La mort de 1968
SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Guy Millière - le 30/04/2007 - 1 réactions -

Malgré les pesanteurs et les rigidités toujours omniprésentes, malgré les analyses lacunaires et les difficultés à penser le monde tel qu'il devient sans recourir à des notions devenues obsolètes, il est visible qu'une bonne part du peuple français est en train d'essayer de tourner une page. Et il est visible aussi que l'élection, désormais très probable, de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République le 6 mai prochain symbolisera ce qui se joue.
Au cours des douze années qui viennent de s'écouler, les « années Chirac », ce que j'ai appelé dans d'autres textes, un « syndrome » s'est renforcé jusqu'à en venir à ressembler à une maladie mortelle. L'économie française est passée de l'essoufflement à une asthénie que quelques toilettages de chiffres n'ont pu dissimuler, le « modèle social français », déjà chancelant, est devenu un repoussoir pour quiconque a l'esprit d'entreprise et un aimant puissant pour qui veut vivre de manière parasitaire, les zones de non droit à la périphérie des grandes villes se sont accrues, comme la ghettoïsation de populations issues de l'immigration et que la France n'a su ni assimiler ni même intégrer. La déliquescence a touché aussi la justice, toujours plus politisée, plus liberticide, et plus maculée d'erreurs et d'atteintes tant à la présomption d'innocence qu'au droit des gens du commun d'être protégés des criminels. Elle a touché la recherche et l'enseignement, ce qui s'est traduit par une fuite, sans cesse accélérée, des cerveaux. Elle a touché l'information et le savoir : et le fait que la France soit le pays développé où on comprend le moins bien les ressorts de la mondialisation, les vertus de l'économie de marché et les soubassements du terrorisme international, constitue, en soi, le constat d'un échec consternant. Elle a touché la politique étrangère, bien sûr, où les dirigeants du pays ont fait le choix de tourner le dos à l'alliance des démocraties face aux dangers totalitaires qui les menace pour se placer en chefs de file des dictatures du tiers-monde.
L'essentiel de ces traits s'étaient esquissés ou dessinés au cours des années précédentes déjà, sans que nul ou presque ne dise ce que laissaient entrevoir les traits. Il en avait résulté une montée conjointe de l'antisémitisme, de la haine des Etats-Unis et d'Israël, d'une extrême-droite rance et pétainiste, d'une extrême-gauche ressentimentale et potentiellement violente. Quelques ouvrages, ceux de Nicolas Baverez (« La France qui tombe ») ou les miens (« Un goût de cendres », « Pourquoi la France ne fait plus rêver »), avaient tenté d'expliquer ce qui était en train de prendre forme. Ni les sondages, ni les résultats électoraux, ni la majorité des livres disponibles en librairie, ni les commentaires distillés dans les grands médias n'ont montré qu'une évolution profonde se dessinait. Il semblerait que ce soit pourtant le cas.
Le message à tirer du premier tour de l'élection présidentielle française n'est pas univoque et dépourvu d'ambiguïtés bien sûr. Le score sans précédents de Nicolas Sarkozy est allé de pair avec un score relativement élevé de Ségolène Royal, malgré le vide médiocre des discours de celle-ci, l'incompétence dont elle a fait plusieurs fois la démonstration, et l'archaïsme profond d'un programme dont aucun social-démocrate ouvert d'esprit n'aurait voulu, ailleurs en Europe, il y a vingt ans déjà. La mort en direct du parti communiste s'est accompagnée du maintien d'un gauchisme émietté entre six candidats, mais encore bien présent. L'érosion du Front National a eu pour corollaire la réémergence d'un centrisme opportuniste et sans consistance où se sont retrouvés transitoirement tous ceux qui voudraient avoir à la fois l'immobilité et le mouvement, le dynamisme économique et le statu quo. Ce centrisme est d'ailleurs venu polluer l'essentiel des débats de l'entre deux tours jusqu'à ce jour, poussant le dirigeant de l'UMP vers une édulcoration feutrée de ses propos, et la madone du PS vers une agitation et des manoeuvres qui n'avaient pas eu d'équivalents depuis la fin de la défunte Quatrième république.
