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Louis XIV, Napoléon et Libération, édition du 22 avril 2039

SURLERING.COM - FRANCE - par Loïc Lorent - le 08/09/2010 - 11 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

pages débats & opinions


Une semaine après l’annonce du retour de Louis XIV et Napoléon dans le programme d’histoire du lycée, la polémique continue d’enfler.  Critiqué par les enseignants et les associations, le ministre de l’éducation positive et non-discriminante répond à Libération.

-    Bonjour Dominique ! Qu’est-ce que tu penses de la polémique actuelle sur le programme d’histoire des classes de découverte du monde de travail, autrefois appelées Seconde ? Qu’est-ce que tu réponds à ceux qui ont trop la rage de voir réapparaître Louis XIV et Napoléon ? Tu veux faire plaisir aux catholiques ou quoi ?
-    Écoute, c’est une vision un peu manichéenne, pardon, un peu en noir et blanc du truc. J’entends beaucoup de choses ces temps-ci. Il faut raison garder, tu vois. C’est trop. Je te fais remarquer qu’avant de réintroduire Louis et Napoléon, moi et mon équipe on a consulté des dizaines d’experts et reçu toutes les associations.
-    Ouais, mais du coup, pour faire de la place, le chapitre sur la culture indienne va être réduit. C’est grave ! Les associations de défense des Indiens de France ont organisé une manif et une centaine d’intellectuels réclament ta démission. C’est chaud !
-    C’est sûr, carrément chaud. Mais je veux rassurer les représentants des populations issues de la diversité et sans lesquelles la France n’existerait pas : nous ne toucherons pas au chapitre sur la culture indienne. Ni à celui sur le génocide des Algériens de France. Nous allons par contre en réduire un autre.
-    Quoi ? Lequel ?
-    Celui sur l’importance de la culture gay dans la formation intellectuelle de l’Europe.
-    Oh ! Les associations de défense des gays vont te laminer sévère, tu le sais ?
-    Non ! Le chapitre dédié à cette question essentielle – car sans les gays l’Europe n’aurait jamais pu exister – sera intégralement reversé dans le programme d’histoire des classes d’assimilation au monde du travail…
-    Les anciennes classes de Première…
-    Voilà ! En outre, il suffit de consulter le manuel pour s’apercevoir que nos experts ont accompli un super boulot. Nous avons pris en compte toutes les remarques et les conseils des associations et des spécialistes de ces sujets. Même Léo-Karim Durant, l’auteur de Louis XIV l’assassin, a déclaré qu’il n’y avait pas grand chose à redire, que nous étions plutôt dans le vrai.
-    Restent la syntaxe et l’orthographe ! La réforme n’est pas totalement appliquée, on dirait. Tu calcules que la plupart des gamins vont rien capter à ces chapitres ?
-    C’est faux ! La réforme est appliquée. Pas plus tard qu’hier, j’ai reçu les associations favorables à la simplification de l’orthographe dans les manuels. J’adhère à ce combat. C’est très important. Par exemple, pour la conjugaison, nous avons décidé de gommer autant que possible l’imparfait, le passé composé et le conditionnel, tous ces temps discriminants. Le présent perturbe moins les enfants. Mais faut pas non plus oublier que certains profs vivent encore avec les règles d’autrefois. Tout ça, tu sais, ça prend du temps.
-    Ce que tu nous dis, en clair, c’est qu’il faut être patient ?
-    Parfaitement ! Mais aussi de lire le manuel. Personne ne le lit, tout le monde parle, c’est désolant. Je suis vraiment triste, je te jure. Lis, et tu verras qu’on a fait des efforts considérables pour rendre le savoir accessible à tous.
-    D’accord, on va regarder ça. Merci Dom’, c’était sympa de nous recevoir.
-    Oh, tu sais, je reçois beaucoup de monde. Je suis un citoyen français comme les autres. C’est ça, la transparence.

Et afin que nos abonnés puissent se faire une idée précise de la chose, la rédaction de Libération a choisi de livrer en exclusivité de larges extraits. Des fameux chapitres consacrés à Louis XIV et Napoléon. Et on notera que la politique des « réparations mémorielles » voulue en son temps par le ministre chrétien-social-démocrate-du-centre Jean-Martine de Rochecourge a été globalement respectée. Et le voile est enfin levé. Sur la réalité de ces deux règnes particulièrement belliqueux et militariste. Et guerrier. Et qui prennent place parmi les heures les plus sombres de notre histoire. Et voilà.

