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La France perd, le Sénégal rit : première surprise

SURLERING.COM - FRANCE - par Thibaut Kaeser - le 31/05/2002 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Ce Vendredi 31 mai 2002, une vieille tradition sportive a été démentie : le match d'ouverture de la Coupe du monde de football de 2002 ne fut pas interminablement ennuyeux mais, a contrario, soutenu, même tendu, et il a surtout réservé à des millions de spectateurs rivés devant leur petit écran une grosse surprise - peut-être de bon augure (de rebondissements…) pour le reste de la compétition ? -, mais dont l'équipe de France se serait bien passée.

Car " les lions " du Sénégal emmenés par Bruno Tetsu ont battu " les Bleus " de Roger Lemerre par un court but d'avance. Un à zéro, avec un but de Papa Bouba Diop à la 30ème minute. Ainsi est le monde du football, étonnant, imprévisible.

Et pourtant. La France a dominé le match. Elle a possédé le ballon rond la majeure partie du temps, le faisant circuler avec fluidité. Youri Djorkaeff n'a pas démérité, loin de là, en remplaçant Zinedine Zidane. Le collectif a répondu présent, le talent s'en ressentait. Mais alors ? Qu'a-t-il manqué aux tricolores ? La tête et les épaules, simplement.
Autant dire un vrai grain de sable. Les " Bleus " ne se sont pas effondrés, ils n'ont même pas à rougir. Ils n'ont simplement pas su passer la rampe. La fougue leur a manqué, ce zeste de génie, peut-être la patte de " Zizou ". Mais pas la ténacité. Un peu à l'image des " Bleuets " qui, devant la Tchéquie, se sont inclinés dimanche dernier contre toute attente et, déjà, sans livrer un mauvais match.

Un panache émoussé

Le dernier geste devant le but leur a fait défaut. Il a pourtant affleuré à plus d'une reprise, et ceci de façon croissante à mesure que le temps avançait. Deux poteaux (Trézéguet à la 28ème et Henry à la 65ème) ont résonné comme d'inquiétantes fatalités, tandis que les occasions avaient le plus souvent un arrière-goût d'inachevé, de bancal parfois. Y compris quand le chemin des filets semblait proche, brûlant (voire les trois occasions entre la 55ème et la 57ème minutes).
Le gardien de but sénégalais (un très bon Sylva) a certes joué son rôle d'ultime rempart, efficace, déterminé et bien présent sur sa ligne. A ce titre, une mention particulière à cette individualité, au même titre qu'à celle de Fadiga (batailleur, engagé et constamment dangereux balle au pied) et d'El-Hadj Diouf (très bon sauf sur les hors-jeu…) qui, à eux deux, portèrent naturellement le danger dans la défense tricolore. Mais c'est surtout le collectif sénégalais qui a joué à fond sa carte principale, et ceci pour sa grande réussite.

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Un Sénégal combatif, épris de tactique

Le Sénégal a gagné ce match en concentrant son jeu au milieu du terrain, et plus précisément dans son axe. Dense, regroupé et physique, il y a tiré un habile rideau défensif, une toile gluante déterminée à résister aux assauts et à parer les duels. Nul " catenaccio " dans cette stratégie, mais un professionnalisme tactique très moderne et bien compris qui a porté ses fruits : il a toujours permis aux " lions " de redéployer rapidement leur jeu, de l'aérer, une fois le ballon en leur possession, et de se repositionner aussi vite, une fois le cuir perdu.
Une équipe organisée qui a pratiqué de faux contres, et une vraie défense, mais qui n'a jamais pourri la partie puisqu'elle n'a cessé de tenir son engagement (physique et stratégique).

Le football africain aurait-il mûri, sans faire sien (heureusement) les dures et intraitables leçons du sport contemporain ? Certainement. Et il faut ici saluer Bruno Metsu, son talent et son intelligence qui, au service des équipes du continent noir, offrent toujours de beaux résultats.
La France, elle, face à un Sénégal méritant, hissé à la hauteur de l'événement et, surtout, de ses contraintes, s'est vite tendue. Il suffisait de voir les visages des joueurs, fermés, parfois ridés. Des joueurs qui n'ont pas suffisamment exploité leurs latéraux. Les débordements sur les côtés ont en effet réservés plus de poussées d'adrénaline (d'espérances…) que des balles lancées dans l'axe.

Une France de bon niveau mais…

Dommage. Car si le coq tricolore n'a pas été dévoré tout cru par les lions sénégalais, il a néanmoins buté sur son pelage rugueux. Le fauve (pas plus fort) a joué à plein régime - en rugissant à distance - pour faire pièce aux velléités de son adversaire du jour en anticipant ses gestes, voire en les conjurant. La malchance semblait en effet jetée sur les tricolores ce soir, quelque peu empruntés, tiraillés, mêmes inquiets.
Faute peut-être aux sorts des marabouts de Dakar ? En tout cas, les " Bleus ", pas assez frais (une certitude, bien que peu évidente), ont perdu par moments (révélateurs) leur lucidité dans la finition de leurs gestes. Ce qu'il faut méditer sans attendre. Leur sérieux ne les a pas rappelés à leur grande qualité : maîtriser le jeu, le hisser à leur niveau, puis l'accélérer avant de conclure avec maestria, clarté, et sans appel. Hélas pour ce soir. Mais la nuit porte conseil, y compris en Corée du Sud et au Japon…

Thibaut Kaeser



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Thibaut Kaeser par Thibaut Kaeser

Editorialiste, écrivain

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