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Laura ou la tyrannie des héritiers [Nabokov]

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Murielle Lucie Clément - le 04/05/2010 - 14 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B



Du point de vu éthique, est-il possible de passer outre les dernières volontés d’un mourant ? Une questions congruente à l’occasion de la parution de « L’Original de Laura » de Vladimir Nabokov, texte édité par son fils Dmitri et paru aux éditions Gallimard dans une traduction de l’anglais (des Etats-Unis est-il précisé) de Maurice Couturier avec un sous-titre mis entre parenthèses (C’est plutôt drôle de mourir). Nous reviendrons sur le sous-titre ultérieurement. Une autre interrogation d’importance, et non la moindre : le texte valait-il une parution ? Par ailleurs, on pourrait questionner les capacités de Dmitri Nabokov à faire un travail éditorial. Exception faite de sa filiation avec l’auteur, il est ténor d’opéra, coureur automobile et pilote d’hélicoptère. Des qualités indéniables, certes, mais celles-ci le rendent-elles apte à des corrections et amendements de pages littéraires manuscrites ? Et, puisque nous avons affaire au texte en français avec l’original en anglais, aisée serait une évaluation de la traduction validée par Dmitri Nabokov – doté ainsi d’une spécialisation supplémentaire.

Le dernier vœu d’un mourant


De tous temps, le dernier vœu d’un mourant se devait d’être respecté. On l’a souvent assimilé à une parole sacrée. Jusqu’à présent, cet usage promu au rang de loi non écrite faisait partie intégrante des us et coutumes. Personne ne se serait octroyé le droit de le transiger sous peine de blâme sociétal. On l’enseignait autrefois par le biais de la littérature et des arts comme dans « Le Journal des demoiselles » de 1837 où les jeunes filles de bonnes familles apprenaient à respecter les dernières volontés d’un père ou d’une mère qui, sur son lit de mort, les avaient enjoints d’épouser un godelureau – aisé de préférence – dont la fortune servirait à combler le gouffre des dettes contactées par un vaurien de frère. Malgré son cœur palpitant pour un autre, la belle se faisait un devoir d’honorer la mémoire du cher disparu. L’un des cas les plus célèbres fut mis en musique par Massenet dans son opéra Werther où Charlotte se marie à Albert réalisant ainsi le vœu de sa mère décédée. La situation pouvait être inverse et voir un jeune homme – de bonne famille toujours – renoncer à son amour qui n’avait pas eu l’heur de plaire au défunt de son vivant. Bref, les exemples foisonnent.

Laura est toutefois un être de papier, mais son créateur Vladimir Nabokov, fut un homme de chair et de sang, un grand écrivain, reconnu comme tel dans le monde entier après le succès planétaire de Lolita en 1955. Vingt-deux années plus tard, Nabokov décède le 2 juillet. Depuis le milieu des années 70, prêt à remettre le couvert, il travaillait à un nouveau roman, Laura. Sur son lit de mort, conscient de la nature inachevée de son travail, Nabokov aurait prié sa femme, Véra, de brûler le manuscrit, vœu qu’elle se garda d’exaucer. Pour quel mobile que ce fut, celle-ci entreposa le manuscrit tel quel, intact, dans un coffre à la banque, hérité, à son décès, par Dmitri en 1991.

Si l’anecdote de la prière de Nabokov d’incinérer les feuilles est authentique et non pas une affabulation à dessein d’alimenter la légende (on se souvient que le maître aurait voulu brûler le manuscrit de Lolita, refusé par les éditeurs et sauvé des flammes par son épouse), ni Véra ni Dmitri n’ont respecté le vœu de Vladimir mourant. Ce qui précède nous induirait à conclure qu’il y a, éthiquement parlant, une action répréhensible. Tenter d’approfondir les motivations de la mère ou du fils ne seraient que spéculations. Pourquoi décider d’une intention pécuniaire comme certains n’ont pas craint de l’affirmer ? D’autre part, quel motif pouvaient avoir les héritiers d’outrepasser les dernières volontés du mourant ? L’explication a postériori que Nabokov aurait exprimé le souhait de voir son manuscrit confier aux flammes alors qu’il convoitait la publication de ses feuillets semble faible.

