Ca y est, l’aventure est finie, la Vendée va se passer de vous et la droite va désormais s’ennuyer. Vous êtes mort de votre vivant en annonçant le 30 septembre votre démission de la présidence du conseil général de Vendée et en la quittant réellement le 31 octobre dernier.
Le départ du capitaine Fracasse
La chose est tellement impossible à imaginer, la Vendée est tellement impossible à imaginer sans vous, que tout le monde a d’abord pensé que vous alliez mourir, que votre cancer vous avait programmé, ou que la calomnie dans votre famille vous avait usé. Rien de tout cela, Philippe de Villiers, vous mourez politiquement, reconnaissant avoir été mis en minorité par votre clan. Vous êtes peut-être le premier homme politique à vous conduire en gentilhomme, comme un Jean Marais dans Capitaine Fracasse, ramassant l’épée de son adversaire, vous auriez pu dire : bâtez-vous en gentilhomme Retailleau ! Mieux, vous lui laissez votre place. Vous me répondrez que vous n’êtes pas politiquement mort, que vous ne faites que démissionner de la présidence de la Vendée mais restez en politique au niveau national. Dommage, car penser que vous êtes mort nous donne l’occasion de vous regretter et de dire du bien. Il faut profiter de ce moment inouï où on croit l’homme politique mort et sorti pour toujours, pour faire une belle nécro de son vivant.
Tout élu est un traître potentiel
En fait, ce n’est pas la Véndée qui vous a rejeté. Les Vendéens vous élisaient parce que vous leur construisiez des routes, des collèges etc. et pas pour vos combats pour les valeurs. Villiers fascinait les 5 à 6 % des électeurs « intelligents » sur le territoire national, mais comme Frêche à Montpellier, vous deviez son fief vendéen aux 95% de « cons » qui votent. Ce n’est que ça la démocratie ! Vous deviez en être conscient puisque cela vous permettait de mettre en œuvre toute votre facette d’entrepreneur. Et pourtant, c’est cette même démocratie qui vous a emporté. Plus exactement le cœur même de la politique, des alliances temporaires, des petites et grandes trahisons sur fond de jeu avec l’opinion. Villiers s’est fait avoir comme un bleu ? Vous avez oublié que tout élu était un traître potentiel. Tout occupé à combattre votre cancer, la calomnie au sein de votre famille, dans votre habituelle retraite post échec électoral, à laquelle vous nous avez habitués, vous vous êtes fait doubler par Retaillot, l’ex-loyal, l’ex-second, l’ex-ombre, le nouveau Brutus. Ce dernier a voulu exister par lui-même. Il n’en pouvait plus sans doute de vivre par procuration, d’aider celui à qui il voulait s’identifier. D’autant que vous ne mettiez sans doute pas en œuvre sa stratégie. Bref, un déçu de plus… Et quand il s’agit de toute une vie, c’est la vengeance qui monte en rouleaux jusqu’aux tempes. Les élus du conseil général, négligés, attachés à leur statut, leur salaire et leurs entre-gens ont basculé un à un. Pendant que vous créiez, d’autres comptaient et calculaient. Il n’y aura peut-être jamais eu que le chef qui ait été passionné dans l’aventure. Ce qu’il y a de pathétique dans cette fin, c’est que Retaillot ne cherche pas à voler de ses propres ailes, légitime aspiration de tout homme, mais à voler celui qu’il a servi. Il ne part pas, il s’approprie, il ira sans doute d’ailleurs jusqu’à revendiquer l’héritage et piller votre mémoire. On nous répondra que c’est le jeu de la politique et on attendra que vous disiez en gentleman, que pour vous la politique n’était pas un jeu, que la démocratie n’était qu’un passage obligé (et pas forcément le meilleur média) pour atteindre le territoire et ses habitants, que la démocratie n’était pas le but à atteindre.
