Les Dissonances de l’ordre ( II )SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Pierre-André Taguieff - le 28/02/2010 - 0 réactions -
Les Dissonances de l’ordre ( II )
Jazz, décadence, aryanisme et imaginaire du "complot judéo-nègre".
Seconde partie du
texte issu de l’intervention de Pierre-André Taguieff, en tant
que membre du jury, sur les travaux présentés par Philippe Gumplowicz, en vue de
l’obtention d’une thèse d’habilitation à diriger des recherches (HDR) à l’École
des Hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris, janvier 2010. On se trouverait dès lors devant une
disjonction exclusive, impliquant de faire un choix clair et net entre
deux positions : réactionnaire ou progressiste. C’est là bien sûr une
simplification impliquée par le caractère polémique de l’étiquetage
« réactionnaire ». Pour faire preuve de réalisme historique, il est
indispensable de penser la « réaction » au pluriel. On peut être
« réactionnaire » de plusieurs manières ou en plusieurs sens :
en premier lieu, par l’effet d’un sens
de la légitimité qui ne se reconnaît pas dans les évolutions observables ;
en second lieu, au nom de fidélités à des traditions historiques qui paraissent au « réactionnaire »
être trahies par l’extension indéfinie des normes démocratiques, parce qu’il
juge par exemple que le processus d’égalisation est une injustice faite aux
individus les plus « doués », les plus « aptes », les
« meilleurs », voire aux « races supérieures » qu’il voit
« submergées » par les « inférieures » ; en troisième
lieu, en ce que le « réactionnaire » oppose les valeurs d’ordre et
d’autorité à la réalité sociopolitique qu’il perçoit comme entraînée vers
l’anarchie, imaginée elle-même comme décomposition conduisant à la mort ;
en quatrième lieu, au sens le plus clairement politique (et dont la
« Contre-révolution » a été la première figure historique), en
formulant un programme de « restauration », dont la traduction
ordinaire est l’appel à un « retour à » telle ou telle forme
idéalisée de communauté qui, située dans le passé et perçue comme perdue,
incarne un âge d’or ; en cinquième lieu, peut être dit « réactionnaire », au sens le plus
vague du terme, tout individu saisi par
la nostalgie, cette forme mélancolique du regret, qui, dans l’imaginaire
romantique, se nourrit d’une série d’oppositions mises en équivalence :
entre le naturel et l’artificiel, l’originel (ou l’originaire) et le dérivé, le
vivant (ou l’organique) et le fabriqué, le spontané et le rhétorique, le
substantiel et le formel, la création et l’imitation, l’inspiration et la
codification, etc. Ce qui est perçu comme décadence (ou déclin), c’est le
passage du premier terme au second en chacun au moins des couples d’opposés.
Philippe Gumplowicz montre excellemment comment, chez Cœuroy, ces couples
oppositifs structurent les approches du musical. Il faudrait donc faire des
distinctions fines entre les positions dites réactionnaires, montrer qu’elles
sont multiples et susceptibles elles-mêmes d’interprétations diverses, en
commençant par différencier avec soin les positions politiques respectivement
conservatrices, traditionalistes (du culte des petites traditions à celui de la
Tradition primordiale), racialistes ou racistes, libérales élitistes et
autoritaires, sans oublier les formes intellectuelles ou plus largement
culturelles de l’orientation réactionnaire qu’on trouve dans divers courants du
romantisme, de « l’art pour l’art », du populisme littéraire et
artistique, du folklorisme, etc. En outre, et de là vient une
complication supplémentaire, la disposition « réactionnaire » peut
s’articuler philosophiquement soit avec le pessimisme, anthropologique ou
historique/culturel, qui peut être lui-même nuancé ou radical, soit avec une
vision de la décadence, fausse idée simple qui peut se définir d’une multitude
de manières. Rappelons au passage que la notion moderne de décadence
s’est constituée à travers une longue polémique contre la « religion du
progrès » telle qu’elle s’est établie à la fin du XVIIIe siècle
dans le monde occidental pour s’y imposer comme vulgate au XIXe (4).
Partons du pessimisme au sens fort du terme, qui désigne la conviction que le
bonheur n’est pas de ce monde, assortie de la certitude qu’il n’est d’autre
monde que l’ici-bas. Le pessimisme conséquent
implique notamment de rejeter comme illusion trompeuse toute forme d’espérance.
