Médias US face à Bush & KerrySURLERING.COM - BIG BROTHERS - par Frederic Eger - le 10/11/2004 - 0 réactions -
L'électeur est un marché. Et pour se déterminer entre John Kerry & Georges W. Bush, les électeurs américains auront-ils eu accès à toute l'information, rien que l'information ? En effet, une guerre sans merci entre les premier et quatrième pouvoirs. Le lieu du débat public moderne étant l'incontournable petite lucarne, dans la course à la présidence, la guerre politique trouve tout naturellement son terrain de jeu dans une guerre médiatique aux multiples facettes et aux enjeux énormes.
Jusqu'où peut aller la conquête de l'électeur, consommateur d'informations ? Tous les coups sont-ils permis aux hommes politiques et aux médias pour conquérir et convaincre le plus grand nombre ? La question restera sans doute sans réponse ferme et définitive. Tout de même... Le système peut-il réellement de protéger les spectateurs (citoyens et consommateurs) et acteurs (politiques et médias) ? Un système de réglementation complexe entre le premier et le quatrième pouvoirs Pour les candidats, séduire l'électeur est une priorité absolue. Les messages publicitaires deviennent ainsi la clé de voûte des campagnes présidentielles. La publicité politique ou "e; convaincre en trente secondes "e; est vue par certains comme réductrice et comme un moyen d'ouverture du débat politique. La spécificité de la confrontation entre l'industrie politique et l'industrie de l'information (les relations entre les candidats et les diffuseurs) s'illustre de manière flagrante par les règles applicables à la publicité politique à la télévision. Egalité d'accès à l'antenne des candidats (equal opportunity), aucune censure (no censorship), la diffusion au meilleur coût du spot publicitaire (lowest unit charge), obligation de diffusion pour les élections fédérales, (reasonable access law) l'exception éditoriale des journaux télévisés (news exemption), l'identification du sponsor (identifying sponsor) et le principe d'égalité (fairness doctrine), sont autant de dispositions légales et de principes aux applications complexes et parfois contradictoires dans le système médiatico-politique gérant la course à la présidence. La section 315 du Communication Act de 1934 réglemente la publicité politique dans les médias non seulement de manière complexe, mais encore en totale contradiction avec la totale liberté d'expression qui est offerte aux candidats dans leurs spots. Les dispositions de la section 315 s'applique essentiellement aux directeurs de chaînes de télévision et stations de radios. Le premier principe clé est l'obligation de diffusion des spots publicitaires (reasonable access law). Depuis 1959, les candidats aux élections fédérales (la Maison-Blanche, le Sénat, La Chambre des Représentants) bénéficient d'un droit absolu d'accès égalitaire à l'antenne pour la diffusion du spot à condition de payer à l'avance. Un directeur de station ne peut refuser aux candidats cet "e; accès "e;, même si la publicité commerciale envahie déjà l'antenne. En revanche et en droit, pour toutes les élections locales (Municipales, gouverneurs des Etats...), le diffuseur peut refuser d'attribuer du temps d'antenne aux candidats. En pratique, aucun diffuseur ne se permet de refuser, même si la loi l'y autorise, un temps d'antenne à un gouverneur de Californie ou un Maire de New York. Cette règle du reasonable access law ne subit qu'une seule exception : celle des journaux télévisés. En effet, pour des raisons éditoriales de liberté de choix dans la manière de traiter l'information, les journalistes n'ont aucune obligation de donner la parole de manière égalitaire aux candidats. La date tournante est 1959. En 1959, sous la pression des journalistes, le Congrès Américain fait voter la disposition de la news exemption, idée et doctrine loin d'être communément admise à l'époque. Depuis 1959, un journaliste de presse audiovisuelle peut alors interviewer, accorder un temps d'antenne à un candidat, le suivre en reportage ou le mettre en scène sans avoir à accorder un même temps d'antenne à son adversaire au nom de la liberté de la presse. Avant 1959, si un candidat apparaissait "e; gratuitement "e; à l'antenne dans le cadre du Journal Télévisé, la station avait l'obligation d'accorder la même place à son adversaire politique. Egalité rigide levée par le Congrès. Une souplesse éditoriale, porte ouverte aux manipulations Et c'est grâce à cette souplesse éditoriale, permise dans le cadre des journaux d'informations que des chaînes comme FOX NEWS, ouvertement inféodées au parti Républicain, peuvent couvrir de manière biaisée, partisane et émotionnelle la campagne en toute légalité aux termes de la section 315 du Communication Act. Ce traitement ouvertement orienté de chaînes câblées, comme la FOX, a engendré un débat au sein de l'ensemble des autres réseaux : que doit-on faire prévaloir entre l'émotion et les faits ? Et tous sont arrivés à la conclusion que seuls les faits devaient être, envers et contre tout, privilégiés et valorisés. Le documentaire de Robert Greenwald et Jim Gillian, Outfoxed : la guerre de Rupert Murdoch contre le journalisme montre et démonte bien les mécanismes de fabrication de l'information de la FOX. Exemple, FOX utilise la technique du matraquage du message transformant ainsi l'information en propagande. FOX a asséné à longueur de journée que Kerry était une girouette