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Quick vous demande de vous arrêter

SURLERING.COM - FRANCE - par Laurent Obertone - le 22/02/2010 - 3 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B




Les hommes naissent libres et égaux.

Ils naissent libres. Certes, ils sont dépendants de leur santé, de leur corps, de leur esprit, de leur code génétique, de leur instinct, ils sont dépendants à l'air, à l'eau, à la nourriture, à leur nourricière, à leur entourage, à leur famille, à leur société, à l'environnement, à leur apprentissage, à une infinité de choses… À part ces quelques dépendances, ils naissent parfaitement libres.

Ils naissent égaux. Certes, ils n'ont pas le même ADN, ils n'ont pas les mêmes maladies, ils n'ont pas le même environnement, ils n'ont pas le même pays, ils n'ont pas la même famille, pas la même culture, pas la même éducation, pas la même nourriture, pas la même société, pas le même apprentissage, bref ils sont fondamentalement différents... En dehors de ces insignifiants détails, ils naissent parfaitement égaux.

Malgré cette liberté et cette égalité absolues et parfaites, il existe un point sur lequel les hommes ne sont ni libres ni égaux.

Leur capacité d'acceptation.


Dès leur première bouffée d'air, ils y sont soumis, n'ont encore aucune notion de choix. Ils doivent admettre leur mère. Leur entourage. Leur famille. Leur lieu de naissance. Leur entourage. Puis leur école. Leur société. Le mal et le bien. L'éducation. La science. La religion. La doctrine républicaine. Mais ils ont entretemps développé la notion de choix. Ce libre-arbitre permettait de choisir entre accepter ou rejeter. Aujourd'hui, la situation est beaucoup plus simple. Il s'agit seulement de savoir ce que l'on va le plus accepter. Fait sans précédent, chaque individu fait aujourd'hui montre d'un degré d'acceptation plus ou moins haut d'une situation présentée, sur laquelle nous n'avons pas de prise. Il n'est plus jamais question de ne pas accepter, la situation est de savoir à quelle vitesse nous allons accepter. Au départ, il est question d'une tolérance à l'acceptation, basée sur un plus ou moins haut degré de probabilité. Lorsqu'un professeur vous apprend que la Terre tourne autour du Soleil, vous êtes incapable de le vérifier par vos propres moyens. Pourtant, vous décidez de le croire. Les degrés de probabilité ont fini par se transformer en degrés d'acceptabilité. Il est naturel d'accepter les Droits de l'homme et l'Égalité comme principes fondateurs de l'humanité, et même comme seule destinée de cette même humanité. Il est toujours possible d'accepter plus loin, plus vite, dans tous les domaines. On accepte tout de ses enfants. On accepte tout des autres. Même qu'on appelle cela tolérance, que cela fait joli. Beaucoup plus joli que lâcheté. Il y a ceux qui acceptent que le réchauffement climatique soit exclusivement d'origine humaine, il y a ceux qui acceptent de déféquer dans leurs tomates pour parfaire le cycle bio de leur auto-alimentation, il y a ceux qui acceptent les solutions hydro-alcooliques pour se laver les mains, ou encore que leur grand père s'affuble d'une perruque et se fasse du jour au lendemain appeler Sophie.

Entre les acceptants, les nuances sont minces. Il y a ceux qui acceptent toutes les versions officielles. Il y a ceux qui acceptent toutes les théories du complot.
Le scepticisme, le doute, la réflexion, la nécessité de savoir réellement de quoi il est question avant d'opiner du chef, tout cela n'existe plus. On ne construit plus un raisonnement pour arriver à une conclusion, on conclut sans se soucier du raisonnement. Intellectuellement, c'est déjà les vacances.  

On peut s'interroger sur cette capacité des gens à accepter le monde tel qu'on le vomi dans leur gosier.

