Le prophétisme littéraire chez Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec
SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Pierre Poucet - le 26/10/2010 - 46 réactions -

par Dos Santos Pierre Université de Lille II – CNRS UMR 8026Les deux écrivains sur lesquels nous allons nous pencher dans cette contribution ont suscité bien des polémiques dans les diverses arènes médiatiques. Plusieurs fois attaqués en justice ou menacés de censure, Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec ont tour à tour été qualifiés de « réactionnaires », d’« eugénistes » ou d’écrivains « fascistes ». Certains les ont lus comme des prophètes ; d’autres ont cru voir en eux les « symptômes » de la droitisation de la société française (1)… Quoi qu’en disent toutes ces étiquettes, il importe tout d’abord de noter que les divers scandales qu’ont suscités ces écrivains révèlent des enjeux idéologiques. Il se joue en effet, derrière chaque « affaire » ou « scandale », un conflit de valeurs qui renseigne sur les lignes de fractures idéologiques, et donc politiques, d’une société (2). C’est précisément d’une sociologie des valeurs de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec dont il sera question dans cette contribution. Autrement dit, nous déplaçons le regard que porte d’ordinaire la sociologie sur la littérature pour nous focaliser sur l’analyse du système axiologique des deux romanciers. Nous nous demanderons en quoi ce système nous renseigne sur ce qu’on a coutume d’appeler l’« engagement » des romanciers, et quelle est la nature de celui-ci. Avant de répondre à ces questions, quelque s précisions méthodologiques s’imposent. Tout d’abord, comment appréhender sociologiquement l’univers de valeurs d’un écrivain ? La sociologie du champ littéraire initiée par Pierre Bourdieu, d’inspiration durkheimienne, permet d’expliquer les prises de positions politiques des écrivains par leur position dans le champ littéraire. Mais la question des valeurs reste partiellement négligée, qui doit pourtant trouver toute sa place dans une « science des œuvres » qu’il reste encore à approfondir. De son côté, une sociologie wébérienne cherche à rendre intelligible les actions sociales en prenant au sérieux le rôle joué par les conceptions du monde et les valeurs des acteurs sociaux. Il s’agit alors non plus d’expliquer mais de « comprendre » (3) les conceptions esthétiques et politiques des écrivains en restituant la cohérence et la logique interne de leur système de représentations et de valeurs. C’est cette piste de recherche que nous emprunterons. En suivant les travaux de Nathalie Heinich (4) et de Luc Boltanski (5) nous considèrerons les œuvres de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec comme un matériau permettant d’accéder à ce système. Dans cette optique, nous mettrons donc à jour les principales topiques de l’imaginaire des romanciers afin de repérer les valeurs qui le constituent. Notre analyse requiert également l’analyse d’autres dimensions sociales de leur activité, à savoir leur « posture » (6) ainsi que leur « politique de la littérature (7). La première notion renvoie à l’image, à la présentation de soi que l’auteur construit au cours de ses apparitions publiques. Dans cette « posture » se donne à voir un ethos qui permet de saisir des valeurs – telles que l’esthétisme, la singularité, ou l’autorité, en guise d’exemple – manifestées par un comportement. La « politique de la littérature » quant à elle consiste en : - l’explicitation des fonctions spécifiques de la littérature, la défense de ses valeurs et de ses intérêts propres, l’affirmation de l’autorité sociale dont elle jouit ou doit jouir ; en résumé : la dimension publique d’une politique de la littérature tient à la construction d’un discours mettant en scène la manière singulière dont la littérature prétend agir dans la sphère sociale (8)
En tenant ensemble l’analyse de ces trois dimensions – « l’imaginaire », la « posture » et la « politique de la littérature » – nous pourrons alors, d’une part, reconstituer et comprendre le système de valeurs de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec, et, d’autre part, montrer en quoi celui-ci fonde une démarche à la fois esthétique et politique. In fine, il s’agira pour nous de vérifier la thèse selon laquelle nos deux écrivains s’appuient moins sur les valeurs de la « cité civique » que sur celles, davantage spirituelles et artistiques, de la « cité inspirée » (9). Autrement dit nous montrerons, et ce contrairement aux différents commentaires médiatiques qui tendent à apposer une grille de lecture principalement politique sur l’œuvre de Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec, que le système de valeur des romanciers se caractérise par le primat de « l’inspiration elle-même, comme illumination, faveur gratuite, à la fois extérieure et éprouvée dans l’expérience d’une motion intérieure qui habite et qui transforme ». Dans cette « cité inspirée », - les êtres échappent aux mesures industrielles, à la raison, à la détermination, aux certitudes de la technique et s’écartent du commun des choses pour « prendre des allures bizarres »[…]. La passion qui les anime leur procure indissociablement le désir de créer, que l’inspiration a réveillé en eux, l’inquiétude ou le doute, l’amour pour l’objet poursuivi ou la souffrance […]. Il faut « accepter de « prendre des risques », rejeter les habitudes, les normes, les principes sacro-saints » et « tout remettre en question » […], tout abandonner pour se consacrer à sa vocation, muer, […]. Les grands inspirés comprennent les autres êtres […] par ce qu’ils ont de plus original et de plus singulier, c’est-à-dire leur génie propre […]. Ils ont donc pour devoir de secouer le joug, de s’écarter du troupeau, de rechercher la libération individuelle […]. Dans le monde inspiré, les relations naturelles sont des relations de création […]. Il faut donc adopter un état d’ouverture, une attitude d’accueil pour laisser faire la « mystérieuse alchimie de la création, l’alchimie des choses et l’alchimie du verbe » […]. Il faut donc « faire exploser ce qu’on nomme la réalité » (10)
Un « imaginaire » antimoderne et prophétiqueLa plupart des représentations de l’univers romanesque de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec renvoient aux topiques traditionnelles de ce qu’Antoine Compagnon nomme « l’antimodernité » (11): un pessimisme féroce quant à l’avenir du monde, une illustration de la décomposition du lien social que nourrit une certaine hostilité aux Lumières, une réflexion sur la contre-révolution, des références à la thématique du pêché originel à partir d’une interrogation sur la nature humaine, un style souvent imprécatoire et, enfin, le choix d’une esthétique du sublime. L’analyse de cet « imaginaire » antimoderne donne à voir un rejet ou un dégoût du monde moderne, trop moderne pour subsister au vu des bouleversements qui l’affectent. La représentation – ou l’obsession – de l’imminence d’une Apocalypse confère alors à l’entreprise romanesque des deux romanciers une dimension nettement prophétique. Les fictions et réflexions de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec, qu’elles se présentent sous forme de romans de meurs ou de cyberpolar, sont ancrées dans le réel. Les références nombreuses à une multitude de personnages, lieux, objets et dates référentiels (Philippe Sollers, Jacques Chirac, Manhattan, Berlin, le Monoprix, le 11 septembre…) s’inscrivent dans une démarche de mise en adéquation des représentations littéraires et des faits. Maurice G. Dantec explique ainsi qu’il cherche à créer des « romans-mondes », des romans qui disent et contiennent le monde référentiel. Les « effets de réel » (12) de certaines représentations sont également accentués par leur dimension scientifique : pour décrire les mécanismes du comportement humain, Michel Houellebecq truffe ses récits de coupures de presse spécialisée, d’extraits d’articles de littérature scientifique (biologique ou sociologique) et va jusqu’à insérer des notes de bas de page dans Plateforme. Au final – et là réside l’une des causes des procès intentés à Michel Houellebecq – la frontière entre mimésis et fiction apparaît parfois ténue dans les romans. Toutefois, il est moins question de peindre le monde dans une optique réaliste que de dresser le constat/diagnostic de celui-ci avant la fin des temps. Les romanciers montrent, et parfois cherchent à démontrer, la lente décomposition du monde contemporain à partir d’un point précis de l’Histoire. Si Villa Vortex s’ouvre sur les attentats du 11 septembre 2001 et l’écroulement des Twin Towers, c’est pour ensuite en détailler les ultimes conséquences sur la disparition de l’Occident (par ailleurs essentialisé). Dans Les Particules élémentaires, c’est l’avènement de la science moderne qui vient progressivement balayer l’actuel ordre du monde. Ces bouleversements historiques, scientifiques ou philosophiques constituent en fait le point de départ d’un vaste processus dont le déroulement est présenté comme inéluctable. Le narrateur des Particules élémentaires précise dans le prologue : - Les mutations métaphysiques – c’est-à-dire les transformations radicales et globales de la vision du monde adoptée par le plus grand nombre – sont rares dans l’histoire de l’humanité. Par exemple, on peut citer l’apparition du christianisme.
