Les reliques de la Passion à ParisSURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Maximilien Friche - le 28/02/2011 - 2 réactions -
Il y a à Notre Dame de Paris un trésor gardé par des chevaliers du Saint Sépulcre. Dans ce trésor se trouvaient à l’origine plusieurs reliques de la Passion du Christ et aujourd’hui encore on y trouve : la couronne d’épines et un morceau de la Vraie Croix. Voilà bien de quoi exciter les lecteurs de fables actuelles du type Da Vinci Code. Voilà bien aussi de quoi exciter tous les détracteurs d’une religion « qui en est encore là ». Et pourtant, ces deux reliques qui sont exposées tous les vendredis après-midi dans la cathédrale, rassemblent des indices importants d’authenticité. Elles ne sont pas à Paris par hasard. Elles n’ont pas non plus résisté aux épreuves historiques pour parvenir jusqu’à nous pour rien. La couronne et le morceau de croix méritent le détour a minima parce qu’ils rappellent le fait central et original de la religion chrétienne : la foi en un Dieu qui s’est incarné.![]() La couronne du Christ, conservée à Notre Dame de Paris Les reliques ont été légion en chrétienté. Dans chaque autel se trouvent des reliques de Saints. On parle avec un ton mystérieux de tout un tas d’objets. Pour reprendre une expression d’Edgar Poe, chère à Maurice G Dantec : la meilleure façon de cacher une aiguille, ce n’est pas dans une meule de foin, mais dans un tas d’aiguille. Et c’est un peu la même chose avec les reliques. Les plus crédibles sont noyées dans la masse des moins crédibles. Le Saint Lait de la Vierge, le saint Ombilic du Christ, le Saint Berceau, la Sainte Tunique, le Saint Prépuce, la Sainte Larme, la Sainte Lance, le Saint Calice, les Saints Clous, la Sainte Eponge, la Sainte Croix, La Sainte Couronne, les Jarres de Cana… Et tout cela donne le tournis. Bien sûr pour des croyants, rien ne pose problème, Dieu peut tout. Mais pour les incroyants, il faut commencer par faire un exercice de tri et de recherche. Bien sûr que tout cela a existé puisque cela se rapporte à une personne précise dans l’histoire de l’humanité, Jésus Christ. Que Jésus ait existé, qu’il ait été mis à mort sous Ponce Pilate relève du pur fait historique. La question est de savoir si certains des objets ont été conservés jusqu’à maintenant peuvent venir nous confirmer le déroulement des choses vécues à l’époque. On aurait presque besoin de se constituer un guide vert donnant des notes de crédibilité pour se repérer. Parmi toutes les reliques, celle de la Passion présentent effectivement plus de chance que les autres d’avoir été conservées par les disciples et les premiers Chrétiens, l’événement de la crucifixion ayant été un événement public. Dans tous les débats sur l’authentification d’une relique, on sait que c’est le faisceau d’indices, provenant de plusieurs sciences : l’histoire, la théologie, la biologie, la physique, la géographie, qui permet d’attester de la crédibilité de telle ou telle. La constitution du trésor de Notre Dame Pour attester de l’authenticité des reliques, il nous faut remonter le fil du temps jusqu’au point de rupture, au point où les écrits cessent de nous renseigner. C’est alors qu’il faut chercher d’autres indices pour continuer en pointillé jusqu’au Golgotha. Nous savons d’après les écrits historiques que le trésor de Notre Dame était constitué à l’origine de la couronne d’épines, d’un fragment de la Vraie Croix, d’un morceau de la Lance et de l’Eponge de la Passion, des reliques de la Sainte Vierge et du Mandylion (linge portant une image du Christ.) Nos amis révolutionnaires étant passés par là en 1792, le trésor fut réduit à la couronne d’épines et au morceau de la Croix. Tout le reste fut perdu, dispersé. On ne sait ce qui força ces individus à préserver les deux dernières reliques et non les autres, on ne sait ce qui les inspira. Ces éléments de trésor sont arrivés triomphalement à Paris en 1239. C’est Louis IX qui les acheta à Baudouin de Constantinople. On sait notamment que la couronne d’épines, mise en gage auprès des Vénitiens, achetée en 