Le peuple dans ou sur la justice ?
SURLERING.COM - FRANCE - par Philippe Bilger - le 24/11/2010 - 6 réactions -
Le président de la République n'est pas infaillible et ce qu'il décide de lancer dans le débat public n'est pas forcément à admettre sans réserve. La démocratie, c'est précisément ce qui se met en action après les décrets présidentiels.
 Le garde des Sceaux semble tenir pour vérité acquise la parole du chef de l'Etat au sujet de la participation des citoyens aux tribunaux correctionnels et auprès des juges de l'application des peines (JAP). Il projette toutefois l'ouverture d'une concertation au début de l'année prochaine, ce qui laisse toutes ses chances à la qualité du débat et à des conclusions qui pourraient être libres et critiques. Quand Rachida Dati, qui se rapproche de la lucidité au fur et à mesure qu'elle s'éloigne de la place Vendôme, souligne qu'il "faut faire très attention", elle n'a pas tort (nouvelobs.com, jdd.fr, Europe 1, Le Figaro, Le Parisien).
D'abord, être bons joueurs : l'idée du président, annoncée dès le mois de septembre, n'est pas facile à récuser dans son principe. Qui pourrait s'opposer à l'exigence légitime d'associer encore davantage les citoyens à l'oeuvre de justice ? Au lieu que celle-ci soit accomplie sous leur égide, ils y apporteraient une contribution directe comme pour les cours d'assises. Une fois qu'il est rendu hommage à la vertu de ce voeu, il convient tout de même, après la fête de l'imagination, de s'attacher à la loi du réel et de quelques certitudes. Sans tomber dans l'affirmation détestable d'une compétence trop sûre d'elle, je ne voudrais pas que ce sujet relève du registre du football où il n'est personne qui ne se croie éclairé pour en parler ou pour sélectionner. Parce qu'il serait question du peuple, chacun pourrait formuler une opinion valide sur la relation de celui-ci avec la justice sans connaître rien, par exemple, du débat criminel. Que d'approximations alors, comme celles de Caroline Fourest dans son billet du Monde : "Vers une justice populiste" ! Le président lui-même, dans son intervention d'après le remaniement, n'en a pas été exempt lorsqu'il a cherché à justifier sa volonté de changement judiciaire en affirmant - de mémoire - que les verdicts des cours d'assises ne sont jamais contestés. Alors qu'il est très rare qu'ils ne le soient pas malgré l'instauration de l'appel. Les médias sont là pour recueillir les doléances des avocats des condamnés et on est prêt à tâter de la révision sans hésitation !
Cette approche montre combien il est difficile d'induire des pratiques des juridictions criminelles des régles indiscutables pour l'ouverture au peuple des tribunaux correctionnels.
Fervent défenseur du jury, je suis tout de même obligé de constater qu'il est de moins en moins facile de faire venir les citoyens pour l'exercice de leur devoir, qu'ils traînent des pieds et de l'esprit même s'ils repartent métamorphosés, enrichis et souvent soulagés. Certains filent sans demander leur reste quand d'autres plus rares ont clairement pris la mesure de ces tragédies qu'ils ont été appelés à juger.
Ces réserves qui atténuent un tableau tactiquement ou par ignorance trop sulpicien ne rendent pas moins irréfutable le fait que c'est là, dans cet espace judiciaire, que se crée et se noue le lien le plus fort, le plus intense entre la société et les juges, entre les magistrats qu'on découvre et les citoyens qu'on écoute enfin. Si une reconnaissance réciproque s'effectue, il serait imprudent - seuls les démunis d'expérience s'y essayent - de laisser croire à des lignes directrices qui permettraient d'affirmer la sévérité des jurés contre le laxisme des professionnels. Ce qui est évident au contraire, c'est l'imprévisibilité qui oscille au gré des crimes dont certains suscitent l'indulgence et d'autres une rigueur extrême sans qu'il soit toujours possible de dégager ce qui les a inspirées, l'une et l'autre. A la cour d'assises, à son vif étonnement, le juré se voit tantôt plein de mansuétude tantôt infiniment sévère, c'est selon.
Penser que dans les tribunaux correctionnels ou pour l'exécution des peines, il viendra nécessairement apporter une pierre répressive à la démarche des juges serait une erreur. Une donnée fondamentale doit par ailleurs être prise en compte qui viendra, avec d'autres éléments, battre en brèche le caractère apparemment irrésistible de ce désir d'élargissement.