Sur la Fronde

(…) Tandis que des millions d’enfants du soleil, femmes et hommes doués naturellement pour la poésie, voguent vers les Amériques où les attend la servitude et la lubricité des gros fermiers chrétiens, le parlement de Paris se dresse contre la couronne. Les parlementaires aiment le progrès et la tolérance. Ils sont immédiatement soutenus par le peuple et tous les esprits libres du pays. L’odieux cardinal Mazarin, organisateur de parties fines et coach de vie de la régente Anne d’Autriche, est unanimement détesté. Mais c’est pas tout. Même des nobles aux noms très compliqués défient la régente, son coach et le jeune roi. Pour ce dernier, c’est un sacré challenge. Il est dégoûté. (…) Ce mouvement est aussi une réponse aux exactions de la couronne, aux massacres dont sont l’objet les minorités du royaume, notamment les enfants du soleil, les musulmans, les femmes et les gays. (…) En 1640 et quelques, après des mois de clash, la cour quitte la capitale. C’est la honte. Pour se venger, la nuit avant son départ, Mazarin fait libérer des prisons tous les pédophiles dans l’espoir qu’ils violent les enfants du peuple (la médecine européenne est alors très en retard). Ça n’empêche pas le peuple d’exprimer sa joie. On prononce les mots de liberté et d’émancipation. Margueritte Bourdou, auteure longtemps oubliée à cause de son sexe, écrit dans ses Souvenirs de la Fronde : « Comme ont coutume de dire les enfants du désert, on kiffe ». (…) Les parlementaires souhaitent limiter les pouvoirs du roi et ouvrir la France sur le monde. Les nobles aussi. Mais c’est vraiment pas facile. Grâce à l’argent que lui envoie le Vatican du pape de Rome, Mazarin parvient à recruter des milliers de mercenaires d’extrême droite. Ces derniers assiègent bientôt Paris, ce phare de l’humanité. (…)

Les guerres de Louis XIV

(…) En grandissant, Louis XIV devient un fanatique catholique extrémiste. Il veut que tout le monde aille à la messe. Et puis, même s’il pille les campagnes françaises, il a aussi besoin d’argent pour acheter des vêtements hors de prix et entretenir ses maîtresses. Pour en avoir – de l’argent –, il doit conquérir des territoires qui ne lui appartiennent pas. Encore, Louis XIV est un homme qui aime beaucoup l’armée – comme tous les catholiques. (…) En Espagne, cette intolérance religieuse prend la forme de l’Inquisition. Dans ce pays, des millions de libres penseurs, de musulmans, de juifs, de femmes et de chatons sont brûlés sur de gigantesques bûchers. Maria Rodriguez, femme du peuple, écrit dans ses Souvenirs de l’Inquisition (récemment traduits en français) : « Les gens ont peur. Personne n’ose affronter les curés et les moines. Partout on entend les cris des suppliciés. L’Espagne n’est plus qu’un énorme barbecue ». (…) Les soldats de Louis XIV ravagent ensuite le Palatinat. Ils violent les femmes et les enfants, mais aussi les animaux. Quand ils ont commis assez de crimes, des sections spéciales de prêtres les suivent et convertissent de force les populations. (…) Lorsqu’il apprend que sa cousine est amoureuse d’un ancien esclave, le philosophe Youssouf Dupont, Louis XIV la fait exécuter en scred. Fou de colère, il déclare la guerre à l’Autriche. (…) Le Duc d’Anjou monte donc sur le trône d’Espagne. Pour fêter ça, il ordonne le massacre de toutes les lesbiennes du royaume. L’Inquisition jubile. (…) En 1700 et des brouettes, le peuple ne veut plus se battre. Louis XIV lance alors une vaste campagne de propagande dans l’espoir d’endiguer les aspirations pacifistes de la population. Quelques années plus tôt, il avait fait empoisonner Molière, coupable à ses yeux d’avoir ridiculisé les catholiques d’extrême droite. (…)