Il n’y a plus de réponse à la question « Pourquoi ? », prise
dans ses deux principaux sens : « À cause de quoi ? » ou
« En raison de quoi ? »,
et « En vue de quoi ? ». Dans un autre vocabulaire, on
parlera de la crise des fondements, de la crise des fins dernières ou de
l’avenir, ou de la crise du sens, laquelle, analysée ordinairement en tant
que crise ou malaise de la modernité (5), ou encore crise de la civilisation ou
de la culture européenne (6), signifie l’effacement du sens de l’existence,
soit ce qu’on nomme ordinairement « nihilisme ». On retombe donc sur
la pensée nihiliste. Le philosophe Jean-Luc Marion a proposé
naguère cette sage définition de la notion de crise : « Nous entendrons
par crise une situation de conflit analysé comme nécessaire et tel qu’il soit
au moins possible qu’une décision libre le résolve. (7) » Mais qu’en est-il
des crises sans résolution pensable ? Des crises indépassables,
insurmontables, irrémédiables ? Analogues à des problèmes sans
solution ? Ne faut-il pas les conceptualiser comme des figures de la
décadence finale, celle que décrit Louis de Bonald dans certains de ses textes,
ou celle que peint Gobineau dans les dernières pages de l’Essai sur l’inégalité des races humaines ? Face au monde
moderne, Bonald ne se contente pas de décrire un déclin partiel ou provisoire,
il affirme la nécessité, voire la fatalité de la décadence qui mène à
l’autodestruction de l’Europe par la Révolution française universellement
exportée. Il y a bien des passerelles entre le décadentisme et le pessimisme. Chez un même auteur, comme Cioran, par exemple, on peut trouver un pessimisme radical et une théorisation de la décadence. Gobineau fonctionne de la même manière. Il est certes un penseur de la décadence finale et de la longue agonie, mais qui professe en outre une vision pessimiste de la nature humaine : les hommes étant irrémédiablement « méchants », l’idée même de « droits de l’homme » est dénuée de sens. Gobineau a donné la version canonique de sa vision à la fois décadentielle et pessimiste dans la « conclusion générale » de son fameux Essai (8), où il marie les images de la déchéance et de la dégradation dans la métaphore du « marécage » où les hommes épuisés et dégradés, au terme d’une longue pratique du métissage, s’embourbent lentement… La fin piteuse est vue comme une plongée dans l’indifférenciation (notion travaillée naguère par Gumplowicz). Naufrage final. Il y a là une vision de la décadence sans apocalypse (9). Les dernières lignes de l’Essai en témoignent : « La prévision attristante, ce n’est la mort, c’est
la certitude de n’y arriver que dégradés ; et peut-être même cette honte
réservée à nos descendants nous pourrait-elle laisser insensibles, si nous
n’éprouvions, par une secrète horreur, que les mains rapaces de la destinée
sont déjà posées sur nous. (10) » Les penseurs de la décadence finale paraissent saisis par un
triple sentiment, qui se traduit par trois convictions : le passé est mort
(donc le ressourcement contre-révolutionnaire relève de l’impossible, non moins
que la régénération bio-raciale), le présent est insupportable (étant le règne
de la médiocrité et de la corruption morale), et l’avenir est inimaginable sauf
sous l’angle du pire (celui de la dégradation fatale, d’une irrémédiable
décomposition). Ils ne croient pas
possible la restauration de l’ordre ancien et ils ne peuvent croire non plus à
la création d’un ordre nouveau. Ils ne croient plus à la puissance du vouloir,
ni pour restaurer, ni pour instaurer ou régénérer. La conviction absolue qu’il est déjà trop tard structure la
pensée des tenants de la « vision crépusculaire du monde » (11). Léon
Bloy apportait ainsi sa touche à la lancinante mélopée : « Tout
est perdu, tout est fricassé, tout est désespéré et à vau-l’eau ! (12)
». Nous sommes ici dans un tout autre monde affectivo-imaginaire que celui de
la pensée réactionnaire stricto sensu, qui croit au retour à, ou
que celui du fascisme, qui croit pouvoir fabriquer « l’homme
nouveau », accomplissant ainsi une régénération de ce qui avait
dégénéré. Les analyses de Gumplowicz, à
cet égard, nous permettent de situer Cœuroy, sous certaines conditions, dans la
configuration floue de la « pensée réactionnaire ». La grande question demeure :
les humains, postmodernes compris, peuvent-ils totalement se passer
d’espérance ? La désillusion radicale est-elle possible, ou plus
exactement compatible avec l’existence humaine ? Car l’on peut toujours
considérer que le suicide est la seule conclusion logique qu’on puisse tirer du
pessimisme radical. Mais ni Schopenhauer, ni Cioran ne se sont suicidés.
J’ajouterai : Cœuroy non plus. En
1887, Durkheim avait répondu avec un certain optimisme à la question :
« La vue du néant nous est un supplice intolérable ; et comme il
s’offre partout à nous, le seul moyen que nous ayons d’y échapper est de vivre
dans l’avenir. » L’avenir de l’illusion progressiste semble être ainsi
assuré. C’est cette multiplicité des
interprétations possibles du terme « réactionnaire » que, par
principe, les ennemis « progressistes » des
« réactionnaires », disons les contre-réactionnaires, méconnaissent,
négligent ou nient. Dans la perspective progressiste, tout ce qui n’est pas
strictement progressiste est totalement et intrinsèquement
« réactionnaire ». Comme si le terme « réactionnaire » ne
pouvait avoir qu’un seul sens, un sens transparent, et un « mauvais »
sens (13). La question a été magistralement
clarifiée par le philosophe Leszek Kolakowski : « Pour croire que l’adjectif
“réactionnaire” est non seulement descriptif (indiquant une idée de retour à
des formes anciennes et dépassées) mais qu’il contient un jugement de valeur
péjoratif, il faut admettre non seulement qu’il y a un progrès, mais en outre
qu’il n’y a que le progrès : puisque ceci implique que penser à un retour,
c’est penser à quelque chose de pire. Donc, pour employer le mot
“réactionnaire”, avec ce sous-entendu automatiquement ajouté, il faut admettre
toute une théorie globale du progrès inévitable et incessant, une théorie dont
la certitude – c’est le moins qu’on puisse dire – n’est pas tout à fait
inébranlable. (14) » Le programme d’action des progressistes se réduit dès lors à la
répétition d’un certain nombre de dénonciations édifiantes et de condamnations
morales : stigmatiser les « frileux » saisis par la « peur de
l’avenir », fustiger les « sceptiques » ou les « grincheux »
qui refusent d’adhérer à la vision enchantée du présent et du futur, dénoncer