Ni la carte ni le territoire
Ils étaient nombreux ceux qui attendaient de vous l’application de stratégies propres à reconvertir la France, à remettre notre Patrie sur les chemins de la gloire et du salut. Des plus villiéristes que Villiers, il y en a eu et on les compte au crédit des déçus du villiérisme aujourd’hui. Il faut sans doute dire qu’ils avaient cristallisé. Paul-Marie Coûteaux sait très bien ce qu’il aurait fait à votre place pour le pays. Charles Pasqua aussi avait son idée sur ce que vous auriez dû faire, il avait misé sur vous. Ceux qui vous combattaient, le faisaient aussi à regret de n’avoir pu vous rallier, Sarkozy comme Le Pen. « Il aurait pu, il aurait dû, à sa place voilà ce qu’il fallait faire… » Mais vous n’avez pu vous réduire à des fantasmes et des calculs, vous êtes resté votre irréductible personne, vous-même. Vous n’avez jamais su être un stratège, incarner un mouvement politique, vous n’avez jamais su être autre chose qu’une personne. Et par de là tous les échecs qui ont suivi les espoirs, par de là les fiascos présidentiels suivant les soulèvements enthousiasmants des scrutins contre l’Eurocratie, vous restiez solide et protégé des critiques et des déçus grâce à la Vendée. La Vendée était votre terre de l’exemple, la preuve par l’image et l’action. Si vous perdez le territoire, il ne vous reste rien. « Villiers » n’était pas une stratégie, on vous l’a reproché, vous n’étiez pas une carte, et vous n’avez maintenant plus non plus de territoire.
Contremoderne parce que plus que moderne
Si vous n’avez cessé de décevoir, c’est que vous étiez avant tout un entrepreneur, c’est à dire un homme du futur. Le retour aux valeurs ne s’accompagnait pas pour vous d’un rétablissement d’un ordre ancien. L’ordre était à créer, et vous avez usé de toutes les techniques les plus modernes de communication, comme celui qui dépasse la modernité sur son propre terrain pour provoquer son retournement, sa réorientation. En vrac, le spectacle du Puy du Fou en 1977, radio Alouette en 1981, puis alouette hebdo, Sciencescom (l’école de la communication et des médias), le parc du Puy du Fou, la relance du Vendée Globe… Vous agissiez manifestement contre l’orgueil du refus de participer, contre l’orgueil de la nostalgie, vous n’êtes pas un réactionnaire puisque vous êtes futur. C’est pour ça que vous ne pouviez que décevoir ceux qui attendaient un retour. Ce qui fascinait chez vous, c’était votre passion pour l’époque conjuguée avec un engagement pour la patrie. Illustration qui ôtait à vos détracteurs les moyens de vous dénigrer. Il s’agissait de prouver par l’action la compatibilité de vos idées avec votre époque. Là encore, ce n’était pas une stratégie, c’était une façon d’être. C’est aussi pour ça que sans la Vendée, vous êtes politiquement mort. Villiers président d’un mouvement politique et non patron d’un territoire ou d’une entreprise, ne rime à rien.
La vocation de l’échec
Que tous les déçus du villiérisme se tiennent la main et se rassurent, aucune des stratégies espérées par les uns et les autres et, non mises en œuvre par vous, n’auraient été gagnantes. Tout d’abord sans doute, car elles étaient prétentieuses et bien souvent nostalgiques. Elles ne servaient que de miroir de courtoisie à ceux qui refusaient d’être amalgamés avec une modernité qu’ils haïssaient. Mais ensuite et surtout, parce que votre vocation était l’échec. Vous ne pouviez servir votre temps qu’en échouant. Plus exactement en étant la preuve de l’échec de notre époque. Vous deviez être l’homme à côté de qui la France est passée. Votre destin devait d’être sacrifié (contrairement à celui de Le Pen qui était d’être inutile voire le contre poids utile à l’avancée de la niaiseuse gauche.) Un Villiers qui aurait réussi, aurait moins livré à la France que le Villiers réel. Vous êtes avant tout, en tant que personne, plus proche du produit d’une narration, que d’un homme politique, dont le propre est d’être enlisé dans le présent et le calcul. L’image d’un Don Quichotte se débattant contre les moulins européens est évidemment séduisante. Dans le capitaine Fracasse, c’est le théâtre qui permet au gentilhomme de s’engager pour mieux incarner ses valeurs, pour vous, ce fut la politique. Vous avez ainsi pu oser le vrai, c’est à dire le ridicule dans la vraie vie. Les hommes sincères récoltent la moquerie pour accéder au sacrifice digne de leur personne.