La place des femmes dans la France de Louis XIV

Misogyne notoire, macho assumé, très catholique, Louis XIV pense que les femmes doivent rester dans leurs cuisines et s’occuper des enfants. Il refuse que les filles aillent à l’école. Vers 1675, il déclare : « Ah bon ? ». Ces paroles énigmatiques accréditent toutefois la thèse d’un complot masculin dirigé contre les femmes et les minorités. En effet, dans ces eaux-là, Colbert rédige le Code Noir. C’est un texte raciste qui essaie de justifier l’esclavage. D’ailleurs, on en retrouvera un exemplaire dans le bunker d’Adolf Hitler en 1945 – à côté d’une photo d’Eva Braun déguisée en Tyrolienne. (…) Affrontant les sarcasmes et les viols collectifs des catholiques d’extrême droite, de nombreuses femmes se distinguent néanmoins durant cette période. Elles veulent faire entendre « la voix des confinées aux tâches ménagère et à la reproduction », comme l’explique Ginette Marsin dans La sécession des vagins : une nouvelle histoire des femmes sous la dictature du patriarcat. (…) Vers 1681, en Normandie, a lieu la méconnue « révolte des gueuses ». A Rouen et à Caen, des femmes provenant de tous les milieux sociaux mais unies par une commune volonté de renverser l’ordre masculin phallocrate prennent d’assaut des bâtiments publics et une boulangerie. La répression des autorités est féroce : on dénombre des milliers de mortes. C’est un génocide. (…) Polygame, Louis XIV a plusieurs maîtresses qu’il viole régulièrement et qu’il n’aime pas. « Pour le roi, une femme c’est d’abord un ventre », résume Josyane Pommier de l’université libre de Caen, auteure d’Une vraie histoire des femmes. (…) Opprimées, mentalement harcelées, subissant la politique discriminatoire mise en œuvre par l’Etat royal gouverné par des hommes, les femmes font passer leur message discrètement. La plupart des œuvres de l’époque sont composées par des femmes. Qui peut croire que Phèdre, la pièce attribuée à Racine, a été écrite par un homme ? Qui peut croire que l’humour si subtil de Tartuffe est celui de Molière ? Derrière ces deux auteurs longtemps célébrés se cachent respectivement Antoinette Mirepoix et Catherine Malingre, comme l’a brillamment démontré Ginette Marsin dans La vraie histoire vraie de la littérature française. Corneille, lui, est bien l’auteur de ses pièces. Mais une lecture attentive et non-machiste de Cinna prouve qu’il est gay. Avant de mourir, il se convertit à l’islam, religion d’amour et de paix. Quant aux inventeurs, c’est encore plus fort : Denis Papin, on le sait aujourd’hui, se nommait en réalité Denise Papin. Ce travestissement inspirera sans doute le chevalier d’Eon quelques décennies plus tard. (…)

Versailles

(…) En 2023, les fouilles archéologiques préventives menées dans les jardins du château par Aliénor-Monica Salembert mettent au jour les traces de multiples charniers. Des analyses complémentaires ordonnées par le ministère du mieux-vivre et pour la promotion des cultures du monde révèlent peu après que les ouvriers ayant bâti le château étaient tous des enfants du soleil. « Pour masquer cette vérité, Louis XIV fait exécuter tous les ouvriers après la fin des travaux. Mais aussi tous les témoins directs de la construction. On pense que l’architecte du château venait du Maroc. Vous avez vu comment c’est, Versailles. Or, à l’époque, les architectes européens étaient très en retard », explique Jean-Seb Broyon, prof à l’université libre de Marseille. (…) L’érection du monument La victoire du soleil d’Afrique en 2031 vient honorer la mémoire de tous ces oubliés de l’histoire sans lesquels la France serait restée un pays arriéré et rongé par des réflexes identitaires racistes impérialistes criminels (…) Lully était Italien (…) Des orgies ont lieu à Versailles. Les nobles sadiques qui y logent font enlever des fillettes dans les campagnes environnantes et les utilisent comme des jouets sexuels. Saint-Simon (qu’on soupçonne d’être bi) le confesse dans ses Mémoires lorsqu’il écrit : « Hier, j’ai croisé une jouvencelle ». Troublant. (…)