On a immédiatement évoqué le coût d'une telle réforme alors que des juridictions ne sont parfois plus en mesure, faute de moyens, d'assurer le matériel minimal et que, plus généralement, notre univers n'est pas à ce point pourvu qu'il puisse s'engager dans des démarches qui sur le fond de la justice ne sont pas vraiment nécessaires. La disponibilité du citoyen, qu'imposerait aussi une telle révolution, constituerait également pour le moins une limite.
Christophe Régnard, à Rennes, lors du congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM), a souligné aussi - la comparaison est éclairante si elle n'est pas décisive - qu'on ne demande pas "aux patients d'aller opérer dans des blocs opératoires" (Le Monde). Cette boutade renvoie à une différence capitale entre les cours d'assises et les tribunaux correctionnels qui justifie le recours au peuple pour les premières et permet, pour des raisons techniques, de l'estimer inutile et même dangereux pour les seconds. En effet, le crime, l'horreur qu'il suscite ou la compréhension qu'il appelle, l'émotion et l'intelligence mêlées, la faible place laissée à l'analyse juridique, l'évidente familiarité du citoyen avec ce monde même si son existence ordinaire le place théoriquement à mille lieues de lui, imposent que le peuple vienne apporter son concours à des magistrats qui, laissés seuls, risqueraient de s'abandonner à une approche purement technique. L'intime conviction est ce chemin qui a été trouvé pour ce partenariat fondamental pour la justice et la démocratie. Les tribunaux correctionnels, même s'ils peuvent mettre au jour des drames intenses, la plupart du temps présentent un visage complexe, des méandres et des subtilités "pointus", notamment pour la délinquance économique et financière qui requiert des spécialistes.
Cette analyse se trouve confortée par l'extrême difficulté qu'il y aura à distinguer les dossiers les plus graves des autres et à dégager des critères indiscutables. Sera-t-il si aisé de démontrer la nécessité de jurés pour une catégorie d'infractions et de la récuser pour une autre alors qu'elles vont relever, l'une et l'autre, du même registre pénal ?
Le garde des Sceaux, si on suit bien ses récentes déclarations à ce sujet, privilégierait surtout la présence de juges populaires au niveau de l'appel correctionnel. Outre que les mêmes réserves techniques pourraient être formulées sur le fond, une configuration limitant leur participation à la voie de recours deviendrait pour le coup incohérente. Imaginons le procès Clearstream en appel avec des jurés confrontés à un jugement de première instance qui leur serait, avec les débats l'ayant motivé, totalement étranger ! Une telle justice ne serait pas tenable.
Pour les libérations conditionnelles dont je peux comprendre qu'elles choquent parfois mais qui s'insérent dans un dispositif général d'exécution des peines infiniment critiquable tenant moins à l'absence des citoyens qu'à une philosophie systématique de mansuétude pénitentiaire, je ne pourrais que voir des avantages dans ce domaine à un pari "populaire". Mais compléter les instances de décision avec un représentant d'une association de victimes ou de probation n'aurait de sens que si ce dernier, quel qu'il soit, était susceptible d'apporter, dans l'appréhension de chaque dossier et de chaque situation, un regard neuf et informé. Ce qui ne serait évidemment pas le cas. La facilité intellectuelle est de croire qu'instiller du "peuple" serait positif en toutes circonstances alors que c'est la structure même du processus conduisant d'un judiciaire clair dans ses messages à un pénitentiaire le rabotant, qui devrait être revu.
Que les Français plébiscitent les jurys populaires n'est pas une surprise. Avant l'action et la charge qu'une telle rénovation impliquerait, le citoyen ne peut qu'approuver le principe de l'élargissement de son pouvoir mais on a déjà constaté à quel point cet enthousiasme théorique s'est érodé pour la pratique criminelle. Banaliser l'échevinage multiplierait les difficultés au quotidien et surtout ferait perdre, en gaspillant les interventions populaires au sein de la justice, le caractère capital et irremplaçable du rôle des citoyens dans les cours d'assises. L'abus, loin de consacrer la force d'une idée juste, détruirait la portée de cette dernière là où son mérite est indiscutable et indiscuté.
Indiscuté, vraiment ? On n'oublie pas que le gouvernement avait envisagé de supprimer les jurés en première instance pour faire des économies et pour, paraît-il, mettre un terme aux correctionnalisations trop nombreuses. C'était paradoxalement alors prétendre reléguer le peuple qu'on place aujourd'hui au pinacle. Dans cette même veine, la composition des tribunaux pour enfants avait été également critiquée. Ces rappels sont destinés à montrer que les citoyens, au gré des circonstances, sont désirés ou négligés. Acceptons le fait que dorénavant ils sont à ce point portés aux nues que la justice pénale aurait besoin d'eux partout et sans cesse !