1238 lui coûta 135 000 livres au bout d’une négociation de deux ans. Et Saint Louis fit construire la Sainte Chapelle pour abriter la Sainte Collection de reliques acquises. Ce lieu parisien est aujourd’hui encerclé par le Palais de Justice. Ces reliques de la passion sont donc passées de l’Empire romain d’Orient à la grande nation chrétienne de l’époque qu’était la France. On pourrait se demander légitimement quelle sera la prochaine grande nation chrétienne qui nous rachètera la couronne d’épines. Que les reliques de la Passion soient à Constantinople quand cette dernière est la capitale d’un empire devenu chrétien est tout à fait dans la logique des choses. On retrouve d’ailleurs la trace, notamment de la couronne d’épines, dès le VIIème siècle, à Constantinople. Et avant ? Elle devait être à Jérusalem. Les témoignages des pèlerins vers la Ville Sainte évoquent sa présence dès le IVème siècle. Il ne nous reste donc, grâce à l’étude de l’histoire, que 300 ans pour nous retrouver au Golgotha le jour de la crucifixion. Le reliquat des reliques Les évangiles nous disent que le corps de Jésus a été récupéré par Joseph d’Arimatie qui l’avait réclamé à Pilate pour le mettre dans un tombeau avant le Sabbat.(1) Ce nom, cité dans trois évangiles a été aussi posé là, comme Pilate, comme d’autres, pour que les contemporains puissent le vérifier. On imagine volontiers Jean, Marie-Madeleine, la Vierge Marie et Joseph d’Arimatie, retirer la couronne de la tête de Jésus mort avant de procéder à son ensevelissement. C’est certain qu’ils l’ont eue entre les mains. Il y a donc une présomption à ce qu’ils l’aient gardée et que cette couronne ait été conservée d’abord par les disciples, puis par la première communauté de Chrétiens de Jérusalem dirigée par Jacques le Majeur. Les Chrétiens ont été une minorité pourchassée et combattue pendant trois siècles. Ils arrivaient à organiser leurs rassemblements, les premières messes, les baptêmes en secret. Ils ont donc pu conserver la Sainte Couronne pendant tout ce temps, d’autant qu’elle ne devait pas beaucoup intéresser les autorités. Rien d’étonnant à ce que les premières communautés aient gardé des souvenirs, et aussi des preuves des événements. Et rien d’étonnant non plus que le secret soit de mise pour une religion hors la loi. Notons enfin que le rejet des idoles prôné par le Christianisme évitait toute cristallisation autour des reliques toutes neuves. Plus proche de nous, vers 1930, le Cardinal Verdier archevêque de Paris fit ouvrir pour la première fois le reliquaire de la couronne d'épines. Il constata avec émerveillement que le jonc était toujours vert ! Il se pourrait donc que l’agir de Dieu, qui n’est que miracle par définition, vienne confirmer les recherches des hommes. Pour ce qui est des autres reliques, le lien historique est moins évident à reconstituer. La lance appartiendrait au soldat qui a percé le côté du Christ dont on dit qu’il s’est immédiatement converti. La présomption qu’on ait conservé cet objet dès le début est moins grande. Il faut donc avoir recours à d’autres sciences. On sait que dans la collection de la Sainte Chapelle, il y avait juste le petit bout de la lance, qui avait été cassé lors d‘une invasion perse à Jérusalem en 615. Le reste s’est retrouvé à Rome dans la logique de la diaspora des reliques qui a suivi les croisades. Au XVIIIème siècle, le pape Benoît XIV, en comparant la pointe conservée à Paris avec la lance déposée à Rome, affirma que les deux morceaux correspondaient parfaitement. Sauf que la Sainte Lance a été perdue à la révolution, nos investigations sont obligées de s’arrêter là. D’autant qu’il y a d’autres Saintes Lances. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément des faux au sens de l’imposture, de la mise en scène. Il y a une sainteté des objets qui se propage par le simple jeu de la proximité Des lances plus ou moins proches de la première, ont pu être déclarées saintes sans que cela soit précisément celles qui aient percé le côté du Christ. Pour ce qui est de la croix, les disciples présents le jour de la crucifixion n’ont sans doute pas pris de morceau de croix ce jour là. Ils avaient le cadavre de Dieu dans les bras et d’autres soucis que d’organiser une collection. Par contre on imagine bien des disciples, la foule des rameaux, les hystériques comme les nostalgiques, venir les jours suivants dépecer la Sainte Croix pour avoir un souvenir. Les gens ont bien des morceaux du mur de Berlin. Le volume du morceau de la Vraie Croix contenu dans le trésor de Notre Dame est d’environ 237 cm3 ce qui constitue le sixième morceau en volume après ceux du Mont-Athos (878 cm3), de Rome (537 cm3), de Bruxelles (516 cm3), de Venise (445 cm3) et de Gand (436 cm3). Mais l’ensemble des 75 morceaux répertoriés à ce jour ne dépasse pas un volume de 5000 cm3 et n’atteint donc pas le dixième du volume d’une croix tout entière de plusieurs mètres de hauteur et de largeur. Calvin et Luther se sont donc gausser pour rien en déclarant qu’avec toutes les reliques de la Vraie Croix, on ferait la charpente d’un immense bâtiment. Analysés par la NASA, il a été constaté que les principaux morceaux de la Vraie Croix provenaient du même arbre : un chêne d'Orient du premier siècle de notre ère. Le souci avec la Vraie Croix reste de comprendre comment elle est passée du Golgotha aux mains de Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin. L’histoire raconte que c’est en 350, lors de la construction de la basilique du Saint Sépulcre que les trois croix sont miraculeusement apparues au milieu des fondations : celle de Jésus et celles du bon et du mauvais larron. En 395, l'évêque de Milan saint Ambroise précise qu'Hélène aurait retrouvé les croix dans une ancienne citerne, et qu'elle aurait reconnu celle du Christ grâce à son inscription : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs. » Une version identique est rapportée par saint Jean Chrysostome à la même époque. Après cette fouille, cette découverte, un morceau peut se retrouver à Paris suivant le même cheminement que la couronne d’épines. On pourrait demander également une datation au carbone 14, il y a des fanatiques de la méthode. Des fanatiques, tellement fiers du procédé, qu’ils en oublient les autres sciences et le croisement nécessaire avec l’histoire ou tout simplement le bon sens. Les dernières recherches sur le Linceul de Turin ont bien montré qu’il ne pouvait plus être daté du Moyen Age comme le carbone 14 de 1988 le suggérait compte tenu du caractère non représentatif de l’échantillon (mélange de lin et de coton alors que le linceul est en lin.) Dans une carrière creusée dans un fossé parallèle au rempart de la cité juive, l'impératrice Hélène aurait découvert un amoncellement de "bois des supplices" jetés dans la carrière le soir du Vendredi saint. L'église fête cet évènement sous le nom de l'Invention de la vraie croix. Pour les autres reliques du trésor de Notre Dame : le Mandylion, les reliques de la Sainte Vierge, ou l’éponge, le résonnement historiquement peut être le même, sauf, qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus mener d’investigations, d’observations, puisqu’elles ont disparu en 1792. Le trésor de Notre Dame est donc en 2011 constitué d’un morceau de la vraie croix et de la couronne d’épines. Que ces reliques soient à Paris ne nous surprend plus. Le reliquat est sans doute ce que notre époque doit retenir. Ce sont les deux reliques les plus crédibles qui sont parvenues jusqu’à nous. 90% dirait notre guide vert. II A quoi servent les reliques ? Les Chrétiens ne sont pas à l’aise avec les reliques. Ils ont peut-être peur d’être raillés et préfèrent s’attacher au message du Christ. Sauf que ce message a été porté par une personne qui a vécu dans une société, à un moment précis. Le message sans la personne ne vaut rien. Les reliques permettent de se rapprocher de la personne. Elles redonnent le goût de l’Histoire laquelle est indissociable de la révélation. Les reliques qui sont parvenues jusqu’à nous sont de véritables raccourcis pour les incroyants, des synthèses, des symboles plus efficaces que toutes les catéchèses. La