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Mariage gay : les exigences ressentimentales

SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Yannick Rolandeau - le 10/07/2006 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Mariage gay, homoparentalité : les exigences ressentimentales est le dernier texte de Yannick Rolandeau pour Ring. Il est l'auteur du brillant "Le Cinéma de Woody Allen".

 

La revendication par les associations d'une loi favorable à l'homoparentalité aboutira, soyons-en sûr. Il ne s'agit même pas de s'y opposer. Dans peu de temps, toute personne la remettant en cause, ou faisant simplement débat à ce propos, sera traitée d'homophobe. Voici venu les nouveaux puritains, moines en jeans et évêques en bermuda, cloutés un peu partout, filant sur des rollers. Il s'agit de psychiatriser sous le nom de phobie tout scepticisme à son égard. On avait l'habitude d'entendre des attaques personnelles et des insultes comme celles de réactionnaire ou de fasciste, que sais-je encore, qui ne sont pas, hélas pour ceux qui les profèrent, des arguments mais des qualificatifs destinés à faire peur et à manifester leur intolérance. Philippe Muray avait déjà dit que : « Le féminisme outré, le militantisme gay obsessionnel et divers autres communautarismes déchaînés sont aujourd'hui les réservoirs inépuisables d'où jaillissent de nouveaux moines fanatiques qui, s'ils ont un anneau dans le nez, des piercings partout et des roulettes aux pieds, n'en sont pas moins les exacts descendants des insatiables Tartuffes simoniaques de l'Inquisition espagnole. » ou encore « Ce sont les véritables nihilistes et les véritables haïsseurs de la vie. Ils aspirent au pouvoir pour y faire régner leurs destructions et leurs délires. »  (Festivus, Festivus). Pourquoi d'ailleurs l'adoption et le mariage n'ont jamais suscité de tels empoignades chez les hétérosexuels comme le susurrait le même Philippe Muray dans un article intitulé Le mariage transformé par ses célibataires même ?
Tout d'abord, il faut rappeler que tous les homosexuels ne sont pas d'accord avec l'homoparentalité ou le mariage gay. Il y a des homosexuels heureux d'avoir éliminé la charge d'élever des mouflets braillards ou tout simplement d'être débarrassés du fardeau d'avoir des enfants. Certains, et comme je les comprends, sont même horrifiés de s'inféoder au contrat social que l'on a plié dans tous les sens depuis l'aube des temps. Un truc aussi pénible que l'espèce a inventé pour se perpétuer, cette chose bien réactionnaire d'autrefois, la famille, les couches culottes, histoire d'avoir son nonos à ronger, de consoler son manque affectif avec un enfant pour bien régresser à fond, le petit joujou moderne, le chérubin objet de toutes les louanges qui, de temps en temps, dénoncent des gens pour pédophilie à des procès. Et tout ces cris pour être soi-disant égaux, pour que rien ne dépasse dans cette sorte de communisme humanitaire, alors qu'il y a de nettes différences entre un couple homosexuel et un couple hétérosexuel car, c'est horrible à dire j'en conviens, ce dernier en baisant peut avoir des enfants. Parodiant Albert Camus, je dirais que ces associations ont mis leurs fauteuils dans le sens de l'histoire. Et dans le sens du vent aussi car elles en brassent beaucoup.
Petite anecdote drolatique, dans le magazine Têtu , on apprend que le premier divorce homosexuel a eu lieu en Espagne. Il est écrit :  « Les deux hommes avaient concrétisé leur union en octobre dernier après de longues années de vie commune. L'un des époux, homme au foyer réclame une pension de 7.000 euros par mois, l'usage du domicile conjugal et la garde des animaux du couple. Le plaignant assure qu'il a dû renoncer à trouver un emploi car il a dû accompagner son conjoint qui, pour des raisons professionnelles, avait été muté en France. Le couple vivait très aisément et, de fait, la demande de séparation est surtout fondée sur le préjudice financier subi par le conjoint resté au foyer et chargé des tâches ménagères. » Si vous lisez attentivement ce qui est écrit, il est assez piquant de remarquer que non seulement le couple s'est jeté de son plein gré dans un véritable enfer mais qu'il vivait déjà ensemble depuis de longues années. Et après le mariage, leur union s'est écroulée.

Ce qui a lieu en fait est la mort de l'homosexualité concrète et effective, l'homosexualité dans son être et dans son essence même. Je peux dire sans forcer que les véritables homophobes dans l'histoire sont ceux qui revendiquent cette homosexualité sortant de son histoire et de sa réalité concrète : spécificité humaine d'amour sexué, l'homosexualité meurt comme homosexualité en imitant l'hétérosexualité ou en singeant une parodie d'hétérosexualité. Ne serait-ce pas même faire preuve de son hétérosexualité refoulée comme on peut l'entendre si souvent avec l'homosexualité refoulée  ?

Expliquons. Il faut dire tout d'abord que personne ne peut reprocher à des hommes ou des femmes d'être homosexuels. Qu'un individu puisse être homosexuel sans être persécuté est une liberté et j'abomine toute persécution. Cependant, il ne faut pas être dupe. Je ne vois pas pourquoi l'on devrait tout tolérer. Au fond, l'hétérosexualité ou l'homosexualité n'est qu'une préférence sexuelle, autrement dit une banalité de la vie intime qui n'a donc rien à faire dans la vie publique. Voilà le problème majeur de notre époque que de sortir du privé pour s'étaler grassement dans la vie publique, chose abominable poétisée sous le nom de transparence. Restreindre une identité humaine à une préférence sexuelle est déjà hautement problématique mais faire un défilé de fierté, fierté d'être homosexuel ou d'autre chose, est un non-sens et d'une grotesque vanité. Surtout en masse en faisant un bruit assourdissant. C'est, comme le classe scientifiquement la psychologie, de la perversion, de l'exhibition de jouissance, volonté de toute puissance basée sur un narcissisme total où le principe de plaisir remplace le principe de réalité : Mon désir fait loi. On est dans le délire mental.