Une droite encore un peu plus fade maintenant
Vous quittez éventuellement la politique et le vide effraye la droite. Curieusement, la petite place de P2V laissée libre à 2,77%, laisse un grand vide difficile à se départager. Ce n’est pas évident de se partager un homme. Gollnisch essaye bien de tout prendre à lui pour se parer d’un supplément d’âme vis à vis de Marine :
Des carriéristes solitaires de l’UMP, comme Dupont-Aignan, essayeront de récupérer le flambeau, pour régner sur un bout de désert. Tous ceux là ne feront que rendre davantage stérile tous les discours sur la patrie et les valeurs. Tous ceux là ne sont que des hommes politiques, c’est à dire des gens qui calculent. « Montrez-nous ce que vous savez faire avant de l’ouvrir, montrez-nous ce que vous avez construit ! » La droite va s’ennuyer et nous ennuyer par sa fadeur, la vulgarité de son jeu. Qui aujourd’hui osera démissionner de ses fonctions de sous-préfet pour ne pas servir un gouvernement socialo-communiste, qui osera refuser d’être l’ombre d’un homme qui est lui-même une ombre (Philippe Léotard), qui osera écrire entre autres : lettre ouverte aux coupeurs de tête et aux menteurs du Bicentenaire en 1989, Vous avez aimé les farines animales, vous adorerez l'euro en 2001, Les Turqueries du grand mamamouchi en 2005, ou Les Mosquées de Roissy en 2006. Qui enfin osera faire en direct son suicide électoral au soir du premier tour à la présidentielle de 2007 en appelant à se mobiliser contre l’avortement de masse et l’eugénisme :
Vous nous aviez habitués aux automutilations, à être l’homme qui avance en se tirant des balles dans le pied pour mieux danser, mais là, c’était en Samouraï que vous vous êtes éventré. Qui osera avec une voix à la Jean Marais un peu ivre encore dire : « Y’en a marre, la France va mal, M’dame Arlette Chabot ! » Pour être sublime, il faut risquer le ridicule. Pour être sublime, il faut engager la totalité de sa personne. Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas, disait Napoléon, mais puisqu’il y a eu, dans votre cas, sacrifice, nous pouvons retenir de vous les figures de gentilhomme, de gentleman, ou de samouraï. Je ne vous souhaite pas une bonne retraite, mais une bonne mort politique !
Plus dommage encore qu'il n'ait pu, ou voulu?, s'opposer au projet insane de la mairie des sables d'Olonne qui, pour des coûts pharaonniques, défigure un des plus beaux bords de mer du monde _exemple paradigmatique de ce que le totalitarisme et les prétentions écolo peuvent produire.
2. 08/11/2010 11:44 - eb77
Le MPF n'est pas mort et de Villiers non plus. Bel hommage mais qui agace un peu parce qu'il participe à l'enterrement prématuré d'un homme.
On aurait aimé un hommage moins condescendant mais plus vivant...
3. 09/11/2010 10:23 - Nach Mavidou
Avec ce retrait politique, c'est peut-être la fin discrète d'une certaine tradition de la droite française : celle que René Rémond appelait la droite "légitimiste" selon son classement inspiré des trois courants monarchistes français dont étaient issus selon son analyse les trois courants animant la droite française. La marginalisation de son petit parti, né de l'UDF et glissé bon gré mal gré vers l'extrême-droite, me semble révélateur de l'évolution générale du paysage politique français.
L'évolution de la Ve république favorise tant un modèle bonapartiste, d'homme providentiel jouissant de la légitimité populaire pour gouverner à la tête d'un exécutif fort... qu'il n'y a plus guère de place pour ce genre de profil.
Au plan national, sa plus belle victoire (collective, je ne l'oublie pas) aura été le "non" franc et net de 2005.
Les soucis familiaux auront sans doute aussi été pour quelque chose.
Ceci étant, le MPF existe bien mais va devoir faire face à une certaine concurrence entre Dupont-Aignan, Boutin et la tentation des électeurs de se rabattre vers des formations plus grosses devant ce morcellement.
4. 10/11/2010 17:23 - well done
nous sommes tous des vers de terre amoureux d'une étoile...
réagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring
suite de mon message:
Plus dommage encore qu'il n'ait pu, ou voulu?, s'opposer au projet insane de la mairie des sables d'Olonne qui, pour des coûts pharaonniques, défigure un des plus beaux...
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