Le texte


Soyons clairs. Du point de vue génétique, le texte possède une valeur irréfutable pour les chercheurs, mais il s’agit de débris embryonnaires sans que l’on sache jamais quelle aurait pu être leur forme définitive. (On se souviendra des discussions ayant accompagné la parution, entre autres, du Premier homme de Camus). En cela, L’Original de Laura rejoint le destin commun à tout texte édité posthume à partir d’un manuscrit inachevé.

Nous avons là un ouvrage de 165 pages dont deux sur l’auteur. Les notes sur la traduction, les pages titres, les remerciements, les commentaires de Dmitri Nabokov font débuter le livre à la page 25. Restent 138 pages et 138 fiches dont plusieurs ne comportent que quelques lignes voire quelques mots de la main de Nabokov. Les cartons de bristol sur lesquels l’auteur consignait ses brouillons sont reproduits en fac-similé, un par page, avec au-dessous la traduction française. En tout et pour tout, les lignes mises à bout, le texte résulterait en à peine une quarantaine de pages au plus. Loin de composer un roman, il faut en convenir.
D’une part, il est impossible de savoir si ce sont là toutes les fiches originales de Nabokov, d’autre part, il est tout aussi impossible de discerner jusqu’à quel point Dmitri Nabokov les a mélangées ou non. Sont-elles restées dans l’ordre initial régi par Nabokov père ? Toutes les ratures sont-elles de la main du grand homme ? Quels sont les « légers amendements » que Dmitri Nabokov avoue avoir effectué ? Un homme si scrupuleux de la mémoire de son père aurait-il pu s’arroger le devoir de supprimer des mots, des phrases, des passages voire des fiches entières ? Ces questions pour aussi pertinentes qu’elles soient, resteront sans réponses satisfaisantes car incontrôlables et l’énigme restera complète.

La présentation de l’éditeur, signée par le traducteur, laisse franchement perplexe. « Texte inachevé composé dans la souffrance et la perspective d’une mort prochaine ». Si Nabokov a commencé la rédaction dans les années 70, quelques années avant son décès, il n’était encore aucunement à l’article de la mort à ce moment-là. D’où un malaise dès le début de la lecture. « L’Original de Laura présente l’ébauche d’un enchevêtrement de récits. » La qualification d’ébauche est entièrement justifiée et l’entrelacement est si serré que le lecteur aura un mal fou à s’y reconnaître. Heureusement, la suite du texte lui fournit de quoi s’accrocher. « L’auteur de Lolita reprend ici certains des éléments qui ont fait le succès de son plus célèbre roman. Flora n’est certes pas une nymphette, mais elle ressemble à s’y méprendre à une Lolita qui ne serait pas morte dans les neiges de l’Alaska. » Qui se rappelle Lolita sera loin d’acquiescer après lecture des fiches que ce soit en traduction ou dans l’original ! « Capricieuse, frivole, elle épouse un homme beaucoup plus âgé qu’elle, un professeur de psychologie appliquée, mais collectionne ouvertement les amants ». Le rédacteur de la quatrième possède une imagination fertile dont on aurait aimé qu’il la mette au service de sa traduction ou possède-t-il, pour brosser son tableau, des fiches ignorées du lecteur ? « l’un d’eux la prend pour modèle d’une de ses héroïnes, Laura, dans un roman où figure aussi en bonne place le mari vieillissant. Celui-ci, harcelé par la souffrance, s’ingénie, au moyen de certains exercices, à s’effacer, à se gommer mentalement. » A s’effacer, à se gommer. Le lecteur remarquera ces termes dans l’original de Nabokov dans une liste de synonymes ce qui a forcément inspiré l’auteur de cette mascarade de présentation supposée rendre alléchante la lecture. Mais ce qui suit dépasse tout entendement : « L’auteur, dont les exigences esthétiques étaient très élevées, nous permet, malgré lui, de percevoir à distance, entre les lignes, entre les fiches, l’ultime souffle d’un romancier de génie. » Oui, Nabokov était un romancier de génie, nous sommes bien d’accord, mais quelle outrecuidance résonne dans « malgré lui » ! Selon la petite histoire accolée, Nabokov n’aurait rien permis du tout ! D’autre part, sa position semblait claire sur le sujet. En effet, dans un texte de 1992, William Boyd le cite : « L’amertume d'une vie in¬terrompue n’est rien en regard de l’amertume d’une œuvre interrompue : la probabilité que la première puisse se poursuivre par-delà la tombe semble infinie, comparée au désespérant inachèvement de la seconde, vu de là-bas cela pourra peut-être paraître absurde, mais vu d’ici, l’écrit ¬reste irrémédiablement inexistant ». On ne peut qu’espérer pour celui dont « les exigences esthétiques étaient très élevées », d’où qu’il s’en soit allé, qu’il ne puisse être le témoin du peu de cas qu’il est fait de ces mêmes exigences par ses héritiers.