Au contraire, ce qui est intéressant en l'homme, c'est l'exception, pas la règle, donc pas le cliché. C'est l'individu, pas la foule (où tout le monde imite tout le monde). C'est la singularité, et pas le contrat social, l'amour et pas la copulation, la séduction et pas la pornographie, ce pourquoi notre époque parle tant de pornographie et plus d'érotisme.  Jouir en tas, publiquement, exhiber ses préférences en masse ou en foule, foule qui sera toujours lyncheuse et rouleau compresseur, est la façon contemporaine de s'oublier, d'abolir le sujet, l'individu, l'homme de l'humain. Donc de tuer l'identité. Qu'est-ce que la bonté rendue publique ? Qu'est-ce que de la générosité déballée en masse ? Du moithon. De l'exhibition de jouissance encore, de la perversion. Il faut que l'autre nous voit et que nous le voyons nous regarder, que notre fierté soit médiatisée publiquement. Philippe Muray écrivait justement, histoire encore de lui rendre hommage :   « La prophylaxie, c'est la politique de perfection intégrale. La prophylaxie intégrale, c'est la mort. L'humanité avançait dans le brouillard, et c'est pour cela qu'elle avançait. On a dissipé le brouillard, ou du moins on s'y emploie, comme on s'emploie à tuer le secret, inséparable de la séduction, comme on a tué la vie quotidienne par des méthodes de traçabilité » systématique, comme on a tué la vie sexuelle en obligeant tout un chacun à savoir s'il jouit, à en avoir une idée claire, calculée, mesurée, et aussi à avoir une idée claire, calculée et mesurée de la jouissance de son partenaire, ce qui est la meilleure manière d'effacer toute jouissance.  On a dissipé le brouillard. On a dissipé le secret. « L'enfer est né d'une indiscrétion », disait Céline. L'indiscrétion totale, c'est l'enfer moderne, avec son ersatz de plaisir sous forme d'exhibition obligatoire. Mais l'exhibitionnisme, qui a partie liée avec la perfection, c'est l'antagoniste absolu de la séduction. C'est pour cela que l'exhibitionnisme plaît tant. C'est qu'il permet, par son hyperréalisme, d'en finir avec les chinoiseries fatigantes de la séduction, avec les incertitudes, avec les règles du hasard et du jeu, avec l'illusion et avec l'imprévisible qui fausse toujours tous les calculs (...). Le succès d'un livre comme La vie sexuelle de Calherine M. pourrait être compris dans cette optique, comme un soulagement : on peut s'adonner au stakhanovisme sexuel, ce qui est « moderne », donc bien et correct, et dans la bonne ligne des libérations encouragées, sans se soucier un seul instant de plaire ; du coup le sexuel devient rationnel, communautaire, égalitaire, citoyen » pour ainsi dire, et intégral lui aussi, expurgé de tout Mal.   »

Il en est ainsi de tout ce qui est rendu public et transformé en masse. Le faire avec le sexe et l'art est une volonté de tuer le sexe et l'art, donc leur singularité individuelle et identitaire. La mise à mort du secret, de l'individualité, de la pudeur, de l'exception. Pour filer la métaphore, ce serait comme si les spectateurs (au lieu de rester spectateur) envahiraient une scène de théâtre, interrompraient la pièce et foutraient les acteurs à la porte pour prendre leur place. Plus de théâtre ou plus de cinéma. Ortega y Gasset dans La révolte des masses tracera justement le portrait cruel de l'homme-masse en montrant comment la foule a envahi le théâtre social pour ne laisser place qu'au choeur, un choeur moderne ne projetant plus aucune vision, ne représentant plus que son éparpillement en une société d'hommes indifférenciés. D'où cette illusion de la foule fraternelle, de la solidarité en masse. En fait, ceux qui clament la reconnaissance de l'altérité en masse veulent en fait la mort de l'altérité réelle, donc individuelle par définition. C'est la masse contre l'individu, ce dernier n'ayant pas besoin de la reconnaissance de la masse pour exister précisément. Il lui faut sa seule personne. Un exemple. Alain Piriou, porte-parole de l'Inter-LGBT (Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans)  écrivait en juin 2006 à propos de la Gay-pride :« C'est important pour les jeunes qui viennent pour la première fois qu'ils se disent « ça y est », pour enfin s'assumer. Et aussi pour ceux qui n'y sont pas et qui se sentent seuls : ils verront qu'avec 500.000 personnes dans la rue, il y a plein de gens comme eux. »  Le « comme eux » est parlant. L'homme actuel veut perdre son ombre pour voir éclore une masse de clones autour de lui. A-t-on besoin du regard de la foule pour s'assumer ? Il ne faut plus que les hommes se sentent seuls (enfin un aveu), il faut noyer leur solitude avec 500.000 personnes « comme eux ». Ces personnes scandant leur Je veux donc j'exige ont beau défilé dans la rue, à trois comme à 500 000, le nombre ne fait pas l'argument et encore moins la pertinence de l'argument. C'est du lobbying.