Dès lors qu’une mutation métaphysique s’est produite, elle se développe sans rencontrer de résistance jusqu’à ses ultimes conséquences […]. Aucune force humaine ne peut interrompre son cours – aucune autre force que l’apparition d’une nouvelle mutation métaphysique (13) S’expose alors une sorte de téléologie romanesque au déroulement implacable. Tout changement, toute révolution – toute « mutation métaphysique » selon la terminologie houellebecquienne – est envisagé sous l’angle de sa contribution au déclin. Déclin, tout d’abord, des relations humaines, réduites à de simples échanges numériques sous l’emprise de la technique chez Maurice G. Dantec : - Dans ce monde laissé à la beauté glaciale des machines, les humains n'apparaissent que sous la forme de simulacres cinématiques, parfaitement anonymes, à l'exception de leur identité mécanisée par le flux publicitaire global (14)
Déclin ensuite ou, plus précisément, décomposition du « politique » – au sens de « vivre ensemble » (15) – qui ne fonctionne plus que sur des modalités strictement biologiques ou techniques chez Michel Houellebecq. Les êtres humains, hormis lors d’échanges sexuels ou numériques, ne vivent que comme des monades isolées les unes des autres. Dans la désorganisation et l’égoïsme de sociétés de masse, il n’est plus question de « vivre ensemble » à proprement parler. Il s’agit davantage de vivre l’un contre l’autre dans une atmosphère décadente d’inspiration fin de siècle : - Ce livre est avant tout l’histoire d’un homme, qui vécut la plus grande partie de sa vie en Europe occidentale, durant la seconde moitié du XXe siècle. Généralement seul, il fut cependant, de loin en loin, en relation avec d’autres hommes […]. Les sentiments d’amour, de tendresse et de fraternité avaient dans une large mesure disparu ; dans leurs rapports mutuels, ses contemporains faisaient le plus souvent preuve d’indifférence, voire de cruauté. (PE, 7)
Vous avez l’impression que vous pouvez vous rouler par terre, vous taillader les veines à coups de rasoir ou vous masturber dans le métro, personne n’y prêtera attention; personne ne fera un geste. Comme si vous étiez protégé du monde par une pellicule transparente, inviolable, parfaite. (PE, 99) Cette représentation « décliniste » des rapports sociaux repose sur une conception organique du social, typique de la vision antimoderne. L’emploi du lexique de la dégénérescence et le recours à la métaphore de la maladie suggère en effet l’idée d’une désintégration de l’unité sociale ou d’une dégénérescence collective qui s’expérimente à l’échelle individuelle. Comme le rappelle Sabine van Wesemael, chez Michel Houellebecq, le pourrissement corporel est symétrique au « sentiment de vivre les ultimes moments d’une civilisation à son déclin » (16) : - Le lobe de mon oreille droite est gonflé de pus et de sang. Assis devant un écureuil en plastique rouge symbolisant l’action humanitaire en faveur des aveugles, je pense au pourrissement prochain de mon corps […]. Je pense également et symétriquement, quoique de manière plus imprécise, au pourrissement et au déclin de l’Europe (17)
Le constat et l’expérience du déclin individuel sont mis sur le même plan que le déclin, plus global, de la civilisation. Ce « déclinisme » procède d’une vision critique de la part des deux romanciers vis-à-vis de l’idée même de progrès. Au cours du temps (et avec la consécration médiatique), l’œuvre romanesque de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec tend de plus en plus nettement vers le roman d’anticipation, plus précisément vers la dystopie. C’est ici que le scepticisme envers le progressisme se donne à voir le plus nettement. Dans La Possibilité d’une île ou dans Grande Jonction, les romanciers dépeignent un avenir plus ou moins proche où le monde correspond en tous points aux caractéristiques du politique analysées par les théoriciens du totalitarisme (18) Plus rien ne relie les hommes entre eux sinon de lointaines et puissantes injonctions d’instances totalitaires telles que celle de la parole de la « sœur suprême » dans La Possibilité d’une île ou, chez Maurice G. Dantec, « l’UMHU, l’UniMonde Humain, qui succéda ainsi à l’ONU […], a pacifié le monde et est parvenue à complètement co-machiniser l’homme (19). Le collectif anticipé est ainsi envisagé comme une entité dictatoriale ; le politique futuriste est un système totalitaire. La logique pessimiste est poussée jusqu’à ses ultimes conséquences. Les ruptures historiques évoquées précédemment constituent en effet le point de départ d’un processus chronologique menant non seulement à la fin du politique mais aussi à la fin de l’homme. Les humains du XXe siècle, dans l’épilogue des Particules élémentaires, par reddition ou conviction, s’abandonnent au pouvoir de la science et se suicident en masse après s’être clonés. Des androïdes, mi-hommes mi-machines, viennent peupler les plus récentes fictions de Maurice G. Dantec. Les « néo-humains » de La Possibilité d’une île procèdent à l’élimination systématique de leurs ancêtres « sauvages » du XXe siècle. C’est finalement la certitude de l’extinction de l’espèce humaine qu’exposent les romanciers dans leurs fictions. Comme l’affirme Michel Houellebecq : L’univers n’est qu’un furtif arrangement de particules élémentaires. Une figure de transition vers le chaos. Qui finira par l’emporter. La race humaine disparaîtra. D’autres races apparaîtront, et disparaîtront à leur tour. Les cieux seront glaciaux et vides, traversés par la faible lueur d’étoiles à demi mortes. Qui elles aussi disparaîtront. Tout disparaîtra (20) Ce dernier extrait, tiré d’un essai, nous renseigne sur un procédé romanesque souvent employé : le recours au discours doxologique ou enthymématique. Nos romanciers ne s’attachent pas uniquement à représenter la fin du politique et de l’humanité à partir d’un point précis de l’Histoire : ils saisissent les caractéristiques d'une humanité défunte dans un premier temps, pour en expliquer le déclin dans un deuxième. Il existe ce que l’on pourrait appeler un « effet de scientificité » ou un « effet de conviction » qui invite à considérer la part du jugement sur le réel par le romancier. Sans nécessairement recourir à une autorité fictive explicite (21) Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec élaborent alors moins des monstrations que des démonstrations. Le roman tend vers l’essai, la fiction se fait argumentation et confère à l’œuvre une dimension potentiellement polémique. Les thématiques de l’antimodernité se dévoilent plus nettement, et avec elles un « imaginaire » politique qui emprunte aux penseurs contre révolutionnaires, conservateurs ou réactionnaires (22) La topique du déclin suggérait déjà un fort scepticisme à l’encontre du progrès ; l’argument selon lequel nous vivons non pas une contre-révolution mais le « contraire de la révolution » ne fait que confirmer une méfiance plus générale des deux romanciers envers la modernité, politique cette fois. La liberté, valeur politique moderne par excellence, est ainsi l’objet de remises en question ou associée à des représentations nettement péjoratives. Si le politique se dissout, et si l’homme se dirige vers sa propre extinction, c’est, nous dit Michel Houellebecq, par la faute de « l’idéologie libérale ». L’argumentation que développe l’auteur est la suivante : - Le capitalisme libéral a étendu son emprise sur les consciences ; marchant de pair avec lui sont advenus le mercantilisme, la publicité, le culte absurde et ricanant de l’efficacité économique, l’appétit exclusif et immodéré pour les richesses matérielles. Pire encore, le libéralisme s’est étendu du domaine économique au domaine sexuel. Toutes les fictions sentimentales ont volé en éclats. La pureté, la chasteté, la fidélité, la décence sont devenues des stigmates ridicules. La valeur d’un être humain se mesure aujourd’hui par son efficacité économique et son potentiel érotique. (HPL, 144)
La cause du déclin est là, dans une « idéologie libérale » qui aurait littéralement inféodé le politique au biologique. La compétition bestiale qui s’instaure entre les hommes en est la conséquence la plus visible. La prétendue libération sexuelle des années 60, par exemple, n’a contribué qu’à « l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges et à toutes les classes de la société (23). C’est le propos central, est-il besoin de le rappeler, que le narrateur d’ Extension du domaine de la lutte expose sous forme de thèse au cœur du roman. Ainsi, au cœur des fictions et des essais, on retrouve la trame d’une forme d’argumentation : la prétendue libération de l'homme, injonction du XXe siècle présentée avec tous les attributs de la supercherie, n’a d’autre résultat que l’accroissement de la soumission des hommes à des forces physiques ou biologiques qui les aliènent davantage. Le devenir est ainsi conçu comme une anti-genèse déniant l’évidence du progrès et récusant l’idée d’une perfectibilité humaine. Cette représentation de la « chute » de l’Homme ne se comprend qu’à l’aune de la conception anthropologique des deux romanciers. Très largement négative, la vision de la nature humaine chez Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec convoque et renouvelle la topique du péché originel des antimodernes : l’homme, sa nature, sont à l’origine du mal. Les sociétés « globales » de Maurice G. Dantec sont gangrenées par les guerres, les conflits interethniques et communautaires ( La Sirène rouge) ou l’omniprésence des crimes en série (dans Villa Vortex), tandis que Michel Houellebecq fait de David di Meola – figure emblématique de la libération sexuelle et spirituelle des années 60-70 dans Les particules élémentaires – l’archétype de l’homme « libre », c’est-à-dire affranchi de toute morale, mû par ses seules pulsions sexuelles et, in fine, meurtrières. Autrement dit, l’homme est naturellement mauvais et sa libération par le progrès ne peut être qu’un leurre. De fait, le progrès par la libération de l’homme ne peut être qu’un leurre. La démonstration des deux romanciers peut se résumer en un argument central. La libération de l’Homme, quelle que soit la forme que prend cette dernière, politique, scientifique, morale ou matérielle, a pour conséquence le triomphe du mal. La thèse – car il s’agit bien de cela – se veut résolument paradoxale. La libération de l’homme ne mène qu’à l’enchaînement de ce dernier. La Révolution chez Dantec (celle – technique – que nous vivons, celle de 1789), n’est qu’une « dévolution » (24). Le bien, c’est le mal : une figure de rhétorique – la reversio – archétypale de la « rhétorique réactionnaire » (25) que retrouve Compagnon chez la plupart des antimodernes. Les valeurs de liberté, de désir, de compétition, celles du progrès, de la technique – valeurs archétypales d’un XXe siècle honni – sont constamment remises en question. Dans une volonté de pointer du doigt certains paradoxes de la modernité, « ils démontrent, en les démontant, les illusions inhérentes à l'esprit de l’Aufklärung » (26) ; ils valorisent en revanche les valeurs spirituelles issues de la « cité inspirée ». Il existe une dimension prophétique dans l’œuvre de nos deux auteurs, qui donne à voir toute son intensité dans les dénouements des romans. En effet, la structure romanesque, qu’elle se déroule selon le schéma de l'enquête policière ou selon celui d’un roman de mœurs, - s’organise généralement autour d’un questionnement qui trouve sa résolution dans les dernières pages. Ce dénouement correspond à une « révélation » : autrement dit littéralement à une forme d’Apocalypse, dans laquelle le héros accède à un savoir total et comprend soudainement les fondements de l’humanité (26)