les « passéistes » qui font preuve d’« archaïsme », moquer
les « conservateurs » ou les « réactionnaires » frappés de
la plus terrible des maladies modernes de l’âme : la « crainte du
changement ». Et bien sûr fusiller symboliquement les
« pessimistes », incarnés par les disciples de Schopenhauer, de
Leopardi ou de Cioran – lesquels, au contraire de Gobineau, sont trop
radicalement pessimistes pour formuler un diagnostic de déclin ou de décadence,
qui présuppose un âge d’or auquel ils ne croient pas (15). La morale
progressiste semble se réduire à la formule du nouveau conformisme, à
l’impératif unique : « Il faut penser avec son
temps. ». À considérer l’itinéraire de Cœuroy, magistralement reconstitué
et restitué par Gumplowicz, on est tenté de se remémorer cet aphorisme que
Ionesco, dans Tueur sans gages,
mettait dans la bouche de l’un de ses personnages : « Penser contre son temps,
c’est de l’héroïsme. Mais le dire, c’est de la folie. (16) » C’est en tout cas se vouer à la marginalisation. Gumplowicz fait une autre remarque qui porte loin :
« Constat ou sentiment ? Les historiens ont tendance à évoquer ce
sentiment comme s’il s’agissait d’une distorsion de la perception du réel. (22)
» Il ne s’agit pas de la conclusion d’une enquête historique rigoureuse, mais
d’un axiome : la décadence est une illusion de perspective, car la réalité
historique est ordonnée à la réalisation continue, nécessaire et irréversible
des valeurs fondamentales ou des fins ultimes (justice, liberté, bonheur),
c’est-à-dire soumise à la loi du Progrès. D’où l’attribution du « sentiment »
de décadence, catégorisé comme pathologique, aux « fascistes » ou aux
« crypto-fascistes », aux « antimodernes » ou aux
« réactionnaires », bref, aux
« autres » du progressisme, aux « attardés » et aux
« vaincus » de l’Histoire, aux ennemis de la modernité triomphante,
tournée vers un avenir toujours meilleur.
Le diagnostic tombe comme un couperet : croire à la décadence,
c’est refuser le changement, ou en avoir peur. La pensée progressiste ne peut
que pathologiser la thèse de la décadence pour la disqualifier sans la
discuter. C’est précisément l’un des grands mérites de Gumplowicz que de s’être
refusé à se débarrasser aussi facilement d’un vrai problème, trop vite réduit à
la comptine qui circulait à la fin du XIXe siècle : « Mes
enfants, tout dégénère, croyez-en votre grand-mère ! ». L’analyse que fait Gumplowicz du « cas Schönberg »,
tel qu’il est abordé par Cœuroy, est à cet égard exemplaire (28). Partant des
« sentiments ambivalents » (29) suscités chez Cœuroy par Schönberg et
son œuvre, Gumplowicz montre comment l’admiration n’exclut nullement les
préjugés dépréciatifs fabriqués avec divers stéréotypes antijuifs. Ces
stéréotypes sont même, chez Cœuroy, intégrés dans le discours d’éloge, comme le
montre ce passage du Panorama de la
musique contemporaine (1928) : « Schönberg le pathétique est un
raffiné : sa sensualité israélite est âpre au gain des sensations. Mahler
ouvrait les écluses de la grande lamentation. Schönberg, tout d’un coup,
vaporise du vitriol. (30) » Ou cette simple phrase : « Schönberg
a la richesse de l’inventeur, et l’habileté du sémite. (31) » Le style
argumentatif de Cœuroy consiste ici à
osciller, au sein du genre épidictique (pour parler comme Aristote (32)), entre
l’éloge et le blâme, voire à les entremêler. Il se situe ainsi aux antipodes du
genre polémique antijuif illustré par les deux premiers pamphlets de Céline (Bagatelles pour un massacre, 1937 ;
L’École des cadavres, 1938), où le
blâme hyperbolique est exclusif de tout éloge. À partir de là, on peut suivre
Gumplowicz dans son hypothèse : en Cœuroy, l’esthète apprécie et loue,
tandis que l’idéologue déprécie et abaisse… Mais Cœuroy n’est ni un
« pur » esthète, ni un « pur » idéologue : de telles
catégories restent grossières, même si l’on peut leur reconnaître une certaine
valeur analytique. Un Céline ne pouvait témoigner de l’admiration pour un
Schönberg ou un Milhaud. Faut-il en conclure qu’il convient de faire des
distinctions fines à l’intérieur de ce qu’on appelle globalement
« l’antisémitisme » ? C’est ce que suggèrent certaines analyses
de Gumplowicz, distinguant l’« antisémitisme de bon ton »
qu’il reconnaît chez Cœuroy des formes radicales, extrêmes, hyperboliques de
l’antisémitisme, celles qu’on rencontre dans la littérature pamphlétaire, chez
Céline ou Rebatet, qui ont, quant à eux, une visée politique explicite. Par cette hypothèse de travail qui oriente nombre de ses analyses, Gumplowicz rejoint certains historiens de l’antisémitisme moderne qui, tels Uriel Tal ou Paul Lawrence Rose, distinguent parmi les antisémites les extrémistes (ou les radicaux) des modérés, quitte à les identifier selon des critères ne concordant pas nécessairement. La catégorie d’« antisémitisme antichrétien » a été utilisée par l’historien Uriel Tal dans ses travaux sur l’antisémitisme allemand aux XIXe et XXe siècles, pour identifier idéologiquement le courant antijuif le plus radical, s’inspirant du racisme biologique, impliquant athéisme et matérialisme (33). Selon Paul Lawrence Rose, les extrémistes de l’antisémitisme se rencontrent parmi les antijuifs « révolutionnaires », où les chrétiens sont minoritaires (34). À l’instar de Richard Wagner, ils dénoncent la « judaïsation » (Verjudung) de la culture et veulent y mettre fin à tout prix (35). Avant l’époque nazie, c’est certainement Eugen Dühring qui, théoricien antijuif à la fois antichrétien, raciste et révolutionnaire, incarna le plus parfaitement le type de l’antisémite radical ou extrémiste, dont le programme comportait l’objectif d’une extermination physique des Juifs (36). Dühring affirmait en effet que « le massacre et l’extermination » (Ertötung und Ausrottung) étaient le seul moyen de détruire la juiverie (Judentum) (37). En 1901, dans la cinquième édition refondue de son livre sur la « question juive », ce socialiste anti-marxiste exigeait « l’anéantissement [Vernichtung] de la nation juive » (38). Il supposait que seules « la terreur et la force brute » pouvaient venir à bout des Juifs, ces « étrangers parasites » (39). Dans l’édition posthume du même ouvrage (corrigé en 1920), Dühring affirmait en guise de conclusion qu’il « n’y a pas de place sur la Terre pour les Juifs » (40). Il est clair qu’une telle forme d’antisémitisme est étrangère au paysage mental de Cœuroy. En quoi il se situe parmi les « modérés ». Plus « modéré » que Wagner ou que Vincent d’Indy, par exemple.
