Le nouveau chasseur venu du froidSURLERING.COM - OUTREMONDE - par Aldo-Michel Mungo - le 15/09/2010 - 4 réactions -
Par Aldo-Michel Mungo, analyste en géostratégie, directeur de la rédaction du magazine militaire Carnets de Vol.![]() Le chasseur expérimental russe de cinquième génération T-50 développé par le bureau d'études Soukhoï s’est envolé pour la première fois à Komsomolsk-sur-l'Amour pour un vol de 47 minutes. Le principal bilan du vol du T-50 est que la Russie se voit confirmée, avec les USA, dans son statut de principale puissance aéronautique. Les deux pays sont seuls à disposer de leurs propres appareils de cinquième génération et à posséder une industrie aéronautique capable de produire tous les types d’avions militaires et civils, des appareils de sport légers aux bombardiers stratégiques. Les autres pays n’en ont pas aujourd'hui les moyens et sont contraints d’utiliser toutes sortes de schémas de coopération pour pouvoir créer des appareils de nouvelle génération. Néanmoins, même la coopération aéronautique européenne n’a pas permis aux pays de l'UE de créer après l’Eurofighter son propre avion de cinquième génération, et par conséquent, la plupart des participants au projet Eurofighter sont engagés dans le programme JSF F-35 aux États-Unis. Les perspectives des projets suédois et français sont également peu claires. Le Gripen et le Rafale figurent parmi les avions de la génération 4+ et aucun de ces deux pays ne sera à même d'assurer seul le développement d’un avion de cinquième génération dont le coût est de plusieurs milliards de dollars. Les perspectives de la Chine sont aussi douteuses. Selon la majorité des spécialistes, elle ne pourra créer un appareil de cinquième génération qu’en se servant de l’expérience étrangère, et avant tout Russe. Le T-50 est le premier avion de combat entièrement conçu et construit en Russie depuis la désintégration de l'URSS. En ce moment, seuls les États-Unis disposent d'avions de combat de cette classe fabriqués en série : les chasseurs F/A-22 déjà en service et F-35 en développement. L’étude du projet d’un chasseur de cinquième génération, le MiG I-44 connu comme MFI (chasseur polyvalent), a commencé en URSS en 1981 ; peu après les premiers vols du chasseur de 4ème génération MiG-29. L'appareil devait être fabriqué en série dans les années ‘90 et devancer le projet américain ATF. La réduction considérable des dépenses militaires à la fin des années ‘80, suivie de la désintégration de l'URSS, a eu comme conséquence le ralentissement du développement de ce programme. Les essais en vol prévus en 1991-1992 n’eurent pas lieu et le nouvel avion n’effectuera son premier vol qu'en 2000. A la même époque, le deuxième projet de chasseur de cinquième génération, l'avion expérimental S-37 (désigné ensuite Su-47 Berkut) du bureau d'études Soukhoï était également prêt. En 1998, les forces aériennes russes soumettent aux constructeurs un nouveau cahier des charges pour le projet PAK FA: le nouveau chasseur doit être super-manœuvrable, capable de voler en supersonique sans postcombustion, avoir des signatures radar et infrarouge faibles et de meilleures caractéristiques de décollage et d'atterrissage. Soukhoï est décidé a concevoir un avion de combat entièrement nouveau en tenant compte des informations disponibles sur les performances, les qualités et les défauts du chasseur américain F/-22 Raptor. En 2002, le bureau d’études, qui a proposé un projet de biréacteur de 35 tonnes au décollage, remporte la compétition parmi différents avant-projets. Le premier vol du nouvel avion est prévu pour 2007, mais ce délai est reporté à 2008, puis à 2009, puis finalement à janvier 2010. Ce retard est compréhensible compte tenu de la complexité du nouveau projet et du volume des problèmes scientifiques, techniques, organisationnels et financiers qu'il faut régler tout au long de la conception. Ces problèmes coïncident avec la crise qui frappe l’ensemble de l'industrie russe. Peu après le lancement des travaux de développement du nouvel avion dénommé T-50 (désigné également comme Article 701 et I-21), le projet de Soukhoï suscite l'intérêt des forces aériennes indiennes. Il convient de signaler que les sympathies de l’Inde allaient d'abord pour un projet de chasseur plus léger et plus simple du bureau d'études Mikoyan qui a proposé au nouveau concours deux avions : le bimoteur sans dérive I-2000 (LFI), extrapolé du MiG-29, et un monomoteur fortement proche du projet JSF (F-35). ![]() Mais l’Inde souhaite mettre en service rapidement un appareil ultramoderne, elle se tourne dès lors vers le PAK FA qui est mieux adapté à ses besoins dans une version biplace côte-à-côte qui remplacera à l’horizon 2020-2030 ses Su-30MKI. L’Inde se portera acquéreuse de 250 avions, dont une partie sera construite sous licence, et qui seront rebaptisés pour l’occasion FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft). L'Inde sera le seul partenaire stratégique de la Russie dans la construction de l’appareil. Le chasseur Russe de 5ème génération T-50 effectuera plus de 2.000 vols d'essai avant le début de la production en série. De son côté le commandant en chef de l'Armée de l'air russe Alexandre Zeline a annoncé les premières livraisons à l'armée en 2015. A Komsomolsk, le T-50 devrait effectuer une troisième série de vols d'essai avant d'être transféré au Centre d'essai de Joukovski, près de Moscou, où commencera le programme principal de tests techniques. Le chasseur est équipé d'une avionique foncièrement nouvelle intégrant une fonction de pilotage électronique et un radar ultramoderne, ce qui va permettre au pilote de se concentrer uniquement sur la mission de combat. Les équipements de bord assurent un échange