Qu’apporte ce savoir ? Et quel est ce fondement ? Au terme des romans, les héros sont confrontés non pas à l’innocence originelle mais au contraire aux « racines du mal ». Dans Extension du domaine de la lutte, le héros prend ainsi conscience que la source de toute souffrance réside dans la séparation originelle de l’homme et du monde – souffrance que tentera d’éradiquer Michel Djerzinski par l’amélioration génétique de l’espèce humaine dans Les Particules élémentaires (27) Chez Maurice G. Dantec, la révélation est du même type, qui fait jaillir la vérité, à savoir que « le mal, c'est-à-dire la mort, la violence, l'agressivité et l'instinct de destruction forment une composante essentielle de la vie » (28). Le plus souvent, cette révélation est le fruit d’une instance de l’ordre du divin ou du merveilleux dont la représentation est nettement positive. Dans Les Particules élémentaires, c’est la lecture par Michel Djerzinski du Book of Kells, manuscrit médiéval du christianisme irlandais, qui sert de fondement à sa théorie finale. Dans Les Racines du mal, la lecture des Cartea Neagra. La clausule de Grande Jonction, dans un registre cette fois plus directement théologique, est encore plus nette : le héros donne chair au Verbe par la lecture des textes canonique de l'Eglise romaine contenus dans la « Bibliothèque sacrée », sauvée in extremis des griffes de néo-islamistes. La quête s’achève ainsi le plus souvent au moyen d’un sacrifice – de soi chez Michel Houellebecq, de l’Ennemi chez Maurice G. Dantec. La révélation finale aboutit alors nécessairement à une remise en question de l'ordre établi sur terre, à la faveur d'un cheminement, tantôt sous forme de rencontre mystique, tantôt sous forme de voyage intérieur. - L’univers romanesque de Michel Houellebecq et de Maurice G. Dantec révèle un « imaginaire » romanesque et politique ancré dans la tradition des antimodernes, ces « modernes en liberté » chez qui le rejet voire le dégoût du monde contemporain s’accompagne d’une préoccupation spirituelle ou d’une quête mystique. Aussi, au détriment des valeurs matérielles, marchandes ou civiques, les valeurs de l’« esprit », les représentations du « jaillissement de l’inspiration » et de la « quête » font constamment l’objet d’appréciations mélioratives. Elles soutiennent toute la dimension prophétique de l’œuvre des deux romanciers. Si leur royaume n’est pas de ce monde, leur « cité » – au sens boltanskien du terme – est bien celle de l’« inspiration » (29)
Il est alors légitime de se demander si les valeurs de cette « cité inspirée » se retrouvent dans la « politique de la littérature » et la « posture » de nos deux écrivains. Nous examinerons en quoi ces valeurs spirituelles peuvent servir de fondement à un éventuel « engagement » littéraire et/ou politique au sein de la sphère publique. Une « mystique de l’écriture » ou l’engagement politique « inspiré »L’étude de la politique de la littérature constitue une entrée particulièrement heuristique pour appréhender l’univers de valeur des écrivains. Cette dimension donne en effet à voir sur quels fondements axiologiques ils s’appuient pour légitimer leur action ainsi que pour justifier la place et la mission de la littérature dans la Cité. Ce qui nous intéresse alors, c’est, d’une part, les fonctions que nos écrivains assignent à la littérature, mais c’est aussi, d’autre part, la mise à jour de leur « posture » qui porte avec elle cette « manière singulière dont la littérature prétend agir dans la sphère sociale (30). En effet, à l’âge médiatique, il n’incombe pas seulement aux écrivains de proposer une théorie de la littérature, mais il convient aussi de se présenter et de se représenter. Or en aucun cas les deux auteurs ne semblent subordonner la littérature à des impératifs politiques. L’idée d’une soumission de l’écrivain à des normes politiques ou idéologiques est d’emblée récusée (même si des nuances s’observent entre Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec). La figure de l’intellectuel est discréditée, la « littérature engagée » sartrienne un modèle repoussoir. Les considérations houellebecquiennes sont à cet égard révélatrices : - Sur le plan scientifique et technique, le XXe siècle peut être placé au même niveau que le XIXe. Sur le plan de la littérature et de la pensée, par contre, l’effondrement est presque incroyable, surtout depuis 1945, et le bilan consternant ; quand on se remémore l’ignorance scientifique crasse d’un Sartre ou d’une Beauvoir, pourtant supposés s’inscrire dans le champ de la philosophie, quand on considère le fait presque incroyable que Malraux a pu – ne fût-ce que très brièvement – être considéré comme un grand écrivain, on mesure le degré d’abrutissement auquel nous aura mené la notion d’engagement politique, et on s’étonne de ce que l’on puisse, encore aujourd’hui, prendre un intellectuel au sérieux ; on s’étonne par exemple de ce qu’un Bourdieu ou un Baudrillard aient trouvé jusqu’au bout des journaux disposés à publier leurs niaiseries (31)
Ce rejet de la politique n'est pas neuf chez les écrivains (32) Il se fonde sur l’idée d’autonomie et d’indépendance du créateur. Les romanciers réactivent le topos du créateur incompris. Ils endossent l’habit du prophète – vox clamans in deserto – détenant une vérité insupportable pour la masse, définitivement seul dans un régime d'absolue singularité. On retrouve dans les essais Rester vivant, Interventions et Laboratoire de catastrophe générale cette même représentation de la solitude de l’écrivain face à l'incommunicabilité de la vérité qu'il détient : - Minés par la tâche du « politically correct », éberlués par un flot de pseudo-informations qui leur donnent l’illusion d’une modification permanente des catégories de l’existence (on ne peut plus penser ce qui était pensé il y a dix ans, cent ou mille ans), les occidentaux contemporains ne parviennent plus à être des lecteurs ; ils ne parviennent plus à satisfaire cette humble demande d’un livre posé devant eux : être simplement des êtres humains, pensant et ressentant par eux-mêmes (33)
Ce paradoxe auquel se trouvent confrontés les romanciers fait d’eux des écrivains du refus. Refus de prendre en charge le monde réel dans lequel ils sont nés et qui leur a été légué. Refus, également, de s’engager sur un registre civique, lequel requiert l’adhésion aux normes sociales. Refus d’un monde qui ne leur plaît pas et qu’ils se doivent de combattre, y compris et, à plus forte raison, à contre-courant : - Nous [les écrivains] ne sommes pas là pour calmer la douleur et effacer les cicatrices, nous sommes de véritables poisons, nous grattons la plaie jusqu'à ce qu’elle s'infecte, purule et contamine d'autres organismes [...]. Un écrivain d'aujourd'hui se devra donc d’être toxique, comme le sont tous les grands révélateurs de vérité (34)
Face au « nihilisme occidental » ou au « politically correct », les écrivains se présentent et se représentent comme allant à l’encontre du sens commun, comme des « ennemis publics » (35). Aussi les romanciers ne s’expriment-t-il pas au nom d'un « nous » (sauf pour en annoncer la fin). Reste donc le « je » singulier, seul détenteur de la vérité. Pour preuve, la posture que Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec adoptent. Ils mettent en scène dans leurs romans une posture énonciative à la première personne qu’ils reconduisent ensuite en tant qu'écrivain au sein de l'espace public. « Je suis porteur de mauvaises nouvelles » (36) annonce Michel Houellebecq en écho au discours catastrophiste et lucide de Michel Djerzinski des Particules élémentaires. Prophète annonciateur de la fin des temps, l’écrivain ne peut qu’être condamné à l’isolement. Sa parole est par avance vouée à l’échec. Le propos est le suivant, repris à plusieurs reprises par Maurice G. Dantec dans ses interviews : « la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres l’ont point reçue » (37). Ou l’écrivain du XXe siècle retourné au « temps des prophètes » (38) Il ressort de cette posture prophétique que la tradition, l’opinion ou le souci du collectif ne sont pas – et ne peuvent pas – constituer un socle de valeurs valide pour l’écrivain. Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec désertent la « cité domestique », la « cité de l’opinion » et la « cité civique ». Sur quel socle de valeurs l’écrivain peut-il alors s’appuyer pour justifier son activité ? Et quelle peut être la fonction de l’écrivain et de la littérature dans un monde condamné ? Le paradoxe de l’écrivain n’a-t-il pas atteint son point limite ? Peut-être. Et c’est précisément ce constat qui ouvre sur la politique de la littérature de Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. Par sa situation à l’aube d'une mutation, l’écrivain se doit de prendre en charge une mission nouvelle, à la fois esthétique et spirituelle : c’est alors à une interrogation sur la forme de la littérature que les deux romanciers accordent la primauté, qui donnent à voir la dimension spirituelle de cette entreprise. Si tout est condamné – la culture, l’homme, le monde – il reste à l’écrivain de garder foi en la littérature, ou de trouver foi dans le Livre pour Maurice G. Dantec (39). Il s’agit, par l’écriture, de remettre en question, de re-créer en partant de la révélation ou de l’inspiration. Pour Michel Houellebecq, l’acte d’écrire est forcément testamentaire et prophétique : « J’annonce, en un sens, la fin de la civilisation occidentale. Circonstance aggravante: j'envisage l'apocalypse avec une certaine désinvolture. Et je vais jusqu’à envisager des possibilités de reconstruction » (40). L'écrivain/prophète conçoit la littérature à la fois comme un témoignage de la présence de l’homme sur terre et comme une Apocalypse. Il cherche par conséquent à repenser la forme romanesque dans le but de témoigner de « l’effacement progressif des relations humaines ». En effet ajoute-t-il, « [la littérature] n’est pas conçue pour peindre l’indifférence, ni le néant ; il faudrait inventer une articulation plus plate, plus concise et plus morne » (EXT, 42). Quant à Maurice G. Dantec, sa politique de la littérature mérite que l'on s’y arrête : - Le roman du XXIe siècle doit donc partir du constat suivant : les anciennes dialectiques, Bien/Mal, Humain/Inhumain, Bienveillant/Cruel, Beau/Laid, Esprit/Matière, Naturel/Artificiel, Art/Science […] sont désormais dissoutes par le monisme de puissance pure qui s'agite sous les séismes en cascade que produit l'ajustement historique en cours. Cette littérature [celle du XXIe siècle] doit au préalable s'appuyer sur une phase indispensable à son développement dans un monde en mutation rapide : - Être elle-même un facteur de mutation. Et donc se reposer sur une transmutation des valeurs (nous soulignons). – Prendre la culture du XXe siècle là où elle se trouve. Ce monde du XXe siècle a produit sa littérature dans le feu atomique et la suprématie de la technique, on n'en trouve pas trace dans les académies du bon goût et de l'art moderne officiel. Roman noir, science-fiction, culture underground, c'est de ces marges qu’il faudra partir pour construire le roman du futur, une machine littéraire synthétique, capable de croiser, au sens génétique, le thriller, l’anticipation, le roman criminel, le roman d'initiation philosophique, le journalisme de guerre, l’expérimentation psychédélique, le roman d'aventure, de voyage, d’espionnage sans s’effrayer de privilégier le panoramique au point de vue, sans complexe vis-à-vis des nouvelles technologies, des nouveaux langages, des nouvelles catastrophes […]. Cette production littéraire devra se considérer comme une arme de pointe chargée de bouleverser notre perception du monde, en y transmutant toutes les valeurs, en créant pour l'époque rien moins qu'une monstruosité esthétique, mais une monstruosité faite pour le siècle à venir, une être multiple, mutagène, porteur de tous les dangers (41)
Sur un ton imprécatoire qui mobilise un registre lexical souvent martial et/ou sacré empreint de normativité, Maurice G. Dantec expose ici sa justification ultime en tant que romancier ainsi que sa conception de la littérature au XXIe siècle. Le prophète annonce la fin et appelle de ses vœux l’avènement d’un nouveau monde par la littérature. Celle-ci, comme acte créateur – et donc destructeur – par excellence, est hissée au rang de valeur absolue. Il est intéressant de relever que ces deux projets de re-création globale – celle de l’homme, celle du monde – se font par le truchement de la rénovation esthétique : Michel Houellebecq veut proposer une esthétique romanesque plus conforme à sa conviction de l’extinction de l’Homme. Maurice G. Dantec, quant à lui, forge un outillage beaucoup plus complexe, « expérimental », plus adapté à un projet de création présenté comme sacré, la « littérature virale », envisagée comme une production dont l'objet est la contamination du monde actuel par une vérité issue de la révélation : - Le cerveau, le code génétique, les processus de cognition envisagés selon des modèles évolutionnistes en oeuvre dans le processus de création littéraire même, mais surtout comme nouvelles limites de la « nature humaine », voila ce que la littérature du XXIe siècle doit être en mesure de (re)produire (42)
