Sur le RING

Logorama : les anti-pubs peuvent aller se rhabiller !

SURLERING.COM - CULTURISME - par François-Xavier Ajavon - le 12/04/2010 - 4 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Les anti-pubs peuvent aller se rhabiller !




Certes, les Oscars ne servent absolument à rien, on est bien d'accord. C'est un incertain voyage au bout de la nuit américaine, un peu ridicule pour les français, où l'on voit – sur l'antenne de Canal+ - des acteurs ou réalisateurs, pour la plupart has been, se faire honorer en grande pompe par d'autres comédiens et metteurs en scènes tout aussi dépassés, voir même trépassés. En 2010, la fameuse cérémonie solennelle a cependant salué un remarquable court-métrage réalisé par de jeunes français, intitulé Logorama...   

Orchestré par le studio d'animation H5, fondé à la fin des années 90 et produisant déjà de très   nombreuses publicités et de notables clips (pour Étienne Daho, Goldfrapp, Massive Attack, Röyksopp, etc.), ce film court déroule pendant un bon quart d'heure la plupart des logos que nous connaissons tous. Logos de compagnies commerciales (fast-food, grande distrib', banques, compagnies pétrolières, maisons de disque, etc.), d'agences gouvernementales (Nasa), ou de partis politiques (l'éléphant républicain au zoo municipal, la rose furtive du Parti socialiste français dans le rodéo final, etc.) La traversée de la ville est émaillée de surprises mercatiques. Toute l'histoire commence d'ailleurs avec deux braves « Bibendum » Michelin, potelés à souhait, policiers en Californie, qui devisent gentiment sur la question cruciale de la philosophie « zen ». L'un d'entre eux, confortablement installé sur une fière  monture « General Motors », s'avise d'aller chercher sa pitance réglementaire au KFC local (cet infâme restaurant collectiviste fabriqué en peau d'ailes de poulets). Et c'est là que les problèmes commencent... L'univers de Logorama est peuplé d'ostensibles et continuels logos, naturellement, mais aussi d'imperceptibles signaux critiques. Tout n'est pas dit dans ce film. Certains logo-types ricanent sans retenu.

Et soudain... « Appel prioritaire : suspect conduisant une camionnette de livraison rouge, type européen, 1m80, cheveux rouges, répondant au nom de … Ronald.... » Et le sinistre clown reconnaissable entre tous, marchand de hamburgers, apparaît soudain... avec son triste sourire de machine à tuer. Mc Do menace soudain l'Amérique. Avec des fusils mitrailleurs...

Sans transition « Monsieur Propre » est à la manœuvre... c'est lui qui guide les enfants dans le zoo municipal. Des enfants sages, d'ailleurs, sous forme d'innocents « Bonshommes Bic ». Deux garnements se détachent du lot : Big Boy (sorte de Quick non halal venu des USA) et le garçonnet Haribo. Ils décident d'aller montrer leurs culs au lion endormi de la Metro Goldyn Mayer. Les papillons, alentours, sont ceux du portail Msn... Les montagnes, au loin, de Evian et de la Paramount.... Les pingouins sont tous estampillés Linux. A moins que cela ne soit Miko. Géant Vert veille au grain...

Quand tout à coup la terre s'entrouvre... Mlle. Esso, sexy-flammèche du jour, prend en charge Big Boy. Bien vite le sol californien rend son pétrole, et la ville imaginaire de Malibu (le film commence avec le logo du fameux alcool) est inondée par cette nappe noire et visqueuse. Le point de vue s'éloigne. Les planètes du système solaire sont les logos Pepsico, Internet Explorer... La voie lactée Milky Way. Tandis que résonne une taquine chanson des années 30, cruellement nostalgique.

Non seulement ce film est une réussite esthétique qui marque encore à quel point les français gagnent du terrain dans le secteur de l'animation, mais il permet aussi – naturellement – de poser la question de la place de la publicité dans notre environnement. Les publicités sont partout... les urbains le savent bien. Parcours typique. On se réveille. 30 secondes de pubs sur Europe 1 avant le flash horaire de 7h30. P'tit de'j, douche. Puis environ dix panneaux 4X3 jusqu'au métro. Trois changements. 120 messages publicitaires ingurgités sous terre, au bas mot. Lecture du Parisien. Pubs, pubs, pubs ! Tiens, je reçois un Sms pour m'abonner à une chaîne cryptée. Je sors du métro. Une jolie fille, déguisée en laitue, me tend un prospectus pour m'inciter à manger végétarien. Street marketing de la Peta. Je décline. Je ne sais pas encore que je vais absorber, ce soir, environ 20 minutes de spots télé, avant le jt, et pendant mes trois heures de séries américaines destinées à rendre mon cerveau disponible pour Coca Cola...  