V. Autour d’un geste rhétorique :
la revendication de paternité nationale. Un aspect du nationalisme culturel Le geste rhétorique de Cœuroy, sur le mode de la
revendication patriotique, est loin d’être singulier dans les années
d’Occupation. Je voudrais rapidement pointer quelques analogies argumentatives,
à travers diverses figures d’une affirmation – à divers titres dissonante – du
patriotisme culturel à la française (49). Il convient cependant de distinguer
ses deux façons d’être dissonante par rapport au contexte politique : 1°
accorder à une musique étrangère généralement infériorisée une origine
nationale valorisée dans le contexte pétainiste ou
« vichyste » ; 2°
accorder une origine française à des doctrines politiques valorisées et censées
appartenir en propre au peuple étranger vainqueur (le « racisme » et
l’« antisémitisme »). Dans le cadre du « retour aux traditions dites “françaises” », projet normatif que Henry Rousso a retenu comme l’un des traits de l’idéologie vichyste (50), on discerne donc ce geste rhétorique particulier, reconnaissable sous divers habillages : celui d’une revendication de paternité nationale, qui peut être artistique, intellectuelle ou politique. L’attribution d’une origine française à des formes de pensée ou des pratiques artistiques réputées d’origine étrangère, dans les années 1941-1943, s’illustre par la thèse de l’origine française du jazz selon Cœuroy, par celle de l’origine française du racisme selon Claude Vacher de Lapouge, par celle de l’origine française de l’antisémitisme selon Henri Labroue et Jean Lestandi, et par celle – moins attendue – de l’origine française de l’hitlérisme selon Alfred Fabre-Luce. « Le racisme est né de parents français », affirme en 1943 Claude Vacher de Lapouge, fils de Georges Vacher de Lapouge, le plus célèbre théoricien français du « sélectionnisme », c’est-à-dire de l'eugénique raciale (51). Et l’homme réputé être, selon la presse allemande, « le plus intelligent de France » (52), Alfred Fabre-Luce – appartenant à la mouvance doriotiste –, consacre un chapitre entier de son Journal de la France, paru en janvier 1941, à l’« hitlérisme français » (53), chapitre singulier qui se termine par une caractérisation du monstre sémantique : « Déjà,
l’hitlérisme fait en France des progrès que l’activité des services de Goebbels
ne suffit pas à expliquer. (...). Faites une épreuve. Jetez dans la
conversation le nom de Hitler. Vous rencontrerez trois réactions “officielles”.