En passant, c'est pour cette raison précise que beaucoup s'en prennent à des personnalités comme Alain Finkielkraut qui contreviennent au subjectivisme ambiant, à cette « jouissance » communautaire et intégrale, c'est-à-dire de gripper cette machinerie orgasmique prétendument choisie mais qui leur a été administrée par les décideurs qui ont très bien compris comment fonctionnait le côté hormonal chez l'être humain. Et il en est ainsi de beaucoup de choses à notre époque comme la gay pride déroulant son orgie décibellique, un rouleau compresseur de bruit et d'extase émotive massifiée. Comment transformer un individu en veau hurleur copiant d'autres individus qui ont été métamorphosés eux aussi en veaux hurleurs, histoire de changer d'animal après la pièce de Ionesco. Heureusement qu'il n'y a pas d'hétéro Pride, il faudrait s'en dissocier de suite. Que tous ce genre de phénomène arrive à l'époque où l'église est priée de déguerpir du plancher, que les personnes doivent taire leurs opinions religieuses, voire de les cacher est drolatique quand de l'autre côté, avec une publicité sans égal, relayés par les médias (et la publicité elle-même prônant le plaisir comme on prône le péché), d'autres affichent et vantent leurs préférences sexuelles, leur débraguettage permanent, leur coming out continuel, leur manque de tabou en nous faisant croire que c'est le Bien suprême et qu'il n'y a pas d'autres solutions ! Si leur débraguettage était si réel, ils n'en feraient pas un tel foin. De même, que dirait-on si des français défilaient gaiement en chantant qu'ils sont fiers d'être français ? Ou des blancs défilant d'être fiers d'être blanc ? On entendrait les cris orfraie des bobos, ils feraient des concerts de solidarité, signeraient des pétitions à tour de bras contre les affreux réactionnaires, les horribles racistes et les immondes colonialistes. Il est donc d'un haut comique que ce que l'on tolère chez les uns est aussitôt banni chez les autres et que ce soient encore ces derniers qui soient déclarés intolérants et je ne sais quoi. Un défilé de fierté est un troupeau de fierté, c'est-à-dire un défilé de moutons et de moithon qui veut imposer sa loi et ses intérêts. Ça vaut pour les blancs forcément réactionnaires que pour les associations homosexuelles forcément auréolées de petits anges rieurs. Il est évident, est-il besoin de le dire, que cela ne touche pas les homosexuels en propre, comme si c'était leur nature (ce serait une abomination) mais touche toute revendication massifiée avec des exigences obsessionnelles d'un tel ordre. Il en va ainsi du sexe, des relations humaines comme de l'art. Le tout est généralement accompagné de revendications toujours plus extravagantes et toujours plus délirantes, sous prétexte de « libération », déployée avec une hargne démesurée, histoire de bien s'abrutir de « son choix », même si on sait depuis tout temps que l'homme ne sera jamais comblé dans ses attentes et dans son désir. Ce qui rend la chose encore plus grotesque.

Un petit rappel quand même. À l'inverse de l'animal, l'être humain se construit sur une perte essentielle. C'est ce manque fondateur qui permet au désir d'exister (et non seulement de vivre). Nous sommes donc des êtres névrosés pour cette raison, c'est-à-dire soumis à la Loi (pas seulement pénale), amputés d'une « jouissance » totale à l'inverse d'un animal qui ne se pose pas de questions quant à sa condition. L'animal est ce qu'il est. L'homme, à cause de la conscience qu'il acquiert, est justement séparé de cette condition primitive. C'est néanmoins pour cette raison qu'il veut atteindre ce paradis, forcément artificiel et impossible à atteindre puisqu'il est homme justement. D'où cette phrase de Kundera dans L'insoutenable légèreté de l'être : « La nostalgie du paradis, c'est la volonté de l'homme de ne pas être homme. », le mot voulant ici résumer toute sorte de paradis, politique ou non afin d'échapper à ce qui fonde l'homme en tant que tel. Vouloir atteindre ce paradis, c'est réanimaliser l'homme, tentation actuelle d'abolir les frontières entre l'homme et l'animal. L'homme ne pourra jamais être en état complet de bien-être, d'atteindre le nirvana car il est soumis au dépérissement, à la maladie, à la décrépitude (heureusement !), en bref, il ne supporte pas sa propre condition. Il n'est pas étonnant que cette tentation miroite de nouveau fortement de nos jours avec la volonté de repeindre le réel, techniquement ou non, avec le principe du plaisir. C'est le côté pervers de cette notre époque (non plus névrosé, conscient et acceptant son sort, plus en phase avec le réel et le réel plaisir), volonté de toute puissance, de substituer le principe de réalité au principe de plaisir où Le désir fait Loi (déni de réalité). Il faut ajouter que cette désymbolisation de l'homme contemporain comme on l'appelle, la volonté de le sortir de sa condition ancestrale (le temps, la mort, la vieillesse), ce passage d'un monde névrotique à un monde pervers où l'exhibition règne en loi, la licence en dévotion, et la transgression en moulin à prières, n'est pas subie mais désirée. Il s'agit non seulement d'une irréalité dangereuse mais d'une nouvelle envie de soumission volontaire : être un esclave heureux, assisté techniquement sans arrêt par le plaisir, l'état ou les loisirs, devenir un gorille pétant de santé, un être-pour-les-vacances. En un mot, ne plus être homme. La voie est toute tracée de nos jours pour devenir obèse et mollasson, gavé de télévision et de jeux  en se vidant de son esprit comme un lavabo se vide de son eau.

