La pensée extrême
SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Pierre Poucet - le 15/02/2010 - 3 réactions -
Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques ?

La pensée extrême. Ça dit bien ce que ça veut dire. Pas vraiment besoin de définir, on comprend. Comme le Port Salut, exactement. Ou plus classe, tenez : c’est un peu comme l’Action Directe, hein, « une notion d'une telle clarté, d'une si évidente limpidité, qu'elle se définit et s'explique par son propre énoncé » comme disait l’autre. Circulez rien à voir.
Gérald Bronner passe outre. Il nous livre La pensée extrême, chez Denoël. Et je note déjà trois points en sa faveur. La couverture : titre rouge sur couverture noire, quelques lettres blanches ; classe. Un titre qui dit bien ce qu’il veut dire – on a l’objet, quoi. Et un sujet qui nous parle, pour des raisons diverses que le lecteur pourra librement s’imaginer, à sa guise. Enfin, un livre rectangulaire de pas trop grande taille, qui tient dans la main et se manipule aisément avec les doigts situés à chaque extrémité – j’insiste – de vos mains, si vous en êtes doués. Au menu, donc, du fond, de la forme, une pointe d’esthétique, un côté plutôt pratique : tout semble en place pour une heureuse lecture. Et ça marche. Je veux dire, ça « fonctionne » comme disent les sociologues – savez, le « position / disposition / prise de position » de Bourdieu ? Oui, parce que Gérald Bronner est sociologue, spécialiste de la sociologie des croyances et de la cognition, pas peintre ou gardien de nuit ou prof de trekking. C’aurait été autre chose. Et c’est en sociologue qu’il analyse ce qu’il appelle faute de mieux « la pensée extrême », pas en tant que gardien de nuit ou prof de trekking. Passons. D’autant que personnellement, des sociologues, j’en connais, et pas des cons. Pas tous. Et Bronner appartiendrait plutôt à la première catégorie, plus précisément à la catégorie des sociologues qui voient large, qui embrassent, qui osent lever ses yeux sur autre chose que sur la détermination sociale de la distribution des timbres poste dans le Loir et Cher, le vendredi 22. Avec ce livre, on voit plus grand. Et on n’hésite pas à jeter des ponts, à bousculer les clivages disciplinaires, histoire, philosophie, psychologie, le tout sur l’art contemporain, la politique, l’idéologie, la mécanique psychologique de « l’extrémiste ». Un peu d’air, quoi. Sur un sujet brûlant. Autrement dit ? Je ne vous le fais pas dire (1). La thèse du bouquin est une antithèse. Plusieurs en fait. On y reviendra mais ici Bronner a ouvert beaucoup de fronts en même temps, peut-être un peu trop d’ailleurs, variam semper dant otia mentem, etc. je vous l’accorde, mais c’est aussi le but d’un tel ouvrage ; gouverner c’est choisir, il faut parfois faire le sacrifice de quelques-uns pour le malheur de quelques autres. Plusieurs fronts, donc, car le livre de Bronner s’attaque à la plupart des stéréotypes que nous évoquions pas plus tard que tout à l’heure en note de bas de page. Et qui constituent aujourd’hui « la bonne soupe cognitive populaire » (le concept est de moi). Les stéréotypes sur l’extrémisme, par exemple : la misère est le terreau le plus fertile de l’extrémiste, les extrémistes sont des fous – les « fous de Dieu » – les croyances sont irrationnelles, les lavages de cerveau, etc., ce genre de trucs – that kind of stuff. Et donc résultat chez le lecteur : des questions à la pelle qui se résument en ces quelques lignes : Qu’est-ce alors que la pensée extrême ? Qui sont les extrémistes ? Comment adhère-t-on à un système d’idée de façon si inconditionnelle qu’il soit susceptible de mener au sacrifice de sa propre vie ? Qu’est-ce, enfin, que le « paradoxe de l’incommensurabilité mentale », mais ça c’est quand on a terminé les deux premiers chapitres. Indigeste ? Pensez-vous. Ça passe comme une ceinture d’explosif à la TWA.  Tout d’abord, et en tous points, considérer ceci : la rationalisation des sociétés occidentales ne s’accompagne pas – ne s’accompagnera pas – d’une éradication des croyances, aussi « folles » soient-elles en apparence. C’est une question déjà bien étudiée par Bronner (2). L’idée d’après laquelle les progrès scientifiques et cognitifs mènent à la disparition des croyances dénoncées comme « archaïques » ou « folles » par le sens commun provient en effet d’une vision ancienne, mais erronée, qui conçoit les sociétés en fonction de leur état de développement. Cette thèse ontogénétique distingue ainsi les sociétés « primitives » caractérisées par une sorte de pensée « prélogique », d’autres sociétés « modernes » où certaines configurations cognitives, croyances, ont disparu ou sont condamnées à l’être. De Lévy-Bruhl à Freud, en passant par Comte, la plupart des auteurs modernes ont cru que « l’ignorance » décroissait de manière symétrique à la connaissance. Or, ce n’est pas tant l’ignorance qui décroît symétriquement à la connaissance que l’inconscience de ce qui est connu. Les progrès de la connaissance, autrement dit, élargissent le domaine du concevable, ce qui est de nature à engendrer de nouvelles croyances. Exemple : si nous sommes témoins aujourd’hui – je dis bien si – d’un phénomène céleste disons « atypique », nous pensons immédiatement à l’hypothèse extraterrestre, ne serait-ce que pour se marrer. Mais c’est justement parce que les développements de la science ont rendu concevables des engins volants, parce que l’astronomie a exploré notre système solaire, que cette croyance est permise aujourd’hui. Le désenchantement du monde, si vous voulez – fin des « prodiges célestes », des «théophanies » – s’accompagne en quelque sorte d’un ré-enchantement du monde. Par le grotesque parfois. D’où thèse : un « marché cognitif » (3) très développé n’est pas nécessairement favorable à la diffusion de la connaissance avec un grand C. Tout le monde connaît Internet… es modus in rebus sunt serti de nique fines quos ultra sitraque ne quid consistere nectum (4). Thèse, donc : connaissance et croyance sont consubstantielles. Elles constituent les deux facettes de notre rapport au monde. Mais la seconde est limitée par la première et la première est intrinsèquement limitée. Clair, non ? Autrement dit nous croyons quand nous ne connaissons pas – c’est là la thèse ultrarationnaliste, parfois pénible de Bronner. Deuxio, notre connaissance est triplement contrainte : dimensionnellement, culturellement, et cognitivement. Malheureusement – ou pas – nous ne sommes pas omniscients ; Icare s’est déjà brûlé quelques plumes. Mais après tout, c’est un mythe…
