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Le PS peut-il survivre à l'ère primaire ?

SURLERING.COM - FRANCE - par Laurent Obertone - le 03/05/2010 - 7 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Les primaires du Parti socialiste sont une sorte de cirque du soleil, où l'on ressort sous le chapiteau rose les mêmes pachydermes, pour leur faire faire quelques tours de piste, sous les hourras d'une foule bigarrée et bon public, entre deux artistes approbateurs…

 

 


Les primaires sont très primaires et c'est pour ça qu'on les aime. On cherche, parmi éléphanteaux et éléphants, qui sera votre parfait Babar. L'objectif, comme toujours, est interstellaire, à la mesure du parti : rénovation, ravalement, changement, refondation du monde et de ses principes, réappropriation… résurrection.

On nous promet des primaires résolument modernes et démocrates. "Si tu préfères Jack, tape 1". Voici les candidats de cette tragicomique Nouvelle Star, par ordre d'improbabilité.

Jack Lang.

Le symbole des heures les plus festives de la gauche… Il lui sera bien difficile de se renouveler. Et l'homme ne parviendrait pas à cesser de s'applaudir durant toute une primaire.

Lionel Jospin.

Jospin III, le retour ? Probable qu'il ne refasse pas le coup du "Je suis prêt", mémorable bide… Jospin échaudé a ce mérite de comprendre les choses, et d'avoir l'honnêteté de les assumer. La seule chose qu'il n'a pas su expliquer, c'est le pouvoir cosmique du sourire de Ségolène Royal. Qui pourrait l'en blâmer ?


Laurent Fabius.

Première victime du sang contaminé, on tâche de bien l'aimer au PS (là où ses capacités de nuisance s'expriment le mieux). Malgré son côté psy qui rassure, il n'a au final qu'un pouvoir consultatif.


Benoit Hamon.

Sournoisement lâché par ses amis lorsqu'il s'est "accroché à la remorque de Marine Le Pen", dans l'affaire Mitterrand, le porte parole a fait une terrible erreur de bienséance : sa pensée est allée plus vite que l'ombre du dogme. Crime de lèse-antiracisme. Alors que l'on lui prédisait un bel avenir, il est depuis radié du camps des branchés.


Vincent Peillon.

L'homme cumule. Difficile de faire pire communiquant. Si les socialistes savent mieux que quiconque que le ridicule ne tue pas, ils commencent à comprendre qu'il élimine. Peillon pourrait vouloir s'en assurer en retournant au charbon pour ces primaires. 


Arnaud Montebourg.

Le bellâtre, sorte de Villepin de la gauche, n'a malheureusement pas pour lui les bons amis, et sa capacité à sentir le sens du vent reste très limitée. Il a présenté récemment le principe de ces primaires : une présélection avant 2011, si trop de candidats se retrouvent en lice. Un bel imbroglio d'appareil qui promet un crêpage de chignon monumental et une couverture médiatique démesurée.


Manuel Valls.

Candidat déclaré. Une sorte d'éléphant volant, qui voudrait tant que faire se peut planer au-dessus de la mêlée classique. Il écrit des livres, dérape ("plus de blancs"), tape davantage sur son camp que sur n'importe quoi, n'en finit plus de dénoncer et de se démarquer du PS… Et il y reste. On se demande bien ce qu'il y fait encore.

Cette incohérence sonne comme une preuve de son manque de consistance. Il ne coupera jamais ce cordon ombilical, et préfèrera se décomposer sur place au bout de ce qui ressemble de plus en plus à sa corde de pendu. Ses adversaires n'auront qu'à jouer sur cette seule et embarrassante question pour le faire tomber.


Bertrand Delanoë.

Maire de Paris, c'est tout de même beaucoup plus simple. Dans son petit bac à sable, Bertrand peut faire tous les pâtés qu'il veut. Vélib', couloirs de bus, Paris-Plage, etc. Paris n'a jamais été la province, Bertrand le sait, et ne prendra probablement pas le risque d'y laisser des plumes.


Ségolène Royal.

A su réunir tout le monde derrière son sourire en plastique, très à l'image de ce qu'est le parti : un optimisme constant, irréel, qui n'existe que chez les convaincus. de la potion magique. Elle a depuis longtemps (la campagne 2007 en réalité) patiemment saboté toutes ses chances d'un éventuel retour gagnant.


François Hollande.

Candidat déclaré, mais déjà brisé par le sourire de la précédente. Son charisme de beignet à la Van Rompuy ne le mènera jamais plus loin que son statut d'homme-sympa-mais-plutôt-effacé. "Il reste quand même drôle et sympa en privé, comme Domenech".


Martine Aubry.