Le 18 Brumaire

(…) Malgré ses défauts, le Directoire est un régime démocratique. Son impopularité croissante résulte des manœuvres des émigrés (à ne surtout pas confondre avec les immigrés), nobles nostalgiques de l’Inquisition et des dragonnades et tous catholiques d’extrême droite. Ils combattent l’armée républicaine, avant-garde des Lumières et libératrice des peuples opprimés par les tyrans de tout le continent européen. (…) En 1799, ou pas loin, Barras et Sieyès souhaitent raffermir les principes révolutionnaires combattus aux deux chambres par les royalistes et les communistes ennemis du peuple et de la raison sociale-démocrate. Mais Bonaparte, qui a reçu la mission de réunir autour de lui tous les partis afin de dégager une base de travail solide permettant de trouver un consensus, joue perso. Il transforme cette rencontre cordiale en coup d’Etat. L’héroïque résistance de tribuns du peuple bute contre les prétoriens à la solde du dictateur. (…) Napoléon s’empresse de rétablir l’esclavage et fait de la France un pays officiellement raciste. A Haïti et dans toutes les colonies, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont méthodiquement exécutés. C’est un génocide. (…) Le régime prend le nom de Consulat. Napoléon dispose des pleins pouvoirs. Pour fêter ça, il organise une orgie durant laquelle des dizaines d’esclaves sont mutilés (…) Pour ne pas affoler les gays, il recrute Cambacérès. Celui-ci est confronté quotidiennement aux blagues homophobes du Premier consul et de ses collaborateurs. (…) Napoléon fait arrêter tous les républicains présents dans l’armée. Après dix années de liberté, l’obscurantisme triomphe. (…)

Les guerres de Napoléon

(…) Napoléon adore la guerre. Il trouve ça amusant. Grâce à la guerre, il peut violer des femmes de différentes nationalités. Celles qui réussissent à échapper à son priapisme, à l’instar de la sublime et géniale Madame de Staël (véritable auteure de l’Adolphe de Benjamin Constant), sont persécutées. (…) Après le 18 Brumaire, l’armée se met au service du régime consulaire. Elle ne porte plus des idées de progrès, d’égalité, de fraternité, de diversité, de vivrensemble, mais des idées de haine, de cruauté, de racisme et d’impérialisme. (…) En 1805, Napoléon remporte la bataille d’Austerlitz sur les Russes et les Autrichiens. Il fait exécuter les prisonniers et les blessés des deux camps – ou les laisse agoniser sur le champ de bataille, ce qui revient au même. Napoléon se moque de la vie humaine. Cette victoire est acquise par les Mamelouks, cavaliers-poètes musulmans qu’il a ramenés d’Egypte en 1799. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon fait volontairement l’impasse sur cet épisode parce qu’il est raciste – Napoléon, pas l’épisode. (…) En 1812, Napoléon, qui admire beaucoup l’empereur romain Néron, met le feu à Moscou. Il dit : « Eh bien… ». C’est tout dire. (…) Finalement vaincu, Napoléon abdique au printemps 1814. Tout le monde est très soulagé. Les campagnes napoléoniennes ont causé la mort de dizaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants, de seniors et de chevaux. C’est un génocide. (…)

De peur de choquer les bien-pensants, les auteurs de ces paragraphes ont refusé d’aller plus loin. A défaut de toute, il y a quand même un part de vérité. On ne peut que s’en féliciter. Toutefois, est-ce assez ? Est-ce bien clair ? Interrogée par Libération, Dolorès Miam, présidente de l’association « Toutes ensemble pour une France en couleurs », déclare : « C’est intolérable ! Je suis consternée. L’expression parties fines laisse supposer que les femmes victimes de ces viols étaient consentantes ! Mais où va-t-on ? C’est une violence inouïe à l’heure où, dans le pays des droits de l’humain, des dizaines de milliers de femmes meurent chaque année sous les coups de leurs conjoints. Comment peut-on écrire des choses pareilles au XXIe siècle ? » Quant à Régis Trichon, président de l’association « Unis pour une France plurielle », il a réclamé « une modification substantielle des chapitres concernés afin de permettre aux jeunes issus de la diversité de se reconnaître pleinement dans l’espace métissé qu’est devenue la France, n’en déplaise à certains, et de participer activement à l’édification d’une société nouvelle où chacun pourra trouver sa place sans renier ses origines et ses traditions qui enrichissent les cultures de ce pays qui n’aurait jamais existé sans les immigrations successives ». Cet appel fait écho à la diatribe de Franck Muratori, sociologue au CNRS, qui, dans un entretien publié hier sur le site du Nouvel Obs, s’indignait contre « cette terrifiante libération de la parole franchouillarde qui ressasse interminablement une pseudo grandeur passée alors que les discriminations à l’œuvre dans notre société devraient ouvrir les yeux des politiques et les contraindre à un peu plus d’objectivité. On ne peut espérer faire aimer la France à des enfants qui subissent tous les jours le racisme ordinaire d’une partie conséquente de la population et des autorités. Je crains que la Bête Immonde n’ait encore de beaux jours devant elle ». Plusieurs associations, parmi lesquelles les médiatiques « Droit des Autres » et « Couleurs d’avenir », ont affirmé vouloir traîner devant les tribunaux les rédacteurs du nouveau manuel et tous les professeurs qui se risqueraient à l’utiliser durant leurs cours. Mardi dernier, à l’occasion d’un débat télévisé, Christophe-Prince Yop, député social-du-centre-gauche-du-milieu-radical, rappelait qu’en vertu de la loi Taubira IV, nommée ainsi en hommage à la pasionaria de la république métissée décédée l’année dernière, « toute apologie ou atténuation, même masquée, des crimes, massacres, persécutions et génocides commis par la France au cours de son histoire, expose son auteur à des peines de prison ferme ainsi qu’à des stages de rééducation-citoyenne ».