Les extrémistes sont-ils des fous ? Bonne question, Gérald. Et bonne démarche. Intéressante tout du moins. Une démarche compréhensive, c’est-à-dire : « qui cherche à comprendre les raisons qui poussent tel ou tel à agir ». Voilà le pari. Vrai : il est tellement plus simple de condamner, de catégoriser, de psychiatriser un « malade », un « taré », un « fanatique » – mais ne soyons pas bégueules il en faut bien un peu. Sinon, avec qui s’engueulerait-on ? – Bref, tenter de comprendre en se posant plusieurs questions (pages 29 à 36) sur l’extrémiste, quel qu’il soit, islamiste radical, collectionneur de timbre passionné ou fan inconditionnel de Claude François (5). Petite précision : comprendre n’est pas excuser. Si j’évite le jargon sociologique, la démarche compréhensive vise à reconstruire la rationalité subjective des « fanatiques », contre les représentations du sens commun. Car justement, le réflexe premier du quidam ou du commentateur de base cf. note (1), est de supposer une forme d’irrationalité à ces conduites extrêmes, faire péter un avion sur des tours jumelles, croire dur comme fer à une conspiration mondiale, prêcher le limage des ongles avec des fraises dentaires pour affûter nos antennes spirituelles, imaginer un combat de Lémuriens céleste dont l’issue dicte la marche du monde… si, ça existe. Instruction et pensée extrême. Première antithèse : les extrémistes ne sont pas des fous. Pas tous. Enfin pas la majorité. Bien au contraire, l’étude de leur profil sociologique et intellectuel suggère même qu’ils sont plus instruits que la moyenne. Même chose pour ceux qui adhèrent aux thèses extrêmes. Que l’on se penche sur l’épisode célèbre du Moon hoax de 1835 ou que l’on revienne sur d’autres canulars pseudo-scientifiques du même acabit, il est frappant de constater que les individus les plus crédules sont aussi les plus cultivés, et ce pour les raisons évoquées plus haut. Conclusion : la misère intellectuelle n’est pas le terreau le plus fertile des extrémistes. Considérons un moment les terroristes de l’IRA, les Brigades Rouges, la bande à Baader. Les auteurs des attaques du 11 septembre. Tiens, Mohammed Atta : une thèse sur la réhabilitation architecturale des quartiers historiques (6). Même profil universitaire pour les auteurs de l’attentat de Londres en juillet 2005, pour les membres de la cellule terroriste de Montpellier démantelée en mars 2006. Tous des diplômés du supérieur (7). « Le mythe de la communauté unifiée par l’adhésion à Allah n’est pas sans rappeler l’unité du prolétariat sous l’égide d’une avant-garde auto-proclamée qui était, on le sait, composée d’individus de classe moyenne souvent éduqués, tout comme dans le phénomène islamiste contemporain » (8). Que l’on parle de la croyance dans le paranormal, de l’astrologie, ou de l’extrémisme, il faut convenir que « l’éducation confère une certaine disponibilité mentale aux individus, une forme d’élargissement de leur horizon intellectuel » (9) qui entraîne consécutivement un affaiblissement de la connaissance « officielle », et surtout scientifique. Le ré-enchantement du monde, vous dis-je.
Pensée extrême, nazisme et communisme. On pourra regretter que, dans son analyse de la pensée extrême, Bronner n’utilise quasiment pas le nazisme, qui nous semble constituer quand même un exemple ultime de déviation et de perversité. Il cite Hannah Arendt, mais au passage, sans s’y attarder, alors que L’origine du totalitarisme est bien plus qu’un monument des sciences politiques du XXème siècle, c’est aussi et surtout une formidable entreprise de cartographie de la violence politique, de sa construction chez les victimes mêmes de la pensée extrêmes (on pense à la fameuse mise en cause des Judenrat par Arendt, qui lui valut une suspicion de « nazisme » par le Nouvel Observateur il y a quelques décennies...) La Weltanschauung nazie nie toute possibilité d’opposition. Ce n’est plus seulement « qui n’est pas avec moi est contre moi » mais « qui n’est pas avec moi doit mourir, doit disparaître de la surface de la Terre ». Le parallèle avec le terrorisme actuel semble pourtant saisissant: cette impossibilité de concevoir l’autre, d’accepter la coexistence... n'est-ce pas là un des éléments du totalitarisme. Et toujours cette fascination chez le rejeton de grand bourgeois, pétri de culpabilité, bandant pour les supposés charmes d’un prolétariat opprimé et pue-la-sueur. Ah! les grandes érections de Brasillach pour les brutes blondes de la Wehrmacht, ou plus récemment, celle de notre nouvelle ultra-gauche pour les barbares de banlieue et leur violence absurde et nihiliste dans L’insurrection qui vient…
C’est ainsi, la démocratie ou la gauche socialiste ne font pas mouiller les hordes de ceux qui voudraient changer le monde. La démocratie n’est pas sexy… on lui préfère la violence fantasmée, la logique binaire, la repentance, sinistre petit marigot oedipien qui conduit immanquablement aux charniers des innocents.