La laborantine lilloise souffre d'un défaut chronique du sens des réalités. D'abord, il y a eu les 35 heures, son enthousiasme électoral qui n'est partagé que par elle-même, ensuite il y a ses phrases, qui ne plaisent qu'à sa frange d'électeurs. Récemment, Martine Aubry, parlant des caméras de surveillance, a déclaré qu'elles "ne remplaceraient jamais l'homme qui tendra la main au jeune sur le point de dévisser, ou celui qui veillera sur la personne sur le point d'être agressée…"

Nous verrons plus bas pourquoi ce genre de déclaration est suicidaire pour le PS. La mère des larmes politiques est probablement la tenante la plus sectaire qui soit du dogme de gauche. En prétendant refuser de s'aventurer sur le terrain sécuritaire occupé par la droite, elle s'éloignera (irréversiblement) de la réalité.


Pierre Moscovici.

Le mec qui a le moins d'odeur, le plus bureaucratique diplomate, capable de pondre un texte suffisamment chiant et consensuel pour que tous les égo s'y retrouvent peu ou prou, ce qu'il a fait pour présenter le "projet du parti pour 2012".

Ce texte est intéressant. Il promet un interventionnisme de l'État sans précédent, sans jamais évoquer son financement. Il parle de la fameuse "société du bien être" Aubryesque. Bien entendu, on ne parle pas du tout des ouvriers, mais qui s'en étonne désormais ?

Au parti des consensus, le texte relève forcément d'un insipide abyssal : de nombreuses phrases conjuguées au futur, une utopie assumée, l'accumulation de concepts creux censés sonner comme une douce musique pour l'électorat de base.

Pas facile du tout de mettre d'accord entre eux des gens de gauche. C'est qu'il ne faut surtout pas avancer quoi que ce soit qui bousculerait le dogme. Même avec le mot "juste" accolé à tout et n'importe quoi, le moindre début de concept est suspect. "Ordre juste" : c'est de l'ordre quand même. "Échange juste", ça pue le protectionnisme !

Et il n'est pas encombrant, Moscovici, il fait là où on lui dit de faire. Du fait de son probable 1%, il a beau jeu de déclarer aujourd'hui que si DSK se présente, lui n'ira pas, et inversement, histoire de mettre une vague pression aux autres. Même tarif pour Gérard Collomb, l'ennuyeux maire de Lyon, qui s'est déclaré de nombreuses fois sans que cela n'intéresse personne à part son canari.

Dominique Straus-Khan.

Parlons-en, de l'Ovni. Reviendra ? Reviendra pas ? Le plus sombre et sans doute le plus crédible - sur papier- des prétendants, traîne un incommensurable boulet, encore discret aujourd'hui, à l'instar des Kouchner, Lang et autre Mitterrand, qui pourrait bien lui coûter tous ses espoirs. Parachuté à Washington par l'Élysée pour mieux l'évincer, il sera sans doute le dernier à se déclarer, restant d'ici là extrêmement discret (puisque la durée de vie médiatique d'un socialiste en pleine exposition sous les projecteurs, de façon comparable aux moucherons, est toujours courte).

Il faudra ensuite qu'il se démène pour échapper à ça :





Si Sarkozy se retiendra sans doute de sortir le dossier, des journalistes pourraient fouiller jusqu'au bout du dossier. Et ça fera très mal

Après tout, le FMI n'est pas une si mauvaise place, mais le meilleur et plus tangible espoir de DSK, peu importe la couleur du président, sera un poste de ministre en 2012.

Voilà donc un tour d'horizon du passionnant débat médiatique qui s'annonce. Qui en sortira vainqueur? Aubry ? DSK ? Peu importe, il sera mûr pour perdre aux présidentielles. L'ère primaire, c'est un stade où semble désespérément bloqué le PS. Ne feraient-ils pas mieux, avant de tous prétendre à une victoire en primaire, à se demander pourquoi personne ne voudra d'eux à l'ère secondaire ?

Maintenant que l'on a fait le tour des joyeux préparatifs, nous pouvons passer aux choses sérieuses. Il s'agit d'expliquer pourquoi le Très Saint PS perdra.

Les primaires, ce sont d'abord la gauche, le noyau de gauche, les génétiquement motivés, qui votent pour la gauche gouvernementale dès le premier tour, sans jamais se permettre une fantaisie Besancenot, où une escapade Verte… Les 25% d'Aubryesques (sondage), choisiront dans ces primaires le candidat le mieux à même de battre Sarkozy. Une fois de plus. Peu importe le réalisme du programme, son impact vis-à-vis des autres électeurs. On prend le plus beau du moment, un mix de critères esthétiques, de sondages et de belles phrases. Sans se poser de questions.

Or, la question fondamentale, qu'ils oublient toujours de se poser, savoir "pourquoi ne gagne-t-on pas les présidentielles", peut être retournée dans tous les sens : Chirac + Le Pen + Megret en 2002 : 40%. Sarkozy + Le Pen en 2002 : 40%.

La Très Sainte Gauche, le PS, ne dépasse pas 25% derrière une seule tête. Jamais.

