Sur le RING

La dernière arnaque de Rocancourt

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Murielle Lucie Clément - le 27/05/2010 - 6 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Des navets, on nous en avait déjà servi pas mal. En tant que lecteur, on ne sera donc pas surpris de retrouver sous la houlette de Flammarion L’Evangile selon Max de Christophe Rocancourt. En principe, même pas de quoi faire une chronique, c’est le genre de nanar que l’on ne lit jamais jusqu’au bout si tant est qu’on le commence. Un coup d’œil suffit amplement, mais devant l’insistance inconsidérée du service de presse et d’un rédacteur vigilant (qui lui ne s’est pas coltiné la prose du mauvais garçon) force nous est bien de crapahuter derrière l’ordinateur.


Belle présentation. On n’en attendait pas moins de l’éditeur. Papier glacé façon « made in USA », mannequin masculin vu de dos et, titre oblige, une paire d’ailes d’anges blanches collées au cul, la tête légèrement de profil. Bref, une sobriété à se faire pâmer une midinette en mal d’amour de chez Arlequin. Combien de pages au compteur ? Avec fréquemment des pages de quatre ou six lignes et des chapitres d’une page, les trois cent quatre-vingt pages sont vite tournées pour celui qui persiste à vouloir lire autrement qu’en diagonale cet amas indigeste que l’on ne saurait sérieusement qualifier de roman. Le lecteur n’aura de mérite que celui de s’accrocher pour terminer cette désolante fadeur.

« Ron avoue de sérieux problèmes. Il est in troubles, comme il le confie à Max. Depuis quelques années, il a pris l’habitude d’abuser de tout et de tous avant de geindre, ensuite, comme un mouton conduit à l’abattoir, pour que les autres le sortent de sa merde. Au fil des erreurs, sa descente aux enfers s’est aggravée, paraissant de plus en plus irréversible. Il est désormais un looser. Est-ce que Max veut bien lui pardonner ? ». On en conviendra aisément la question est d’envergure : s’agit-il de grandes questions existentielles comme la mort, l’amour, la fugacité de l’être traduites en langage simple ou bien tout simplement d’un bafouillage simplet ? Est-ce si ardu de trancher dans le cas présent ? Un autre fragment authentique : « Le père de Max est mort, mais celui de Daria n’a jamais été aussi vivant. La nouvelle du mariage de sa fille, comme un gros bonbon fourré croqué trop vite et dont coule, en limace, une liqueur immonde, demeure inavalée [sic] dans son gosier ». Soixante-quatrième chapitre, page cent trente-six. Reconnaissons-le : cela nécessite une bonne dose de courage ou de naïveté ou les deux pour oser coucher sur le papier un néologisme de cette taille dans le contexte. Ça coince un peu tout de même.

Bref, l’écriture, il est préférable de l’oublier et s’il faut absolument en parler, et bien admettons qu’il s’agit plutôt d’un style grammaticalement correct, sans aucune fantaisie autre que de mêler des mots d’un argot conventionnel avec parfois un vocable américain ou même toute une phrase comme : « When the shit hit the fan », titre d’un chapitre. Chez Rocancourt, les pneus crissent, l’air fouette la portière d’une voiture en marche, les mauvais garçons ont un « œil d’exterminateur » ce qui confirme que l’on a affaire à « tout sauf un tendre » et des lapalissades sont assénées, aussi évidentes qu’une vache dans un couloir de F2 à Saint-Denis : « la famille c’est la famille ». Stylistiquement rien a dire, philosophiquement non plus et du point de vu sociologique, cela se tient. Pas à discuter ! Rien à lire, circulez ! Monsieur Rocancourt sait de quoi il parle. Par contre, on doute fort que cela soit le cas de son agent littéraire qui nous avait habitué à plus de discernement.

L’intrigue ? Circulez, rien à voir…


La vie romancée – fictionnalisée pourrait-on dire –, de Christophe Rocancourt en personne. Vous ignorez tout du bonhomme ? Alors une petite recherche sur Wikipedia s’impose. Christophe Rocancourt, y apprend-on, « est un escroc français ayant sévi en France mais surtout aux Etats-Unis. Il est principalement connu pour avoir arnaqué différents membres de la haute société américaine, en utilisant une douzaine de fausses identités ». Voilà en raccourci la biographie du bonhomme qui est aussi celle de l’auteur. « Non seulement, grâce au roman, il peut mentir sans risquer la prison, mais encore il s’autorise maintenant à croire à ce qu’il invente » affirme les relations de presse. Le lecteur lui n’y croit pas vraiment. Il est vrai qu’il a un mal fou à lire ce roman mêlant vécu et fiction, cette quotidienneté chimérique, tout de même bien loin de son lit. Une sorte de Robin des Bois, mais qui dépouillerait les riches uniquement pour satisfaire ses goûts de luxe. Mais, précisons-le, le système Rocancourt – l’évangile dans le cas qui nous occupe – est fondé sur la cupidité des autres. Les gens veulent plus et toujours plus, et cela les perd. Vous voulez gagner des millions ? Pas de problème Max-Rocancourt le voit dans vos yeux et il va vous faire croire que c’est possible. Vous marchez à fond les bretelles dans son plan mirobolant. Vous lui donnez dix mille dollars, il vous en rend quinze mille, vous lui refilez cinquante mille dollars et vous en récupérez deux cent mille. Confiez-lui vos deux millions et il se tire avec. L’astuce ! En cela, le héros devient sympathique. Quels sont ces cons qui pensaient pouvoir empocher des millions servis sur un plateau ou presque ? On en rit encore. Même Polnareff s’est fait avoir ! Seulement lui ne s’en est pas vanté !

