ans, Michel Field ne semble avoir qu'une idée en tête, ne plus se débattre dans les eaux boueuses du PAF, et devenir, enfin, quelqu'un. Pour y parvenir, il a tenté le tout pour le tout.
Michel monte au front
Années 70 obligent, le jeune Field exploite à fond le filon de la révolte. Une adolescence à la botte de la Ligue Communiste Révolutionnaire, soit six ans de militantisme aux côtés des rouges, voilà de quoi débuter dans les règles une carrière d'intello-gaucho bien de chez nous. Michel, armé d'une faucille et d'un marteau, pulvérise la bourgeoisie, le corps professoral, dépave les chemins des biens pensant avec ses camarades. L'exercice l'amuse un temps, puis le marteau l'éreinte, la faucille lui brûle les doigts, Michel Field ne se sent pas longtemps révolutionnaire dans l'âme. Il s'aperçoit dès cette époque qu'il n'est pas de ceux qui restent attachés à leurs convictions. Normal Sup lui ouvre les bras, alors il se renie et se range sur les bancs du prestige et de la bourgeoisie, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
C'est le début de la fin pour Michel qui décide de coucher sur le papier ses pensées les plus profondes. Son roman 'Impasse dans la nuit' le fera pénétrer sur le plateau de 'Ciel mon mardi' en 1989. TF1 vient d'ouvrir à Michel les portes de la tentation. Au loin l'argent et la gloire semblent lui susurrer des mots doux. Il ne se retourne pas sur ce qui fut son éthique. Adieu faucille, marteau, philosophie.
Michel contre attaque
Dès lors Michel Field n'a plus qu'une obsession, exploiter son redoutable potentiel de négation de soi, et devenir un présentateur reconnu. Et peu importe si pour ce faire il doit s'adonner à faire le bouffon dans une émission de Dechavanne. Michel est lancé, il s'infiltre dans toutes les chaînes, saisit chaque opportunité, et fait zapper le public en moins de temps que ne l'aurait fait Nagui lors de l'une de ses navrantes prestations. En 1992, il se glisse dans le service public. France 2, qui s'est laissé séduire par sa réputation d'intellectuel, laisse Michel créer et animer Le Cercle de minuit. Michel est encore à cent lieux du prime time, mais son émission lui vaut un 7 d'or la même année que Nagui et Gérard Holtz. Un exploit.
Trop de succès, trop de culture, pas assez d'argent, Michel, en véritable terminator du PAF, retourne dans le privé et décide d'exterminer l'audimat de Canal + à coup de mots sans saveur et d'élocution soporifique. Il sévit sur la chaîne pendant 3 ans, La grande famille, l'Hebdo, et l'inoubliable Pas si vite, émission philosophique qu'il coanime avec Mademoiselle Agnès, soit l'ex Miss Météo de la même chaîne. Sale temps pour la philo, Field va voir ailleurs si les pages de pub sont plus rentables. 1998, aucun défi ne fait peur à Michel, pas même celui de gagner toujours plus d'argent. Alors qu'Anne Sinclair fait ses adieux à 7 sur 7, Michel débarque sur TF1 la queue entre les jambes pour récupérer le créneau horaire. Comme il exerce à la perfection l'art de faire croupir l'audience, les fidèles du dimanche soir désertent Public en moins d'un an. En 1999, retour sur le service public, et nouveau challenge. Comme Michel Field aime se taper les restes, à la télé rien est à jeter sauf lui, il entreprend de succéder à Jean-Marie Cavada. Nouveau record, comme d'hab', Michel se surpasse. Il lui faut peu de temps pour pourrir La Marche du Siècle, un des succès de la chaîne.
Le retour de Michel
Jusque là, Michel Field a réussi un sans faute, le grand schlem des chaînes hertziennes, M6 mise à part (caser Michel et sa philosophie de comptoir entre Les Routes du Paradis et l'énième rediffusion d'un téléfilm américain, personne n'a encore osé). Pour parfaire sa réussite professionnelle, mener à son paroxysme sa carrière de flambeur d'audience, Michel s'en prend aux chaînes câblées. L'année 2002 lui offre Paris Première sur un plateau d'argent. Il y anime Field dans ta chambre, une émission littéraire dont le glas n'a, miraculeusement, pas encore sonné. Michel y fait ce qu'il fait le mieux, c'est-à-dire apporter son crédit de vieux beau, ex intello ex gaucho sur le retour, et écouter des chroniqueurs intéressants parler littérature, comme au bon vieux temps des cafés philo sous les pavés. Field dans ta chambre n'est pas synonyme d'orgasme cérébral, mais c'est toujours moins gerbant qu'Ardisson et Beigbeder se piquant d'être des intellectuels.
Dommage pour Michel, cette ébauche de réussite est ruinée par son irréversible pouvoir de blaser un public. En juin 2003, alors que France 2 remercie Frédéric Lopez pour sa prestation de présentateur de Comme au cinéma, Michel aperçoit l'opportunité de faire un massacre. Une émission à piquer à un copain et à piétiner sauvagement : les chiffres dégringolant de Médiamétrie brillent déjà dans ses yeux... Pour sa troisième année, Comme au cinéma ne rassemblait plus que 16 % du public, contre 20 à 22 % précédemment, Michel reprend donc les rennes et mitonne le tout à sa sauce. Il passe l'émission à tabac, et en une année, Michel l'emporte par KO. De 16 %, l'audience passe à 12, pour s'évanouir lamentablement à 10, 6 lors du numéro du 18 mai 2004 consacré au Festival de Cannes. Field est imbattable sur le Ring, aucune émission ne lui résiste, mais en septembre 2004, France 2 se passera volontiers de ses coups de poing.
H. mûr ch. Programme en perdition
Une fois de plus, Michel est à la rue, jeté du service public. Inutile de lui demander ce qu'il va faire de son été. Fouiner, humer, détecter l'émission ou la chaîne en perdition. Michel est déjà sur une piste, un gros coup. Une chaîne dont la part d'audience fait de la chute libre, une plage horaire où tous se cassent les dents, il se lèche les babines. Ramasser les miettes d'Emmanuel Chain, dégommer l'access prime time de Canal, voilà qui excite Michel. Le départ annoncé de Chain et de Merci pour l'info, laisse libre court à ses fantasmes les plus torrides. Le néant, l'apocalypse sont des mots qui résonnent dans sa tête. Michel est prêt à bastonner Denisot et son projet de Grand Journal, à avorter dans l'oeuf l'idée de Christophe Hondelatte (RTL) d'adapter On refait le monde sur la chaîne cryptée. Il aura son séisme, il fera son carnage, il sera, à nouveau, le maître des plombeurs d'ambiance, l'épouvantail du PAF.
" La télévision n'invente rien. La seule image qu'elle ait jamais créée, c'est la neige de la fin des programmes " écrit Michel Field dans CLM/BBDO, l'art de saisir ce qui commence. Chronique de ses flops annoncés ? Dieu sait si Michel n'invente pas grand-chose et s'il aime ça, la neige des fins de programme, sa seule rivale, celle qui fait fuir le public encore plus vite que ses émissions. Finalement Michel, c'est un rebelle dans l'âme, il n'a jamais vraiment rendu sa carte rouge. Il se fait dans son coin sa petite révolution dans sa cabine téléphonique, en rêvant aux jours heureux où les programmes seront déserts d'audience, où la neige tombera à flot sur l'écran plasma de son home vidéo.
Oui Michel, Field dans ta chambre !
Marie Raymond
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