La seule chose qui n'est pas acceptée, c'est ce qui immuable. C'est la réalité. Les catastrophes naturelles sont scandaleuses. Les typhons sont des ordures. Les séismes sont fascistes : pour d'obscures raisons tectoniques, ils massacrent des peuples entiers.

Pour illustrer ce concours d'avalage, il faut un exemple. Si il s'en présente chaque jour, celui-ci est particulièrement éloquent.

Le Quick de Roubaix remplace ses burgers "traditionnels" par des burgers hallal. A priori, pas de quoi fouetter un infidèle.
Jusqu'à ce que Marine Le Pen "s'empare de la polémique" (dont personne ne voulait mais qui était à tout le monde, avant qu'elle n'y pose ses grosses pattes nauséabondes).

Il est intéressant de se pencher sur les méthodes d'acceptation qui ont suivi.

Tout d'abord, Fadela Amara explique que la "diversité n'est pas du communautarisme". Une manière de dire que vous n'avez rien compris

Et puis même, si jamais c'est Fadela qui se trompait, Luc Ferry explique ensuite que "le communautarisme est acceptable".  

Étape suivante avec Cohn-Bendit. "Hallal, et alors ?" Le marchand de cailloux, il est interdit d'interdire, se la joue "Je ne vois pas pourquoi". Rien de grave, en somme. Franchement. Un bout de viande dans un malheureux fastfood. Y'a d'autres urgences non ? Où est le problème ?

On se sent ensuite obligé de donner une raison, pour soutenir ce projet. Le maire PS d'Argenteuil défend Quick au nom du "vivre-ensemble".  C'est quand même très important de vivre-ensemble avec les musulmans, dussions-nous pour ce faire manger hallal, et même cesser de boire de l'alcool, et puis voiler nos femmes, et enfin prier Allah cinq fois par jour. Si c'est pour le vivre-ensemble, ça coule de source et c'est même en rangs serrés avec enthousiasme qu'on va y aller.

Et si le recteur de la mosquée de Lille se permet une menace polie ("le maire n'a pas le droit d'intervenir dans ce genre de choses"), c'est tout simplement pour abonder dans ce sens… en attendant des renforts plus élaborés, qui n'ont pas tardé à arriver.
Guy Carlier trouve le moyen d'inverser la situation, en disant qu'il y a des vrais méchants discriminants qui font de la soupe au cochon. Alors, des Quick hallal, à côté…

Slimane Tir, leader des verts à Roubaix, est dans la même lignée, qui consiste à dire que s'opposer au Quick hallal, c'est être du côté de l'extrême droite. Il estime que le maire de Roubaix cherche à "surenchérir sur Marine Le Pen, ce qui est grave". Dire la même chose que Marine Le Pen, c'est extrêmement grave, nous sommes bien d'accord. On tremble d'ailleurs chaque jour à l'idée qu'elle dise subitement la même chose que nous, puisqu'il faudrait aussitôt changer d'avis.
Heureusement, tout de même, qu'on s'est débarrassé de ce fichu libre-arbitre, ça nous évite bien des sueurs froides.   

Le débat qui aurait pu faire mal, qui aurait pu remettre en cause l'acceptation, est heureusement chassé par le spectre de l'extrême droite. Grâce à ces cons de méchants, c'est toujours les gentils qui gagnent à la fin.

Voilà pour les élites. Une petite semaine de déclarations et l'affaire est dans le sac. Acceptée. Et du côté du peuple ? Rien. Rien que les ondes qui poudroient et les écrans qui verdoient.

On accepte l'idée. Ou alors accepte de ne pas en débattre. Ou alors on accepte d'oublier, de passer à autre chose. À la prochaine étape. Pas fou, le peuple. Le peuple, il a envie d'accepter, pour prouver sa bonne foi. Il ne demande que ça. Il est bien, ce peuple. Il mériterait presque une vraie démocratie, où on lui demanderait son avis, et tout et tout.