« Ça n’arrive qu’aux autres » a dû se dire Catherine Breillat le jour où elle a rencontré Christophe Rocancourt car le gars, grâce à sa belle gueule est tout de même arrivé précédé d’une solide réputation. Il aurait soutiré plus de trente-cinq millions d’euros à tous ces quidams qui pensaient avoir l’affaire du siècle en poche le jour où il leur a conté fleurette dollaresque. Breillat, elle, s’est endeuillé de 650.000 euros à sa fréquentation. Pas mal pour une fauchée ! Comment a-t-elle pu lui confier ses économies se demande-t-on. Voir le procédé Rocancourtien décrit précédemment. Pathétique, non ? Pourtant, elle en avait décrit des histoires de haine et de trahison, mais elle n’a rien vu venir. Elle a vu le film qu’elle allait tourner avec Rocancourt dans le rôle d’affiche et Naomi Cambell comme partenaire. Pas de doute le box-office aurait eu du répondant. Breillat, comme les autres, a eu des signes de dollars devant les mirettes.

La plus grosse arnaque : Rocancourt écrivain.


Le service de presse de l’ouvrage écrit, sans rougir supposons-nous : « Christophe Rocancourt s’essaie au roman d’ambiance, tendance polar : rien d’étonnant à cela. Ex affabulateur de génie, quelle autre voie aujourd’hui pour lui que celle de la littérature ? ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, on parle d’un essai de Rocancourt (?!). En ce qui nous concerne, l’essai est loin d’être concluant. Voudrait-on nous faire croire que lorsque toutes les autres options ont échoué, la seule voie restante serait celle de la littérature ? Il est vrai que Rocancourt est un affabulateur de génie. Un arnaqueur de première, mais sa plus grosse arnaque c’est bien de se faire passer pour un écrivain. Son éditeur n’y a vu que du feu ainsi que son service de presse. Quoique pour l’arnarque… Sans aucun doute, ses beaux yeux clairs et son physique de gendre idéal ont joué le rôle qu’il fallait pour servir une fois de plus ses affabulations rocambolesques. « Et le sang de cette chasse, c’est le liquide. Max ne tue pas ses coupables, il les dénude, les déplume : il les déleste de ce qui nourrit leur péché, l’argent. Va-t-il parvenir à tous les faire tomber dans son escarcelle ? ». Le liquide c’est aussi le carburant de l’éditeur qui, tout comme Breillat et les victimes de Rocancourt semble bien être tombé dans l’escarcelle. Le lecteur, lui, se gardera bien de les imiter et préférera revoir Rocancourt en visite sur les plateaux télévisuels grâce à Youtube, Dailymotion ou tout autre plateforme d’Internet, car soyons francs : Rocancourt, c’est mieux en arnaqueur qu’en auteur sauf si la littérature était la plus grosse arnaque qui soit. Ce que le service de presse semble avancer dans une affabulation digne de Rocancourt…

Murielle Lucie Clément


Christophe Rocancourt, L’Évangile selon Max, Flammarion, 2010, 21 €


Toutes les réactions (6)

1. 28/05/2010 09:19 - Esteban

EstebanSurtout qu'il n'a pas volé que les riches mais mis sur la paille des familles aux revenus médium. Il a ravagé plusieurs vies et est une idole en banlieue. J'espère que l'a-valoir de son roman sera saisi pour Breillant, un minimum respect, c'est possible encore dans ce pays ?

2. 28/05/2010 15:50 - Elanize

ElanizeRocancourt EST une arnaque

3. 28/05/2010 16:05 - babydrone

babydroneRocancourt n'EST RIEN.

4. 22/07/2010 02:42 - pseudo

pseudo....

5. 26/07/2010 01:11 - jerry

jerryCe qui est fou c'est déjà de croire qu'il a pû écrire ce livre seul, c'est totalement impossible, ce type est un nigaud de première, qui a juste enc** ses amis, et qui continuera.

6. 13/08/2010 02:17 - Tamer 6lait

Tamer 6laitkomenkilui a mis 1 grosse carotte à la Breillat le Rocco Sifredancour! Ah la conne! Elle se croyait au dessus du panier? Belle salade! Elle aime le scandale et puis vient pleurnicher. Ouais minimum respect pour cette vieille coche qui se jette d'elle même dans la gueule du loup puis y crie. Je me suis fendu la poire. Pas de rédemption pour les moches, comme disait Michel; non mais! Une petite poule arnaqueuse rencontre un renard, keskon se marre. Et C.R., lui, pas foutu de prendre un nègre, trop mégalo, son éditeur incapable de lui en trouver un, trop imbécile. Faudra bien plaindre les revenus modestes et se bécoter sur l'Esteban pudique, bancs pudiqueux, avec son petit post si drôlatiqueu...

Ring 2012
Murielle Lucie Clément par Murielle Lucie Clément

Auteur et critique littéraire.

Dernière réaction

Surtout qu'il n'a pas volé que les riches mais mis sur la paille des familles aux revenus médium. Il a ravagé plusieurs vies et est une idole en banlieue. J'espère que l'a-valoir de son roman...

Esteban28/05/2010 09:19 Esteban
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