Au-delà de la publicité, d'ailleurs, le logo en lui-même a une force de frappe singulière. Le court métrage lauréat des Oscars 2010, nous permet de faire l'expérience personnelle troublante que nous connaissons intimement la plupart de ceux qui sont présentés. C'est d'ailleurs la méconnaissance de tel ou tel logo qui nous trouble, et nous semble anormale. Cela souligne le fait, naturellement, que les « marques » sont omniprésentes dans notre imaginaire, mais également que nous vivons dans un univers superbement graphique. L'art – à travers Edward Hopper ou Andy Warhol - nous l'a bien montré depuis le début la moitié du XX ème siècle. Nous vivons dans un horizon de marques, troué ça et là par de la verdure et des espaces encore préservés (marqués des logos de l'ONF cependant). Ne convoquons pas ici Naomi Klein... tout le monde connaît maintenant son vivifiant No Logo, devenu une « marque » gaucho à part entière. Interrogeons-nous pour finir sur les gentils militants anti-pubs – massivement parisien ? - qui se plaisent à barbouiller les pubs dans le métro. Ces post-situationnistes en papier-mâché auto-nommés « Déboulonneurs », devenus les chouchous des médias. La partie n'est-elle pas perdue pour ces gentils militants pré-pubères dont la propagande anti-pub s'accompagne souvent d'un étrange discours maternaliste qui veut protéger le public de cette imaginaire « agression » des affiches 4X3 ? S'il convenait plutôt d'éduquer le public à cette « culture » publicitaire, et à ces envahissants logos, plutôt que de tenter de l'en priver ? Ce qui, à mon avis, serait dommage... compte-tenu de la portée esthétique de cet univers ; que met très bien en valeur Logorama, tout en nous mettant en garde – avec beaucoup d'humour - contre l'indigestion qui nous guette...

François-Xavier Ajavon



Toutes les réactions (4)

1. 12/04/2010 13:55 - Stanislas

StanislasToujours un plaisir de vous lire sur Ring.

2. 13/04/2010 00:54 - martin230389

martin230389J'avais beaucoup entendu parler de ce court métrage, surtout du fait qu'il ait reçu un oscar. 16 minutes qui valent plus que certains long métrages de 2 heures avec des explosions partout.

3. 14/04/2010 18:48 - Dahlia

DahliaBen à part s'amuser à reconnaitre tous les logos et se dire qu'effectivement on connait plein de marques, je le trouve assez limité ce court métrage... Bon disons que Ronald est méchant, mais la figure du clown démoniaque est un classique du cinéma d'horreur, la prise en otage c'est Pulp fiction et une scène de Boogie nights, les flics qui s'engueulent en voiture et à qui il ne manque que les donus et le café... c'est marrant, j'y vois pas tant la dénonciation ou les marques que le fait de reprendre des figures imposées classiques du pop-corn movie américain... Mais encore une fois avec un côté empilement qui me parait très limité. Techniquement c'est réussi, mais quand y a que la technique, ça tourne parfois à vide.

Ceci dit, y a un côté symptomatique d'une époque, sans doute héritée *effectivement* de Wahrol: le placement de produits. La reine pour ça, c'est Lady GaGa. Dans presque tous ses clips, hop téléphone portable, hop PC dernier cri, boisson bidule, ça atteint son paroxysme sur le dernier d'ailleurs. A se demander s'il n'y a pas aussi que ça chez GaGa: ses tenues de scène toujours plus foutraques, ses placements de produits, ses clips surpoduits (au point qu'on ne parle jamais de sa musique ou presque, très cocasse pour une... chanteuse).

4. 23/07/2010 15:15 - steff

steff"La partie n'est-elle pas perdue pour ces gentils militants pré-pubères dont la propagande anti-pub s'accompagne souvent d'un étrange discours maternaliste qui veut protéger le public de cette imaginaire « agression » des affiches 4X3 ? S'il convenait plutôt d'éduquer le public à cette « culture » publicitaire, et à ces envahissants logos, plutôt que de tenter de l'en priver ? "
Bien sûr que la publicité est une agression. Elle est imposée aux citoyens, payée par eux, et ne leur sert absolument à rien (ne sortez pas l'argument de l'information sur les produits...). J'aimerais savoir ce qui vous permet de dire que cette agression est imaginaire (à part un réflexe pavlovien après avoir vécu trop longtemps avec la pub).
L'argument d "éduquer le public à la culture publicitaire", juste après avoir accusé les déboulonneurs de maternalisme, est un peu gros il me semble. Surtout quand on compare le temps que le public passe (involontairement) à "s'acculturer et se cultiver" de bonne pub plutôt que de subir la "propagande maternisante" des gens qui en ont marre de la pub...

Ring 2012
François-Xavier Ajavon par François-Xavier Ajavon

Chroniqueur, ancien rédacteur en chef.

Dernière réaction

Toujours un plaisir de vous lire sur Ring.

Stanislas12/04/2010 13:55 Stanislas
Tout sur
Articles les plus lus
  • Les excuses publiques de Causeur à David SerraLes excuses publiques de Causeur à David Serra

    Publié sur Causeur.fr le 11 décembre 2013, un an après le conflit entre l'auteur de Satellite Sisters et l'éditeur. Les éditions Ring annoncent à leur tour la fin du contentieux avec Maurice...

  • Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?

      On en a tous assez de prendre connaissance dans les médias déchaînés des énièmes rebondissements de l'affaire... qui semble ne jamais vouloir se terminer. De loin, du Zimbabwe par exemple,...

  • Droit de réponse aux désinformations de Maurice DantecDroit de réponse aux désinformations de Maurice Dantec

    [ Addenda du 11 décembre 2013 :Les excuses publiques du Magazine Causeur à David Serra : http://www.causeur.fr/nos-excuses-a-david-serra-et-aux-editions-ring,25362David Serra et les éditions Ring...

  • Réflexions sur la tuerie antijuive de ToulouseRéflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse

    (propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...

  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD,...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

Offrez-vous La France orange mécanique