La reddition du Hezbollah
SURLERING.COM - OUTREMONDE - par La rédaction - le 12/05/2008 - 0 réactions -

Tout comme ce n'est point l'élimination de quelques soldats israéliens par an depuis 1990 qui provoqua le retrait de Tsahal en 2000, mais bel et bien une politique israélienne de retrait unilatéral appliquée à la bande de Gaza en 2005 et gelée quant à la Cisjordanie, la « victoire » de la guerre de juillet 2006 n'est rien d'autre qu'une défaite stratégique subie par un Hezbollah qui n'a pas défendu le Liban, mais s'est à peine défendu lui-même, acculé à accepter la proposition franco-américaine de cessez-le-feu transformée en résolution onusienne. Ayant perdu son théâtre des opérations externe, et afin de le recouvrer, la thermodynamique politique de la milice chiite s'est transformée en problème interne, donc en une guerre d'usure des institutions centrales libanaises, garantes de la présence de la FINUL et de l'armée libanaise au Sud, d'où la démission du gouvernement, la neutralisation de la magistrature suprême et du parlement, l'étranglement de l'économie en vue d'un coup d'état qui abrogera pratiquement la résolution 1701, car sans cela le Parti de Dieu perdra sa raison d'être fondamentalement militaire, lui qui pour la maintenir revendique désormais explicitement l'éradication de l'état hébreux, devenue le prétexte lambda de toute puissance arabo-islamique ayant des visées régionales, hier l'Egypte de Nasser ou l'Irak de Hussein, aujourd'hui l'Iran d'Ahmadinejad.
L'insurrection armée du 7 mai 2008 représente l'accélération sensible de la politique d'usure contre le gouvernement Siniora en tant que dernier bastion étatique ; l'armée libanaise, devenue force auxiliaire de maintien de l'ordre auprès de la milice chiite, au lieu de remplir sa première fonction de maintien de l'ordre public, a transformé ce soulèvement totalitaire et fascisant en état de fait qui s'en prend à toute volonté populaire dissidente à travers des représailles contre le sunnisme haririen. Devant cette nouvelle réalité, la coalition du 14 mars ne détient qu'une seule solution digne de ce nom : déclarer l'entité politico-militaire du Hezbollah comme ne faisant plus partie de la République libanaise, c'est-à-dire lui imposer une souveraineté propre qui l'empêche d'utiliser le pays du cèdre en guise de toiture politique, donc l'obliger à assumer directement son sort militaire, ce dernier étant l'envers de l'actuelle trêve forcée avec l'état hébreux : la destruction de l'ensemble de ses infrastructures, voire de son territoire au napalm nourri de bombes à oxygène. D'ailleurs, un Hezbollah qui remplacerait de l'intérieur la tutelle-occupation syrienne du Liban engendrera une solution similaire. Les chiites libanais, eux, subiront les conséquences d'être les générateurs thermiques de la matrice biopolitique islamiste, alors qu'un mini Liban sunno-druzo-chrétien doté d'un mini Taëf accèderait à un premier degré de réalisation.