Le néo-libéralisme a fort bien compris qu'il fallait recolorier le réel avec des slogans festifs où tout est à la fête. C'est encore de la perversion : rendre la fête quotidienne, la massifier, c'est la tuer comme rendre quotidien et massifié quelque chose, c'est une volonté de tuer cette chose. Quand tout le monde écrira des romans, il n'y en aura plus. Si une telle pratique a lieu à notre époque dans tout un tas de domaines, c'est dire que le réel est devenu insupportable. Vexant. Il faut sans arrêt se montrer, être assisté, diverti, et sécurisé. C'est, comme le dirait le philosophe Pascal, la misère de notre être qui montre le bout de son nez et que l'on veut nier : « Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. » Marcel Gauchet dans La démocratie contre elle-même a très bien remarqué que l'individu se recroqueville sur son ego, sur son principe de plaisir au point que chacun rentre en guerre avec chacun. Nous sommes dans une phase expansionniste de cet ego qui enfle pour devenir obèse. Ses exigences sont sans foi ni loi, de plus en plus exigeantes, car le principe de plaisir ne pourra jamais être comblé, ce qui implique beaucoup de problèmes de violence notamment. Les néo-libéraux ne sont pas seuls en cause mais ils ont compris une chose cruciale, c' est-à-dire que pour désymboliser les gens, il fallait leur faire croire qu'ils étaient libérables ou émancipables. Ils n'ont ainsi plus la sensation d'être brimés,  contrairement au système précédent. Sauf que dans celui-ci, on pouvait résister, l'ennemi était visible et on ne pouvait pas le rater. On pouvait même y échapper. Plus maintenant. Pire, au lieu d'y résister, les « mutins de panurge » comme les associations homosexuelles y collaborent. Se réunissent en masse, en foule, en troupeau. Cette pseudo-libération sexuelle est la même chose que le néo-libéralisme. Il suffit de regarder la publicité. Le capitalisme n'est plus réactionnaire et fondé sur la répression du désir mais au contraire permissif, ludique et progressif, prônant sans arrêt l'idéologie de l'ouverture autoproclamée. L'ennemi, ce ne sont plus les prêtres mais bel et bien cette nouvelle théologie de l'émancipation qui veut d'ailleurs se débarrasser de l'église vite fait bien fait, car celle-ci est encore de l'ancien monde névrosé. On comprend mieux aussi pourquoi les dictateurs de l'ancien monde vont disparaître, non parce qu'on va les regretter évidemment mais parce que va être établi à leur place quelque chose de pire : « a brave new world ». Le néo-libéralisme a donc très bien compris qu'il fallait jouer sur les instincts, étendre le domaine de la lutte au plaisir et au sexe, puis le mondialiser pour que chacun soit plongé dans une perpétuelle immanence. Hannah Arendt redoutait que cet esprit de consommation ronge le monde comme les termites qui balaient une maison aux fondations en apparence solides. Et pour que tout roule comme sur des rollers, il faut un mirage alléchant et renouveler ce mirage en privilégiant le « sans-cesse-nouveau » et en fustigeant l'horrible immobilisme : seul lui est triste, gris et ringard. Dans ce débat sur l'homoparentalité, on entend sans arrêt que « La France est en retard », que ce sujet est nouveau, donc citoyen, donc moderne, si moderne et si nouveau qu'il est normal que les réactionnaires aient peur. Comme si la nouveauté était forcément un bien au point qu'il n'y ait même pas débat dessus. Il s'agit de ne plus être contre, vous devez être pour comme si c'était aussi naturel que de respirer. Il suffit de les entendre : « C'est un progrès et comme la chose dite est la chose réelle, y'a pas à chier, faut que ça plie. » Mais la chose dite est-elle la chose réelle ? Le mensonge est dans l'énonciation même.

Nous sommes dans la continuation de l'entreprise de libération politique, celle qui depuis un siècle a secoué le monde, « changer la vie », qui, évidemment, n'a jamais changé et ne changera jamais. Il n'existe pas de paradis sur terre. Tout ce déballage public vient de la faillite des idéologies qui a été cuisante pour tous leurs propagandistes. Etant donné que les idéologies réactionnaires (de droite) et progressistes (de gauche) ont été démasquées, la haine de l'autre n'a pas disparu pour autant de l'âme humaine. Il lui faut des valeurs de refuge où elle ne sera pas démasquée ou le moins possible. À notre époque : les valeurs humanitaristes. La roue tourne et les persécuteurs et les persécutés ne peuvent pas toujours être les mêmes. Le racisme n'est simplement que la haine de l'autre et il ne s'exerce pas seulement des français envers les noirs et les arabes et des hétérosexuels envers les homosexuels. C'est précisément ce qui est si peu vu et si peu réfléchi comme on voyait si peu la barbarie du communisme à son époque. Le communautarisme est au XXIe l'équivalent du communisme dans son premier stade. Le mot a non seulement la même racine mais est apparu à la fin du communisme. C'est Raymond Aron qui a raison contre Sartre et il faudrait relire L'Opium des intellectuels pour l'adapter au communautarisme. Il fallait une idéologie de remplacement. Le communautarisme fait et fera dans un tout nouveau racisme, persécute et persécutera à son tour mais en s'étant affublé auparavant, pour ne pas être démasqué comme les anciens racismes, de valeurs intouchables. Comment être contre l'anti-racisme officiel ? Comment être contre la joie officielle ? La fête d'état ? Le révolte téléguidée et tous ces dadaïsmes d'état ? Il faut croire, là encore, que tous ces mots désignent la chose réelle évidemment... 