Pour accepter cette époque et sa logique, il faut se concentrer très fort. Il faut accepter que l'intelligence n'est plus un choix, une distinction, une décision, mais une capacité à s'adapter. À accepter. Quel bonheur que d'être revenu enfin à ce stade néoténique du nourrisson, où l'on accepte tout, sans même en avoir la conscience. Pour un peu, on aurait l'impression de renaître chaque jour, toujours plus libres et toujours plus égaux.    

Laurent Obertone



Toutes les réactions (3)

1. 22/02/2010 12:24 - Vespasien

VespasienLaurent Obertone pose de vrais questions: nos concitoyens sont-ils "des veaux", pour reprendre une remarque d'un homme politique qui n'aurait peut-être pas accepté toute cette "chienlit" ? Si démocratie = permissivité absolue, combien de temps celle-ci va-t-elle encore exister avant de disparaître dans les méandres de l'histoire ? Les bases qui fondent notre démocraties ne portent-elles pas en elles-mêmes les outils et la logique pour l'abattre ?
Une remarque: pour avoir vécu plusieurs mois dans des monarchies pétrolières, je peux attester que ces habitants du Moyen Orient ont une idée très nette de ce qu'est leur identité nationale et surtout de la manière de la défendre malgré une main d'oeuvre immigrée majoritaire dans le pays: visas limités dans le temps, interdiction d'acquérir des biens immobiliers, droits limités pour ces étrangers... Qu'ils aient ou non la même religion !
Toute cette histoire illustre bien également que nous avons une droite et une gauche totalement interchangeable. D'ailleurs l'UMP fait dans le transgressif aussi bien que le PS ! Un parti de droite...
Une citation pour clôturer cet article perçant: "La violence ne suffit pas à détruire une civilisation.
Chaque civilisation meurt de notre indifférence devant les valeurs particulières sur lesquelles elle est fondée." Nicolas Gomez Davila

2. 23/02/2010 12:35 - Greg môk

Greg môkFadela Amara et les autres expliquent, parlent, mais ne démontrent jamais.

En effet, leur éthique prohibe l'erreur...

3. 23/02/2010 13:51 - Sylvain G.

Sylvain G.Si ceux qui défendent le Quick halal le font avec le triste panache du ridicule et/ou de la mauvaise foi, s'ils sont effectivement à côté de la plaque, il faut se garder de donner à ce non événement une autre valeur que celle d'un indicateur intéressant à observer.
L' halalisation du Quick est un symptôme, elle ne peut pas constituer un cheval de bataille pour ceux qui refusent l'islamisation. Cet ertsatz de sous-McDo, il y avait encore des gens pour bouffer la merde qu'on y sert ?! Sans dec ?... Alors je la leur laisse, aux muzz, qu'ils islamisent la fastfoude, et quick !
Au moins, les choses sont claires. Depuis quand un établissement est-il contraint de vendre ce que l'opinion lui dicte ? Il vend ce qu'il pense pouvoir vendre le mieux, cela s'appelle le commerce. Si les clients sont à plus de 50% muzz, quoi de plus normal ? En l'occurrence, c'est bien la demande qui crée l'offre.
Ce dont vous ne parlez pas, et qui peut être intéressant, c'est le fait que Quick soit détenu par la Caisse des Dépôts et Consignations...
Et l'interdiction de la soupe au cochon, ça, c'était un scandale, pas l'islamisation du Quick de Roubaix. Je ne dis pas que c'est bien, je ne me réjouis pas, ce n'est pas ce que je souhaite pour la France, mais c'est seulement, avec beaucoup d'autres faits, un des prolégomènes à la guerre qui vient. J'accepte de ne pas en débattre.
Et malgré tout, le silence, l'acceptation du peuple que vous en déduisez, cache sans doute un nombre non négligeable de prise de conscience individuelles.

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Laurent Obertone pose de vrais questions: nos concitoyens sont-ils "des veaux", pour reprendre une remarque d'un homme politique qui n'aurait peut-être pas accepté toute cette "chienlit" ? Si...

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