Je me demande si cette initiative présidentielle ne se trompe pas de cible. Comme si le lien de confiance entre le peuple et nous les magistrats ne pouvait être créé ou sauvegardé que par un travail en commun. L'estime de la société pour "sa" justice, son adhésion à ce que nous sommes et faisons en son nom ne pourront être assurées valablement que par notre propre métamorphose et notre capacité à mettre en oeuvre des pratiques exemplaires, clairement indépendantes et équitables pour tous. Le peuple ne doit pas être placé dans la justice mais au-dessus de celle-ci. Le citoyen se doit non pas de juger avec nous mais de nous juger. Son contrôle vigilant est indispensable pour que nous ne tombions pas dans des errements qui ont beaucoup plus déstabilisé le peuple que le fait qu'il soit absent des débats et des jugements correctionnels. La gestion de Woerth-Bettencourt, les péripéties judiciaires liées à Clearstream, le soupçon lancinant d'une justice aux ordres du pouvoir ont dégradé notre image qui ne pourra être restaurée que par une révolution non pas procédurale mais professionnelle. En ce sens, si le pouvoir persiste dans sa volonté d'aller au bout judiciairement de cet appel aux citoyens qui pour une fois n'est pas contesté à cause d'un insupportable corporatisme, il ne nous rendra pas service, il ne se rendra pas service. C'est seulement s'il permet - lui et le monde parlementaire - l'exercice d'une justice digne de ce nom, spécialement dans les affaires interessant l'Etat, que le regard du citoyen changera, que la démocratie y gagnera et que nous serons peut-être enfin à la hauteur des exigences de notre mission. Les Français plébiscitent sans savoir les jurys populaires parce qu'ils n'ont pas le coeur ni l'envie de plébisciter leur justice. Qu'attend-on pour leur donner satisfaction ?
Le peuple dans la justice : il deviendrait notre caution. Sur la justice : en démocratie c'est sa place et ses exigences sont une chance et nous obligent. Philippe Bilger
Toutes les réactions (6)
1. 23/11/2010 15:50 - HP
Bel article qui prend en compte la complexité de la situation sans être partisan. Il y a là une volonté électorale évidente de la part du Président. En même temps, sans être spécialistes de la Justice (ce qui n'est pas son rôle), le peuple français est en droit d'attendre mieux de cette Justice qui peut faire hurler parfois tant son verdict apparaît inacceptable aux gens et surtout contraire aux valeurs et lois républicaines.
Bon courage et mes respects à ceux qui tentent d'élever le niveau.
2. 24/11/2010 11:36 - HR
"La démocratie, c'est précisément ce qui se met en action après les décrets présidentiels."
On pouvait espérer de la part d'un nouveau média comme RING un aggiornamento sur ce que signifie le mot démocratie, et surtout, ce qu'est la Démocratie, avec une majuscule, au sens d'un régime politique, comme on dit la République. Malheureusement ce ne sera pas le cas.
La France, l'Europe, n'ont jamais connu la Démocratie. L'Histoire de la Démocratie, en Europe, c'est l'histoire de la défaite de la Démocratie. Il suffit de penser à l'Union Européenne aujourd'hui avec sa "Constitution" appelée aujourd'hui "traité de Lisbonne", une nouvelle victoire des opposants à la Démocratie en Europe.
Les raisons de la défaite de la Démocratie en France et en Europe sont sinon innombrables, en tous les cas extrêmement nombreuses. Il est difficile d'en faire la liste exacte. Mais on peut commencer par citer l'impérieuse nécessité de préserver l'héritage de ce qui pouvait être sauvé de l'Ancien Régime, lorsque l'aspiration à la Démocratie a commencé à provoquer les premières révolutions à la fin du 18ème siècle. Héritage qui a ensuite été souvent repris en gérance par les nationalismes européens.
Les moyens pour vaincre la Démocratie en France, en Europe, sont tout aussi nombreux. Cet article d'un éminent magistrat français en expose naturellement, et involontairement, un des principaux: l'absolue nécessité de maintenir le pouvoir judiciaire sous la tutelle du pouvoir exécutif. Il n'est donc pas étonnant de voir Philippe Bilger commencer son article par un paragraphe apparemment totalement dénué de sens (la démocratie qui commencerait APRES un décret présidentiel, on se pince...)(1). Si on la lit comme un rappel, la phrase que j'ai cité plus haut prend toute sa signification.