Discours et ressentiment des « faibles » comme dirait Nietzsche qui veulent la place et le pouvoir, une volonté de puissance mimétique. Cela se voit  dans le chantage politique que toutes ces associations exercent constamment. Il est effarant de constater qu'elles  continuent de se croire persécuter à chaque minute ou de les entendre hurler sans cesse à la discrimination (qui veut dire originellement distinguer).  Que le réel soit d'une façon ou d'une autre discriminant et nullement égalitaire n'étouffe pas nos propagandistes qui se croient encore chez les Bisounours. On peut réparer relativement les choses, et non absolument ou obsessionnellement.  On défend les faibles quand ils sont persécutés et non quand ils exercent leur volonté de revanche et de puissance.  Car il y a une différence entre cesser de persécuter des homosexuels d'une façon ou d'une autre et ces exigences ressentimentales (gay pride, homoparentalité, mariage). Alors que l'église ne peut même pas interdire un film pornographique, ils ont non seulement des hommes et des femmes aux postes clefs qui font valoir leurs intérêts égoïstes et catégoriels mais exercent un tel chantage que bon nombres de partis politiques inscrivent leurs revendications dans leur programme comme le Parti socialiste, toujours à la recherche démagogique de voix étant donné qu'il n'a plus celles de la classe ouvrière. Au mois de juin 2006, Alain Piriou, porte-parole de l'Inter-LGBT concernant la changement de position de Ségolène Royale sur l'homoparentalité  déclarait dans le magazine Têtu, sans rire :  « Elle a compris qu'elle n'avait pas d'autre choix que de nous promettre le mariage. C'est l'acceptation d'un rapport de force qui ne lui est pas favorable sur cette question. S'enfermer dans sa position sur l'union, c'était aller au clash avec les associations LGBT. Il fallait qu'elle effectue ce virage. Cela prouve qu'on n'a pas eu tort de marteler notre demande de clarification de sa part, même si cela a fait grincer des dents certains éléphants du Parti socialiste. Mais elle prend hélas encore beaucoup de précautions. Un peu plus de détermination serait la bienvenue, surtout lorsqu'elle se retrouvera lors de débats face à des gens très opposés au mariage. Elle parle d'ailleurs encore d'institution «bourgeoise», et sur ce point, il faut qu'elle fasse attention si elle veut être présidente de la République, car 25 millions de Français sont concernés ! » Il est assez piquant de relever certains termes comme « pas d'autre choix », « rapport de force », « s'enfermer », « clash », « fallait », « marteler », « détermination ». Si l'on décryptait toutes ces belles formules ensoleillées (« S'enfermer dans sa position sur l'union, c'était aller au clash avec les associations LGBT. » Et alors dirais-je ? mais ce qui implique que le bonhomme connaît le pouvoir de nuisance de sa secte)  on a un beau chantage à la clef. La perle qui consiste à mettre en garde Ségolène Royale dénonçant le mariage comme « bourgeois », en dit long sur le conformisme de l'individu... Qui dira ensuite que les associations homosexuelles sont sans arrêt persécutées, qu'on les roule dans la boue, qu'une bande d'homophobes déchaînées les poursuivent nuit et jour ? Il  faudrait peut-être se rendre compte que les persécuteurs ont changé camp sauf que, ruse de la ruse, ceux-ci se sont peinturlurés de toutes les couleurs, avec des piercings un peu partout, portent des habits de fête, sont bobos et luttent activement contre l'arbre qui dépérit en bas de chez eux ou sont pour l'égalité des chances (indifférenciation totale), le commerce équitable et les pistes cyclables. Ce ne sont plus des hurluberlus persécutés et isolés, sans pouvoir. Si on comprend qu'il est nécessaire de combattre les répressions, il ne faut pas se croire encore dans la France du XIXeme siècle comme au temps de l'affaire Dreyfus. La situation est récente puisque pour être médiatique, une femme s'est peinturlurée d'insignes nazies pour faire croire qu'elle a été agressée par des nazis ! La preuve en quelque sorte par le réel car revendiquer fantasmatiquement une telle infamie est tout à fait surprenant, et indique   bien la perversion toute nouvelle qui a lieu dans notre société.

Au fond, c'est le bien le réel que l'on veut abattre, ce qui n'est pas étonnant dans une époque qui fait de l'irréalité un programme social, où il faut boucher nos trous et nos manques par le plaisir, le fantasme, l'état et les loisirs, le tout en même temps bien évidemment. Parfois, on se demande si ces associations ont toute leur raison. A la dernière Gay-Pride, en juin 2006, on pouvait lire sur une banderole : «  À 16 heures,  trois minutes de silence pour combattre le sida » Croire que trois minutes de silence puisse combattre le sida c'est de l'animisme. Dans le magazine Préférences du mois de Juin 2006 (http : // www. preferencesmag.com), on pouvait lire  : « Et si c'était nous les gays qui avions tout bon ? » « La pornographie deviendrait-elle à un art de vivre à la portée de tous ? » « Le gouinage est-il l'avenir du sexe entre les hommes ? » Avec un tel fantasme de vérité unilatérale, un éloge de la pornographie, une généralisation délirante du gouinage, il est édifiant de constater que ces gens-là font du sexe quelque chose de totalitaire (que fait-on de la pensée ?) et d'obsessionnel.

Ce ressentiment oscille entre criminalisation hargneuse et festivisme délirant. Comme je le disais, cette volonté de faire tomber dans le domaine public le sexe ou l'art est une volonté de mort de l'art et du sexe, d'effacer toute jouissance et toute séduction réelle. La sexualité intéresse en fait si peu ceux qui la traînent dans la rue que le combat perpétuel, les procès interminables, l'invention de néologismes comme homophobie pour se croire sans arrêt persécutés, sans quoi évidemment leurs revendications tomberaient à l'eau, sont leur libido ou leur érotisme de remplacement.  La donne a donc changé. Hannah Arendt parlait déjà il y a cinquante ans de la crise de l'autorité. Il n'est pas étonnant qu'on veuille abattre et dissoudre l'ancien monde névrosé, autrement dit le mâle, l'hétérosexuel, le blanc et le chrétien pour installer un monde parfait parce que « liberé », parce que « bien » et « parfait ». Cela ne semble étonné que peu de monde d'entendre l'état seriner le discours « anti-raciste- égalité des chances ». Même la publicité se sert de ce discours, témoin un  slogan paru dans Le Monde du 29 juin 2006 où l'on voyait deux femmes s'embrasser : «  Maintenant, les femmes vont se passer des hommes ». Ce sont les associations qui ont le pouvoir et au lieu de s'assimiler tranquillement dans la société, elles ne cessent d'arborer leur spécificité avec vanité, ce qui évidemment attirera tôt ou tard un désir de représailles, de jalousie et de ressentiment ! Elles sont dangereuses car elles sont les plus passionnées et les plus hargneuses. Elles ont obtenu une loi anti-homophobe (comme si les anciennes lois sur les insultes ne suffisaient pas !) et ce sont les féministes (et non les réactionnaires) qui ont hurlé car ces associations  avait été  privilégiées dans l'histoire. Étripages de clones.  La discrimination s'inverse et s'inversera. Par exemple, ce qu'on appelle la « discrimination positive », expression si répugnante, invite à employer des homosexuels plutôt que des hétérosexuels, des femmes plutôt que des hommes, des noirs et des arabes plutôt que des blancs. Histoire d'image.  Pourquoi croit-on que Ségolène Royale est mise sur le devant de la scène ?  D'autant que si l'on essaye de nous faire croire que tout ceci est transparent, innocent, et pur, c'est encore moins crédible car ce serait absoudre toute une catégorie de la population dans  l'une des choses les plus troubles qui soit : le désir. Mais ici jouer de la victimisation est le sport national. Nouveau sectarisme new-look.