sans position politique claire. Concernant les incertitudes liées au scrutin de 2000, les journalistes de FOX répétaient « Flipped-flopped, Flipped-flopped » (virage 360) à toutes les sauces, assimilant ainsi purement et simplement le journalisme à du café du commerce. FOX a aussi réduit la science de l'information à l'art rumeur en commençant chaque interview de personnalités par la phrase « Some people say... » Des mémos quotidiens internes de la direction de FOX demandant aux reporters et autres fabricants de l'information quoi et comment couvrir dans l'actualité, et, notamment comment couvrir de manière plus courte la campagne de John Kerry. Du côté « gauche » de l'échiquier médiatique, Arrêt sur Images revient sur le mea culpa de l'historique Dan Rather, présentateur du très respecté du magazine d'investigation 60 Minutes. Le 8 septembre 2004, le magazine révèle de vrai fausses notes internes et inédites à l'armée datant de 1972 signés par le chef d'escadron de Georges Bush, Lientenant-Colonel Killian. Ces documents auraient indiqués que l'officier Bush aurait bénéficié d'un traitement de privilégié pendant son service à la Garde Nationale Aérienne du Texas. L'authenticité de ces notes est mise en doute une semaine plus tard par la secrétaire du Lieutenant Killian ; laquelle affirme n'avoir jamais tapé ses documents, mais confirme l'authenticité des faits relatés. Finalement, le 20 septembre, Dan Rather fait des excuses officielles au nom de CBS reconnaissant que ces documents étaient des faux, et regrettant de les avoir révéler sans avoir vérifier les sources. Le défi dans le traitement de l'information reste entier. Les déclarations d'intentions des médias pour l'élection 2004 Aujourd'hui, les chaînes de télévision américaines, soucieuses d'effacer le cauchemar de 2000, où elles avaient annoncé puis démenti la victoire en Floride du démocrate Al Gore puis celle du républicain George W. Bush, jurent qu'elles feront preuve, cette fois -ci, de la plus grande prudence. Marty Ryan, de Fox News, se veut rassurant : « Nous allons examiner chaque chose une, deux, trois fois... et peut-être attendre encore un peu et vérifier de nouveau les résultats du scrutin. Si on vous a écoeurés, franchement, je ne vous en voudrais pas », aurait déclaré aux téléspectateurs Dan Rather. « Cette année, plus que jamais, il n'y a pas besoin de se faire concurrence entre chaînes de télévision. Nous allons donner une information juste », affirme Linda Mason, de CBS. Pour éviter la réédition de ce fiasco, le système de collecte et d'analyse des résultats du vote a été totalement réformé et les chaînes de télévision ont fait passer le message dans leur rédaction que la rapidité de l'information ne doit pas se faire au détriment de la fiabilité. Les médias veulent souligner que le ratage de 2000 est imputable surtout Service d'Information Electorale (Voter News Service, VNS), dirigé par un consortium de groupes d'information: les chaînes de télévision ABC News, CBS News, NBC News, Fox News, CNN et l'agence Associated Press. Ce sont les résultats électoraux incomplets publiés par VNS qui aurait incité les chaînes de télévision à donner, par deux fois, un vainqueur, puis à se rétracter. Solution trouvée : en janvier 2003, les chaînes membre du VNS décident de dissoudre pour créer une nouvelle entité, le Centre national des élections (National Elections Pool, NEP), qui sera le premier fournisseur des résultats le 2 novembre. NEP semble avoir donné satisfaction lors des primaires démocrates au début de l'année. Mais les médias prometten qu'ils vérifieront, eux-mêmes et plutôt deux fois qu'une, les résultats. « Nous allons décortiquer tout ce que le NEP donnera avant de diffuser quoi que ce soit La leçon que nous avons tiré de 2000, c'est que vous ne pouvez jamais avoir confiance à 100% dans les chiffres mais toutes les erreurs que nous avons pu identifier ont été corrigées d'une manière significative "e; explique David Bohrman de CNN. Pour Bohrman, « En 2000, la précipitation à diffuser une projection a obscurcit quelque peu [son] jugement. En 2004, la rapidité n'est plus du tout la priorité ». Pour Linda Mason de CBS, il s'agit d'« éviter d'être le premier. Ca n'aurait pas de sens de se ruer sur n'importe quelle conclusion. Ce sera peut-être une longue nuit et on ne connaîtra probablement pas le résultat définitif avant plusieurs jours mais on ne se trompera pas. Nous ne donnerons jamais un résultat simplement parce que quelqu'un d'autre l'a donné. Il faut que nous puissions le vérifier nous-mêmes et je suis certaine que c'est ce que feront les autres médias ». Alors, en dépit déclarations de bonnes intentions, dans la conquête du consommateur d'informations, les professionnels des médias n'en sont pas à leurs premières « boulettes », ni à leurs dernières. Que ce soit par naïveté, par complaisance/connivence/subjectivité, par négligence, par oisiveté, par empressement, par amateurisme, la démocratie et la liberté de la presse est un combat permanent dans la recherche de la vérité, même si elle n'existe pas. Et pour reprendre la phrase Robert Greenwald dans Outfoxed répondant au suffisant présentateur vedette de FOX, William O'Reilly qui demande toujours à ses interlocuteur de se la fermer : In democracy, you don't have to shut up ! Frédéric Eger Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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