Il ne tient pas sa parole. C'est un
barbare. Sa théorie des races est fausse. Mais poussez un peu
l’interlocuteur et vous le verrez accepter en détail ce qu’il vient de refuser
en bloc. (...). [En matière de théorie des races], est-il
bien sûr que la priorité appartienne à notre adversaire ? Il y a un pré-hitlérisme
français – et pas seulement chez Gobineau. Lisez plutôt la plaquette de poèmes
publiés par Drieu en 1917, au temps où Hitler n’était encore qu’un caporal dans
la tranchée d’en face. (…) Et l’on trouverait, en remontant plus haut,
bien d’autres noms. Mais à force de renier une part de notre tradition, nous
l’avons sincèrement oubliée. Quand l’étranger s’en empare, nous accusons de
trahison ceux qui, en France, lui restent fidèles. Il faudra que Hitler nous
rende de force notre bien, avec adjonctions germaniques... (54) » Au début de l’année suivante, Alfred Fabre-Luce publie son Anthologie de la Nouvelle Europe (55), où il se propose de « montrer
à l’étranger », notamment, que « les lettres françaises
avaient leur part d’honneur et de responsabilité dans la création du monde où
nous entrons [c’est-à-dire le “nouvel ordre européen”] » (56). Parmi
les « pères spirituels de l’Europe de 1940 » (57), Fabre-Luce
classe bien sûr Gobineau, mais aussi Renan et Maurras, et lance au passage que
« Proudhon, Michelet, Quinet (...) traitaient déjà des thèmes
nationaux-socialistes » (58). De Gobineau et de Georges Sorel,
Fabre-Luce écrit sans sourciller : « Deux hommes qui passèrent d’abord
assez inaperçus dans leur pays d’origine, mais qui y ont exercé l’an dernier
[1940] une singulière influence, par l’intermédiaire de leurs illustres
disciples : Adolf Hitler et Benito Mussolini. (59) » En 1940, dans la
France occupée, Firmin-Didot avait réédité l’Essai sur l’inégalité des races humaines de Gobineau, qui fait
l’objet d'un nouveau tirage en 1941 (60). Quant au cliché d’origine
« antiraciste » d’un Gobineau théoricien de l’antisémitisme, il est
réactivé et en même temps retourné en motif d’éloge, pour être propagé par les
milieux journalistico-littéraires de la collaboration parisienne. L’Essai de Gobineau figure ainsi parmi les
« ouvrages à lire et à consulter » indiqués par George
Montandon dans son pamphlet antijuif déguisé en manuel
« scientifique », paru à la fin de novembre 1940, Comment reconnaître et expliquer le Juif ? (61). Dans ce pamphlet
pseudo-savant, l’Essai voisine avec Bagatelles pour un massacre de Céline, La France juive de Drumont, Vers un racisme français de René
Gontier, La Mystérieuse internationale
juive de Léon de Poncins et Le Juif
ou l'internationale du
parasitisme de Georges Saint-Bonnet, parmi d’autres
« classiques » de l’antisémitisme doctrinal (62). Sur le même mode, Claude Vacher de Lapouge, après avoir affirmé que « le racisme » était originairement français, esquissait en mars 1943 un programme de réappropriation intellectuelle et politique : « Pendant un demi-siècle il [“le racisme”] a été volontairement méconnu dans notre pays, mais il est temps, selon l’expression du Maréchal Pétain, de “reprendre des vérités qui furent nôtres, que nous avons oubliées, que nous pouvons reprendre sans les emprunter à personne et sans méconnaître d’ailleurs le mérite de ceux qui ont su en tirer un meilleur parti que nous” (63). » Accompagnée rituellement de la mention de « grands noms », tels que ceux de Drumont, de Toussenel ou de Lapouge, la revendication de paternité idéologique (64) permettait de transformer l’antisémitisme officiel, celui du gouvernement de Vichy comme celui des autorités allemandes, en expression d’une tradition française, légitime à ce titre. L’historien Henri Labroue s’est ainsi efforcé de montrer, dans son livre paru en mars 1942, Voltaire antijuif (65), que l’« antijudaïsme » était une tradition nationale dont la France devait s’enorgueillir. Des extraits de cet ouvrage de propagande paraissent, également sous le titre « Voltaire antijuif », dans le premier numéro, daté de février-mars 1942, de la « revue mensuelle de l’Institut d’études [sic] des questions juives », La Question juive en France et dans le monde (66). À la suite de cet article, la rédaction du mensuel antijuif ajoute de façon significative : « Comme on le voit, l’antisémitisme en France n’est pas un produit de récente importation. (67) » Expression de fierté patriotique. Dans la conclusion de son Voltaire antijuif, Labroue prétend avoir réfuté l’« audacieux sophisme » de ceux qui soutiennent que « les antijuifs sont les suppôts d’Hitler » et que « l’antijudaïsme des Français (…) n’est nullement dicté par l’intérêt national. (68) » Alors qu’il venait tout juste d’être nommé, le 6 novembre 1942, par Abel Bonnard, professeur titulaire de la chaire d’histoire du judaïsme en Sorbonne (créée à l’initiative de Darquier), Henri Labroue accorde une interview au Cahier jaune, parue en décembre 1942, où il commence par affirmer le caractère autochtone de l’antisémitisme en France – qu’il rebaptise à l’ordinaire « antijudaïsme » (69) – , en lui décernant la palme de l'’ancienneté et de la continuité : « Mes cours (...) porteront
d’abord sur l’action antijuive en France. Je me propose en effet de démontrer
qu’aucune autre nation n’a jamais pratiqué l’anti-judaïsme depuis 15 siècles
avec autant de continuité. Par conséquent, il est facile de prouver que
l’antijudaïsme n'est à aucun degré un article d’importation. (70) » L'antisémitisme, déclaré conforme à l’esprit français parce que d’origine française, perdait son caractère répulsif d’idéologie étrangère imposée par les vainqueurs : être antijuif devenait une manière légitime et respectable d’être français, revenait à manifester un trait d’appartenance à la culture politique française. Ces tentatives de « naturalisation » ou de francisation symbolique constituaient donc des réponses plus ou moins explicites à une argumentation patriotique et anti-allemande fondée sur l’assimilation de la politique antijuive avec la politique allemande. Jean Lestandi, dans un éditorial d’Au pilori titré « Drumont au Panthéon ! », résume clairement la position idéologique qu’il se propose de combattre, de disqualifier ou de corriger : « Beaucoup de Français considèrent que ceux de leurs
compatriotes qui sont antijuifs révèlent de ce seul fait un esprit
pro-allemand. Ce jugement est la confirmation de leur ignorance, aussi bien de