L 'homoparentalité passera par chantage et par hyperculpabilisation. Inscrite dans la loi, il deviendra quasiment impossible de la remettre en question ou l'on ne pourra plus rien dire sous peine d'amendes et de poursuites judiciaires. Sauf que les précédents pouvoirs ne déguisaient pas leurs forfaits avec des airs de fête,  ce pourquoi ils ont pu être à la longue défaits. Ici, on a le droit à la même rengaine : « Je veux, donc j'exige car l'autre, il a, et moi, j'ai pas. Bouhhhhhh.... Donnez-moi ce que je veux sinon je pique une grosse colère et je vous accuse d'homophobie. Bouhhhh... » Pour les associations homosexuelles, l'homoparentalité va de soi même s'ils n'ont pas d'argument pour le défendre. Qu'il y a ait de l'indifférenciation sexuelle, une différence d'essence entre les deux couples et le fait que l'enfant naisse dans le réel par l'accouplement de deux sexes différents et non d'un seul ne les gênent pas beaucoup. Pourquoi d'abord faudrait-il obéir à de telles exigences ? C'est là que la situation devient ubuesque car non seulement il faudrait d'emblée que les lubies des couples homosexuels désirant un enfant soient pris d'emblée légitimement en compte sans même se poser la question du pourquoi d'une telle revendication (toujours le Mon désir fait loi) mais ce serait à ceux qui y sont opposés de fournir sans cesse des montagnes d'arguments. On marche sur la tête.

Le premier soi-disant argument est la pastorale de l'égalité des droits. Le plus facile à réfuter.  Le monde humain se partage entre hommes et femmes et non entre hétérosexuels et homosexuels. Pourquoi d'ailleurs priver un enfant de l'un des deux sexes alors que le réel (pour avoir des enfants) est fondé sur la différence des sexes ? C'est bien la différence des sexes qui fonde la loi symbolique et dénier cette différence des sexes fonde la perversion. Les associations auront beau mouliner l'égalité des droits tant qu'elles veulent, les couples hétérosexuels sont différents en nature des couples homosexuels. Ce pour quoi il ne faut pas confondre droit à l'égalité et égalité des droits.  Michel Schneider écrit dans Big Mother : «  Or, l'homoparentalité tente, depuis l'espace public et symbolique, d'abolir l'engendrement. Pour ce faire, on place sur un pied d'égalité des situations de fait qui sont en elles-mêmes différentes. D'abord, on compare des couples pouvant procréer et des couples ne le pouvant pas ; puis, on affirme qu'il faut mettre fin à l'injustice qu'on vient d'inventer ; et enfin, on veut modifier le fait à travers le droit. Ne pouvant faire que les choses qu'on voit soient identiques, on invente une manière identique de voir les choses.  » Je dirais volontiers que l'hétérosexualité sur ce sujet est « plus ouverte » et « plus diversifiée » car deux parents différents valent mieux que deux parents du même sexe, de l'un dédoublé. A l'époque où l'on ne cesse de crier à tue-tête et de se jeter le mot Ouverture au travers du visage, voilà que l'on ferme et que l'on barre. Symptomatique des exigences que l'on n'ose pas refuser par hyperculpabilisation et parce que les couples homosexuels désirant un enfant ont l'étiquette Victime tamponnée sur la tête.  Et l'enfant, qui va-t-il appeler papa et maman ?

A la base, il y a aussi un évident désir mimétique comme le dirait René Girard. Et un ressentiment envers l'hétérosexualité d'avoir dominé jusqu'à présent un tel domaine, d'avoir fait autorité vu que l'on s'acharne de nos jours à piétiner toute autorité. Comme je l'ai dit plus haut, il y a là un désir de nier sa propre homosexualité, de faire comme les hétérosexuels, de les imiter alors que biologiquement, réellement, la « chose » pour eux n'est pas possible. Transposons. Je suis un homme. Choix ou pas, c'est ainsi, je l'assume avec les qualités et les défauts que cela engendre. Je ne vais pas demander, si la technique me le permet, d'enfanter comme les femmes puisque les femmes enfantent, chose que les hommes ont toujours regarder avec une certaine envie. J'assume cette perte de n'être pas une femme. Nous vivons dans un monde où le mot responsabilité n'est pas encore tout à fait vide de sens même si on s'y attache fébrilement. Si je revendique alors d'accoucher comme les femmes, c'est que je sors de mon être d'homme pour envier la spécificité de la femme. Pour la copier. Pour l'imiter. Je sors du rang de l'homme pour fantasmatiquement désirer autre chose qui appartient à la femme. Une telle envie ne naît pas par hasard. Mais voilà, l'homme ne veut jamais être homme, il faut qu'il lorgne sur les autres parce qu'il est toujours insatisfait de son sort et veut s'emparer de ce que l'autre a, croyant ainsi qu'il va réellement en jouir précisément parce que cet autre l'a en sa possession, acquérant ainsi une sorte d'autonomie divine. Ici, c'est le fait que le couple hétérosexuel puisse donner la vie, et la vie à un enfant, surtout à une époque où l'enfant est adulé car il représente le paradis pour l'adulte, un état idéal à atteindre : il est le seul être qui ne sait qu'il est un enfant, qui est inconscient d'être, qui ne pense pas et vit dans une immanence perpétuelle tout en étant assisté et sécurisé en permanence. Que l'on ose dire qu'une telle « chose » n'est pas enviable, par exemple digne de susciter de la jalousie alors qu'un misérable téléphone portable y parvient sans peine...