La quête de vérité l’emportera-t-elle sur les démons du passé ?

Charlotte-Malika Orthez, Libération, édition du 22 avril 2039.     


Toutes les réactions (11)

1. 08/09/2010 00:22 - Gaël

Gaël"Wech! Trop bien l'histoire de France cousin."
Je me suis marré-beaucoup. Et puis j'ai pensé au nombre incalculable de crétins plus ou moins pubères mais totallement analphabètes que j'ai le (dé)plaisir de servir et qui portent l'avenir radieux de notre pays et de sa culture à bout de bras...Quel étrange et tragique parcours personnel et éducatif, me demande-je, ces jeunes gens ont-ils subit, pour en arriver à me demander, alors que mes bras en tombent, et avec tout l'aplomb de l'adolescence bourrée d'hormones : "vous avez "Et si c'est un homme" de Marc Lévi(y)?"
No coment.
Pour faire écho à votre texte, je ne vous apprendrais peut-être rien, mais les classiques, du théâtre comme de la littérature française, sont enseignés au moyen de la...BD!! Je n'ai rien contre cet art, mais qu'ont-ils, eux, à l'épurat..éducation nationale, contre l'écriture, et à fortiori, la lecture?? Et où-va-t-on-nous-là? comme dirait Gainsbourg. Et La Divine Comédie version manga, c'est pour quand?

2. 08/09/2010 09:38 - R

RA propos de Franck Muratori, sociologue au CNRS, vous ne faites pas référence au décret du 10 mai 2031 qui institue la règle de parité dans cet institut, à savoir, je cite "une proportion équitable des diverses ethnies et sexes, garante d'impartialité" ...

3. 08/09/2010 09:40 - René de Sévérac

René de SévéracPardon, mon nom a glissé dans le commentaire précédent.

4. 08/09/2010 15:33 - Nach Mavidou

Nach MavidouRions de ce futur - hautement - possible tant qu'il est temps. Bientôt, ce genre de pastiche sera largement stigmatisé par les faiseurs d'opinions.

Pour avoir enseigné l'Histoire du Droit en université, je peux vous dire que la découverte sous un autre angle d'une même réalité constitue un vrai petit bouleversement pour les frais bacheliers qui débarquent en première année.

5. 10/09/2010 02:49 - Loïc Lorent

Loïc Lorent Rien contre la BD. Le problème, c'est quand on dit aux enfants qu'une BD vaut un roman. Marc Lévy, auteur "Si c'est un homme", je dis pas... Mais sinon... Niet. Fruit d'un double phénomène, je crois : pour des raisons qui m'échappent, la BD, souvent rebaptisée "roman graphique" (pour sûr, c'est plus smart), vous aurez remarqué, est célébrée comme un art majeur et même si le niveau ne baisse pas, même si l'on n'avouera jamais qu'il baisse (et peut-être ne voudra-t-on même pas le penser), on préfère étudier une BD plutôt qu'un roman. Ou quand la mode sert le mensonge. Bon, et puis c'est moins discriminant et c'est beaucoup plus ludique. Note pour plus tard : il faudrait écrire un "Éloge de la discrimination".