La traduction


En ce qui concerne la traduction, elle mérite attention. Grâce à la mise en page, nous pouvons comparer sans difficultés, sans feuillettement intempestif et sans grandes recherches, les fiches originales et leur traduction, celles-ci se trouvant au-dessus de celle-là. Une mise en page plus que pratique que l’on n’aurait jamais osé rêver offre donc l’opportunité de décortiquer le travail du traducteur. Ce dernier – comme tout passeur de langue – a du se résigner à faire des choix qu’il est sans doute en mesure d’argumenter et de défendre. Mais diantre, pourquoi remplacer « sourcil » par « paupière » ou le passé par le présent ? Et « Dying can be fun » n’était-il pas assez de le traduire par « Mourir peut être amusant » ou encore par « Ce peut être amusant de mourir » ? Fallait-il absolument en sous-titre « C’est plutôt drôle de mourir », une affirmation rigolarde qui occulte la subtilité de l’humour et l’hésitation subreptice présentes chez Nabokov ?

Pour n’en donner que quelques exemples de plus. Que penser de la phrase « All the towels in the bathroom, whether pink or green, were of a thick, soggy-looking, spongy-like texture. » traduite par : « Toutes les serviettes de la salle de bains, les unes vertes, les autres roses, étaient d’une texture épaisse, apparemment mouillée et spongieuse. » ; « qu’elles fussent vertes ou roses » aurait été juste alors que « les unes vertes, les autres roses » est erroné et enlève le souci du détail si cher à Nabokov. Le fragment suivant requiert notre vigilance pour différentes raisons. Examinons-le de plus près. En premier lieu la traduction : « (un pauvre hère mortellement ennuyé par son sujet). Quant à la dame qui enseignait la littérature française [,] tout ce qu’elle exigeait c’était le nom des écrivains français modernes et l’inscription de leur liste sur la paume de la main de Flora provoqua un chatouillis bien plus dense [.] Particulièrement mémorable était le petit agrégat de noms entrelacés sur le coussinet du pouce de Flora : Malraux, Mauriac, Maurois, Michaux, Mishima, Montherlant et Morand. Ce qui intrigue ce ne sont pas les allitérations (une plaisanterie de la part d’un alphabet maniéré) ; ni l’insertion d’un protagoniste étranger (une plaisanterie de la part de cette petite [fille] japonaise facétieuse qui aimait à tordre ses membres en forme de bretzel lorsqu’elle divertissait ses amies lesbiennes) ; et ni même le fait que pratiquement tous ces auteurs étaient des médiocrités stupéfiantes en tant qu’écrivains (le premier de la liste étant le pire) ; ce qui nous sidère, c’est qu’ils étaient censés « représenter une époque » et que de tels représentants pouvaient se tirer d’affaire avec une écriture si exécrable, du moment qu’ils représentaient leur époque. »