Plus généralement, évidemment, on connaît un des principaux instruments de la lutte contre la Démocratie en Europe. Comme il a très vite été impossible de limiter le droit de vote, ce dont il s'agissait, c'était de limiter le plus possible une élection pour les postes à responsabilité politique des pouvoirs législatifs, exécutif et judiciaire, pour reprendre l'ordre dans lequel ils sont définis dans les trois premiers articles de la Constitution Américaine, parlant des premières aspiration à la Démocratie à la fin du 18ème siècle. La France a été et reste exemplaire sur ce plan là.
Pour ceux qui aurait du mal a comprendre cet article, on peut ainsi choisir cet angle, en commençant par rappeler que l'article a été écrit par un Avocat Général (2).
On notera à ce propos dans l'article comment le nationalisme gère encore aujourd'hui un autre héritage de l'Ancien Régime: l'instrumentalisation du mot "peuple". On sait aujourd'hui que le mot "peuple" n'est plus véritablement opérant que dans le discours du nationalisme et de sa version radicale, le totalitarisme. "Ein Volk", "petit père des peuples", "ennemi du peuple", "le peuple corse, basque,..." etc. On sait notamment comment les "citoyens" de la période révolutionnaire ont rapidement été évacué du discours révolutionnaire au profit du "peuple". On comprend pourquoi. Lorsque la Démocratie a subit une défaite définitive en Europe en 1940, il n'y avait plus de citoyens à proprement parler, uniquement des "peuples". S'il est aisé de dire que le pouvoir appartient au "peuple" à Cuba, ça devient plus compliqué de garder son sérieux en prononçant un discours politique d'où il ressortirait que le pouvoir à Cuba appartient aux citoyens. Et ça devient complètement risible de dire qu'à Cuba, un pouvoir politique, quelqu'il soit, a été élu par une majorité des citoyens, pour en revenir à un des principes de base de la Démocratie.
Voilà qui aidera à mieux comprendre la fin de l'article qui prétend s'interroger sur la place des citoyens dans le pouvoir judiciaire qui est, il me paraît ici encore nécessaire de le rappeler, un pouvoir fondamentalement politique. Après avoir commencé par lui dans le titre de l'article, l'auteur finit, pour éviter de donner la moindre portée pratique, concrête, à une suite de déclarations de principe sur la place que doit occuper le citoyen dans le pouvoir judiciaire, par s'en tenir à des généralités sur "le peuple". Involontairement, en invoquant sa "caution", il avoue que l'aspiration à la légitimité démocratique existe toujours, heureusement.
Mais bon, de là à exiger que les procureurs soient élus par les citoyens, par exemple...
(1) En réalité, l'auteur, qui occupe un poste hérité du système des Parlements de l'Ancien Régime, évoque probablement le rôle de ces Parlements qui consistait principalement à faire des remontrances lorsqu'il devait faire approuver une mesure politique décidée par le Roi , notamment le Parlement de Paris.
(2) Un "avocat général", contrairement à ce que ce titre de Noblesse de robe hérité de l'Ancien Régime pourrait laisser croire, joue en réalité le rôle d'un procureur. Par exemple aux USA, puisqu'il s'agit de parler de la place des citoyens dans le pouvoir judiciaire, les procureurs sont dans la très grande majorité des cas élus au suffrage uninominal direct. On pourrait également noter à ce propos qu'un des premiers amendements à la Constitution Américaine précisait, concernant la place des citoyens dans les tribunaux, que tout individu qui était poursuivi pour une infraction pouvant donner lieu à une condamnation supérieure à 20 dollars devait être jugé devant un jury constitué de citoyens...
3. 26/11/2010 11:19 - Nach Mavidou
Excellentes réquisitions, pondérées, argumentées, compréhensibles par tous.
Au fond, l’introduction d’un jury au correctionnel ne serait-elle pas une manière de "criminaliser" symboliquement les délits qui en bénéficieraient ? Je crois bien que l'on doit rapprocher cela de la question éminemment politisée de l'insécurité. En somme, on permettra au bon peuple de venir encadrer "ses" juges devenus trop laxistes. Le problème me semble ailleurs comme le dit Monsieur l'Avocat Général, je ne peux qu'abonder dans ce sens (en tant que professionnel du droit également). Il est édifiant de lire de temps à autre les commentaires des faits divers sur les sites Internet des journaux de province, pour saisir le décalage entre la justice et ce que les français moyens en attendent. C'est vieux comme le monde, pourtant.
P. Bilger souligne aussi avec raison que cette importante réforme ne produirait pas forcément une justice plus répressive. Sur certaines affaires ou certains délits, un jury est fort susceptible d'une mansuétude impensable de la part des juges.