La pensée extrême, loin d’être l’apanage des groupes ultra-minoritaires, a d’abord été au centre d’empires monstrueux, et européens. La politique raciale du nazisme représente un sommet du type de fonctionnement mental étudié par Bronner. Elle se trouve au coeur du système, et tout doit s’y subordonner. Il suffit de relire Mein Kampf, de se plonger dans la prose fangeuse de l’immonde magazine antisémite officiel « Der Sturmer» de Julius Streicher (qui n’hésitera pas à réactualiser le mythe séculaire des enfants chrétiens sacrifiés dans un rituel juif) pour toucher du doigt la réalité d’une pensée réellement extrême. La destruction des Juifs d’Europe de Raul Hilberg, autre monument historiographique, piste chacune de ces tentatives d’allier modernité absolue dans l’usage des techniques comptables, économiques, industrielles, dans la mise en œuvre de l ‘Holocauste.
Bronner minore également la dimension quasi-psychiatrique du communisme. S’il cite le génocide cambodgien, il semble ignorer la boucherie soviétique qui, de 1917 au années 80, à la porte de l’Europe, institutionnalisa l’usage de la déportation, de la camisole de force et de la délation comme moyen de gouvernement. Tout en se faisant plébisciter par la fine fleur de l’intelligentsia progressiste mondiale.
Les extrémistes : des mecs rationnels. Les extrémistes ne sont pas des fous, non. Ils ont leur propre rationalité cognitive (ce à quoi on pourrait objecter que les fous aussi, l’ont cette rationalité. Tout est dans le regard de l’observateur, comme le rappelle plus loin Bronner citant Byford : « Le terroriste est dans l’œil de celui qui regarde »…). Leur pensée possède une cohérence logique, une cohérence extrême. Exemple : les thèses conspirationnistes sur le 11 septembre, qui voudraient que les attentats aient été perpétrés par les USA eux-mêmes, reposent sur des fondements logiques et scientifiques extrêmement poussés (10). Démentis, certes, mais poussés. Le cas d’Ygal Amir, qui assassine Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995 à l’âge de 25 ans, est également révélateur en ce qu’il montre qu’un individu issu d’une certaine élite sociale peut très bien épouser une vison ultrathéocratique et tuer « parce que Dieu le lui a demandé ». Ses interviews ont bien montré, de plus, l’extrême rationalité – religieuse – de sa pensée, qui s’origine dans une interprétation littérale de la Torah. Et c’est d’ailleurs cette recherche de cohérence extrême qui constitue l’un des moteurs les plus puissants de l’extrémisme, ce que révèlent les entretiens de Khosrokhavar auprès d’individus supposés avoir eu des liens avec des entreprises terroristes proches d’Al-Qaïda : tous rejettent en bloc « l’esprit de compromis » occidental. « La recherche de cohérence et l’application inconditionnelle de certains prémisses d’un raisonnement conduisent très facilement à des formes de radicalité […]. L’argument de la pureté et de la cohérence doctrinale […] compose une nouvelle armure immaculée protégeant [les extrémistes] d’un monde qu’ils pensent avoir des raisons de détester ou de mépriser » (11). C’est que ces derniers, islamistes ou numérologues tendent précisément – et se disposent à – rechercher les signes qui confirment leurs croyances plutôt que ceux qui les infirment, et ce en fonction du mécanisme de « biais cognitif » bien connu des psychosociologues. On le sait, la nature a horreur du vide, et la radine est économe : notre fonctionnement psychologique élémentaire s’appuie sur des « biais de confirmation » très efficaces qui visent à « nettoyer » nos esprits de leurs incohérences. C’est le classique « mécanisme de clarification cognitive ».
Une rationalité instrumentale surdimensionnée. Et ils sont d’autant plus rationnels, ces extrémistes, que leur rationalité instrumentale est chez eux particulièrement puissante. C’est un euphémisme. « La fin justifie les moyens » on connaît la chanson, que l’on retrouve aussi bien dans Le catéchisme révolutionnaire de Netchaïev, chez Sade, dans la Deep Ecology (12) ou chez cet abruti d’artiste japonais qui se suicide pour produire l’ouvre de sa « vie » en sautant du haut d’un immeuble pour s’écraser sur une toile. Peu importe l’idée, finalement, pour laquelle on s’engage, seule la fin compte : la Révolution, la Nature, la Terre ou l’Art. Idem quand on se ceinture d’explosifs. Pour déchiqueter des corps ? Pensez-vous. Là n’est pas la rationalité, la finalité de l’acte. Les entretiens menés auprès des terroristes tendent à montrer bien au contraire que cet acte inqualifiable relève de la pure rationalité : le guerrier islamiste – istish-hâdi –, qui, après une subtile et mensongère réinterprétation du Coran peut se concevoir comme un héros religieux – istish hâdiyya – pour faire noblement péter des bras et des jambes devient un chahid, un agent de la volonté divine, qui ne vise rien d’autre que les fameuses 70 Vierges (13)… tandis que le vertueux devra se pignoler en attendant le Jugement Dernier pour en jouir. On diffère légèrement le plaisir, quoi. S’agit juste de crever. Pas grave, la mort, c’est juste un « mariage », une « étape », qu’elle mène au Paradis ou à la Dictature du Prolétariat. Pur calcul rationnel.