Comment faire abstraction du « bored to extinction » traduit par « mortellement ennuyé ». Le panache nabokovien  a mortellement disparu ! Mais un élève de 6ème ferait mieux ! Pourquoi pas « ennuyeusement ennuyé » ?! Nabokov écrit « bored to extinction » ce qui exclut un adverbe. Qui plus est, Nabokov aurait pu écrire « bored to die », ce qu’il n’a pas fait. « Bored to extinction » est raffiné, délicat ; « mortellement ennuyé » est sans consistance, plat « comme un trottoir de rue ».
L’inconséquence d’employer une fois « ce qui intrigue » et l’autre « ce qui nous sidère » pour traduire « what amazes one » mériterait une justification du choix du traducteur dans ce cas précis. En effet, nous avons dans l’original : « (a forlorn looking man bored to extinction by his subject). As to the lady who taught French littérature […] What amazes one is not the allitération […] ; what amazes one is that they were supposed […] ». Quelle est la déduction, peut être valable, conduisant à une telle liberté que rien dans le texte original ne permet de légitimer ? Nabokov fut dans l’impossibilité de mener à terme la complétion du manuscrit. Nul doute qu’il aurait tranché entre laisser la répétition ou bien inclure un synonyme. Une pratique facilement imaginable par le fac-similé du frontispice, une fiche bristol sur laquelle il a noté les synonymes du verbe effacer : « expunse, erase, delete, rub out, wip out, obliterate » et encore, un autre rendu illisible par crayonnage, la traduction de la liste étant elle aussi sujet à questionnement : « effacer, supprimer, gommer, biffer, éliminer, rayer, oblitérer ». Ça se discute !
Toutefois, le passage ci-dessus offre un précieux avantage. Celui de présenter le choix des auteurs exécrés par Nabokov et son argumentation : ils écrivent abominablement mal. C’est impératif, il les bannit de son panthéon.

Somme toute


Les motivations de Dmitri Nabokov et de son éditeur de publier ces écrits manuscrits sont troubles. Si Nabokov avait exprimé le vœu de les sacrifier aux flammes, on peut admettre, après lecture, que son motif était fondé. Comme déjà exprimé plus haut, une quarantaine de pages, fussent-elles de la main d’un maître incontesté, ne sauraient assembler un roman. Le fait que l’écriture ne soit qu’une ébauche ajoute peu à la grandeur de l’œuvre, au contraire, les bristols démontrent parfaitement l’état embryonnaire des écrits en devenir avec des lacunes qui ne seront jamais comblées. Et que l’on ne pense surtout pas pouvoir retrouver quelque substrat théorique nabokovien en se reportant sur les cours de littérature, que le maître dispensa aux étudiants américains. Nabokov lui-même en avait d’ailleurs interdit la publication.

Tout au plus, cette traduction bilingue peut-elle fournir un outil pédagogique pour l’apprentissage de l’anglais et offrir aux lecteurs d’un niveau avoisinant la troisième de lycée l’impression de lire « du Nabokov » en édition originale. De toute évidence, une chrysalide déchiquetée ne saurait remplacer ni devenir un lépidoptère aux ailes déployées et qui pourrait s’amouracher d’une larve lorsqu’il dispose des papillons ?

Murielle Lucie Clément

Vladimir Nabokov, L’Original de Laura (C’est plutôt drôle de mourir), Gallimard, 2010, 165 pages, 17,90 €


Toutes les réactions (14)

1. 04/05/2010 14:04 - Pierre Poucet

Pierre PoucetMerci pour cet article de fond. Et tout à fait d'accord, Murielle. Mais je persiste à penser que les pages de bristol auraient dû finir dans les flammes, selon la volonté de l'auteur. Ça aurait aussi permis d'éviter de se taper des pages inutiles et jargonneuses de chercheurs en protosociophilogenèse des textes. Ce qui va arriver, dans pas longtemps, sous forme d'un magnifique ouvrage collectif avec en couverture la gueule de deux chercheurs pommés à lunettes dirigeant une collection (genre "Les invendables"), vendu à 34 exemplaires.