Écrire pour « bouleverser », « transmuter » toutes les valeurs, pour créer une arme « porteu[se] de tous les dangers », pour « envisager des possibilités de reconstruction »… On le voit, les valeurs de la « cité inspirée » soutiennent tout l’édifice axiologique des deux romanciers. Ainsi, le combat de Maurice G. Dantec n’est autre qu'une révolution esthétique destinée à redonner toute sa place à la création. Si la littérature doit guider les hommes, elle doit être recréée pour à son tour (re)créer l’homme. Sans doute l’évolution de l’œuvre des romanciers vers la science fiction s’explique-t-elle par cette volonté de refonder un nouvel imaginaire, de revitaliser l’inspiration. C’est pourquoi la littérature est représentée avec tous les attributs du sacré et prend une tournure nettement religieuse : faisant état de sa conversion au catholicisme en 2004, Maurice G. Dantec voit en elle l’arme de la possible reconstruction spirituelle. Et si l’on en juge à l’aune de ses derniers romans, nous serions tentés de dire qu’il fait d’elle une incarnation du Verbe au service de la recréation de l’homme. La littérature, selon lui, doit en effet retrouver « le souffle mystique de certains textes sacrés, de certains codex (43) Ce prophétisme typique de la « cité inspirée » peut être envisagé comme une véritable « religion de l’écriture » (44). Pour les deux romanciers, la création ne doit souffrir aucune limite, encore moins celle imposée par le corps de l’écrivain. L’usage de drogues hallucinogènes durant la phase de création chez Maurice G. Dantec est en tout cas légitimé de la sorte, « l’écriture devenant le sujet même de la création, tout en assujettissant à elle l’écrivain » (45), lequel est ainsi quelque part dépossédé de sa faculté de création pour devenir un simple support de la révélation : - À partir du moment où le roman s’est imposé comme une vision de cette fin du monde – il faut savoir qu’apocalypse ne signifie pas « fin du monde » mais « révélation », il fallait que celle-ci se révèle, justement, à travers le processus littéraire qui se mettait en jeu dans mon cerveau […]. Et il faut que ça explose, que ça déverrouille tout un ensemble de concepts […]. Mais la vérité, ce sont les fous et les saints qui la connaissent (46)
La « religion de l’écriture » conduit alors à une expérience d'ordre mystique pour que le monde de la création (littéraire) rejoigne celui de la Création (divine). * L’analyse des représentations romanesques houellebecquiennes et dantecquiennes révèle une pensée profondément antimoderne. Rejetant les valeurs « mondaines » (ou temporelles), le réel (qu’elle estime condamné), les valeurs marchandes, industrielles et politiques, l’antimodernité nourrit une représentation prophétique du monde chez les deux écrivains pour lesquels les valeurs de l’inspiration, de la singularité et de la création, forment le socle d’un engagement ambigu. Ambigu parce qu’il n’est politique qu’indirectement – une sociologie de la réception tendrait en outre à prouver qu’aucune œuvre n’est politique intrinsèquement, et que la politisation des œuvres ne se joue que dans la réception critique des lecteurs (47) Nous entendons par là que les valeurs et les justifications de Houellebecq et de Dantec relèvent d’un système axiologique et thématique qui est d’abord spirituel et artistique, celui de la « cité inspirée » (ce qui tendrait à accréditer l’idée qu’il existe bel et bien un paradigme commun au mysticisme religieux et à la création artistique (48) et que si engagement il y a, celui-ci ne se fait pas en vertu de valeurs directement politiques – ou « civiques » pour reprendre la terminologie boltanskienne. Cette conclusion ne clôt pas l'idée d'un éventuel – faute de mieux – « engagement » des deux romanciers, ni n'annihile totalement la possibilité de procéder à une interprétation politique des romans : la présentation de soi comme porteur d’une révélation, la prétention à se dire hors du monde, à rejeter l’ordre politique au profit des impératifs de la création (et de la re-création) artistiques possède, encore et toujours une implication politique. Pierre Poucet(1) En guise d’exemple et de synthèse, Daniel Lindenberg, Le Rappel à l’ordre, Essai sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Seuil, coll. « La république des idées », 2002. (2) Selon certaines approches sociologiques, le scandale agit comme un révélateur, au sens quasi photographique du terme, des rapports de force, des structures, des espaces positionnels ou des normes qui lui préexistaient, Damien De Blic et Cyril Lemieux, « Le scandale comme épreuve. Éléments de sociologie pragmatique », Politix, n° 71, p. 9-38. (3) Sur la distinction entre posture explicative et posture compréhensive, (4) Nathalie Heinich, Ce que l’Art fait à la sociologie, Paris, Minuit, coll. « Paradoxes », 1998, p. 31 sq. (5) Nous nous référons principalement au modèle analytique des « cités », développé dans Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la Justification, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essai », 1991. Les valeurs inhérentes aux justifications, dans une approche boltanskienne, sont organisées en « cités », ramenées à un nombre de six. Ces « cités » fonctionnent comme des systèmes d’interprétation du monde. Ce sont des systèmes de valeurs qui servent de points d’appuis normatifs aux acteurs sociaux dans l’élaboration de leur argumentation ainsi que dans la justification qu’ils donnent à leurs pratiques sociales (6) Jérôme Meizoz, Postures littéraires, Mises en scène modernes de l’auteur, Genève, Slatkine, coll « Essai », 2007. (7) Benoît Denis, « Engagement et contre engagement. Des politiques de la littérature », dans Jean Kaempfer, Sonya Horev, Jérôme Meizoz (dir.), Formes de l’engagement littéraire XV-XXIe siècle, Lausanne, Antipodes, coll. « Littérature, culture, société », 2006, p. 103-118. (8) Ibid., p. 107. (9) Pour une description détaillée de cette « cité », Luc Boltanski et Laurent Thévenot, op. cit., p. 107-116 et p. 200-206. (10) Ibid., p. 200-206. (11) Antoine Compagnon, Les Antimodernes, De Joseph de Maistre à Roland Barthes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 2005. (12) Roland Barthes, « L’Effet de réel », Communications, n° 11, 1968, p. 88. (13) Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, Paris, Flammarion, coll. « J’ai lu », 1998, p. 9 (abrégé dans le corps du texte en PE). (14) Maurice G. Dantec, Villa Vortex, Paris, Gallimard, coll. « La noire », 2003, p. 197 (abrégé dans le corps du texte en VV). (15) Sur cette définition du politique, Pierre Rosanvallon, Pour une histoire conceptuelle du politique, Paris, Seuil, coll. « Philosophie générale », 2003, p. 18. (16) Sabine van Wesemael, « L’Ere du vide », RiLUnE, n. 1, 2005, p. 86. (17) Michel Houellebecq, Poésies, Paris, Flammarion, coll. « J’ai lu », 1999, p. 20. (18) Voir notamment Hannah Arendt, Le Système totalitaire, traduction par Jean-Louis Bourget, Robert Davreu et Patrick Lévy (1972) révisée par Hélène Frappat (2002), Le Seuil, coll. « Points Essais », 2005 ; également Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Pocket Agora », 1983. (19) Maurice G. Dantec, Grande Jonction, Paris, Albin Michel, 2006, p. 23 (abrégé dans le corps du texte en GJ). (20) Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie, Paris, Flammarion, coll. « J’ai lu », p. 17-18 (abrégé dans le corps du texte en HPL). (21) Sur ce point, Susan Robin Souleiman, Le roman à thèse ou l’autorité fictive, Paris, PUF, coll. « Ecriture », 1983. (22) Sur ces distinctions, Ibid., p. 25-30. (23) Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Paris, Flammarion, coll. « J’ai lu », 1994, p. 100 (abrégé en EXT dans le corps du texte). (24) Voir sur ce point l’interview de Maurice G. Dantec réalisée par Tremeur Couix le 25 octobre 2004. [En ligne], URL : /article.php/id/4725. Consulté le 12 février 2009. (25) Albert O. Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 1991. (26) Maud Remy Granger, op. cit., p. 127 (27) On pourra rétorquer que cet épilogue met en avant les valeurs du « monde industriel ». Mais on aura alors négligé le fait que les représentations de la société futuriste, dont le fonctionnement repose essentiellement sur une axiologie industrielle, demeurent largement péjoratives. Notons de plus que La Possibilité d’une île s’achève sur le constat d’échec de ce système social dictatorial et qu’il s’agit in fine dans la quête du narrateur de tenter de contribuer à la recréation de l'amour, du bonheur, détruits par « les temps malheureux et troublés » (PE, 7). (28) Maurice G. Dantec, Les Racines du mal, Paris, Gallimard, coll. « Série noire », 1995, p. 238. (29) Voir notre introduction p. 3. (30) Benoît Denis, art. cit., p. 107. (31) Michel Houellebecq, « Sortir du XXe siècle », dans Lanzarote et autres textes, Paris, J’ai lu, coll. « Librio », p. 73-74. (32) « Car, c’est une banalité de le noter, le concept d’idéologie se heurte frontalement aux représentations que le monde intellectuel sécrète sur lui-même […] ; l’idéologie conteste fortement la prétention des intellectuels ou des créateurs au désintéressement, à l’autonomie de la pensée et à la maîtrise émancipatrice que procure la connaissance », Benoît Denis, « Ironie et idéologie », COnTEXTES, numéro 2, L'idéologie en sociologie de la littérature (fév. 2007), [En ligne], mis en ligne le 15 février 2007. URL : http://contextes.revues.org/document180.html. Consulté le 12 février 2009. (33) Michel Houellebecq, Rester vivant et autres textes, Paris, J’ai lu, coll. « Librio », p. 55. (34) Maurice G. Dantec, Périphériques, Paris, Flammarion, 2003, p. 245. (35) Voir Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy, Ennemis publics, Paris, Flammarion, coll. « Documents et essais », 2008. (36) Michel Houellebecq, cité par Maud Remy Granger, op. cit., p. 22 (37) Maurice G. Dantec, Périphériques, Paris, Flammarion, 2003, p. 245. (38) Voir l’article de David Rabouin, « Dantec/Houellebecq : Le temps des prophètes ? », Le Magazine littéraire, n° 392, 2000 qui fait écho à Paul Bénichou, Le Temps des prophètes, Doctrines de l’âge romantique, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1977. (39) Après sa conversion au catholicisme en 2004, Maurice G. Dantec se définit comme un « catholique du futur ». Il a notamment signé plusieurs lettres ouvertes en qualité d’« écrivain catholique ». (40) Michel Houellebecq, « C’est ainsi que je fabrique mes livres », Entretiens avec Frédéric Martel, Nouvelle Revue Française, n° 548, janvier 1999. (41) Maurice G. Dantec, « Premiers principes de thermodynamique tranfictionnelle », p. 3-4. [En ligne], URL : /pdf.php/id/4930. Consulté le 12 février 2009. (42) Maurice G. Dantec, « Premiers principes de thermodynamique tranfictionnelle », art. cit., p. 4. (43) Maurice G. Dantec, « Avenir de la fiction », Nouvelle Revue Française, n° 561, avril 2002, p. 113. (44) Voir Vincent Descombes, Proust, Philosophie du roman, Paris, Minuit, coll. « Critique », 1987, p. 322. (45) Nathalie Heinich, Être écrivain, op. cit., p. 314. (46) Propos recueillis par Amélie Petit pour Evene.fr. [En ligne], URL :http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-de-maurice-g-dantec-183.php. Consulté le 12 février 2009. (47) Isabelle Charpentier (dir.), Comment sont reçues les œuvres ? Actualité des recherches en sociologie de la réception et des publics, Paris, CREAPHIS, 2006. (48) Jean-Claude Bologne, Le Mysticisme athée, Paris, Editions du rocher, 1995.