La pensée extrême et l’art contemporain. Bronner a réussi à dégager des lignes de forces, des similitudes, comme des signes de reconnaissance entre des phénomène aussi disparates que l’art contemporain, certaines sectes, le terrorisme d’ultra-gauche type Baader / Meinhof ou Action Directe, ou encore Al Quaida, et cela sans céder à une simplification artificielle. Il reconnaît dans tous ces phénomènes politiques et sociologiques un besoin d’exister chez les individus, un besoin de briller pour des hommes voués à la médiocrité ou a l’absurdité dans un système démocratique occidental fondé sur le mérite individuel. On songe au dernier des hommes de Nietzsche, perdu dans la modernité démocratique et consumériste, simple grain de sable au milieu de milliards d’autres grains de sable tout aussi insignifiants. Mais sa véritable originalité, l’apport décisif de son ouvrage vient de son analyse de l’art contemporain, à la lumière de Tocqueville. Pour avoir longtemps pratiqué les milieux de l’art contemporain, je dois avouer mon émerveillement devant cette systématisation du fonctionnement du petit monde merveilleux de l’art subventionné et/ou mécéné. Citations. page 193 « Lorsqu’on considère certaines des productions le plus radicales de l’art contemporain, comme, par exemple, la Messe pour un corps du Français Michel Journiac, qui fit, en 1969, communier l’assistance avec du boudin en tranches confectionné avec son propre sang… » page 195 « Il s’agit d’évider l’oeuvre d’art de ce qu’elle peut manifester de l’individualité de l’artiste et de sa manière. » page 196 « Elle devient l’histoire des transgressions, des transgressions au seconde degré, qui prennent pour référent non plus l’esthétique traditionnelle (comme le firent les impressionnistes), ni même l’histoire de l’art moderne (comme le fit Duchamp après 1912), mais bien l’histoire de l’art contemporain. » page 198 « ...la rançon de l’intégration, c’est qu’elle annule l’effet transgressif de l’avant-garde, assurant son assimilation dans la culture visuelle et rendant nécessaires de nouvelles transgressions, plus radicales: on entre alors dans la « partie de main chaude », l’emballement du jeu entre transgression, réaction et intégration, auquel on assiste aujourd’hui [...]. Dans cette exploration réglée des limites de l’acceptabilité artistique, qui les met à l’épreuve en les faisant chaque fois reculer, le moindre « coup » avant-gardiste est un défi à la critique, opérateur de légitimité qui, à son tour, doit relever le gant: de sorte que les plus avancés des spécialistes, en autorisant la transgression, obligent les artistes à risquer la prochaine. » page 201 « Si l’art contemporain a pu en arriver là, c’est qu’il a gravi une à une les marches d’un escalier invisible, celui de l’extrémisme. » Bronner nous livre une véritable tool box, une boîte à outil conceptuelle pour comprendre, de l’intérieur, le nihilisme d’une certain « avant-garde » artistique, d’autant plus institutionnelle, élitiste et bourgeoise, qu’elle se proclame révolutionnaire, innovante ou « en rupture ». On nous répète inlassablement que les avant-gardes sont mortes, mais les postures, les codes, les réseaux perdurent, s’éloignant chaque jour davantage du citoyen lambda.
Bronner parle essentiellement des arts plastiques, mais sa réflexion, et son analyse, s’appliquent également sans problème à cet immense territoire gelé et sinistré de la musique contemporaine, où, dans son acceptation actuelle franchouillarde et post-post-post-boulézienne, ne surnagent plus que des artefacts, des petits bouts de merdouilles supposées signifiantes dans une grande soupe blanche et sans saveur, et à vrai dire, guère appétissante.
Pour qui s’intéresse encore aux borborygmes de la place Igor Stravinsky (vous avez bien sûr tous reconnu l’Ircam), le parallèle entre la pensée stalinienne (et donc extrême) et les conneries sérielles et post-sérielles est saisissant : même verbe implacable, même sécheresse de cœur, même cruauté, sauf qu’à la fin, les compositeurs staliniens s’adaptent et se transforment en chefs d’orchestres multimillionnaires, et résident en Suisse !
Qui sont les extrémistes ? On l’a dit, pas des dingues. Ni seulement des « terroristes », qui ne sont qu’une des figures les plus saillantes de ce système psychologique. « Le terrorisme est dans les yeux de celui qui regarde » (14). Problème définitionnel. Que les définitions soient juridiques, politiques ou qu’elles insistent sur les méthodes employées par les terroristes, toutes passent à côté d’une dimension essentielle à savoir l’univers mental du terroriste. « L’enquête cognitive » de Bronner commence ici. La « pensée extrême », avant d’être un contenu, désigne d’abord un type de rapport à une croyance. Ce « croire vrai », comme le rappelait Engel, n’est autre qu’une adhésion inconditionnelle à un système de pensée. La psychologie expérimentale est ici mobilisée par Bronner, qui rappelle que cette adhésion inconditionnelle est le propre de tout être humain. N’importe qui, en effet, est susceptible de posséder une « éthique de conviction » (la torture est condamnable, le meurtre est moralement répréhensible pour la plupart d’entre nous… même si de manière très inégale (15)). La différence entre l’adhésion inconditionnelle du quidam – qui converge avec la majorité des autres croyances collectives de la société en question – et celle du terroriste réside en ceci que le second n’adhère pas seulement radicalement à une idée mais adhère radicalement à une idée radicale. Question, donc, sur le contenu de l’idée : qu’est-ce qu’une idée radicale ?