2. 04/05/2010 14:24 - Murielle Lucie Clément

Murielle Lucie ClémentC'est la teneur de cet article, hein!? Une collection "Les Invendables" est une idée excellentissime !! Aura besoin d'être lourdement subventionnée, cela va de soi. Pourra aussi avoir une collection jumelle "Les Illisibles"!!

3. 04/05/2010 14:27 - Olivier Cappaert

Olivier CappaertMerci MLC. La métaphore de fin en dit long sur cette tendance actuelle vers la rapidité, le bâclé, la médiocrité et j'en passe. Toujours se fier à l'original, n'est-ce pas?

4. 04/05/2010 20:28 - Murielle Lucie Clément

Murielle Lucie ClémentOui. Tout à fait d'accord, cela vaut pour tant d'auteurs.

5. 04/05/2010 23:37 - florence

florenceJ'ai plusieurs remarques à faire à propos de cet article.
MLC écrit:"De tous temps, le dernier vœu d’un mourant se devait d’être respecté. On l’a souvent assimilé à une parole sacrée. Jusqu’à présent, cet usage promu au rang de loi non écrite faisait partie intégrante des us et coutumes. Personne ne se serait octroyé le droit de le transiger sous peine de blâme sociétal." Je ne citerai qu'un exemple bien connu qui contredit cette affirmation: celui de Max Brod, à qui Kafka avait demandé de brûler ses manuscrits inachevés, parmi lesquels Le Procès et Le Chateau. On frémit à la pensée que Max Brod aurait pu obéir aux injonctions de son ami..
MLC écrit:" on pourrait questionner les capacités de Dmitri Nabokov à faire un travail éditorial. Exception faite de sa filiation avec l’auteur, il est ténor d’opéra, coureur automobile et pilote d’hélicoptère..." Elle oublie, ou ignore que Dmitri Nabokov a longtemps collaboré avec son père à la traduction des ses oeuvres écrites en russe et qui ont été publiées en anglais à la faveur du succès de Lolita; après la mort de son père, il a continué à traduire des inédits (comme par exemple la nouvelle "Natasha", inédite, publiée il y a un an ou deux par la revue The New Yorker.
MLC écrit: "...Des qualités indéniables, certes, mais celles-ci le rendent-elles apte à des corrections et amendements de pages littéraires manuscrites ? " De quelles corrections et amendements s'agit-il? on a sous les yeux le texte de Nabokov, de sa propre main.
On peut discuter les choix du traducteur (Maurice Couturier, critique spécialiste de Nabokov mondialement reconnu, auteur de plusieurs ouvrages sur cet auteur, comme La Mauvaise foi d'Eros ou encore Nabokov ou La Cruauté du Désir et qui a dirigé l'édition La Pléiade de Nabokov) mais les alternatives proposées par MLC ne sont pas très excitantes, c'est le moins qu'on puisse dire... "ce peut être amusant de mourir" ... comme on sent bien "la subtilité de l'humour et l'hésitation subreptice".. indeed! Le sous-titre, d'ailleurs est "Dying is fun" et non "Dying can be fun".
Enfin, pour finir, je voudrais parler du "style" de MLC, style maniéré et plein d'afféterie, qui respire à chaque phrase la conviction qu'il suffit d'adopter des tournures alambiquées pour faire élégant, en un mot, un style provincial.

6. 05/05/2010 00:48 - florence

florenceUn petit florilège des fautes de français qui parsèment cet "article", somme toute assez amusant...
"Personne ne se serait octroyé le droit de le transiger" le droit de transiger (avec cet usage) ou le droit de le transgresser.
"...d'un père ou d’une mère qui, sur son lit de mort, les avaient enjoints d’épouser..." "leur avaient enjoint d'epouser..."
"...des dettes contactées..." "des dettes contractées"
"Pour quel mobile que ce fut..." " pour quelque mobile que ce fut..."
"on se souvient que le maître aurait voulu brûler le manuscrit de Lolita, refusé par les éditeurs" en fait, Nabokov a tenté de brûler son manuscrit avant même de l'avoir proposé à un éditeur.
"En tout et pour tout, les lignes mises à bout, le texte résulterait en à peine une quarantaine de pages au plus." "...les lignes mises bout à bout, le texte se réduit à une quarantaine de pages tout au plus."
"...s’arroger le devoir..." on s'arroge un droit et on s'impose un devoir.
"une quarantaine de pages, fussent-elles de la main d’un maître incontesté, ne sauraient assembler un roman" "...ne sauraient constituer un roman"