Toutes les réactions (46)
1. 25/10/2010 09:48 - Nejma
Deus quer, o homem pensa e a obra nasce.
2. 25/10/2010 13:36 - Kris
M'enfin il est bien cet article non ?
Personnellement je suis convaincu.
3. 25/10/2010 15:03 - Papydrone
Les critiques ne savent toujours pas quoi faire de Métacortex...
"Ce qui tendrait à accréditer l’idée qu’il existe bel et bien un paradigme commun au mysticisme religieux et à la création artistique".
C'est bien bien plus qu'un paradigme, qui n'est dépendant que d'une époque particulière. Le processus de création est plutôt de l'ordre d'une analogie de l'être avec la mystique, on pourrait dire identité d'être. C'est un état de l'être, pas une vision du monde. La mystique, la poétique, l'amour, c'est pareil. Créer et aimer sont en fait une seule et même chose. On aime vraiment que lorsque l'on sort de la vision du monde, pour qu'autre chose nous habite, nous transforme en véhicule, en serviteur. Une véritable transcendance.
Ce sont des écrivains de la destruction de l'amour en ce monde, l'être même de l'homme. C'est pour ça qu'ils sont autant attaqués, dans ce monde si cruellement incapable d'aimer.
Ceci dit, cet article mérite la une, évidemment.
4. 25/10/2010 15:19 - Swan
Enfin un article sérieux sur deux écrivains que les générations futures découvriront hors polémiques et sauront leur rendre justice. Il suffit de faire un tour sur le net pour voir à quel point ils ne savent plus quoi dire de négatif sur La Carte. Le soupçon du succès, ext. droite, beauf, etc. Idem pour Dantec mais sous une autre forme de calomnie.
5. 25/10/2010 16:38 - Nejma
Ainsi Pierre Poucet et Pierre Dos Santos ne seraient qu'une seule et même personne?
Bravo je suis bluffée.
6. 25/10/2010 16:48 - Bernard B.
Article très intéressant. Il est cependant un point essentiel que son auteur n'a à mon avis pas développé : même si les visions du monde et de son évolution sont similaires chez Houellebecq et Dantec, c'est-à-dire profondément sombres et pessimistes, on trouve quand même chez le second un appel à la résistance et un encouragement à lutter qu'il n'y a pas dans le discours de Houellebecq, plus défaitiste, résigné, àquoiboniste " puisque tout est foutu ".
7. 25/10/2010 17:47 - Nejma
Bernard,il s'agit d'un travail universitaire dont le thème est????????
"l' engagement des romanciers"ou du paradoxe entre pouvoir politique ou plutôt les relations qu'entretiennent ces auteurs dits de Droite avec le pouvoir politique, ou la relation d'étroite dépendance de ces hommes de lettres à la droite, ou comment tuer l'utopie ou comment les "belles- lettres" (en les personnes de MH et MGD) se soumettent au patronage étatique ou comment mettre en réseau ces deux auteurs pour les lire autrement que politiquement, ou comment deux écrivains privilégient le message au détriment du code et de l'art en ne risquant pas leur vie.
Mais j'en suis encore à me demander de quelle littérature et de quelle politique, il est question ici?
Monsieur Dos Santos, vous n'auriez pas un lexomil à me prêter?
8. 25/10/2010 22:58 - Nach Mavidou
Ce genre d'articles denses permettent d'aller plus au fond de l'œuvre de ces auteurs. Les mettre en rapport est un exercice enrichissant de leurs deux points de vue. La relation intellectuelle entre les deux est particulièrement intéressante et se situe, à mon avis, au cœur de ce qui se passe de mieux dans la littérature française contemporaine. J'ai failli écrire " au cœur de ce qui reste de...", mais un scrupule de respect envers d'éventuels talents inconnus ou encore à naître m'a fait préférer cette première formule.
9. 26/10/2010 10:55 - Nejma
Nach Mavidou, bien sûr que cet article est très intéressant, il ne faut pas tenir compte de mon post 7 parfois j'aime dire n'importe quoi. Je suis bluffée car pas trop convaincue par ces deux auteurs.
La promesse messianique d'un monde nouveau, c'est déjà dans la Bible.
J'avoue quand même que je ne suis pas toujours de mauvaise foi et que l'ami Pierrot a su me sensibiliser à certains enjeux et problématiques de notre futur.
Mais ce genre de vérités prématurées qui tend à prévenir des dangers, partant d'une insatisfaction du présent,existent déjà dans l'utopie littéraire. La(es) seule(s) différence(s) est(sont) que dans l'utopie le lieu diffère, il est quasi invisible, à part du monde et qu'elle offre un vrai projet de société.
Qu'a-t-on avec ces deux auteurs? Un projet de société qui vise à annoncer le déclin du monde, sans harmonie que ce soit avec la nature, la société où règne l'intolérance à l'extrême, une société perdue et dans le chaos? Alors qu'est-ce qu'on doit faire pour améliorer le monde lire Dantec et MH et attendre sa fin? Bon Monsieur Dos Santos ce n'est pas un Lexomil que vous allez me prêter mais toute la boite.
10. 26/10/2010 11:24 - HP
Avant le post de nejma (qui n'était pas le 1er hier), il y a avait un post traitant cet article de pastiche qui a disparu. Qu'elle en est la raison ? Peut-on soi-même retirer ses commentaire du site ?
11. 26/10/2010 11:53 - TitOeuf
C’est étrange, mais j’ai pour ma part, toujours considéré, à leur lecture, que ces deux auteurs étaient éminemment « modernes » au moins au sens des Lumières, à savoir qu’ils utilisent bel et bien les mêmes ressorts et postulats de tous les « modernes » de l’époque : pessimisme absolu vis-à-vis du devenir du monde « ancien » ; l’homme est absolument mauvais en soi-même et en toutes les passions qui peuvent possiblement l’animer (Religion, Tradition, et Autorité).
Leur posture de « prophète » correspond en bien des points à celle des « élites » voire même des « experts » de la « société Globalisante » actuelle, toujours « minoritaires » vis-à-vis de la multitude, mais seuls à même bien entendu de juger du bien, du mal et du devenir de nos sociétés,. D’ailleurs leur emploi systématique du terme « Je » consacre s’il en est l’individualisme galopant et le « Loft Story » mêlé au « Koh Lanta urbain » du vécu « in situ » (« j’y étais donc je suis valablement fondé à en parler à la première personne du singulier et vous seriez d’autant plus bien inspiré en conséquence à m’écouter et à prendre bonne note »).
Les autres « élites » et « experts » ne cessent également de nous rappeler en boucle à toutes heures du jour et de la nuit, l’ensemble de nos turpitudes en nous serinant que nous allons immanquablement périr sous les dettes et autres déficits, à moins bien sûr de nous ressaisir très vite, dans un élan enfin salvateur et rayonnant fatalement de leurs propres solutions et d’aucunes autres que les leurs.
Les prophètes d’hier risquaient la lapidation à tous les coins de rue (beaucoup y sont d’ailleurs passés ainsi) et les prophètes actuels seulement quelques petites mises en cause procédurales sans trop de conséquences, directes et indirectes, que de se déplacer aux tribunal correctionnel le plus proche du lieu de l’éditeur, et de conséquemment bénéficier au passage d’une luminosité médiatique ayant bien évidemment son importance en terme de marketing, publicité et vente. Et, en cela il est assez piquant de constater que les risques et dangerosité liés au métier de prophète contemporain sont inversement proportionnels, d’une part à ce que ces derniers décrivent dans leur livre, en terme d’ horreurs et autres tragédies (avérées ou supposées en fonction de l’axe empirique employé) et d’autre part aux rémunérations extraordinaires qu’ils pourraient percevoir avec tout l’aspect de récurrence dûment inclus aux fameux droits d’auteurs.
Finalement, ils se sont « libérés » eux-mêmes d’un poids considérable en terme de risque, se considèrent-ils pour autant toujours aussi « enchaînés » ainsi qu’ils le concluent pour l’ensemble d’entre nous, pauvres lecteurs………………
12. 26/10/2010 12:00 - bluenote
@nejma
Il est recommandé de les lire avant d'écrire n'importe quoi.
Oui prenez la boite de lexomil.
Cela nous épargnera vos commmentaires indigents niveau bréves de comptoir!
Santé.