Les sondages donnent aujourd'hui Aubry à 25%, et Sarkozy + Le Pen à 38%. Marine Le Pen fera sans doute beaucoup mieux. Sarkozy pourra d'ici là regagner quelques points. La gauche, après une ascension sondagière normale (vous verrez que tous les candidats seront en mesure de battre la droite à un moment donné, utopie aussi forte que le programme du parti) finira logiquement par s'écrouler sur le terrain de la réalité.

Les élections présidentielles se gagnent dès le premier tour pour la droite. Sur la politique Intérieure et sur la sécurité. La gauche a perdu en 2002 sur ce thème,   même cause, mêmes effets, même refus de comprendre, même punition en 2007… Jamais deux sans trois, gageons que l'addition sera la même en 2012… C'est bien parti pour.

Sarkozy a bâti sa notoriété sur l'Intérieur. Il a ensuite été élu sur ses postures de droite. Si la gauche ne brise pas son dogme pour saisir cet enjeu capital, elle risque d'être débordée par un FN extrêmement haut et par un Sarkozy qui aura remis le paquet sur les questions sécuritaires.

Quoiqu'en disent de façon très pieuse les politiciens et les analystes, les Français ne se moquent pas de la burqa, ni de l'identité nationale, ni de l'immigration, ni de l'insécurité, ni de la viande halal.

Le vivre-ensemble, la démocratie participative, l'échange-juste, l'ordre-juste, etc, tout ça leur passe très au dessus de la tête, à ces gens qui n'ont pas la chance d'être touchés par les concepts du Bien comme l'on était jadis touché par la grâce. Le quotidien est là, tangible, et fait barrage. tout fout le camp, ma bonne dame. Les gens ont de plus en plus de mal à croire en ce qu'ils ne voient pas, malgré tous les efforts de prestidigitation de la classe politique. 

Or, au fond, les gens se foutent bien de la moralisation des banques, du libéralisme, de l'Europe, de la crise, du système. Ce qu'ils entendent d'abord, ce sont les bruits du quotidien. "La gauche ne condamne la violence que lorsqu'elle entend frapper à sa porte", disait Davila. Il faut croire que le PS, en pleine méditation primaire, n'entend plus personne frapper à sa porte.  Ni la violence, ni les électeurs...

Le PS, une fois de plus, s'enferme à double tour derrière son idéologie, surestime la vision positive du peuple, et persistera à accuser autrui de "jouer sur les peurs", "d'attiser les haines", "de manipulation", "de surenchérir", de stigmatiser". Folie électorale.

Bien entendu, comme le PS est certain d'avoir raison, les éléphants, sans jamais se remettre en question autrement que pour la forme, tomberont de très haut, pleureront un bon coup, puis, comme ragaillardis par cette énième raclée, promettront d'en faire encore plus et d'aller encore plus loin la prochaine fois. Comme si tout leur était dû.

Après tout, perdre en 2012, ce n'est pas si grave pour la gauche. Leurs idées progressent, plus lentement, mais plus surement. La soupe est bonne, tous les éléphants s'y retrouvent largement dans leurs mandats cumulés et confortables. Et la droite, une fois élue, y veillera.

D'ici là, n'oubliez pas de réserver vos places pour le cirque du soleil quinquennal. Un excellent tour de chauffe pour savoir qui perdra aux présidentielles.

Laurent Obertone



Toutes les réactions (7)

1. 03/05/2010 13:46 - Chloé G.

Chloé G.Très drôle, surtout sur DSK, j'avais déjà lu un truc sur ça mais jamais vu la vidéo.

2. 03/05/2010 18:18 - WSuger

WSugerExcellent. Très drôle M. Obertone ! ce que vous dites remonte un peu le morale, ils sont dans une belle merde...

3. 03/05/2010 18:36 - Partagas

PartagasJ'ai déjà entendu parler de cette histoire de société du bien-être et du soin. Le PS se lancerait il dans la création d'une chaine de spa ?

4. 04/05/2010 21:00 - Thomas

ThomasLe sourire en plastique de Marie Ségolène...J'adore, bravo.

5. 05/05/2010 02:03 - Cécile Gilbert

Cécile GilbertC'est cette affaire que les avocats de DSK voulaient étouffer à coups de menaces de procès il y a quelques mois ?

6. 06/05/2010 22:51 - Myrrhman

MyrrhmanQuelle clique de bras cassés, ces socialistes. Qui peut encore voter pour ces tocards ?

7. 19/05/2010 13:14 - Aline

AlineLes électeurs ont certes peur des menaces qui pèsent sur leur foyer. Mais les femmes et hommes de droite sont ils réellement plus crédibles ?

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Très drôle, surtout sur DSK, j'avais déjà lu un truc sur ça mais jamais vu la vidéo.

Chloé G.03/05/2010 13:46 Chloé G.
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