7. 05/05/2010 08:27 - Pierre Poucet

Pierre PoucetOui, j'ai (nous avons) laissé passer. Beau travail de relecture et merci pour ces éclaircissements.
Mais ne perdez plus de temps à donner des leçons aux pauvres ignares que nous sommes, faites-nous un bel article, Florence. Oh oui, s'il vous plaît, une leçon maîtresse. Avec des relectures partout! Je vous envoie les articles?
Et épargnez-nous vos commentaires bestiaux. Vous n'êtes pas d'accord, eh bien discutons, vous n'êtes pas la raison incarnée, si? Dieu peut-être? Et puis évitez les attaques aussi basses, madame la styliste: "un style provincial"... J'en ris encore. Parlons du vôtre, "qui respire à chaque phrase la conviction qu'il suffit d'adopter des tournures sèches et brutales pour faire sérieux, en un mot un style haineux". Bien prétentieux tout ça.

8. 05/05/2010 10:21 - Murielle Lucie Clément

Murielle Lucie ClémentJe remercie Florence d'avoir lu mon article si attentivement.
Toutefois, certaines "erreurs" n'en sont pas mais un choix bien
conscient de ma part pour accentuer une phrase et l'inflexion que je
désire lui imprimer (la liberté de l'écrivain!!).
Par contre, tout à fait d'accord avec, entre autres, "contractées",
"bout à bout" "questions" , "quelque" qui sont des coquilles patentes.
La remarque sur Nabokov qui aurait voulu brûler son manuscrit avant de
l'avoir proposé aux éditeurs est sujette à caution selon que l'on
réfère (et non "se réfère" encore un choix de ma part et préconisé par
le Grévisse!) à ses lettres ou aux diverses biographies et légendes.

@ Florence: je reviens vers vous avec une réponse plus détaillée plus tard.

9. 05/05/2010 12:19 - Amaury Watremez

Amaury WatremezUn style provincial ? Vous pouvez définir Florence ? Est-ce en opposition à un style parisien ? Donc plus "vinetèje" ?

10. 05/05/2010 15:10 - Murielle Lucie Clément

Murielle Lucie Clément@ Florence :
Vous écrivez : « Je ne citerai qu'un exemple bien connu qui contredit cette affirmation: celui de Max Brod, à qui Kafka avait demandé de brûler ses manuscrits inachevés, parmi lesquels Le Procès et Le Chateau. On frémit à la pensée que Max Brod aurait pu obéir aux injonctions de son ami.”
Réponse: Cet exemple est si connu qu’il ne mérite plus d’être cité, sauf si vous venez juste de le découvrir. D’autre part, il n’est que l’exception qui confirme la règle en un sens, de l’autre, il est aussi sujet à polémique.

Vous écrivez: “Elle oublie, ou ignore que Dmitri Nabokov a longtemps collaboré avec son père …”
Réponse: la collaboration avec un écrivain est loin d’être égale à se substituer à un écrivain, mais là encore, il ne s’agit que de mon opinion personnelle (heureusement partagée par d’autres tout de même).

Vous écrivez : « De quelles corrections et amendements s'agit-il? on a sous les yeux le texte de Nabokov, de sa propre main.”
Réponse: Dmitri Nabokov en parle et c’est justement la question: De quelles corrections et amendements s'agit-il? Car il ne précise pas. Quelle naïveté de penser que nous avons sous les yeux tout le texte de la main de Nabokov !!