13. 26/10/2010 12:01 - Nejma
HP, c'est une contribution. Cela va de soi que ce post je l'ai aussi lu et qu'il a été censuré. Les raisons peuvent être multiples, un jaloux, quelqu'un qui n'a rien compris, ou de la réaction sans grand intérêt tout comme mon post 7 qui peut-être aussi retiré car il n'apporte rien .
Par respect pour ce travail de recherche qui est quand même osé, et qu'il est rare de trouver en ces lieux un travail aussi intellectualisé et finalement bien moulu, je comprends que seules les réactions qui pourraient alimenter la problématique soient les bienvenues.
Pour ceux qui n'auraient pas compris le portugais, "Deus quer, o homem pensa e a obra nasce", signifie: Dieu veut, l'homme pense et l'oeuvre naît.
14. 26/10/2010 14:13 - Ichbinrodolphe
La différence entre nos " élites" catastrophistes et nos deux auteurs devrait pourtant sauter aux yeux; mais quel meilleur argument contre ces deux empêcheurs de penser en rond que de les assimiler aux élites et pourquoi pas en poussant un peu en faire leur porte parole.Alors que les premières dénoncent les malheurs humains (non le mal qui renvoie à une tout autre forme de raisonnement) comme le résultat d'une mauvaise organisation sociale ou humaine ,un défaut finalement que l'avenir saura corriger si l'on applique les bons conseils les bonnes recettes (et le réchauffement climatique paradigme dévotement inattaquable ,transcendant les artificielles oppositions entre la droite et la gauche n'en est -il pas le meilleur exemple ).pour nos deux héros (ah oui j'adooore !)le mal le seul le vrai fait partie intimement de notre être et à la différence de l'immense l'unique Soljénitsyne (oh c'est trop bon!)ne pourra que triompher.Bon c'est vrai qu'après juste les camps de la mort nazis, le Goulag (c'est oû ça?) les Laogaï chinois ,la démocratie de pol pot et cie ,ce XXI siècle serait bien bête de ne pas percevoir dans leur majestueuse splendeur tous les bienfaits de la modernité !Alors peuchère bêtement ils écrivent comme des réactionnaires antimodernes et pessimistes,qu'on se demande bien pourquoi...
15. 26/10/2010 14:16 - bluevelvet
@titoeuf
Ah ben le revoila l'expert en désinformation Titoéuf.
Alors ce rapport d'autopsie qui confirmerait la mise en cause d'Israel dans l'affaire des "zumanitairearmésquiveulent forcerleblocus".Ca fait des mois que vous l'avez promis.
En dehors de désinformer et de répandre la bonne parole de vos potes:vous faites quoi dans la vie?
Infiltation/désinformation?
16. 26/10/2010 14:21 - bluenote
Michel Houellebecq et Maurice Dantec n'écrivent pas pour les idiots.
Comme le disait Lacan a propos de la psychanalyse.
17. 26/10/2010 14:24 - Nejma
Bluenote, chez Auchan vous savez le slogan la vraie vie, celle qui vous motive,ils ont des cerveaux en promo. Si toutefois vous êtes au RSA, je veux bien faire acte de charité et vous l'offrir.
18. 26/10/2010 14:30 - Nejma
TitOeuf "A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto".
Bluenote merci à vous lire, je confirme que Dantec est un visionnaire, je vais revoir ma copie.
19. 26/10/2010 15:30 - bluenote
http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/les-bobamanes
Un petit peu de concret.
Pour reconnection neuronales.
Qui a VU CELA a part Dantec?
Un nom un seul.
A la votre.
20. 26/10/2010 15:33 - bluenote
Précision: Ecrit le 10-11-2008
SOIT LE LENDEMAIN DE l'élection du" messie "des bobos.
21. 26/10/2010 15:39 - TitOeuf
Cher « IchBin » tous les « modernes » de l'époque des lumières ont pris appui sur l'extrême horreur des guerres civiles et étrangères, de type idéologiques ou de religion, pour postuler leur nouvel ordre philosophique consistant à saper toute croyance et toute soumission, tant au trône, qu’ à l'autel.
La passion que les hommes octroyaient aux croyances religieuses et la mégalomanie des Rois étaient dès lors à proscrire au plus tôt, puisqu'elles nous menaient immanquablement à l'apocalypse total, selon ces même penseurs modernes, qui s’inscrivaient donc bel et bien dans un mouvement de type « Millénariste » (« le mal est en tout homme, et le pire arrive bientôt, oyez, oyez bonnes gens, écoutez moi ») qu’ils n’animaient certes pas, mais auquel ils faisaient tous très souvent référence.
Il est étrange que personne ne rappelle que les tenants du monde « ancien », Rois et Princes, raffolaient en leurs salons de tout ces penseurs aux parfums si exotiques de modernité, tant et si bien, que cela en a littéralement tué une grande partie de leurs pouvoirs, issus du Divin.
Nos deux penseurs actuels si iconoclastes soient-ils, et selon vous « anti-conformistes », (bien que les Tribunaux leur donnent systématiquement raison, quel « empêchement de penser en rond » vraiment, lorsqu’on est sans cesse conforté par des Juges…), mais pourquoi pas finalement, ravivent la même rengaine du pessimisme et d’une imminence de fin des temps, mais avec une variante toutefois et qui a son importance, car les Rois et Princes ne sont plus du tout la cible, mais ce sont désormais les « citoyens/consommateurs » pris en leur ensemble, dans toutes leurs habitudes, comportements, et attitudes mesquines, faîtes de veuleries et de petites lâchetés cumulées, qui sont clairement en ligne de mire.
Les « citoyens/consommateurs » n’ont qu’à bien se tenir, ou ils finiront comme les Rois et Princes d’antan, et leur pouvoir d’achat avec, issu du Divin marché.
Quoiqu'il arrive cela sera fatalement de notre propre faute à tous, ce qui tombe éminemment bien en terme de responsabilité pour la minorité qui décide toujours à notre place (petit transfert de responsabilité au passage, ...."même si c'est moi qui t'ai proposé le "produit/progrès", c'est toi qui l'utilises bel et bien" ni vu, ni connu je t'embrouille....).
J’en tremble d’avance bien entendu, et puis je ne suis pas blasé pour un sou en plus, même si j’entends cela à longueur de journée : H1N1, Dettes Empiriques, Réchauffement Climatique, Armes de Destruction massive en tout genre et partout de surcroît.
@ Nejma, lorsque cela sonne de toutes parts, nul besoin de radar…….lol….
@ Bluevelvet, dirigez vous vers le billet concerné.
22. 26/10/2010 15:50 - bluenote
Relire "La Chose venue de notre monde "sur le site de Dantec
.A l'heure ou se réouvre le procés " du gang des barbares"TOUJOURS A HUIT _CLOS:Parcequ'il
ne faut pas que l'on entende trop fort ce qu'Ilan Halimi a subi.Il est urgent de relire ce texte et de le faire circuler sans modération.
@Titoeuf votre "conseil" :nul bessoin de radar..etc..cela signe ce que vous êtes.
23. 26/10/2010 15:55 - TitOeuf
Cher Bluenote,
Votre "huit clos", signifie-t-il qu'ils ne sont que huit et pas un de plus ??
Mais quel que soit leur nombre, ce type de procédure exceptionnelle m'a toujours vivement déplu.
24. 26/10/2010 16:22 - Margaux Leridon
Il y a effectivement qqch de naïf dans le commentaire 9, qui, si j'ai bien compris, reproche à Houellebecq et MGD d'avoir cerné le problème sans proposer de solutions. On n'a jamais demandé à la littérature d'apporter des solutions. Je ne suis pas non plus d'accord avec l'assimilation facile du pessimisme des deux auteurs avec le catastrophisme ambiant (com. 11).
Cependant, toute grande amoureuse de Houellebecq que je suis (je ne connais pas bien Dantec, btw), je suis obligée de reconnaître que le moment est peut-être venu pour la littérature de dépasser le prophétisme apocalyptique. Dantec dit qu'il faudra créer des "monstruosités esthétiques"; c'est déjà fait. Les romans de Houellebecq, mais aussi Les Bienveillantes de Littel par exemple, sont des monstruosités esthétiques en ce qu'ils exploitent le mal inhérent à l'humain pour créer du beau. Je ne dis pas qu'ils nourrissent nos pulsions morbides en esthétisant le mal comme le font pas mal d'auteur "trashs" de bas étage; j'ai le plus grand respect pour leurs oeuvres qui sont pour moi ce que le XXI siècle a pour l'instant fait de mieux. Mais j'ai l'impression que cette alchimie incroyable qui consiste à partir de la violence et de la laideur pour fabriquer des objets d'art tend à devenir la seule forme d'art possible. C'est une des conséquences logiques du désenchantement du monde. Difficile, pour l'artiste lucide, de voir autre chose que le mal. Ne reste plus pour lui, si il veut rester artiste, qu'à faire de ce mal son matériaux de base. Ce serait dommage. Je crois en la beauté du monde. Elle est extrêmement difficile à percevoir pour l'individu éclairé, mais l'artiste qui réussira à la saisir et à la fixer, sans pour autant sacrifier sa lucidité, n'en aura que plus de mérite.
25. 26/10/2010 16:25 - bluenote
Huis-Clos
Ils sont 17 sur le banc des accusés.
La cChose n'est pas la.
Ca ferait 18
Soit dix-huit.
A torturer.
26. 26/10/2010 16:42 - ichbinrodolphe
Délicat tituffe:Qu'ils n'animaient pas certes mais auquel ils faisaient très souvent référence"Quoi :le millénarisme! Qui :" les penseurs modernes qui sapaient trône et autel ." DeDieu!!!Voltaire Diderot Kant le pauvre chou aussi pourquoi pas! On se sent pas à vrai dire en si mauvaise compagnie ! Pour le reste si nos penseurs sont confortés par de si vilains juges c'est bien qu'on doit les trainer souvent au tribunal non,?Petite erreur, une broutille: anti conformiste et iconoclaste ne figurent que dans votre texte car il ne s'agit vraiment pas de ça, pas plus qu'il ne s'agit de dénoncer(?) le citoyen consommateur ( que c'est mignon!)mais de décrire un système qui favorise ou impose des désirs et modes sociaux et oû il ne fait peut être pas si bon vivre que ça ,malgré votre grand optimisme.Tiens j'oubliais parmi les grandes joies du XX siècle 14-18 qui fit dire à un très vilain pessimiste :nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles ;sans même parler de Darwin...