Des mecs aux idées faiblement transsubjectives. Transsubjectif. Terme barbare développé par Raymond Boudon pour désigner « les raisons qui ont une capacité à être endossées par un ensemble de personnes » (16). Exemple, la Terre est ronde (17). Or, les limites de notre rationalité – dimensionnelles, culturelles et cognitives, cf. Supra – contraignent le succès de certaines idées « vraies » – du moins scientifiquement – même sur un « marché cognitif libéral » comme le nôtre où toutes les conneries circulent dans la joie et la bonne humeur.
Des mecs aux idées sociopathiques. Voilà qui est plus intéressant. Sociopathique ne signifie pas « endossé par un sociopathe ». Non. Ce sont « des valeurs ou des croyances qui ont une charge agonistique qui, si elles sont appliquées au terme de leur logique […] impliquent une impossibilité de certains hommes à vivre avec d’autres » (18). Et, au risque de procéder à une comparaison qui paraîtra ridicule, des fans de Johnny Hallyday ou de Claude François peuvent légitimement être rangés sous cette étiquette dans le sens où leur passion peuvent les pousser à sacrifier le bien être de leur famille ou le leur propre. Johnny ou Allah, même combat. Enfin presque. On ne mène pas de Djihad au nom de Johnny. Pas encore. Mais la référence à un concept absolu, monocausal – Dieu, la lutte des classes, Johnny – empêche ici toute possibilité de vivre ensemble. L’extrémisme, pour résumer, « qualifie une adhésion inconditionnelle à des croyances faiblement transsubjectives et/ou ayant un potentiel sociopathique » (19).
Comment devient-on extrémiste ? Oui, bonne question Gérald. Là où tout s’explique par la « crise » de nos jours, il convient d’être un peu plus sérieux et d’explorer les quatre grandes voies qui mènent à l’extrémisme. Les marches vers la pensée extrême sont « toutes petites », nous dit Bronner. Car la doctrine extrême, « si elle était connue dans son intégralité, découragerait de nombreux adeptes potentiels » (20). C’est une stratégie de base. Comment un individu lambda pourrait-il être séduit, a priori, par la thèse du « contrat de travail pour un milliard d’année » chez les scientologues ? Les gourous de secte commencent doucement, par des évidences crédibles et séduisantes, et finissent en beauté par les énormités quand l’adepte est déjà conquis. Où l’on découvre d’abord le gourou de la secte Sri Chinmoy en pleine méditation en compagnie de dignitaires officiels au quartier général des Nations Unies ; et où l’on apprend à la fin qu’il aurait soulevé d’un seul bras plus de trois tonnes – record attesté par la Fédération internationale d’haltérophilie – et fait léviter des éléphants. « Mécanique incrémentale » de « préparation cognitive » qui caractérise si bien « l’escalier du terrorisme » étudié par Moghaddam (21) modifiant progressivement les catégories mentales de l’individu. Le cas s’applique aussi bien aux sectes, qu’à l’art contemporain dans sa progression vingtièmiste vers « la transgression pour la transgression », qu’à l’exemple de Dieudonné M’Bala M’Bala qui, de marches en marches gravit l'escalier de l'extrémisme: il est dans un premier temps favorable au droit de vote des immigrés, puis attentif au devoir de mémoire concernant l’esclavage; on note ensuite un passage typique par un « moment clé » où, dénonçant l’inégalité de traitement réservé aux victimes de crimes historiques, il met en exergue le « traitement de faveur » des victimes juives. Suit le refus du CNC de financer son film sur le Code Noir, jusqu’à l’épisode politique où l’ex-humoriste se présente en 2003 à Sarcelles contre Dominique Strauss-Kahn, en insistant sur ses origines juives, pour finir lamentablement par lorgner du côté de l’Iran et des révisionnistes à la sauce Faurisson. Le réseau cognitif et relationnel dans lequel l’individu est enserré joue également à plein dans ce processus. Progressivement, l’individu se trouve au centre d’un « oligopole cognitif » qui vient limiter peu à peu non seulement les réponses apportées aux questions mais aussi les questions elles-mêmes. Eviter la « concurrence cognitive ». Contrairement à ce que l’on peut croire, en effet, l’extrémiste n’est jamais seul avant l’éventuel « passage à l’acte » : Moghaddam a bien montré que dans les cellules islamistes les liens avec cet oligopole avaient tendance à se resserrer pour former un parfait monopole durant les 24 heures précédant l’action terroriste, comme un attentat suicide par exemple. L’expérience de Solomon Asch menée en 1955, qui révèle l’influence du jugement d’autrui sur nos propres perceptions peut être ici rappelée. Contre évidence, donc : « l’extrémiste est bien plus conformiste que l’homme ordinaire » (22). Loi sociologique : « il y a une variation inversement proportionnelle entre l’importance de l’offre cognitive perçue par l’individu et le prix du produit sur le marché », ce qui signifie en français que « plus les gens autour de moi sont nombreux à croire cela, moins il me coûtera d’endosser aussi cette croyance » (23). L’explication de l’adhésion à l’extrémisme par les « théories de la frustration collective » est ici cruciale. Les révoltes, les révolutions, ou même les suicides peuvent trouver une origine dans un décalage entre les aspirations et les satisfactions réelles. Et là encore ces cas ne se présentent pas majoritairement, comme on pourrait le croire, dans des périodes de « crise » ou de déclin économique par exemple. Bien au contraire. Comme le rappelait Tocqueville, la Révolution française est survenue à la suite d’une intense période de prospérité dans les années 1760-1770. Les frustrations sont ainsi d’autant plus fortes que les espoirs sont accrus en période de croissance, entraînant une « blessure identitaire » prégnante. Qui n’a jamais entendu cette rhétorique de la victimisation chez les islamistes désireux de « venger » les « leurs » – qui ne leur ont rien demandé d’ailleurs. Cette frustration s’accompagne également d’un discours axé sur l’idée de purification lavant les péchés et les humiliations subies par l’extrémiste. « Tout se passe comme si l’inconfort de cette dualité identitaire était surmontée par une réunification du