de données en temps réel aussi bien avec les systèmes de commande au sol qu'avec les autres avions du groupe aérien. Le chasseur russe est doté d'un nouveau moteur unique au monde : "C'est un moteur résolument nouveau. Il ne s'agit pas d'une version modernisée du moteur destiné au chasseur Su-35 comme certains médias et certains spécialistes l'ont affirmé. Le moteur répond à toutes les exigences formulées par l'avionneur Soukhoï", a indiqué Michaël Fedorov, le directeur du projet. A la différence du moteur destiné au Su-35, celui du T-50 possède une plus grande force de propulsion et un système d'automatisation complexe qui rend l'avion très maniable, a ajouté le responsable tout en refusant de fournir de plus amples détails. Une bataille à l’export ? Après le vol inaugural du T-50, ce dernier va commencer une longue carrière dans une bataille médiatique, politique, militaire et économique qui l’opposera à ses concurrents américains. Soukhoï exportera une version aux performances dégradée de son appareil. Les chasseur-bombardiers furtifs américain F/A-22 et F-35 dominent pour l’instant le marché des appareils de combat de cinquième génération. Un marché qui n’en n’est d’ailleurs pas vraiment un. Interdit à l’exportation en dehors des Etats-Unis, le F/A-22 sera peut-être décliné dans une version export avant l’arrêt de sa production en 2011. Quand au F-35 il entre dans sa phase définitive de développement. En attendant, Soukhoï compte bien être un concurrent digne de ce nom. Compte tenu de son développement déjà partagé avec l’Inde, le PAK FA est résolument tourné vers la conquête de nouveaux marchés pour redonner ses lettres de noblesse à l’industrie aéronautique russe. Le marché est largement porteur aux yeux de Moscou. "Pour ce qui est des appareils de ce type, il y a un marché pour plus de mille exemplaires", explique Mikhaïl Pogosian, directeur du constructeur. Des appareils destinés aux aviations russes et indiennes, mais aussi à de nouveaux marchés export. Le PAK FA sera alors la seule alternative aux concurrents américains. Cependant, le Raptor a été développé il y une dizaine d’années alors que le PAK FA devrait entrer en service opérationnel d’ici cinq ans, après le F-35. D’aucuns critiquent le manque de maitrise de l’industrie russe qui renait petit à petit de ses cendres. Et pourtant, on connait la détermination de Moscou, et le PAK FA semble être un appareil en phase d’aboutissement. Malheureusement, on n’a pas encore beaucoup de détails sur les performances de l’avion. L’avionneur russe a de fortes ambitions à l’export et ce, notamment en Asie. Deux pays, pourtant sous influence américaine, le Japon et la Corée du sud, sont en ligne de mire. Pour ces deux pays, l’attitude de Washington a profondément déplu ces derniers temps. Ainsi, le Japon n’a pas du tout apprécié que les Etats-Unis n’acceptent pas de leur vendre des Raptor, alors que le pays se sent l’un de ses meilleurs alliés, notamment comme tête-de-pont pour une stratégie de contre-influence face à la montée en puissance chinoise. Pour Washington, ce refus aura des conséquences. Ceci même si une version export du Raptor est à l’ordre du jour au Pentagone. Forts de cette situation tendue entre Tokyo et Washington, Moscou sera à l’affut d’un coup hors-norme. Ainsi, puisque seulement deux offres s’affronteraient sur le marché, les Japonais pourraient envisager de s’équiper du FGFA russe, en profitant pour faire pression sur le F/A-22. D'autant que le T-50 devrait être moins cher avec un coût unitaire avoisinant les 60 millions US$, tandis que le F/A-22 a un coût de 180 millions US$ dans la version pour l’US Air Force. Quant au F-35, son coût unitaire est actuellement estimé à plus de 130 US$. Le F-22 Raptor présente des avantages en termes de maintenance puisque le personnel nécessaire à sa préparation est réduit de moitié par rapport à celui nécessaire pour un F-15 Eagle. De fait, l’appareil peut voler deux fois plus longtemps que son prédécesseur avant toute période de maintenance. Enfin, il peut être prêt au combat en un tiers du temps autrefois nécessaire pour le F-15. Mais Soukhoï travaille sur ces mêmes problématiques, mais une quinzaine d’années plus tard. Selon les médias sud-coréens, ce fidèle allié serait également intéressé par un achat du PAK FA. Un tel choix, s’il avait lieu, serait une énorme surprise. Sa flotte d’avions de combat comporte: 60 F-15E Strike Eagle (en cours de livraison), 180 F-16C/D fabriqués sous licence par KAI, 147 F-4 Phantom II et 174 F-5E Tiger II qui seront bientôt remplacés par des FA-50. Cependant, l’achat de F-35K pourrait très bien être repensé en fonction de cette nouvelle donnée qu’est le T-50. Pour les médias coréens il n’y en tout cas pas de doute que la version export du PAK FA soit proposée à Séoul. Selon eux, les Russes seraient d’ailleurs en train de gagner du terrain en tentant de vendre des Su-35 et MiG-35. La Russie qui possède une dette de plus 7 milliards de dollars vis-à-vis de la Corée du Sud pourrait profiter de transferts de technologies et de la vente de ses appareils pour combler sa facture. En attendant tout marché export, le FGFA russe devra encore parcourir un bon bout de chemin. Mener à bien sa campagne de mise en service opérationnel reste sa priorité d’autant plus que le programme est ambitieux. Toutes les réactions (4)1. 15/09/2010 15:31 - A.C
2. 15/09/2010 23:46 - un appelé
3. 16/09/2010 18:55 - un rappelé
4. 29/10/2010 10:44 - Green Saint-Braise
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par Aldo-Michel Mungo
Universitaire, analyste en géostratégie Directeur de la rédaction du magazine militaire Carnets de Vol. Dernière réaction
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