27. 26/10/2010 17:06 - Papydrone
@margaux
Ce n'est pas tant qu'il faille partir de la violence et la laideur pour créer une œuvre d'art aujourd'hui. La démarche des deux auteurs consiste plutôt à prendre le monde dans sa positivité. Prendre le monde tel qu'il est, les hommes et leurs relations, pour ce qu'ils sont, et lancer la machine à écrire. Ils prennent acte, chacun à leur manière, de l'effondrement, de la dissolution de l'homme dans/par la technique, de la disparition de l'amour, remplacé par le calcul. Ce n'est pas une posture esthétique, comme peut-être chez Littel. C'est plutôt de l'ordre de l'impératif, du simple constat.
Sur la question de la beauté, ils montrent tout deux, surtout Dantec à mon avis, qu'elle est là, toujours présente, indestructible, incorruptible, même dans un trou noir comme Métacortex, livre qui dérange, pour le moins. Vous trouverez la même chose dans le bouquin de Cormac McCarthy, La Route, sous une autre forme.
Le prophétisme apocalyptique n'est pas un genre littéraire, il correspond à l'état du monde, de ce monde. Ce sont tout simplement des auteurs réalistes, au sens premier du terme. Sauf que le réel aujourd'hui est devenu diluvien, quelqu'un comme Raymond Abellio en parlait déjà dans les années 1950, quand ça faisait la fête dans les caves de St germain.
28. 26/10/2010 17:47 - TitOeuf
Cher "ichbin", la banalité du mal fera toujours plus recette que la banalité du bien, qui est beaucoup moins trash et moins gore forcément.
La représentation artistique de la banalité du mal est juste une exploitation de la fascination du pire, ancrée au plus profond en chacun de nous.
Nos élites le savent bien du reste, vu que la nature même de leur mandat, est notre "sécurité", et dire qu'elles jouent souvent de cette corde sensible, est finalement un doux euphémisme.
Et nos élites sont quelque part aussi des artistes, du genre acteur dirons nous.
29. 26/10/2010 18:14 - Nejma
Margaux Leridon, quand j'achète un bon vin, je veux me régaler sauf si vous aimez souffrir du palais et avoir quelques soucis gastriques remarquez le masochisme est une quête qui se défend aussi. Quand j'achète un livre, j'en attends aussi un ravissement, vous savez distinguer le fond de la forme dans l'esthétique moi non. Donc mes choix ne sont ni altruistes, ni naïfs mais bel et bien orientés vers mon égo.
30. 26/10/2010 21:59 - Gaël
@Titeuf,
Je ne vois pas trop quels genres de poux vous allez chercher à ces auteurs, concernant l'utilisation du "je"(11). S'autoriser à utiliser la première personne du singulier? En effet quelle drôle d'idée lorsqu'il s'agit de prendre la parole et d'exprimer son point de vue propre? Devraient-ils accéder à ce privilège par référendum? Seraient-ils plus inspirés de prendre la parole des autres, utiliser la première personne du pluriel, le nous égalitaire? Je suppose que vous parlez des interventions, articles et journaux: mais ils ne sont pas journalistes, ils n'ont pas à aller dans le sens du monde, ils n'ont pas obligation de neutralité. Bien au contraire.
De même, mais cela ne s'adresse pas uniquement à vous, je ne crois pas que l'écrivain, l'auteur, le fictionniste comme vous voulez, soit un "artiste". Je ne pense pas que la finalité-ni le moyen d'ailleurs-d'un auteur soit le "beau", ni de "faire de l'art". Un roman n'est pas beau, ce n'est pas une oeuvre d'art, oeuvre picturale qui s'admire et où le "goût" de chacun peut y être projeté. Il n'y a pas d'esthétique, mais un style, auquel on peut être sensible, point. Le roman est imposé au lecteur tel quel qui ne peut en aucun cas s'y projeter, mais y etre aspiré. Ou rester au bord du chemin.
@Margaux:" Mais j'ai l'impression que cette alchimie incroyable qui consiste à partir de la violence et de la laideur pour fabriquer des objets d'art tend à devenir la seule forme d'art possible", Hélas, sans doute parce que la violence et la laideur sont les seules formes de vie/monde qui existent.
Salutations
31. 26/10/2010 23:43 - florence
Plutôt que la fascination pour la violence extrême (déguisée en combat mystique -et branché- pour le bien) chez Dantec, ou la tentation du vil chez Houellebecq, lisez ou relisez "lolita", vous verrez que le mal radical qui est dans l'homme peut aussi servir de piédestal à la beauté (car Nabokov a créé en littérature la jeune fille de 12 ans, et cela grâce à son art, n'en déplaise à Gaël).
Hors sujet, me direz-vous, rien à voir avec MH ou MGD, mais justement, ça assainit l'atmosphère.
32. 26/10/2010 23:49 - Margaux Leridon
@Florence: c'est marrant que vous citiez Lolita, c'est un de mes livres préférés. Et effectivement, vous avez raison. Mais je continue de penser qu'autre chose est possible.
33. 27/10/2010 13:22 - Nejma
@Florence, il n'y a pas de bons ou de mauvais lecteurs, en cela je partage le point de vue de Gaël qui l'explicite parfaitement avec ses références à la sensibilité, projection ou rester au bord de la route.
Merci pour Lolita je ne connais pas.
@Margaux, on n'a jamais demandé à la littérature d'apporter des solutions?
Je parlais de l'Utopie car j'ai lu la contribution (et même plusieurs fois), "revoyez" le passage sur la dystopie.
Les œuvres littéraires sont purement et simplement des émanations de la subjectivités des auteurs, de leur caractère, de leur intimité, leur intériorité et de ce qui les caractérisent le plus profondément. A partir du moment où ces auteurs sont vus comme des prophètes, et qu'ils ont surtout recours au pathos pour délivrer un message, c'est bien qu'ils ont en référence un monde idéal. Non ils sont là juste pour pointer sur "la lente décomposition du monde contemporain à partir d’un point précis de l’Histoire." et "donne à voir un rejet ou un dégoût du monde moderne, trop moderne pour subsister au vu des bouleversements qui l’affectent." "C’est finalement la certitude de l’extinction de l’espèce humaine qu’exposent les romanciers dans leurs fictions."
"Autrement dit, l’homme est naturellement mauvais et sa libération par le progrès ne peut être qu’un leurre. "
Alors la mode est au pessimisme, il nous est interdit d'être optimiste, cela fait ringard aujourd'hui d'aller à l'église de croire en Dieu. Si il faut croire en Dieu pardon mais à la mode Dantec, en fumant du cannabis et en prenant des LSD. Surtout surveillez bien votre voisin et soyez content vous n'êtes pas ringard, vous êtes in vous avez vos nouveaux prophètes.
34. 27/10/2010 14:22 - TitOeuf
Ne vous méprenez pas Cher Gaël, quelques petits poux n’iront jamais nuire à la célébrité d’ores et déjà plus qu’acquise de ces deux auteurs, dont je suis, et reste par ailleurs, un lecteur assidu (d’autant plus qu’en terme de constats sociologiques chimiquement purs, Houellebecq a selon moi, éminemment raison sur bien des points et j’aime parfois m’envoler dans les sphères futuristes Dantecquiennes).
Cela étant, et comme le souligne fort bien dans son billet « El Senor Dos Santos » ces deux auteurs font d’incessants allés retours entre deux genres littéraires, roman et essai, pour ensuite intervenir avec des positions très fortement appuyées dans les médias, passant donc ainsi « d’auteurs » à « militant », ce qui n’est plus du tout la même posture, et vous en conviendrez aisément j’imagine.
Il est bien évident que je suis respectueux des engagements militants pris par ces deux auteurs, mais sans m’interdire dès lors de porter critique, non pas sur certains de leurs constats, évidemment inattaquables quant à la véracité des faits qu’ils impliquent, mais surtout quant à la responsabilité ou plutôt au défaut de responsabilité de telles situations, que ces deux auteurs attribuent à la « masse bêlante » ou bien à « l’élite » seule initiatrice des directions que doivent prendre nos sociétés, et ce depuis des lustres.
Que nos sociétés modernes de la raison, et du progrès qui lui est étroitement lié, soient devenues perverties à un point tel, que Pascal était déjà dans le vrai en 1651 avec sa première vive critique des modernes, établissant préventivement une ligne de démarcation entre « sens » des « anciens » et « raison » des « modernes » dans sa « Préface pour un Traité du Vide » est une chose, qui ne doit en rien nous faire oublier que « les élites » modernes, qui nous dirigent, tout en étant « minoritaires » au possible, traduisent bel et bien, dans tous les faits de structures étatiques contemporaines, la même architecture d’autorité que dans les temps « anciens », à savoir une « Oligarchie » (déjà pré définie par Platon et caractérisée ensuite par les Romains dans l’une des étapes politiques de leur Grand Empire).
Que nos deux auteurs, omettent presque systématiquement de pointer du doigt ces mêmes « élites » en leur part de responsabilité pleine et entière du désastre actuel, les rendent éminemment « modernes » et non pas « anti-modernes », contrairement à ce qu’affirme « El Senor Dos Santos » (car l’anti-modernité procède de la part de responsabilité frontale du face à face de chaque homme pris en sa qualité de guerrier et/ou de chef de clans) puisque la « modernité » consacre elle, bel et bien de son côté, la fuite continuelle des « élites » de l’originelle « obligation de résultat » à une très démocratique, très diluée, et donc bien opportune, « obligation de moyen » du jamais coupable, ce qui change évidemment tout.
Donc, nos deux auteurs, très « modernes », nous invitent tous, en tant que « masse bêlante » à retrouver le « sens » des anciens, dont sont étrangement exonérées nos « élites » , « sens » qui fut également ainsi qualifié par Erasme : « Quel nom faut-il donner à l’acte de Chrétiens qui se déchirent entre eux, alors que tant de liens les unissent, qui font durer le massacre pendant des années, pour on ne sait quelle raison, pour une animosité personnelle, pour une sotte ambition de jeunes gens ? »
Un Mai 68, même inversé, reste toujours un Mai 68, "Mai" à qui tout cela profite-t-il vraiment ?
35. 27/10/2010 21:24 - Gaël
@Titeuf,
J'entends bien votre point de vue, mais que peuvent bien faire deux écrivains "modernes", contemporains à tout le moins, coincés entre "l'élite" et la "masse bêlante" si ce n'est précisement à les enjoindre l'un et l'autre à la responsabilité de leurs actes. ils ne peuvent que se débattre dans cette gangue démocratique où le peuple (la plèbe aurait dit Robert Poulet) est censé gouverner à la place de l'élite (ce que veut nous faire croire la CGT à chaque manif par exemple), et une "élite" de moins en moins élitiste (la vraie question est de savoir s'il reste des élites?) et gouvernante, faisant son possible pour faire peuple, et y parvient. Le socialisme-libéral pour tous. Je pense que MH et MDG (on fait court hein) ne font que rendre la monnaie de leur pièce à qui de droit.