Il faut dire que le débat devient de plus en plus grotesque. On tente de légitimer cette exigence ressentimentale, de faire croire qu'elle est transparente et citoyenne alors que non seulement on vient d'inventer une injustice mais si vous êtes sceptique, vous voilà accusé d'avoir des jugements définitifs sur la question (sans oublier d'être, cela va sans dire, un barbare, un homophobe et un sexiste) ! Il est ubuesque de faire croire que les réactionnaires sont de retour, alors que l'on peut pas s'opposer à un tel projet de loi  concrètement et réellement. D'autant que cette loi passera à cause du lobbying des associations.

Le second pseudo argument est d'arguer que des célibataires peuvent adopter et que donc, ceux-ci se retrouvent dans la même situation que les couples homosexuels. Sur ce point, Michel Schneider qui s'est penché sur le problème, écrit : « Mais l'adoption par des célibataires ne bat qu'apparemment en brèche le raisonnement sur la nécessité d'un désir sexuel entre deux personnes de sexe différent pour donner au futur enfant quelques chances de devenir à son tour un sujet de désir. Dans ces cas d'adoption, la règle symbolique admet certes une filiation hors des fondements génétiques, mais alors les parents non biologiques, s'ils peuvent n'être pas, en fait, en mesure de procréer selon les lois de l'espèce par suite de stérilité ou de célibat, ne se sont pas placés dans l'impossibilité psycho-sexuelle d'engendrer : l'adoptant ou l'adoptante non homosexuel n'a pas exclu l'autre sexe, qui garde une place libre dans l'imaginaire de l'enfant.  » Ce qui n'est pas le cas des couples homosexuels qui ont au départ assumé une certaine vie sexuelle excluant  tout engendrement. Et Michel Schneider poursuit : « Les couples homosexuels, qu'on veuille l'oublier ou non, ont choisi - pour autant qu'on choisisse -, en tout cas assumé, une vie sexuelle sans possibilité d'enfants. Qu'ensuite ils souhaitent, par frustration non acceptée de la stérilité, mimétisme hystérique ou dérision de la famille, avoir à la fois le lien et les enfants que ce lien exclut est sans doute une contradiction douloureuse, mais que la société n'a pas à prendre en considération en tant que telle.  »

Dans le cas des familles monoparentales, il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas d'un choix d'autant qu'il est difficile de prévoir ce que l'avenir réserve. Souvent, il y a des mères seules élevant leur enfant, soit qu'elles aient évincé le père, soit que ce dernier ait pris la fuite.  Quoi qu'il en soit, ces parents n'ont pas exclu là encore un jour ou l'autre un désir d'engendrement alors qu'un couple homosexuel est exclu d'une telle possibilité une fois encore. Michel Schneider écrit : « Dans le premier cas, on fait de l'autre avec un autre, dans le second, quel que soit le sexe anatomique de l'enfant, on fait du même avec du même, ce qu'indique d'ailleurs la racine grecque homos, qui signifie même, identique. Ces unions par souci de conformisme social ou de dérision de la famille veulent l'enfant, non comme autre sujet, mais comme prolongement narcissique. Le fait que les composants normaux de la famille telle qu'on l'observe de nos jours en Occident : le père, la mère et les enfants, soient les mêmes que ceux de la famille biologique n'est pas contingent. Il est l'articulation même de la parenté biologique et de la filiation symbolique, le point où la différence des sexes fonde toutes les autres différences dans notre système symbolique. (...) Il n'y a de parenté que de l'autre, parce qu'il n'y a procréation que de la différence. » Michel Schneider évoque aussi le fait qu'une parentalité, non structurée par la différence des sexes, est en fait une autoparentalité. Terme intéressant et pertinent. Il y a là une négation du biologique mais aussi une parenté, selon lui, contre la différence des sexes, « une parenté sans sexe, un non-sens qui risque de produire de l'insensé. » C'est tout à, fait logique puisque ayant « libéré » le sexe de la conception, le risque que les générations futures libèrent la conception du sexe est à craindre, « rêve » au coeur même de la psychose.

D'autres arguments farfelus font état de la stérilité de couples hétérosexuels où l'on tente   d'établir ainsi un parallèle grotesque avec la « stérilité » des couples homosexuels. Sauf qu'il n'y a pas de problème technique chez les couples homosexuels qui, étant du même sexe, ne peuvent tout bonnement pas avoir d'enfants. Rien de comparable là encore. Chez un couple hétérosexuel, la stérilité est un problème technique, un accident de la nature mais l'enfant est encore confronté à la présence d'un père et d'une mère, puisque, faut-il le rappeler, d'autres couples hétérosexuels peuvent avoir des enfants, étant donné qu'ils sont homme et femme, et que seuls les hommes et les femmes peuvent avoir des enfants. On ne sait plus comment il faut le dire.