moi fondé sur la haine de l’autre » (24). Les islamistes aussi ont leur petite boutique de Storytelling. Rappelons, avec Arendt que « les mouvements totalitaires suscitent un monde mensonger et cohérent qui, mieux que la réalité humaine, satisfait les besoins de l’esprit humain ; dans ce monde, par la seule vertu de l’imagination, les masses déracinées se sentent chez elles et se voient épargner les coups incessants que la vie réelle et les expériences réelles infligent aux êtres humains » (25). Qu’il me soit permis d’insister ici sur un point important : comme je le rappelais dans le premier chapitre de cet article, il ne faut pas s’attendre, en vertu des progrès de la connaissance rationnelle, à une diminution de ces fanatismes dans nos sociétés démocratiques. Ces dernières sont, parmi tous les régimes politiques, les plus à même, par nature, de nourrir cette frustration. Fondé sur l’idée d’égalité de récompense du mérite, la démocratie permet d’espérer d’autant plus, et de constater l’écart effectif entre les promesses – l’égalité pour tous – et la réalité – tout le monde ne peut pas être Julien Doré… Ambition démocratique : boîte de Pandore, supplice de Tantale que le témoignage d’un Richard Durn ou d’un Maxime Brunerie viennent parfaitement corroborer. « Dans un système où trop de gens se sentent éligibles sans que le nombre d’élus augmente, on doit s’attendre à observer les conséquences malheureuses que l’amertume partagée ne peut manquer de produire » (26). Tout le monde veut son quart d’heure de gloire ? OK, portons tous un gilet pare-balles. Enfin, l’adhésion se fait principalement par révélation ou dévoilement. Le mécanisme du « biais cognitif » explicité plus haut permet en d’autres termes de lire dans une série restreinte d’évènement la confirmation de ses croyances, même à l’état de prémisses. L’extrémiste est en effet dans une position d’attente qui l’incite à croire, à tout voir comme une confirmation de ses croyances, même et surtout contre tous. Tout le monde connaît le livre de Festinger, L’échec d’une prophétie, et sa fameuse théorie de la « dissonance cognitive » où est décrite l’expérience du couple Armstrong mis face à l’échec de sa prophétie apocalyptique extra-terrestre. La fin du monde annoncée ne venant pas, Armstrong est mis face à l’échec de sa prédiction, et, piteusement, constate : « J’ai brisé tous les liens, j’ai brûlé tous les ponts, j’ai tourné le dos au monde, alors je ne peux pas me permettre de douter : je dois croire, il n’y a pas d’autre vérité ».
Résoudre l’énigme de la pensée extrême : le paradoxe de l’incommensurabilité mentale. Comment un extrémiste peut-il accepter de sacrifier ses biens les plus précieux (carrière, confort, vie personnelle, c’est selon). Est-ce le résultat d’une éclipse de ses convictions morales ? Non point. Là encore je me répète : au contraire. Ce serait même plutôt une extrême – j’insiste – sensibilité à ce qu’il perçoit comme une injustice ; une sensibilité qui ne semble souffrir aucune comparaison. Ce que Bronner appelle « l’incommensurabilité mentale ». Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Chacun de nous, en son for intérieur est la proie d’une lutte, d’un conflit. Pas besoin d’être schizophrène pour cela. Cette « concurrence intra-individuelle » se joue entre valeur d’une part et intérêt de l’autre. Lorsque le débat est possible, valeurs et intérêts sont commensurables, ils peuvent être mis en balance. Suffit de lire les tragédies de Racine ou de Sophocle pour en avoir une belle illustration. Supposons un individu qui cache des personnes recherchées par la Gestapo pendant la deuxième guerre mondiale ; il ne respecte pas le principe de vérité et ment aux autorités alolrs que moralement, il condamne le mensonge. Mais il adhère plus inconditionnellement à une autre valeur: celle de sauver des vies innocentes. Bon, ben "concurrence intra-individuelle". Tout se passe comme si l’extrémiste n’avait pas – ou plus – accès à cette instance d’arbitrage essentielle à toute vie sociale, et devenait insensible à l’existence de raisons concurrentes. Il n’est plus, si l’on veut, « corruptible » au sens positif du terme. Idem pour le quidam : les occidentaux, aujourd’hui, condamnent tous, dans leur grande majorité, l’esclavagisme, quels que soient les intérêts (économiques, pratiques, masochistes, j’arrête là) qu’il pourrait présenter. Il y a ici incommensurabilité entre valeurs et intérêts, pour la majorité d’entre nous tout au moins. Or, il n’y a pas de proportionnalité entre l’évaluation des valeurs et celle des intérêts. L’étude psychosociologique majeure menée par Bronner démontre ici que, chez tout être humain, l’utilité qu’il y a à agir croît de manière logarithmique tandis que l’utilité à défendre une valeur croît de manière exponentielle (27). Autrement dit, à partir d’un certain seuil, l’utilité à défendre une valeur devient plus forte que l’utilité à défendre ses intérêts. Pourquoi ? C’est ici que le pari de Bronner est osé. L’auteur invoque, à titre spéculatif, une explication de type biologiste. Cette disposition constituerait, selon lui, une sorte « d’horizon moral » de l’homme, une condition essentielle, substantielle. Imaginons avec Bronner que, selon le hasard de la combinaison génétique, l’homme fut doté de cette sorte d’intransigeance ou d’incorruptibilité parce qu’elle présente un intérêt spécifique à la survie des systèmes sociaux : le sacrifice de soi, la guerre, toutes ces actions certes condamnables mais parfois inévitables, sont autant de manifestations de cette incommensurabilité entre valeurs et intérêts. « On peut supposer que, dans la longue constitution de l’histoire des hommes, cette capacité d’incommensurabilité soit devenue une disposition généralisée par le jeu de la sélection naturelle [car] elle élimine les situation d’indécision indéfinie » (28). Les mécanismes de prises de décision au sein de la commission européenne par exemple…. Il faudrait donc admettre cette hypothèse sélectionniste pour comprendre comment, à partir d’un certain seuil, la défense de valeurs prime sur l’intérêt matériel, et ce jusqu’à son propre intérêt, jusqu’à se propre survie.