Néanmoins, des signes existent qui ne trompent pas et qui pourraient se révéler prometteurs. Chez les gauchistes, c'est, visiblement, la panique et le ralliement aigre et désabusé au « tout sauf Sarkozy ». Chez les droitistes, c'est, souvent, l'amertume bilieuse, voire l'appel à voter Royal, au nom du refus du « mondialisme », de l' « américanisation » et du « complot sioniste » que ces gens croient détecter en celle qu'ils sont prêt à accepter par défaut, comme la nouvelle Jeanne d'Arc du borgne ou du pauvre. Au parti socialiste, on distille des mots fielleux, comme si la haine de l'adversaire pouvait tenir lieu de programme, et on prend, dans la fébrilité et l'improvisation, des cours de danse classique pour s'exercer au grand écart qui permettrait de réunir ceux pour qui, comme disait le maréchal, la terre ne ment pas, et ceux pour qui les damnés de la terre devraient se changer en dictateurs du prolétariat, en passant par les adeptes du tracteur et les amoureux du Béarn qui aimeraient bien, de leur côté, faire main basse un peu plus tard sur le socialisme à la française et le faire devenir PD, parti démocrate.
Des signes ne trompent pas, non. Et ils pourraient se révéler prometteurs, incontestablement. Je n'ai, ces derniers jours, rencontré personne pour douter de l'élection de Nicolas Sarkozy. Je n'ai rencontré presque personne pour douter que cette élection allait être porteuse de changements profonds.
Au minimum, l'élection de Sarkozy signifiera une réhabilitation du travail et de la liberté d'entreprendre, une diminution du poids de l'Etat sur la société française, un retour vers quelques unes des valeurs les plus fécondes parmi celles nées dans les sociétés ouvertes. Au minimum aussi, l'élection de Sarkozy ouvrira, sur un plan international, à des relations plus saines et plus fécondes entre la France, Israël, et les Etats-Unis.
Aller au delà du minimum, faire que la France renoue pleinement avec le dynamisme économique planétaire et retrouve le rang plein et entier d'alliée des sociétés ouvertes et libres, serait souhaitable, mais constituerait un changement tellement radical par rapport à l'état actuel des choses que cela est, pour l'heure, à peine envisageable.
Voyant les défauts de Sarkozy, mais aussi ses immenses qualités, je ne pense pas, cela dit, que c'est un homme prêt à mener une politique du chien crevé au fil de l'eau et à accepter de laisser le pays glisser sur la pente sur laquelle il glisse aujourd'hui. Je pense, au contraire, que c'est un homme d'audace, de volonté, et de courage, et je pense qu'il n'hésitera pas devant les obstacles.
Peut-être me décevra-t-il et me donnera-t-il tort. Peut-être s'avérera-t-il que le « malade France » est dans un état si désespéré que nul ne peut désormais le sauver. Peut-être Nicolas Sarkozy s'engluera-t-il dans la mélasse tiède et glauque de la politique politicienne une fois installé à l'Elysée. Peut-être laissera-t-il ses tendances bonapartistes prendre le dessus. En ce cas, il restera à partir. On reviendra en France pour voir les vieilles pierres, quelques musées.
Je ne puis, en tous cas, me résigner à voir le pays qui m'a vu naître à être gouverné par une bécasse marxisante, méprisante, autoritaire, opportuniste, technophobe, antiaméricaine, à même de se prendre pour Sainte Blandine, Léon Blum ou Hassan Nasrallah selon le jour de la semaine et le lieu où elle se trouve.
Peut-être Sarkozy me décevra-t-il : en termes de vide et de stupidité, Ségolène est au delà de tout risque de déception de ma part. Une candidate à la présidence qui se réjouit du soutien des d'Arlette Laguillier, Olivier Besancenot, José Bové, Marie-Georges Buffet, Dominique Voynet, et qui a pu applaudir et approuver les propos d'un « député » appartenant à un mouvement terroriste lors d'un voyage au Liban, s'est à mes yeux déjà cent fois disqualifiée et a déjà mille fois fait la preuve de son indignité.
Guy Milllière
Toutes les réactions (1)
1. 07/06/2010 09:38 - AG
A l'heure des premiers bilans, je me gausse. Ce que vous êtes touchants, vous les croyants.
|
Dernière réaction A l'heure des premiers bilans, je me gausse. Ce que vous êtes touchants, vous les croyants.  07/06/2010 09:38 AG
 Articles les plus lus Pour Sarkozy, avec ferveurNB : Cette tribune libre n'engage pas l'ensemble des chroniqueurs de Surlering.com.Aux « déçus » du sarkozysme.En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde... Satellite Sisters : suite de la sirène rouge, des racines du mal et de Babylon babiesLe manuscrit Satellite Sisters, suite de la Sirène rouge, des racines du mal et de Babylon Babies, est dans les airs entre Cape York et Paris, direction les éditions Ring. Le site officiel des... Qu’est-ce que la Résurrection ?« Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre
message, vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14)
Encore une fois, Benoît XVI a tout dit.
