Les Bouffons du PAFSURLERING.COM - BIG BROTHERS - par Francois Briend - le 15/11/2004 - 0 réactions -
Ils sont à la télévision et sont supposés être des esprits libres, avoir dépassé le stade de l'ego, se moquer même de leur image. On devine qu'ils vont à la télévision parce qu'on le leur demande, mais ils pourraient s'en passer. Des « Lionel Jospin » de la télé, en plus drôles, qui envisagent les choses forcément avec sympathie, honnêteté et intelligence. Ils se la jouent rebelles, enfants de la révolution. En fait, ils sont aux ordres.
La bande à Ruquier On nous a imposé le maoïste Gérard Miller et la chienne de garde Isabelle Alonso. Tellement fort ! Des gens très incorrects, capables de balancer des idées iconoclastes et progressistes en pleine lucarne à l'heure où, dans un pays en retard d'une étape civilisatrice (qui n'aurait pas connu l'ère Mitterrand par exemple), on en serait à diffuser un jeu d'argent ou Happy Days.
Non, pas de ça sur le service public. Ici, on a Miller qui explique que la religion, c'est l'oppression, que les fachos sont partout et qu'il faut être vigilant, entre deux blagues pas drôles. De son côté, Alonso, 'Fuck Smile' (1) assumé, la ramène discrètement sur sa belle conscience sociale : faire de la politique en ayant l'air de faire autre chose. On sait depuis Pif Gadget (2) que c'est une tactique qui marche. Miller et Alonso sont des caricatures, admettons. Alors, que dire de Benichou ? Ce type est truculent, toujours de bonne humeur, il a la blague facile, il cite Sainte Beuve, parle fort et s'adresse à des gens puissants comme à des potes, balance une blague grivoise, fait du charme à chaque prise de parole. Puis, quand vous êtes bien avec lui, invité idéal, bon vivant, il vous sort alors un élément-clé tiré d'une thèse d'un crypto-communiste internationaliste de l'université de Nanterre. Car, vous aviez oublié, Benichou, c'est le Nouvel Obs. Et vous voilà obligé d'approuver le bonhomme, votre cerveau acquiesce automatiquement, il vous a eu avec les émotions et le charme, le bougre ! Il vous signifie que si vous n'êtes pas comme lui, il cessera d'être sympa avec vous. Puni, bien fait. Et vous continuez de sourire bêtement devant le poste, alors que vous avez été exclus du monde de la coolitude festive et sexy. Aïe, ça craint ! Guy Carlier Guy Carlier est nouveau à la télé. Il en avait marre d'être indépendant chez Bern sur France Inter. Alors, il a accepté le job d'assistant de Fogiel. Dernièrement, on a eu droit à un mea-culpa : il a avoué avoir honte de passer pour un homo en achetant Têtu (3) au kiosque, alors que ce n'est pas une honte de passer pour un homo quand vous êtes un homme moderne, évidemment. Mais, il s'est excusé sincèrement devant tout le monde. Pour se faire pardonner, il a mis une photo d'un couple gay près de lui. C'était sa façon de militer. Quel panache ! Devant des millions de téléspectateurs, avouer un moment de faiblesse et faire amende honorable. Mais où apprend-on à pratiquer son auto-critique avec ce talent ? Ce même jour, il y avait Élisabeth Tessier. Carlier, ce grand humaniste, a dézingué cette sale païenne, dangereuse activiste astrolunaire anti-rationalisterice du peuple, etc. Le public riait bien, Fogiel aussi, Tessier, catastrophée, n'en menait pas large. Venir vendre son livre d'horoscope et être traitée implicitement de méchante salope, et avec le sourire s'il vous plaît, ce sont des choses qui arrivent. Ensuite, il s'en est pris à Christine Boutin en ressortant l'affaire de la Bible à l'Assemblée Nationale, l'avortement, le PACS, etc. Il veut faire dire à Boutin qu'elle regrette d'être ce qu'elle est. Quel sens de l'indignation remarquable ! Quelles convictions humanistes pour attaquer de tels personnages ! Boutin, pensez donc, 1% aux élections présidentielles... Le gros morceau ! A quand un cassage en règle de Jacques Cheminade (4) ? Le message est clair : les gens de la télé, ils veulent bien être cool, mais gare à ceux qui ne pensent pas bien. Il voudrait être comme Robin des bois, Carlier. Il aimerait tant choquer le bourgeois avec son humanisme, certes pataud, mais tellement sympa. Il n'est, hélas pour lui, qu'un pauvre échantillon du conformisme