l’histoire de France que de la vie même de ceux de ses fils qui, parmi les
meilleurs, en furent l’expression spirituelle. Ces ignorants doivent savoir que
les théories raciales allemandes ne sont que la traduction des mêmes théories
raciales d'un très grand Français : Gobineau. Ils doivent savoir que
l’antisémitisme national allemand n’est, en fait, que la réalisation par un
peuple plus idéaliste et plus discipliné que ne le furent les citoyens de la
IIIe République F ... (dite
Française), des théories nationales racistes d’un autre très grand Français :
Édouard Drumont. (71) » La réappropriation de l’héritage drumontien permet d’opérer une réinterprétation de la politique antijuive nazie comme simple « germanisation » d’une invention doctrinale française – thèse historiographiquement fausse, il va sans dire. La revendication de paternité idéologique implique donc une invitation à reconnaître, comme un bien propre, une spécificité française, qui aurait été « traduite » par les Allemands, et serait revenue à son pays d’origine avec ces derniers. Les disciples et admirateurs de Gobineau ou de Vacher de Lapouge tendaient à postuler que le « racisme hitlérien » – illustré le plus souvent par l’« antisémitisme racial » (72) – n’était qu’un produit dérivé du racisme né en France au XIXe siècle, ou un rejeton de « l’aryanisme français », selon l’expression de George Montandon (73). Prétendre que le berceau du racisme et de l’antisémitisme est
la France n’est pas plus excessif qu’assigner au jazz des origines
exclusivement européennes, et notamment françaises. Cette dernière opération
symbolique, réalisée par Cœuroy en 1941, se retrouvera dans les écrits de la
plupart des historiens ou des critiques musicaux qui, aimant le jazz
tout en restant sous l’emprise d’un ethnocentrisme européiste, chercheront à
sortir de la situation de dissonance cognitive provoquée par ces orientations
contradictoires. En 1949, dans la conclusion de son essai sur « le
rythme musical », le musicologue René Dumesnil reprendra à son compte
le geste de réappropriation dû à Cœuroy, visant certes à nier les origines
« africaines » ou « noires » du jazz, mais tout
autant à réparer un coupable oubli ou une infidélité à soi-même. À la fin de ce
développement conclusif, intitulé « Le jazz et le rythme. L’avenir du
rythme dans la musique »,
Dumesnil, après avoir salué le jazz pour avoir réintroduit
l’improvisation et une certaine « liberté du rythme »,
soutient la thèse du retour à l’Europe de l’une de ses créations culturelles,
après un long détour, au point d’y voir l’illustration particulière d’une loi
générale : « Comme il est advenu maintes fois dans l’histoire de
l’art, un apport étranger a été assimilé non point à l’état brut, mais en ses
principes régénérateurs. Plantations
songs et negro
spirituals nous ont réappris des choses que nous avions oubliées –
des choses qui, souvent, venaient de chez nous, et que nous eussions sans doute
retrouvées si nous n’avions trop méconnu nos maîtres contrapontistes de la
Renaissance ; car eux aussi surent manier la syncope avec une liberté
surprenante et assouplir les rigueurs de l’exécution polyphonique pour les
plier aux exigences d’une magnifique liberté rythmique (74). » La « liberté du rythme » ne nous vient pas
d’ailleurs : elle nous revient après un long exil. Le message est
assurément réconfortant : nous ne faisons guère, en fin de compte, que
nous nourrir de nous-mêmes. En histoire de l’art, cette prétendue loi générale
pose la nécessité d’un retour à soi des éléments constitutifs d’une identité
culturelle. Elle n’est que le décalque d’un récit mythique : elle est à
l’évidence modelée sur le schéma narratif de L’Odyssée. V. Propos conclusifs S’il est possible et fructueux de « penser avec
Nietzsche contre Nietzsche », comme s’y est exercé Karl Jaspers, il
n’est pas sûr cependant qu’on puisse faire de même avec un Cœuroy, un Panassié
ou un Céline. Ni avec un Gobineau. En guise de post-scriptum à mes propos conclusifs, et pour rendre hommage au progressiste occasionnel Boris Vian, malgré ses attaques virulentes et souvent injustes contre le pionnier de la jazzologie, Hugues Panassié, je voudrais rétablir la lettre du célèbre passage, extrait de l’avant-propos de L’Écume des jours, que Philippe Gumplowicz cite en improvisant quelque peu, ethos oblige : « Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de
toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de La Nouvelle-Orléans
ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid.
(80) » (2) Dans ce texte, Constant recourt aussi au verbe « rétrograder » et à l’expression « mouvement rétrograde ». (3) Benjamin Constant, Des réactions politiques, in B. Constant, Écrits et discours politiques, éd. O. Pozzo di Borgo, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1964, t. I, pp. 84-85 (ou Id., De la force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier…, préface et notes de Philippe Raynaud, Paris, Flammarion, 1988, p. 152). (4) La carrière du mot « décadent » n’a guère commencé qu’à la fin du XIXe siècle en France, à partir de 1880, alors que celle du terme de « décadence » (1413 ; du latin médiéval decadentia, qui vient du bas latin decadere : « tomber », dont dérive « déchoir ») datait déjà de plusieurs siècles. (5) Charles Taylor, Le Malaise de la modernité [1992], tr. fr. Charlotte Mélançon, Paris, Les Éditions du Cerf, 1994. (6) Voir
Hannah Arendt, La Crise de la culture
[1968], tr. fr. Patrick et al.,
Paris, Gallimard, 1972 ; Karel Kosik, La
Crise des temps modernes. Dialectique de la morale, tr. fr. Joël
Gayraud et al. (avec le concours du
CNL), Paris, Les Éditions de la Passion, 2003 ; Jean-François Mattéi, La Crise du sens, Nantes, Éditions
Cécile Defaut, 2006. (7) Jean-Luc Marion, « La crise et la Croix », Communio. Revue catholique internationale, t. VIII, n° 6, novembre-décembre 1983, p. 10. (8) Arthur de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, op. cit. (1983), pp. 1143-1166. Voir Pierre-André Taguieff, Les Fins de l’antiracisme, Paris, Michalon, 1995, pp. 147-154 ; Id., La Couleur et le Sang, op. cit., pp. 35-83. (9) Jean Boissel, « Gobineau ou la décadence sans apocalypse », conférence, Université de Bourgogne, Dijon, 1986. (10) Arthur de Gobineau, Essai, op. cit., p. 1166. (11) Marc
Angenot, La Parole pamphlétaire.