Sans... Richard Wagner, un antisémite maître spirituel de Hitler ?À propos du livre de Pierre-André TAGUIEFF, Wagner contre les Juifs (Berg International, 2012)Définir aussi précisément que possible l’antisémitisme de Wagner, sans tomber dans... Réflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse(propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a... "Finance pousse-au-crime" : la preuve, enfinCela devait arriver. Car de longue date, toute loyauté raillée, toute fidélité abolie, les requins de Wall Street ne nagent plus que « dans les eaux glacées du calcul égoïste » (dixit Karl... Qui ? Assassinats. Militaires. Petits enfants. Montauban et Toulouse. Ecole juive. 11,43 et 9mm. Indignation, compassion, consensus. Campagne suspendue par le PS. Une minute de silence dans les écoles... Carnets de campagneLes campagnes électorales sont des périodes d'extrême saturation des ondes et des conversations, un peu comme aux César ou aux Victoires de la musique, où les animateurs-fonctionnaires s'agitent... A l’école de l’antimodernitéPuisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,... Les étoiles 2011 de Dantec"Il vaut mieux attraper la peste que rencontrer certaines personnes ; à l'inverse, on ne pourrait vivre en passant à côté de certaines rencontres" ("Manuel de survie en territoire zéro").Maurice... Le superbe top 50 des FrançaisPuisqu'on
vous dit que vous les aimez.
"TOP 50 :
contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous
présente le "sondage-événement" du JDD, censé établir la liste... Rachida Dati creuse son FillonQue le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati... Sécurité routière : l'arnaque extra-largePuisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de... Poudlard for ever A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit... Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain« Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je... Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoEntretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les... Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"Voici deux mois, le jeune Mohamed El-Bouazizi décédait l’hôpital de Ben Arous, et la Tunisie s’embrasait, entraînant à sa suite nombre de pays arabes. Voilà un mois, un étrange débat... Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFoi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source... In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueLe premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs... Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristOn connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que... Ainsi parlait ZaraDebbouztraPresque par bonheur, on l'avait oublié. Le revoilà. Jamel Debbouze a choisi l'Express (c'est de circonstance, il y a vraiment quelque chose de ferroviaire dans cet entretien) pour exercer son... Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe... Céline rattrapé par la mémoireSors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline... Broadcast : the dream is overChanteuse et icône du groupe, Trish Keenan n’est plus. La grande sœur idéale s’en est allée planer au dessus des nimbus qui plombent Birmingham. Avant que de sombrer dans l’oubli, laissons... Benoît XVI - Un cœur intelligentLecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald : Lumière des siècles contre siècle des lumières.Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II... Robert Brasillach : le procès expédiéIl en va de certains écrivains comme des maladies vénériennes. Tout le monde les connaît mais personne n'en parle. Ainsi de Robert Brasillach dont il suffit de prononcer le nom au beau milieu... Du bon et du mauvais usage de l’indignationIl est sympathique ce Stéphane Hessel avec sa gueule du vieux qui sait et son histoire héroïque de grand résistant, grand bourgeois, grand lettré, grand amoureux des femmes (il en a eu cinq... Terreur et martyre : il était minuit à AlexandrieIl était minuit à Alexandrie.« Le martyre est l’expression absolue de notre amour » Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk Alexandrie, Egypte. 2010 vit ses derniers instants, tels ces... Assises islamisation : c'est la lutte prime-timeLa jurisprudence Marine Le Pen est passée par là : se demander si
les musulmans peuvent être "trop", sous des latitudes où il faut bien
reconnaitre qu'ils se sont séculairement contentés... Chemins de travers« Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute... PS : les intermittents de la réalité en tournéeMême si Benoît Hamon doit en être à sa quarantième boite de Valium, il faut reconnaitre qu'il n'y a que le PS pour égayer ainsi nos froides soirées d'hiver. Tout d'abord, l'ineffable... "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester... Blondeincendiaire.com : the murder chat room(reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations »... Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker... Quelques traces de rouge à lèvres…Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met... Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireAncien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées... Exil(s) ExpressGéraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et... Et si les chômeurs ne chômaient plus ?Faire travailler les chômeurs, voilà "une joyeuse bonne idée", comme dirait Jolitorax, dans Astérix chez les Bretons. Bon, dans l'absolu, c'est n'est pas nouveau. Parait que François Mitterrand... Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...
 |