Je ne ferai néanmoins guère de procès d'intentions envers Sarkozy, sur ce coup. Au fond, la constitution de 1958 organise elle-même l'abaissement de "l'autorité judiciaire" envers les deux pouvoirs tirant leur légitimité du suffrage universel. Ce genre de réformes plus ou moins vexatoire à l'égard des juges me semble tout à fait conforme à l'esprit de la constitution actuelle.
4. 27/11/2010 12:06 - HR
@ Nach Mavidou
La "constitution de 1958" n'organise pas un "abaissement de "l'autorité judiciaire" envers les deux pouvoirs tirant leur légitimité du suffrage universel". Elle réhausse les pouvoirs législatifs et exécutifs. L'élection du pouvoir législatif "à la proportionnelle" a toujours été un des principaux moyens de lutter contre la démocratie en Europe. Il suffit pour s'en convaincre de voir le Parlement Européen.
La Vème République introduit la seule élection qui ait une caractère démocratique, le scrutin uninominal pour les députés et le président, donc pour l'essentiel des pouvoirs exécutifs et législatifs. Qu'une élection ait une caractère démocratique ne suffit pas à faire de la Monarchie Républicaine une Démocratie, mais il y a eu un progrès démocratique indéniable.
La Constitution de 1958 souligne donc que le pouvoir judiciaire, lui, est resté foncièrement antidémocratique.
5. 27/11/2010 18:58 - Nach Mavidou
En parlant d'abaissement, je n'ai pas voulu me situer dans une perspective historique. Je vous accorde bien volontiers que de la IVe à la Ve, la situation du "pouvoir" judiciaire n'a en réalité pas spécialement dégringolé. C'est une situation qui remonte à beaucoup plus loin dans notre histoire. Pour autant, pourquoi le constituant de 1958 n'en a-t-il pas profité également pour mener une profonde réforme de la justice ? Le Général de Gaulle ne s'en est pas privé à l'égard du Conseil d'État lorsqu'il a sauvé la tête de quelques-uns des seconds couteaux conjurés du putsch manqué d'Alger de 1961.
Je vous rappelle néanmoins au passage que le rôle des Parlements dans l'Ancienne France n'était pas d'adresser des remontrances, mais de rendre la justice et d'enregistrer les Ordonnances, Édits et autres lettres royaux. Lorsque ces Cours sont tombées dans l'opposition de principe et ont exprimées des remontrances systématiques, elles sont sorties de leur rôle normal et ont provoqué un blocage institutionnel qui est pour beaucoup dans la préparation de la Révolution.
Vous êtes adepte du scrutin majoritaire et également d'un système judiciaire à l'américaine avec élections, à ce que je crois comprendre ? Prenez-vous en compte dans votre jugement e système du scrutin uninominal à un tour, façon britannique ?
La question de la définition de la démocratie est bien variable d'un pays à l'autre. Je ne parle même pas des républiques populaires et/ou démocratiques. Mais en France, on attribue à la République beaucoup de principes et de valeurs que d'autres démocraties non républicaines ont en partage avec nous… De même, l'an dernier j'avais eu une conversation fort intéressante avec un jeune citoyen suisse, pas spécialement branché politique et encore moins extrémiste de tel ou tel bord, qui vit en France depuis une paire d'années ; celui-ci estimait que la manière d'élire quelqu'un à un poste à larges pouvoirs tels un maire ou un président de la République ne devait pas se faire dans une vraie démocratie. Que de différences entre nos deux pays !
6. 01/12/2010 14:27 - HR
@ Nach Mavidou
"La question de la définition de la démocratie est bien variable d'un pays à l'autre.... l'an dernier j'avais eu une conversation fort intéressante avec un jeune citoyen suisse..."
La conversation est certes intéressante, mais qu'est ce qui vous a intéressé? Le fait qu'un Européen pense qu'on ne devrait pas élire un homme a un poste de responsabilité politique? On ne peut pas dire que ce soit vraiment nouveau en Europe. C'est même quasiment la règle. Comme je l'expliquais dans ma première réaction à l'article de Monsieur Bilger plus haut: "... Plus généralement, évidemment, on connaît un des principaux instruments de la lutte contre la Démocratie en Europe. Comme il a très vite été impossible de limiter le droit de vote, ce dont il s'agissait, c'était de limiter le plus possible une élection pour les postes à responsabilité politique ..."
De ce point de vue, il n'y a pas tant de différences que ça entre deux pays européens quelqu'ils soient.
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par Philippe Bilger
Ancien avocat général près la cour d'appel de Paris, écrivain. Ring wall of fame.
Dernière réaction Bel article qui prend en compte la complexité de la situation sans être partisan. Il y a là une volonté électorale évidente de la part du Président. En même temps, sans être spécialistes de...  23/11/2010 15:50 HP
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