Pour la première fois, je dis bien la première fois, pris dans une spirale sans fin de permissivité absolue, l'individu a quasiment tous les droits (surtout celui d'emmerder les autres et de faire du bruit). Ce droit à l'enfant revient à tuer tout choix et toute responsabilité. Qu'on le veuille ou non, être homosexuel, c'est assumer le fait de ne pas avoir d'enfant et voilà que par l'intermédiaire de l'état, on demande et on exige que l'état pallie à notre frustration et à notre manque. Cette exigence n'intervient pas par hasard mais au moment précis où l'homme, par l'intermédiaire de la science et sous la bannière  du progrès, parvient à rendre autonome sexualité et procréation. Ainsi, l'homme tente de sortir de sa condition ancestrale, de combler toute frustration, et de boucher tout manque. Il ne s'agit pas de liberté mais de ne plus choisir, de ne plus être responsable de son « choix ». Obsédé par son principe du plaisir qui supplante le principe de réalité, l'individu contemporain ne tolère plus la moindre résistance, la moindre frustration et, dans une pathologie de l'égalité, demande à l'État de produire d'une manière cancéreuse toujours plus de lois et toujours plus de réglementations. L'état me doit tout et doit m'assister. Il en est de même avec l'euthanasie. Au moment même où les associations homosexuelles exige l'adoption afin que l'enfant comble l'hétérosexualité défaillante des couples homosexuels, l'infantilisation devient le credo de toute une époque et se répand comme une traînée de poudre dans toute la société. Il est peu de dire qu'infantilisation et principe de plaisir omnipotent vont de pair. Il n'y a pas si longtemps le fameux arrêt Perruche (17 novembre 2000) autorisait l'indemnisation personnelle d'un enfant né handicapé ! Celui-ci pouvait porter plainte contre ses parents pour n'être pas né conforme ou normal. Quand les hommes réclameront-ils le droit à la grossesse ? Désormais, chaque barrière, chaque frontière, chaque interdit, chaque tabou doit être respectueusement dynamité pour permettre à l'individu de se libérer de sa condition humaine et existentielle.  Enfermé dans son moi comme un hamster dans sa cage, il prend littéralement ses désirs pour la réalité et ne se rend plus compte des saccages qu'il y opère. Par exemple faire de l'inceste une infraction pénale spécifique est une aberration. Si jusqu'à maintenant, l'interdit de l'inceste ne figurait pas dans le code pénal, c'est qu'il est la Loi des lois. Or faire figurer la reconnaissance de l'inceste dans la loi est bien entendu partie intégrante du processus de la levée de l'inceste. A cet égard, Michel Schneider écrit aussi : «  Toute homo ou autoparentalité feraient basculer l''engendrement hors de l'ordre symbolique et de sa loi universelle de prohibition de l'inceste, dont Lévi-Strauss fait « la ligne de passage entre nature et culture ». Car cette règle ne prohibe pas tant d'épouser mère, soeur ou fille qu'elle n'oblige à « donner mère, soeur ou fille à autrui ». Tout engendrement s'affranchissant de l'autre ouvre une brèche dans l'ordre civilisé. Il ne relèverait plus de la filiation symbolique, mais de la filiation narcissique, et entraînerait les pathologies causées par le défaut de fonction paternelle. Par son caractère imaginaire et singulier, le lien de filiation narcissique ne peut être repris par la société. Si celle-ci, à travers ses lois ou ses discours, donnait à ce fantasme d'autoengendrement délirant une confirmation extérieure, elle cautionnerait une origine séparable de la différence des sexes et des générations. Un délire partagé reste un délire, simplement plus ravageant.  » Que des couples homosexuels « trafiquent » pour avoir des enfants existera toujours mais qu'ils exigent de l'inscrire dans la loi comme un droit est tout autre chose.

Etant donné que les hommes et les femmes ne peuvent pas être comblés par ce qu'ils obtiennent, et ce depuis tout temps, il y aura toujours de nouveaux mirages d'où vont naître de nouvelles exigences en même temps que de nouvelles et terribles souffrances étant donné qu'il n'y aura toujours pas de satisfaction complète ou intégrale. On se croit "libéré" mais pas du mensonge en tous cas. Dans cette guerre, les sectes et les associations finiront par s'entre-dévorer comme les personnages dans certaines pièces de Shakespeare  Avec cette arrogance et cette fierté déballées en public, sponsorisées par leur nombril, elles invitent à un mimétisme inversé de la part des réactionnaires purs et durs. C'est tout ce qu'elles auront gagné, un vaste champ de bataille, un règlement de compte généralisé. La roue tournant, il ne faut pas croire que le désir humain puisse rester en paix avec une telle arrogance, une telle fierté et un tel lobbying. Les associations sectaires connaissent la règle car elles ne procèdent pas autrement de nos jours. Qu'elles ne viennent donc pas se plaindre quand de nouveaux méchants clones surgiront devant elles. Toute cette bataille autour de l'égalité est une bataille autour de la rivalité, de la mêmeté, une bataille non pour la liberté mais pour la comptabilité, pour que ce monde soit perversement traçable, observable, surveillable, éthiquement flicable, fichable, tribunalisable.

Ces revendications et ces exigences hargneuses sont un monde infini de délires et de fantasmes plus atterrants et plus grotesques les uns que les autres.  Où il sera loisible d'être homme et femme en même temps, homosexuel et hétérosexuel à la fois, animal et peluche, bambin et larbin tout en un, un monde où les individus voudront sans cesse vivre des expériences extrêmes, multiples et contradictoires pour ne jamais choisir, pour ne jamais être et être tout à la fois, expurgeant de leur mémoire si besoin est tout mal et toute sensation, voire toute expérience désagréable. Un monde de schizophrènes et de psychotiques où la flexibilité identitaire régnera en maître et où l'identité aura totalement disparu. Ce sera l'indifférenciation totale.

D'ailleurs, quand le clonage sera rendu éthiquement étiquettable, je pense qu'il faudra militer pour le droit aux êtres humains de se marier avec des animaux et de copuler avec pour avoir des petits bébés mi-peluche, mi-humain. Comme ce sera nouveau et moderne, donc super-cool et naturel, l'homme sera ainsi tout à fait réanimalisé et plus civilisé du tout (dans la civilisation il  faut penser). Ça devrait passer, preuve que le nouveau et le moderne sont toujours bons et que ceux qui ne sont pas d'accord avec un tel progrès, on pourra toujours leur dire qu'ils se dépoussièrent un peu car ils ne changent pas d'avis et que changer d'avis quand ça va toujours dans son sens, c'est respecter l'altérité, non ? Il faut donc détabouïser la zoophilie. Car depuis le temps que j'en rêve notamment avec un chamois car il y a le mot moi dedans, il n'y a pas de raison que mon "Je veux donc j'exige" ne passe pas. Mon voisin veut faire cela avec une porte car il pense que les objets ont une âme. Le seul problème, c'est que comme les portes ne marchent pas, ça risque de faire un sacré raffut à la cérémonie.

Yannick Rolandeau
Auteur du Cinéma de Woody Allen

 



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Ring 2012
Yannick Rolandeau par Yannick Rolandeau

Ecrivain, critique littéraire, réalisateur, scénariste.

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