Peut-on faire changer d’avis un extrémiste ? Oui, en lui plongeant la tête dans l’eau pendant vingt minutes. Répéter l’opération plusieurs fois. Plus sérieusement, cette question est importante. Entre la pratique du waterboarding et les misérables incantations humanistes appelant à la tolérance, on peut se poser une question essentielle : comment abandonner, faire abandonner une croyance extrême ? Problème technique: tout le monde n’a pas l’eau courante. En reprenant les quatre voies qui mènent à l’extrémisme que nous avons évoquées plus haut, quelques pistes peuvent être suggérées. A vos robinets. En ce qui concerne la frustration, il parait difficile de demander aux individus de renoncer à leurs aspirations ou à leur désir de reconnaissance – mais on peut aussi tenter de limiter cette connerie de concours de celui qui a le plus gros Moi. Certains, tel Moghaddam, proposent que l’Occident adopte une vision moins agonistique du monde, et se montre moins arrogant, renonce à son leadershsip… Passons plutôt aux questions d’ordre socio-cognitif. Sur la question de l’oligopole cognitif qui enserre l’extrémiste, il est envisageable de chercher à maintenir coûte que coûte une concurrence cognitive entre les doctrines extrémistes et les valeurs ordinaires, maintenir le contact avec l’adepte pendant la période de love-bombing (29), feindre de s’y intéresser, voire aller plus loin que lui – méthode du « contre feu » – et démontrer au final l’absurdité de ce radicalisme avant que le proto-extrémiste ne se soumette définitivement à un « marché cognitif » monopolistique. Ce qu’ont très bien fait les geôliers chinois avec leurs prisonniers américains pendant la guerre de Corée par ailleurs. Stimuler l’esprit critique. Interroger. Puis convertir. En douceur. Et surtout en profondeur. La technique du « doigté » – le concept est de moi. Puis réinsérer, resocialiser. Avec force dollars et avantages matériels ; ce qu’ont entrepris, avec succès semble-t-il, les autorités saoudiennes avec leurs ressortissants djihadistes. Elles leur ont même proposé une aide pour trouver une épouse. Cette technique n’a pas encore été baptisée. Et surtout, renouer avec une conception de la Foi raisonnable, vraie, authentique, loin des hallucinations théologiques belliqueuses qu’allument les faux prophètes. S’appuyer sur la technique de « réassociation », qui consiste à éviter le rapport purement abstrait à la doctrine en réassociant celle-ci à des éléments de la réalité concrète. Ce qu’a fait McDonald lorsque des rumeurs circulaient sur la provenance de leur viande d’hamburger – des steaks de ver de terre (mais la viande de ver de terre coûte plus cher que celle de boeuf, bande de nazes). Cette « réassociation », c’est précisément ce qui a empêché Zarema Moujakhoïeva, cette extrémiste tchétchène qui renonça in extremis à se faire exploser en plein Moscou en juillet 2003 après avoir vu à la télévision les conséquences de l’attentat de Touchino. Tout cela pose inévitablement un problème déontologique que nous ne pourrons trancher ici. Peut-on réellement, comme l’a fait Ted Patrick avec sa campagne de « déprogrammation mentale » Let Our Children Go ! dans les années 60 pour lutter contre l’influence des sectes, peut-on réellement « contraindre l’individu à repenser de nouveau par lui-même » ? Bonne question Gérald.