Franck Muratori, aujourd'hui étudiant et qui prépare avec enthousiasme, dans un bar du Ve, son séjour de deux semaines dans une cité-dortoir à la rencontre de populations bourrées d'inventivité, d'imagination, de vitalité, de créativité ("loin de tous les clichés") Franck enrage contre les archaïsmes de la société et aimerait bien que dans un futur proche des lois viennent sanctionner vraiment (vraiment !) les "freins" à l'édification d'une société blablabla. Ah ! et Franck parle beaucoup du bonheur : c'est d'un ennui...

En la matière, comme disait l'autre bien connu des lecteurs de ce site : "Le futur a déjà commencé".

6. 11/09/2010 09:59 - thierry bruno

thierry brunoM. Loîc Lorent,
vous avez du passer des vacances bien studieuses à collecter toutes les expressions que vous avez excellemment montées dans ce remarquable "pastiche". Car la fiction n'est que dans le fait que cela soit constitué en livre scolaire d'histoire- et encore ! je le crains - . Pour le reste, dans la presse écrite et parlée, c'est à longueur de propos que nous entendons de telles âneries, même pas relevées par des journalistes décérébrées. Dans l'émission "les grandes gueules " sur RMC, un bavard invité a dit :" savez-vous que Jésus était un arabe juif ? " pour clouer le bec de son interlocuteur - qui en passant était aussi sot que lui-. Croyez-vous que le journaliste qui anime l'émission a relevé ? Nada. Grande gueule mais aussi grand vide cérébral. Dans je ne sais plus quelle autre émission, on a eu droit "le Premier Empire était un régime nazi." Et ce genre de c.... est asséné par des universitaires parfois. Au secours !!!!
Pour la BD, grand amateur de ce genre pour me détendre, je trouve que la production qui devient pléthorique baisse : la quantité est là, la qualité beaucoup moins. Qu'en revanche, ce genre en vienne à remplacer dans la formation à la littérature et à la langue françaises la lecture des "classiques", il y a là au minimum un laissez-aller à la paresse des enseignants, au pire une volonté délibérée de décérébration de l'élève. Sauf à introduire une oeuvre par ce biais. Par exemple, "Les Sept cavaliers" de Jean Raspail dessinés par Jacques Terpant est une remarquable introduction à l'oeuvre de Jean Raspail. Encore faut-il ensuite en lire le texte. On pourrait faire pareil avec Astérix (ceux écrits par Goscinny) et ses citations latines. Enfin, si le latin avait toujours sa place à l'école.

7. 11/09/2010 12:34 - Méléagre

MéléagreExcellent texte. Content de vous relire.

8. 14/09/2010 02:58 - St Just

St JustBravo !!
Un chef d'ouvre d'ironie corrosif et plaisant qu'apprécies tout particulièrement l'étudiant en histoire que je suis.

9. 19/09/2010 14:05 - Simon

SimonCela dit, tout n'est pas sombre dans ce pastiche... le décès de Taubira, par exemple..

Au risque de paraître déplacé, ne seriez-vous pas le Loïc Lorent que j'ai connu à Toulouse il y a de cela quelques années? Vous en avez la plume sarcastique...

Quant à la Bande Dessinée, il reste quelques oeuvres majeures, à l'instar des jubilatoires "De Cape et de Crocs" ou du travail d'Hugo Pratt, dont les protagonistes ne sont pas sans rappeler ceux de Jünger. Corto, Manuelito..

10. 28/09/2010 17:36 - François

FrançoisExcellent article, fin, percutant et sans excès (l'excès, souvent le défaut des écrits de L. Lorent). Vous maniez admirablement l'ironie. Ah, je ris, je ris, je ris... jaune. Car ce futur est, je le crains, un futur très proche. J'attends le moment où on me dira "Tu n'as pas le droit de te déclarer athée, c'est un irrespect, une agression envers ma croyance en Dieu. Procès!" Mais j'imagine que d'imaginer ceci est déjà intolérant envers la religion.
"De Cape et de Crocs" est une bonne BD. Personne ne nie la qualité des BD (Blacksad, Murena, Sir Arthur Benton, Lanfeust, etc., pour ne citer que les récentes). Mais un "De Cape et de Crocs" vaut-il un Zweig, un Céline, un Camus? Ah! Comparer...

11. 23/10/2010 21:41 - Simon

SimonComparaison n'est pas raison... Combien de Musso pour un Flaubert? Je demeure partisan de laisser le temps à la bd de trouver ses marques. Les romans ont des millénaires d'Histoire... la bd quelques décennies.

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Loïc Lorent par Loïc Lorent

Loïc Lorent est romancier et pamphlétaire.

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