Contribution à la typologie des
discours modernes, Paris, Payot, 1982, pp. 99-109. (12) Cité par Marc Angenot, ibid., p. 100. (13) Pour une problématisation de la catégorie
« réactionnaire », voir Marc Angenot, Rhétorique de l’anti-socialisme. Essai d’histoire discursive 1830-1917,
Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2004, en partic. pp. 1-17. (14) Leszek Kolakowski, Le
Village introuvable, tr. fr. Jacques Dewitte, Bruxelles, Éditions Complexe,
1986, p. 11. (15) Voir mon livre L’Effacement de l’avenir, op. cit., pp. 287-295. (16) Eugène
Ionesco, Tueur sans gages, Paris,
Gallimard, 1958 ; rééd., Paris, Gallimard, coll. « Folio »,
1974. (17) DOC, p. 50. (18) André Cœuroy,
La Musique et le peuple en France, Paris, Éditions Stock, 1941, chap.
II : « La décadence », pp. 61-106. (19) Ibid., pp.
107-127 (chap. III). (20) Ibid., pp. 129-160 (chap. IV). (21) Ibid., p. 127. (22) DOC, p. 50. (23) RO, p. 86. (24) RO, p. 96. (25) Voir notamment Zeev Sternhell, « La modernité et ses ennemis : de la révolte contre les Lumières au rejet de la démocratie », in Z. Sternhell (dir.), L’Éternel retour. Contre la démocratie, l’idéologie de la décadence, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994, pp. 9-37. (26) Voir Zeev Sternhell, Les Anti-Lumières. Du XVIIIe siècle à la guerre froide, Paris, Fayard, 2006. (27) RO,
pp. 85 sq. (28) RO,
pp. 113 sq. (29) RO, p. 119. (30) Cité in RO, p. 114. (31) Cité in RO,
p. 115. (32) Aristote, Rhétorique,
tr. fr. Charles-Émile Ruelle revue par Patricia Vanhelmelryck, commentaires de
Benoît Timmermans, introduction de Michel Meyer, Paris, L.G.F., Le Livre de
Poche, 1991, livre I, chap. III,
1358 b, pp. 93-94. (33) Voir
Uriel Tal, « Religious and Anti-religious Roots of Modern
Anti-Semitism » (1971), in U.
Tal, Religion Politics and Ideology in
the Third Reich : Selected Essays, Londres et New York, Routledge,
2004, pp. 171-190. (34) Paul Lawrence Rose, German
Question/Jewish Question : Revolutionary Antisemitism from Kant to Wagner [1990],
Princeton, N.J., Princeton University Press, 1992. (35) Voir Paul Lawrence Rose, Wagner : Race and Revolution, New Haven et Londres, Yale
University Press, 1992, pp. 49-88. (36) Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, pp. 131 sq., 208, 223. (37) Eugen Dühring, Der Wert des Lebens,
Leipzig, Fues’s Verlag, 1865 ; 5e éd., 1894, p. 9. Voir Edmund
Silberner Sozialisten zur Judenfrage,
Berlin, Colloquium Verlag, 1962, pp. 152, 327. (38) Eugen Dühring, Die Judenfrage als Racen-, Sitten-, und Culturfrage. Mit einer weltgeschichtlichen Antwort [1880], 2e
éd., Karlsruhe und Leipzig, H. Reuther, 1881 ; 5e éd. refondue : Die Judenfrage als Frage des Racencharakters und seiner Schädlichkeiten
für Völkerexistenz, Sitte und Cultur,
Nowawes-Neuendorf bei Berlin, Personalist-Verlag von Ulrich Dühring,
1901, pp. 113, 126. (39) Eugen Dühring, Die Judenfrage,
6e éd., Leipzig, 1930, pp. 136, 139. (40) Ibid., p. 142. (41) DOC, p. 43. (42) André Cœuroy, Histoire
générale du jazz. Strette – Hot – Swing, Paris, Denoël, 1942, pp. 25-27.
Fortunat Strowski (1866-1952) était un historien de la littérature française et
un critique littéraire, connu notamment pour ses travaux sur Montaigne, Pascal
et la Bruyère. En 1933, sortant de sa spécialité universitaire, il avait publié
chez Grasset un essai intitulé Nationalisme
ou patriotisme. (43) Ibid., p. 219. (44) Ibid., p.