Pierre Poucet Alain Jamot
(1) Notez que Bronner ne fait pas non plus, à ma connaissance, partie de ces parasites de la pensée que sont les pseudo sociologues de plateau de télévision, qui, sourire figé costume croisé, vomissent à longueur de journée leurs inépuisables « analyses » tissées de prénotions navrantes dont la validité n’a d’égale que la durée de vie – misérable, un jour. Saloperies de « fast thinkers » (encore Bourdieu, décidément). Sinon la réponse à la question est « Feu », oui. (2) Voir en particulier, Gérald Bronner, L’empire des croyances, Paris, PUF, 2003 et Vie et mort des croyances collectives, Paris, Hermann, 2006. (3) Idem, ça veut dire ce que ça veut dire. Voir du même auteur, L’empire des croyances, op. cit. (4) En résumé : trop de n’importe quoi nuit. (5) Là encore, une démarche originale. Les extrémistes sont aussi bien pour Bronner, nous y reviendrons, des théologiens extrêmes que des passionnés de merdes inutiles sacrifiant tout, y compris parfois leur propre vie, à leur passion. Des témoignages croustillants émaillent tout le livre. (6) Malgré toutes mes réserves morales – qui existent, c’est moi qui ai inventé le concept –, je ne peux pas résister. Et dire que, d’une certaine manière, voilà encore un docteur sans poste MAIS qui a su trouver un débouché pratique – et extrême – à ses recherches. Que l’on ne vienne plus me dire que l’argent public est dépensé dans des recherches foireuses. (7) Arrêtez vos études. (8) Farhad Khosrokhavar, Quand Al-Qaïda parle, Paris, Grasset, 2006, p. 318. (9) Gérald Bronner, La pensée extrême, op. cit., p. 56. Arrêtez vos études. (10) Voir Dave Heller, « Taking a Closer Look : Hard Science and the Collapse of the Worl Trade Center », Garlic and Grass, 6. (11) Gérald Bronner, op. cit., p. 79. (12) Eux, si on me les présente, c’est moi qui vire facho. Compris ? (13) Vieux classique développé dans le chiisme iranien pendant la révolution islamique et la guerre contre l’Irak. Sur ce point, Farhad Khosrokhavar, L’islamisme et la mort – Le martyre révolutionnaire en Iran, Paris, L’Harmattan, 1995. (14) Grenville Byford, « Celui qui tue pour intimider », Courier International, 618, 2002, p. 10. (15) Par exemple, 79% des français se déclarent opposés à la torture, contre 57% des américains seulement. Voir Courier International, 23 juillet 2007. (16) Raymond Boudon, Le juste et le vrai, Paris, Fayard, 1995, p. 10. (17) Riez si vous voulez, mais un sondage réalisé dans l’UE par l’European Opinion Research Group entre le 10 mai et le 15 juin 2001 a révélé que 26, 1% des sondés pensent que le soleil tourne autour de la terre. (18) Gérald Bronner, op. cit., p. 159. (19) Ibid., p. 168. (20) Ibid., p. 176. (21) Fathali Moghaddam, « The Staircase to Terrorism : A Psychological Exploration », American Psychologist, 60 (2), 2005, p. 161-169. (22) Gérald Bronner, op. cit., p. 222. (23) Ibid., p. 225. (24) Ibid., p. 234. (25) Hannah Arendt, Les origines du système totalitaire – Le système totalitaire, Paris, Seuil, 1972, p. 79-80. (26) Gérald Bronner, op. cit., p. 249. (27) Je sais, c’est complexe. Je renvoie ici aux pages 282 à 301. (28) Ibid., p. 305-306. (29) Période pendant laquelle le nouvel adepte d’un mouvement extrémiste, secte, cellule terroriste, etc. est au centre de toutes les attentions.
Toutes les réactions (3)
1. 18/02/2010 16:21 - Amaury Watremez
Finalement, l'extrêmiste a peur de ce qui est complexe et le dépasse, article passionnant en tout cas.
2. 18/02/2010 22:05 - le chat botté
Certes, mais c'est même encore plus complexe que ça. Il n'a pas peur, car il ne connaît plus la peur, elle lui a été enlevée, volée par le mensonge organisé en meute sauvage, par des violeurs de conscience, des salauds - et même au sens sartrien du terme, j'ose.
3. 26/02/2010 00:16 - montalte
Très intéressante l'idée que c'est telle connaissance qui incite telle croyance, que les superstitions ou les rumeurs urbaines ne sont jamais que l'envers de nos épistémologies.
Quant à savoir ce que sont les extrémistes, on peut à la fois dire que ce sont des intellectuels et des non-intellectuels. D'un côté les têtes pensantes, cultivées, souvent occidentalisées, sortant de Yale ou d'Harvard, connaissant Aristote et Hegel mieux que nous, de l'autre, les exécutants, fanatiques univoque, purs sans dialectique, n'ayant que le Bien dans la visière, le leur bien entendu, et très décidés à donner de leur personne pour le réaliser.
A ce propos, je recopie cette citation de Chesterton, tirée d'Hérétiques (dernier chapitre), qui pourra compléter votre réflexion :
"La bigoterie pourrait être approximativement définie comme la colère des homme qui n'ont pas d'opinions. C'est la résistance opposée aux idées précises par cette masse informe de gens dont les idées sont imprécises à l'excès. la bigoterie pourrait s'appeler l'épouvantable frénésie des indifférents."
Frénésie des indifférents, intolérance des sans idées, stupidité des seuls concrets, arrogance des profanes. Comme le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison, le fanatique est celui qui n'a aucune idée, sauf une, juste une, à laquelle il est susceptible de tout sacrifier. Encore Chesterton :
"Les idées sont dangereuses, mais l'homme pour qui elles le sont le moins est l'homme à idées. Elles lui sont familières et il se meut parmi elles comme un dompteur. Les idées sont dangereuses, mais l'homme pour lequel elles le sont le plus est l'homme qui n'a pas d'idées. Celui-là sentira la première idée lui monter à la tête comme le vin à la tête d'un abstinent résolu."
Bien à vous, Poucet.
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Dernière réaction Finalement, l'extrêmiste a peur de ce qui est complexe et le dépasse, article passionnant en tout cas.  18/02/2010 16:21 Amaury Watremez
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