médiatique actuel. Lui qui se voit sur la barricade n'est qu'un rond de cuire, un des éléments du système national-médiatique. Il se voit comme un homme de progrès alors qu'il n'est qu'un conservateur qui refuse toutes alternatives à ce qu'on appelle de façon bien péremptoire les « idées progressistes ». La Révolution, justification du conservatisme En France, le système actuel est fondé sur les idées de la Révolution. Celle de 1789, mais aussi celle de mai 68. Même Jacques Chirac, qui représente le pouvoir en place, peut faire l'éloge de la Révolution, alors que si révolution il y a, c'est lui qui saute, faudrait pas qu'il l'oublie... Par exemple, dénoncer quelqu'un à la police peut être vécu comme un acte rebelle. Dans certaines lettres de dénonciation envoyées aux autorités pendant l'occupation, il n'était pas rare de lire les corbeaux justifier leur acte en faisant référence à la révolution. De même qu'aujourd'hui, en France, dénoncer, même anonymement quelqu'un pour opinions ou attitudes déviantes par rapport aux dogmes de 1789 ou de mai 68 (entendez sexisme ou fascisme ou sectarisme ou anti-républicanisme, etc.) est considéré comme un acte rebelle, même quand c'est l'acte de la majorité-forte contre la minorité-faible. Autre exemple, un anarcho-syndicaliste appartenant au mouvement Red-Skin (5) trouvera normal de rappeler que la loi interdit de penser ceci ou de dire cela. C'est un paradoxe qui ne gène pas ceux qui se positionnent comme les nouveaux justiciers-rebelles. Ce principe a été semble-t-il ravivé avec le « choc » du 21 avril 2002, où le milieu médiatique et les militants de gauche se sont crus investi d'une nouvelle mission de vigilance citoyenne. Tout système qui fonde son identité sur une révolution fonctionne ainsi. De même que dans les pays communistes, c'est au nom de la révolution qu'on enferme les dissidents (alors que ce sont les dissidents qui veulent renverser/réformer le pouvoir en place), en France, s'attaquer au système, c'est être quelque part « contre-révolutionnaire ». Gros problème d'image, ça, passer pour un contre-révolutionnaire. Impensable pour quelqu'un qui ne vit que par les médias et qui veut voir l'air un minimum Rock' n' Roll. Ceci explique pourquoi ceux qui, dans les médias, cirent les pompes aux vrais puissants, lynchent les mouvements d'idées minoritaires, font appel à la loi et en créent qui restreignent la liberté d'opinion, de parole ou de culte, sont ceux qui en même temps endossent l'habille prestigieux du révolutionnaire libérateur à la Che Guevara. Cette stratégie confortable, qui consiste à servir le système, à bénéficier de l'accès aux médias, et en plus à jouer au redresseur de tord sensé défendre le petit contre le grand, était jusqu'à présent employé par quelques intellectuels à la mode, par certain patrons de presse et par certaines personnes du show-biz. Que cette stratégie, efficace, s'étende aux personnages télévisuels, en particulier sur le service public, est relativement nouveau et méritait une petite mise au poing. François Briend 1 Fuck-Smile : « Sourire d'enculé » en français. C'est une expression utilisée aux USA pour définir le sourire artificiel et travaillé qu'affichent certains vendeurs et d'une manière générale tout ceux qui veulent obtenir quelque chose 2 Pif Gadget est une publication pour enfants éditée par une filiale de l'Humanité. Les grands thèmes du socialisme sont développés de manière ludique (égalitarisme, tiers-mondisme, lutte anti-fasciste, lutte anti-impérialiste, anti-royalisme, etc...) Pour plus d'information sur cet aspect de Pif, lire : http://www.hautetfort.com/chictype/billets/18025 3 Magazine Têtu : Revue communautaire pour homosexuels. 4 Jacques Cheminade, chef d'un minuscule parti politique, s'est présenté aux présidentielles de 1995, a obtenu 0,28%. N'a pas eu assez de signatures pour participer à l'élection de 2002. 5 Le mouvement Anarcho-syndicaliste et les Red-Skin représentent ce qu'il y a de plus à gauche dans l'extrême gauche légale. Ils nient la légitimité de l'Etat, du système judiciaire et ne reconnaissent pas les Nations. Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
![]() Articles les plus lus
![]() |