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L'homme est un animal capable de détenir une quantité d'information qui dépasse celle nécessaire à sa survie et sa pérennité en tant qu'espèce biologique. L'ensemble de l'information additionnelle qu'a déjà engendré l'humanité se dénomme civilisation. Ce surplus d'information, qu'appelait Georges Bataille « la part maudite » et qui engendre parallèlement le Politique - cette synthèse générale du Mal - n'est par définition jamais partagé uniformément entre les humains, encore moins entre les empires et les états. L'économie générale de l'humanité est régie par le principe de la victoire des civilisations qui détiennent le plus grand nombre d'information additionnelle, donc de savoir, donc de capacité technoscientifique, et par là même militaire. Seul le nihilisme, qui empêche la pleine utilisation de l'information que possède une civilisation, peut constituer une exception locale au politique ; après le ressentiment du faible dénoncé par Nietzsche, son corollaire inversé, la culpabilité du fort, constitue le nihilisme occidental actuel, la corde sur laquelle l'Europe s'est pendue. Puisque le monde islamo-arabe est toujours, par rapport à l'Occident, en retard d'au moins une révolution civilisationnelle, il se nourrit d'une « occidentopathie », comme l'a magistralement démontré Philippe Muray, et, depuis l'instauration de la République islamique perse, du ressentiment de la faiblesse chiite, à la fois démographique, historique, géographique et politique à l'égard de son premier ennemi : la puissance sunnite. La guerre civile sunno-chiite, étendue à partir du 7 mai 2008 à tous les territoires où est présente cette dernière communauté, n'est que l'un des symptômes de la réapparition du refoulé islamique, qui ne peut accéder à la domination politique qu'en venant à bout de cet autre refoulé omniprésent du monde islamo-arabe : l'état hébreux. Le ressentiment de la faiblesse chiite gargarise de facto la haine du régime syrien, seule particularité à la hauteur de son cynisme : si, par rapport au régime baasiste, il n'y a pas de Liban, il n'y aura donc plus de Liban. Ainsi l'union du destin syro-libanais ne sera rompue qu'à travers un accord de paix syro-israélien et une seconde guerre civile libanaise, ces deux conditions nécessaires et suffisantes pouvant seules inverser l'équation « le Liban contre le Golan ».
Quel que soit le résultat de l'actuelle rébellion, le Hezbollah souffre d'une triple faiblesse structurelle : au Liban, en Orient et contre Israël. Sa reddition est déjà pleine et entière sur tous les plans principaux. Avant la guerre de juillet 2006, qui constitua sa défaite sur le plan politico-militaire externe, sa première défaite sur le plan politique interne advint avec la réaction au rassemblement pétainiste du 8 mars : celui du 14 mars 2005 et la majorité politique qui s'en suivit, la seconde avec son actuelle invasion armée de Beyrouth qui ne peut se transformer en renversement de régime ; puisqu'il ne peut envahir le Grand Sérail, son coup d'état n'est donc qu'un coup porté à l'état. En outre, son sinistre comportement ôte toute légitimité et légalité à son arsenal, mais surtout constitue le prétexte indiscutable au réarmement massif de toutes les autres communautés libanaises. Sur le plan métapolitique, sa défaite est d'ores et déjà assurée par l'impossibilité de l'éradication de l'état d'Israël, ne serait-ce que pour les deux raisons suivantes : l'Iran, dont la civilisation est perse, n'est pas un pays arabe, aussi le courant théologique qu'il revendique est, par rapport au sunnisme, pour le moins douteux. Les sunnites, qui constituent plus de 90 pour cent des musulmans, n'accepteront jamais qu'un état non arabe et non musulman libère la Palestine, alors qu'eux-mêmes ne purent et/ou voulurent le faire. Par ailleurs, Israël n'est pas un simple état juif au Moyen-Orient ; il représente un avant-poste occidental dans le monde arabe. De la même manière que l'Amérique défendit le bastion de l'Occident qu'est l'Europe contre les deux dangers existentiels que furent le nazisme et le communisme, elle ne permettra jamais sa disparition, car, après l'Holocauste, le soutien au sionisme est devenu une obligation politique de base. Sur le plan civilisationnel enfin, le coup d'état du 7 mai 2008 incarne parfaitement le serpent islamiste qui, éventré depuis 60 ans par la lame occidentale qu'est Israël, se mord la queue, accélérant par le fait même la fin de l'islam en tant que système théologico-politique atteint dans son coeur psychologique, donc érotique - le voile - par l'invasion de l'érotisme industriel qu'engendre l'Église issue du troisième schisme chrétien : la postmodernité occidentale, ce après la chute du califat en 1918 et la récente visite du Vatican par le monarque wahhabite.
Rudolf Daher
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