vue d’une relique comme la couronne d’épines ou le suaire de Turin, la reconstitution mentale du puzzle des reliques permet à chacun de tourner dans sa tête un film de la Passion. L’immédiate information donnée par une relique permet à l’incroyant de faire un voyage dans le temps, de se rattacher à l’histoire des hommes, de se relier au Christ. C’est ça la religion : se relier à Dieu. Pour se souvenir qu’Il s’est incarné Les reliques ne sont pas des talismans, des porte-bonheur, ou des gri gri. La distance entretenue avec les reliques par les Chrétiens et même l’Eglise est la marque de leur prudence. Il ne faudrait pas tomber dans un fétichisme religieux. On adore que Dieu (et non Dior). Alors, les objets ne sont là que pour nous ramener au Christ et ne doivent pas être un obstacle, une voie de détournement. C’est tout le sens de la querelle des iconoclastes. En ce sens, la prudence de l’Eglise correspond à une stratégie d’orthodoxie dans la foi, d’éloignement des hérésies. Néanmoins, encore une fois, le Christ s’est incarné. Le Dieu des Chrétiens a un corps, une identité. La profession de foi dit bien « vrai homme et vrai Dieu. » Les traces de l’incarnation sont là pour le rappeler. Les reliques doivent servir de piqure de rappel. Il faudrait rappeler aux Chrétiens que Saint Thomas n’a pas été banni. Celui qui a voulu mettre ses mains dans les cinq plaies du Christ pour croire n’a pas été rejeté. Au contraire Jésus lui a accordé la grâce de voir et de toucher pour croire. Car Thomas avait le désir de croire à partir de cette limite. Le désir de croire peut venir avant cette limite. Mais on a le droit d’obtenir des gages en rapport à notre désir. N’oublions pas que Dieu aime se faire prier. D’ailleurs, Saint Thomas est allé plus loin dans la foi que les autres apôtres présents en s’exclamant : « Mon Seigneur et mon Dieu. » (2) Le snobisme consisterait à ne se caler que sur la réponse de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » (2) Bien sûr, ceux qui ont la foi sans voir sont heureux. Mais ceux qui voient aussi le sont. D’un point de vue théologique, nous savons que Dieu ne s’impose pas à l’homme, que la liberté qu’il lui laisse est la marque de son amour. C’est pourquoi il doit y avoir désir de croire pour qu’il se manifeste. C’est le cas de Thomas. Cela peut aussi être le cas de Chrétiens ou futurs Chrétiens d’aujourd’hui. Les reliques sont une première réponse à ce désir de croire. A l'occasion des JMJ de 1997, à Paris, le Ministre de la Justice proposa que les reliques du trésor de Notre Dame soient exceptionnellement exposées à la Sainte-Chapelle, dans un temporaire juste retour des choses. Le "succès" fut énorme puisque les jeunes pèlerins formaient une queue permanente de 2 km et qu'il fallait attendre plus de deux heures pour pénétrer dans la Sainte Chapelle ! Il faut se réjouir dans notre siècle multimédia de l’image de la vénération des Saints Objets. S’en détourner en faisant la grimace comme devant une vieille superstition, c’est mépriser l’incarnation, l’effort de Jésus de Nazareth pour laisser des traces. En l’occurrence des traces de son sang sur les objets de son supplice. Pour se convertir La contemplation d’une relique suggère le silence. Aucun bruit à l’extérieur une fois les commentaires chuchotés à son voisin terminés. Mais, également, aucun bruit à l’intérieur. Il n’y a pas de lecture. La couronne d’épines est un objet de vénération pour notre temps. C’est sans doute pour cela que les révolutionnaires nous l’ont laissée. C’est sans doute pour ça que Saint Louis l’a amenée en Occident. (1) St Jean XIX 38-39 (2) St Jean XXI 27-30 Toutes les réactions (2)1. 01/03/2011 19:11 - René de Sévérac
2. 03/03/2011 12:09 - Dogann
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Dernière réaction
Pour les morceaux de la Vraie Croix, on est en droit de s'interroger quand on sait le commerce auquel les reliques ont donné lieu au cours du Moyen-Age. Pour ma part, je me limiterai à cette... ![]() Articles les plus lus
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