Vous écrivez: “Le sous-titre, d'ailleurs est "Dying is fun" et non "Dying can be fun".” Réponse : Voici l’un des amendements. Tout dépend de vos sources bien entendu. Par ailleurs, mes remarques ne sont pas des alternatives proposées, tout juste des soulignements.

Vous écrivez : « mondialement reconnu » au sujet du traducteur.
Réponse : Il n’empêche que ses choix peuvent être discutés et le sont.

Le reste dans le prochain commentaire

11. 05/05/2010 15:11 - Murielle Lucie Clément

Murielle Lucie Clément@ Florence suite et fin

Vous écrivez : « en fait, Nabokov a tenté de brûler son manuscrit avant même de l'avoir proposé à un éditeur.”
Réponse : Les versions diverses de cette anecdote sont en accord avec les sources : 1) la correspondance de Nabokov, 2) la légende, 3) le cercle des amis de Nabokov, 4) les ragots, 5) les articles divergents sur le sujet, 6) une biographie etc.

Quant au style dont vous parlez et mettez entre parenthèses. Je discerne une absence de conséquence dans votre propos. Vous me reprochez « un style maniéré et plein d’afféterie », redondance peu élégante, convenez-en, l’afféterie étant déjà un « abus de maniéré ». Un peu comme si vous écriviez « un style maniéré et très maniéré » ou « un style maniéré et plein de manières » ce qui serait passablement illisible dans l’absolu !
En ce qui concerne certaines de vos « améliorations », je les réfute en mon âme et conscience. Par exemple, vous écrivez : "...les lignes mises bout à bout, le texte se réduit à une quarantaine de pages tout au plus." Cette phrase est lourde et change par trop la signification où j’insiste sur la justesse de la longueur ! ("En tout et pour tout, les lignes mises à bout, le texte résulterait en à peine une quarantaine de pages au plus."). “Se réduire” et “résulter en” sont sémantiquement inégaux et possèdent d’autres connotations. Et puis, j’aime bien ce « mises à bout » au lieu de « mises bout à bout ». Réfléchissez, à toutes la polysémie et l’ambivalence. N’est-ce pas le mutilinguisme bakhtinien qui montre le bout de son nez ? Vous saisissez ?

Je prends la peine de vous répondre car vous employez à mon égard la troisième personne du singulier ce qui fait montre d’une grande élégance et d’une profonde courtoisie.

En un mot, je suis heureuse de vous avoir offert cette distraction. Bonne journée, Florence.

12. 06/05/2010 21:31 - florence

florencePour les éventuels lecteurs curieux des écrits de Nabokov, voici l'adresse de quelques sites où on peut lire de très interessants articles critiques (presque tous en anglais hélas)
http://etc.dal.ca/noj/
http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=1475
http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=1062
http://revel.unice.fr/cycnos/sommaire.html?id=880
http://www.libraries.psu.edu/nabokov/zembla.htm

Florence

13. 06/05/2010 22:40 - Myrrhman

MyrrhmanCet article m'évoque certains rockeurs cultes, morts jeunes, dont on publie post-mortem le moindre boeuf bâclé en studio, dans un but purement lucratif.

14. 06/05/2010 23:01 - Murielle Lucie Clément

Murielle Lucie Clément@ Florence: Les lecteurs vraiment curieux des écrits de Nabokov lisent Vladimir Nabokov en original ou en traduction !!

@ Myrrhman: je comprends tout à fait votre commentaire. Il n'y a malheureusement pas que les musiciens rock qui victimes de telles pratiques. Maria Callas en a fait les frais également. Toutes les prises de son qu'elle avait désapprouvées ont été allègrement compilées en CD à certaines dates anniversaires de sa mort. Le mauvais goût total allié à une cupidité morbide selon moi.

Ring 2012
Murielle Lucie Clément par Murielle Lucie Clément

Auteur et critique littéraire.

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Merci pour cet article de fond. Et tout à fait d'accord, Murielle. Mais je persiste à penser que les pages de bristol auraient dû finir dans les flammes, selon la volonté de l'auteur. Ça aurait...

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    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

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    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

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    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

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    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

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    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

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    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

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    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

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