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Le vrai visage d'Hitler

SURLERING.COM - CULTURISME - par Maurice Gendre - le 15/01/2005 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Balzac le savait. La Presse passe toujours à côté de l'essentiel. Cette dernière a encore prouvé son inanité à l'occasion de la sortie du film La chute.

La Presse n'avait déjà rien compris à Fight Club. Encore moins à Starship Troopers. Et inutile de s'attarder sur les longs-métrages de Clint Eastwood qui ont été attaqués avec une rare véhémence durant des décennies. 

A l'occasion de la sortie du film La chute (Der Untergang) (1), qui retrace les derniers jours du Führer et de son entourage dans un bunker berlinois, le réalisateur Oliver Hirshbiegel (à qui l'on doit L'Expérience) et le producteur-scénariste Bernd Eichinger (L'Histoire sans fin, Le Nom de la rose, Resident evil)  ont essuyé à leur tour une avalanche de critiques infamantes.

Représentation problématique ?

Principal reproche formulé : avoir rendu Hitler « trop humain ». D'après les journaleux, s'éloigner de la caricature irrésistible du Hynkel-Hitler de Chaplin dans le Dictateur c'est prendre le risque de « rendre l'homme du IIIe   Reich  acceptable ». Diantre ! Difficile pourtant de ressentir une quelconque compassion à l'égard de cet Adolf Hitler magistralement interprété par Bruno Ganz. Ne vouloir faire d'Hitler qu'un fou écumant de rage toutes les dix secondes ne correspond nullement à la réalité. Les recherches historiques et les témoignages encore disponibles vont pourtant dans le même sens : Hitler passait par différents stades.

Il pouvait rentrer dans une fureur noire, rabrouer sans ménagement ses compagnons mais aussi être calme, indulgent avec sa garde rapprochée et se montrer reconnaissant... Toutes ces facettes sont passées au crible dans La chute. Les passages où le Führer fait preuve de mansuétude, voire se laisse aller à un geste de tendresse, glacent le sang. Le côté absolument terrifiant du personnage s'en trouve décuplé. C'est à ce titre que l'Hitler incarné par Ganz est bien plus effrayant que l'Hitler monolithique joué par Robert Carlyle dans le médiocre téléfilm Adolf Hitler, la naissance du mal.

Navrante polémique

Toute l'ambition de cette oeuvre est résumée dans cette déclaration du scénariste Bernd Eichinger : « Le plus grand danger consistait à faire d'Hitler un psychopathe ou un fou. Hitler était animé d'une énergie criminelle et destructrice incommensurable - c'était un barbare au sens le plus fort du terme. Mais je suis convaincu qu'il est resté maître de lui jusqu'à la fin - et c'est pour cela que le pouvoir ne lui a jamais échappé ».

Le réalisateur ajoute de son côté : « C'est une insulte aux victimes de prétendre qu'il n'était pas un être humain (...) Il a su exactement ce qu'il faisait à chaque moment de sa vie, et, avec lui, tous ceux qui le suivaient (...) Si vous le trouvez sympathique, c'est que vous n'écoutez pas ».

Cette polémique navrante et stérile oblige à tirer quelques enseignements. C'est désormais une obsession pour la Presse : il est important d'évacuer toutes nuances, tous paradoxes chez les barbares et les plus grands criminels de l'Histoire. Le dernier exemple en date : Marc Dutroux. La Presse se fait fort d'extraire de la communauté humaine tous ses éléments les plus abjectes. Une façon comme une autre de rassurer le téléspectateur ou le lecteur.

Refuser son « humanité »  à un individu quel qu'il soit comme les médias s'évertuent à le faire sans cesse, participe de ce que d'aucuns nomment le « réductionnisme contemporain ». Symptôme typique d'une société qui refuse de se confronter au Mal.

Maurice Gendre

Note :

(1) Le producteur et scénariste Bernd Eichinger a initié le projet et puisé la substance du film dans deux ouvrages : Les Derniers Jours d'Hitler, un best-seller de l'historien spécialiste de l'époque nazie Joachim Fest, paru en 2002, et Jusqu'à la dernière heure : La dernière secrétaire d'Hitler, soit les mémoires de Traudl Junge (incarnée dans le film par l'actrice Alexandra Maria Lara), traduites dans plus de 20 langues.



Toutes les réactions (1)

1. 22/10/2012 00:03 - Hitler

HitlerOh quelle belle propagande! On devrait vous décerner la médaille d´or dans cette catégorie.

Ring 2012
Maurice Gendre par Maurice Gendre

Editorialiste, ancien rédacteur en chef. Ring Wall of fame.

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Oh quelle belle propagande! On devrait vous décerner la médaille d´or dans cette catégorie.

Hitler22/10/2012 00:03 Hitler
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