75. (45) RP, p. 170. (46) André Cœuroy, Histoire générale du jazz, op. cit., p. 24. (47) RO, p. 164. (48) Lettre
(non datée) de Céline à Cœuroy, où
l’écrivain remerciait le critique de l’envoi de son Histoire générale du jazz (parue en mai 1942) ; citée in RO, pp. 165-166. (49) Dans le développement qui suit, je puise librement dans mon étude intitulée « L’antisémitisme à l’époque de Vichy : la haine, la lettre et la loi », in Pierre-André Taguieff (dir.), L’Antisémitisme de plume 1940-1944. Études et documents, Paris, Berg International, 1999, pp. 115-121. (50) RO, p. 13. (51) Claude Vacher de Lapouge, préface [mars 1943] à : Hubert Thomas-Chevallier, Le Racisme français, Nancy, Georges Thomas, 1943, p. IX. Cette préface reprend et développe le discours prononcé par Lapouge à Paris le 22 décembre 1942, en présence de Darquier (dit « de Pellepoix »), lors de la séance d’inauguration de l’Institut d’anthropo-sociologie (créé le 23 novembre 1942), dont il venait d'être nommé président. Cet Institut ne fonctionnera que quelques mois (décembre 1942-mars 1943). Né le 28 septembre 1886, Claude Vacher de Lapouge venait d’atteindre sa 56e année lorsque la présidence de l’Institut d’anthropo-sociologie lui fut confiée. (52) Ce jugement flatteur est dû à Jacques Chardonne, dans Voir la figure (Notes à leur date). Réflexions sur ce temps, Paris, Grasset, 1941, p. 42. Il sera largement diffusé par l’éditeur allemand d’Alfred Fabre-Luce. (53) Alfred Fabre-Luce, Journal de la France, mars 1939-juillet 1940, Paris, J.E.P., 1941 [achevé d’imprimer le 20 janvier], 2e partie, ch. I (« Hitlérisme français »), pp. 203-229. (54) Ibid., pp. 224, 228. Voir Pierre-André Taguieff, La Couleur et le Sang, op. cit., pp. 45-47, 322-324. (55) Paris, Plon, 1942. (56) Ibid., p. II. (57) Ibid., p. IV. (58) Ibid., p. III. (59) Ibid. Ces propos de Fabre-Luce sont datés du 1er août 1941 (p. XLV). (60) Voir Pascal Fouché, L’Édition française sous l’Occupation 1940-1944, Paris, Bibliothèque de Littérature française contemporaine de l’Université Paris 7, 1987, t. I, p. 87, 242. (61) Paris, Nouvelles Éditions françaises [Denoël], 1940. (62) Ibid., p. 91. Loin de permettre de justifier la thèse d’un Gobineau antisémite, la lecture de l’Essai conduit bien plutôt à vérifier le relatif bien-fondé de l’accusation, lancée par Céline en 1947, d’un Gobineau « philosémite » ; voir Pierre-André Taguieff, La Couleur et le Sang, op. cit., pp. 323-324. (63) Claude Vacher de Lapouge, préface in op. cit., p. IX. (64) Voir George L. Mosse, Toward the Final Solution : A History of European Racism, Londres, J. M. Dents, 1978, p. 62 ; Pierre-André Taguieff, La Force du préjugé, op. cit., p. 523, note 41 ; Id., La Couleur et le Sang, op. cit., pp. 80-82. (65) Henri Labroue, Voltaire antijuif, Paris, Les Documents contemporains, 1942. (66) Henri Labroue, « Voltaire antijuif », La Question juive..., 1ère année, n° 1, février-mars 1942, pp. 15-30. Du livre, cet article reprend notamment une partie de l’introduction, des passages des chapitres VI (« Déficients intellectuels »), X (« L’argent ! l’argent ! »), XII (« Cruauté des Juifs ») et XVI (« Pourquoi ils sont détestés »), ainsi que la conclusion tout entière. (67) Ibid., p. 30. (68) Ibid., p. 26 ; ou Henri Labroue, Voltaire antijuif, op. cit., p. 238. (69) Dans Voltaire antijuif, Labroue renvoie aux « théoriciens français de l'antijudaïsme tels que Toussenel, Gougenot des Mousseaux (...), le comte de Gobineau (...) [sic], de la Tour du Pin (...), Vacher de Lapouge » (op. cit., p. 207, note). Parmi les autres « théoriciens » antijuifs cités : Charles Fourier, Proudhon, Benoît Malon, Auguste Chirac, Henri Rochefort, Gustave Tridon, Gustave Rouanet, Albert Regnard, et bien sûr Drumont (ibid., p. 207, 208, note). (70) Henri Labroue, cité par Louis Walther, « Enfin chassé d’un de ses fiefs : la Sorbonne », Le Cahier jaune, n° 11, décembre 1942, p. 10. Sa leçon inaugurale eut lieu le 15 décembre 1942 dans l’amphithéâtre Michelet, à la Sorbonne, en présence de Darquier de Pellepoix, Commissaire général aux questions juives. (71) Jean Lestandi, « Drumont au Panthéon ! », Au pilori, 22 mai 1941, p. 1. (72) Voir Louis Thomas, Les Raisons de l'antijudaïsme, Paris, Les Documents contemporains, 1942 pp. 167 sq. (« Une méthode : l’“antisémitisme racial” »). (73) Voir George Montandon, « L’aryanisme français », L’Ethnie française, n° 2, avril 1941, pp. 1-6 ; Id., « L’étudiant français et la science ethnique », L’Ethnie française, n° 6, mars 1942, pp. 1-6. (74) René Dumesnil, Le Rythme musical. Essai historique et critique, Paris, La Colombe, Éditions du Vieux Colombier, 1949, p. 185. (75) DOC, p. 53. (76) DOC, p. 54. (77) RO, p. 12. (78) RO, pp. 192 sq. (79) Eberhard Jäckel, Hitler idéologue [1969], tr. fr. Jacques Chavy, Paris, Calmann-Lévy, 1973, p. 174. (80) DOC, p. 10 : « Il y a deux choses qui méritent d’exister sur terre : les jolies filles et la musique de Duke Ellington ». Preuve que la mémoire, comme la rumeur, simplifie et déforme à la fois. Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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