Relisez sans modération les 3 TDO de Dantec, vous verrez qu'imanquablement ces élites sont dûement nommées et accusées de leurs torts, verbalement tancés, ce qui lui vaut bien des inimitiés vous serez d'accord.
Quant à la "position appuyée", en effet il vaut mieux être bien calé si l'on prend celle du tireur couché...contrairement à ce que l'on essaye de faire croire, ces deux auteurs n'ont pas pignon sur rue dans les médias : quand on parle d'eux, ce n'est jamais gratuit, soit c'est l'invective et le pugilat ("l'affaire du bloc identitaire" Dantec en 2004, le procès-pantalonnade de Houellebecq en 2005 je crois), soit la déformation des propos,(méthode Ardisson et le montage mensonger, prix Pravda pour l'ensemble de son oeuvre) l'étiquetage a la dent dure: quelle est la réaction de vos interlocuteurs lorsque vous exprimez le simple fait que vous LISEZ ces auteurs? Je ne parle même pas de dire quels points de vue vous partagez, c'est verouillé, vous êtes catalogué par la même occasion. Il n' y a que dans une dictature où la pensée peut vous ostraciser à ce point .
Bref, j'extrapole.
La technique la plus usitée par la presse reste encore la censure, car où avez-vous lu une chronique de Métacortex? Nulle part. Excusez-moi mais je tenais à rétablir ces faits, leur célébrité à un prix que peu sont enclins à payer.
Je remarque à l'instant que votre dernière phrase répond d'elle-même à votre questionnement :
"Donc, nos deux auteurs, très « modernes », nous invitent tous, en tant que « masse bêlante » à retrouver le « sens » des anciens, dont sont étrangement exonérées nos « élites »". C'est précisement parce que les auteurs considèrent que les élites sont incapables d'effectuer ce retour au "sens" que leur "exigence" se porte vers la population. Que penser en effet d'un peuple qui ne fait que penser et n'agit pas? Ce qui est souvent reproché à ces deux auteurs, c'est précisement cela : ils n'ont aucune fascination pour le pouvoir, aucun respect pour le Peuple. Ils n'estiment pas avoir de comptes à leur rendre. Cela n'est guère "moderne", isn't it?
Je répondrai à Erasme par cette phrase de l'Evangile "Je ne suis pas venu pour apporter la paix, mais l'epée, car je suis venu opposer l'homme a son père, la fille à sa mère, la bru à sa belle mère. On aura pour ennemi les gens de sa famille" St Marc,10, 34.
36. 27/10/2010 22:30 - Papydrone
@ Nejma
"Il faut croire en Dieu pardon mais à la mode Dantec, en fumant du cannabis et en prenant des LSD."
Qui a dit ça, qu'il "fallait", à part vous ?
37. 27/10/2010 22:36 - florence
"quelle est la réaction de vos interlocuteurs lorsque vous exprimez le simple fait que vous LISEZ ces auteurs? Je ne parle même pas de dire quels points de vue vous partagez, c'est verouillé, vous êtes catalogué par la même occasion. Il n' y a que dans une dictature où la pensée peut vous ostraciser à ce point ."
@ Gaël,
Il ne faut pas sans cesse se poser en victime de la "bien-pensance", faisant là la même chose que ceux qui sont habituellement dans votre colimateur. Vous révélez sans le vouloir que vous êtes leur semblable, leur double inversé, comme dirait René Girard. Quand on prétend ne pas penser comme la masse formatée, il faut aussi avoir le courage qui va avec, courage d'ailleurs bien modeste car contrairement à ce qui se passe dans une dictature, vous n'aurez pas à payer de votre vie votre liberté de penser; tout au plus quelques connaissances vous battront froid, ce qu'un résistant devrait quand même pouvoir supporter.
38. 28/10/2010 00:40 - Gaël
Ma pauvre florence,
Je ne crois pas m'être jamais posé en victime de qui ou quoi que ce soit, et je ne révèle rien involontairement : je SUIS leur double inversé, comme vous êtes celui de quelqu'un d'autre. Bien sur que je fais la même chose, c'est pour cela qu'on se rentre dedans régulièrement,sans cesse non mais je reste rarement sur le bord du ring.
" Quand on prétend ne pas penser comme la masse formatée"; D'une je ne prétends pas à celà mais m'y emploie chaque jour dans l'espoir de ne pas y retomber, de deux j'ai un problème: par cette dénonciation/opposition à ma prétention venant de vous, vous prétendez penser comme cette même masse? Vous êtes formatée?
Et je parlais du procédé d'ostracisme, ce qui ne vous suffit pas apparement, il vous faut une vraie diKtatür de carte postale avec tout plein de soldats et de "papier bite!" dans la bouche. Je parle effectivement de la dictature dissoute dans la démocratie-chérie, dans le réflex citoyen du soupcon inculqué-ben tiens c'est marrant!-dans les dictatures précisement. Ce même réflex qui aujourd'hui fait que Mr Taguieff à une merde collée à la semelle nomée MRAP. Mais peut-être qu'il faut attendre que quelqu'un paye de sa vie pour que vous consideriez qu'il a du courage. On meurt très peu en France, il est vrai, pour ses idées. Mais les idées des autres peuvent vous tuer. Ou vous "griller", aujourd'hui c'est une forme de mort. Mon courage, eh bien, combien mesure le vôtre?
Quant au mot résistant, je vous répondrais la même chose qu'aux petits malins qui l'utilisent sans à-propos en s'essayant à l'ironie : j'espère que le fantôme de feu mon grand-père viendra hanter vos nuits.
39. 28/10/2010 13:43 - Poucet
Oui, cet article soulève de belles questions. En particulier la correspondance entre le réel et l'apocalypse, comme l'a pointé Papydrone, chez Dantec et Houellebecq. Tous deux sont effectivement des écrivains réalistes mais parce qu'ils se placent d'abord dans une perspective eschatologique. Cela me semble premier, dans leur approche du réel. Houellebecq part de mutations métaphysiques, Dantec , sans la nommer de la même manière, part du même constat. A partir du moment où on possède cette conscience aigue de l'Apocalypse - qui est aussi Révélation, dans son acception la plus religieuse - on ne peut qu'entrapercevoir les éventuelles sorties de cet état de fait par le mysticisme, ou la eligion, qui n'en est qu'un aspect. Le salut n'est plus de ce monde.
40. 28/10/2010 20:57 - florence
@ Gaël,
"vous prétendez penser comme cette même masse? Vous êtes formatée?"
a vrai dire je ne sais pas; il m'arrive de penser comme la majorité des gens, il m'arrive aussi de penser différemment... suis-je formatée? on est toujours le formaté de quelqu'un, le bien pensant de quelqu'un, le facho de quelqu'un.
"Je parle effectivement de la dictature dissoute dans la démocratie-chérie, dans le réflex citoyen du soupcon "
Cette dictature dissoute, c'est le poids des conventions sociales; je pense que jamais aucune époque n'y a échappé. D'ailleurs on sent bien que les choses sont en train de se retourner en faveur des idées qui vous plaisent; je me demande si vous trouverez toujours cette dictature dissoute aussi insupportable quand elle aura achevé sa mue.
"le réflex citoyen du soupcon "
ce reflexe dont je parlais il n'y a pas si longtemps sur ce site, à propos d'un article qui traitait les grévistes et manifestants d'infâmes privilégiés et les jeunes d'imbéciles et dont toute l'inspiration était justement le soupçon. Ce soupçon et cette jalousie sociale qui minent toutes les classes de la société.
"Quant au mot résistant, je vous répondrais la même chose qu'aux petits malins qui l'utilisent sans à-propos en s'essayant à l'ironie : j'espère que le fantôme de feu mon grand-père viendra hanter vos nuits. "
D'abord j'aime bien les fantômes et je serais très heureuse de rencontrer celui d'un résistant (un vrai ... oups). Sachez que mon grand père lui aussi a fait des choses qui auraient pu lui couter très cher mais le courage de nos grand-pères leur appartient et n'est en rien la mesure du notre.
sans rancune j'espère,
florence
41. 28/10/2010 23:16 - Gaël
Ma virtuelle florence,
Il va falloir vous atteler à la tâche et expliquer, s'il vous plait, quelle mue effectuera cette dictature, c'est-à-dire la vôtre, car je "soupconne" que nos définitions divergent sur ce point (tout comme celle de la liberté cela va de soi). Pour votre plaisir de militante de la lu-u-u-tte des classes, je serais votre dévoué facho.
Je n'ai aucune rancune lorsqu'il s'agit de discuter des idées, et pour être rancunier il faut au minimum avoir été blessé dans son orgueil. Vous pouvez dormir sereinement.
42. 03/11/2010 19:55 - Constanza
Il y a deux prophétismes : un prophétisme apocalyptique et totalitaire et un prophétisme utopique et chrétien. Pour Dantec et Houellebecq, c'est le premier, quoiqu'en pense ce stupide prof lillois.
43. 04/11/2010 15:33 - Papydrone
"Un prophétisme utopique et chrétien". C'est vrai que le prophétisme chrétien est utopique par nature. Suffit juste de relire Saint Jean pour s'en convaincre... Comme si le prophétisme n'était pas autre chose que la pointe avancée du RÉEL ! Du réel de l'homme. Le prophétisme utopique et chrétien s'est déjà pas mal manifesté au siècle dernier, ça s'appelait le communisme. Les lendemains qui chantent, tout ça...
Deux prophétismes ? Ah bon. Genre un bon petit truc à la carte. Histoire que le p'tit petzouille y trouve son compte...
44. 04/11/2010 20:06 - constanza
Il n'y a de prophétisme qu'hébreu, c'est-à-dire "réellement" chrétien. Les néo-gnostiques sont dans l'incapacité de comprendre cela : qu'ils continuent à baver sur Dantec et l'autre couillon...
45. 04/11/2010 21:13 - Papydrone
Ouais... brumeux ton affaire...
Qu'est-ce donc ce "prophétisme hébreu, c'est-à-dire "réellement" chrétien" ?
Et c'est quoi un néo-gnostique, pour toi ?
46. 05/11/2010 20:59 - Papydrone
Ouais...un troll quoi...
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Dernière réaction Deus quer, o homem pensa e a obra nasce.  25/10/2010 09:48 Nejma
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