La fête , les femmes, la ferme.... et la fierté.SURLERING.COM - FICTIONS - par Alexis Untereiner - le 14/10/2010 - 2 réactions -
ou l'histoire de la naissance du petit Samuel.![]() Bétislabad était un village de quatre cent âmes, situé a trois jours de marche de Héraclénin, la ville la plus proche . La population de bétis était relativement pauvre en bien matériel, mais gâtée par la nature et ses bienfaits. Tous menaient une vie faite de travaux des champs, de culte religieux et de festivités, sous l'hospice d'un climat favorable. Le travail était simple mais chacun avait une tâche qui permettait à la communauté de subsister. Certains, pourtant, avaient le privilège d'un confort extraordinaire. C'était les propriétaires. Jean était l'un d'eux. Il avait hérité du domaine familial Kapelowsky. Unique fils d'une famille de six, jean devint, lors de la mort de son père, responsable de la survie de sa mère et de ses sœurs. En vérité, la ferme familiale était une entreprise bien rodée, les employés y étaient efficaces, et les parcelles, adéquates, demeuraient les plus fertiles du canton. Et, Jean eut le loisir, au cours de sa vie, d'apporter à son exploitation quelques améliorations qui lui permis d'accroitre le patrimoine familial. Lorsque il eut vingt ans, il fut en mesure de se marier. Jean connaissait sa future épouse depuis leurs plus jeunes années. Durant toute leur enfance, leur amitié grandit, et très vite, Jean sut que sa femme serait Maria, cette enfant, un peu plus jeune que lui, qu'il avait vu devenir adulte. La beauté de Maria était réelle, mais sa plus grande qualité, reconnue de tous, demeurait la bonté. La jeune femme n'avait de cœur que pour les autres et particulièrement pour sa famille et celle de Jean. Elle était douce, serviable et donnait toujours aux autres avant de prendre pour elle. Sa sagesse était toute biblique. Pour Maria, la vie faisait son chemin. Sa mère était morte en couche. La jeune fille avait souffert du décès de son père alors qu'elle n'avait que huit ans. Mais elle trouva rapidement un réconfort certain auprès de Jean, ses cinq sœurs et leur mère. Il était évident que Jean représentait pour elle la sécurité, l'aisance et la sérénité. Elle avait donc intégré tout naturellement cette famille bienheureuse. Au milieu de l'année, en plein été, la noce de Jean et Maria resta dans les annales comme une belle fête, agrémentée d'une cérémonie religieuse tout à fait digne. Jean avait marié ses deux sœurs les plus âgées, il restait donc trois filles à la maison, plus sa mère. Il était temps pour lui, puisque les récoltes étaient meilleures d'années en années, d'agrandir le cercle, en liant sa vie avec celle de maria. Leur bonheur dura quelques temps, mais très vite la jeune femme se rendit compte qu'il ne lui était pas possible de faire d'enfant. Elle se désespérait, de ne pouvoir apporter à son mari ce qu'elle aurait voulu s'apporter à elle même. Elle avait beau prier, faire des offrandes sécrètes, et même jurer, la nature ne lui faisait pas ce cadeau de pouvoir être maman. La situation se dégradait, puisque maria avait de plus en plus de difficultés à regarder son mari dans les yeux. Et, muée dans un silence plus douloureux de jours en jours, elle en arrivait à vouloir disparaître. La névrose devenait chronique. Jean , de son bord, se réjouissait de leur union et de leur vie. Il n'avait cessé de travailler, sa forme était optimale, et ses affaires florissantes. Il mit un certain temps à percevoir le malaise qui s'installait dans son foyer, et plus encore à se l'avouer ouvertement. Le couperet tomba l'été suivant la noce. Jean était affairé dans sa chambre, lorsque sa mère entra dans la pièce. Ils étaient seuls. « Mon fils, j'aimerai te parler. » lui dit-elle. – Parle, je t'écoute, mère. – Voilà, dit-elle avant de faire une pause pour reprendre sa respiration, il y a un an tu t'es marié avec notre chère maria , vous n'avez toujours pas d'enfant, et maria ta femme n'est pas enceinte. La vieille femme s'arrêta. Jean se figea. Il était en plein préparatif du voyage annuel pour Héraclénin, ville de pèlerinage et ville d'affaires. Les trois charrettes étaient prêtes, ses hommes attendaient déjà devant la maison, ses sœurs étaient affairées, il n'osait imaginer une telle discussion avec sa mère, à cet instant. Elle reprit. – Voilà, mon fils, j'aimerai que tu parles à ta femme maria et que tu lui dises qu'elle ordonne un sacrifice au temple de Héra, sous la protection du grand prêtre Élie, afin que Yahvé lui donne la fertilité. Jean se décrispa, ça lui laissait bien six mois de plus. Il reprit son calme habituel, et dit à sa mère. – Mère, j'ai déjà fait ordonné des sacrifices dans notre paroisse pour que dieu donne la fertilité à Maria, mais je le referai là bas, ne t'en soucis pas. Tu verras qu'avant le prochain pèlerinage, je serai le père d'un enfant chéri. La mère fut rassurée, bien qu'elle commençait à perdre espoir de voir son fils faire perdurer la lignée de son cher mari disparu. Le départ se fit sans anicroches et le convoi composé de trois charrettes pleines de trucs, des trois sœurs, de deux commis, de deux gardes, de maria et Jean s'éloigna doucement de Bétis, et de la ferme familiale. Ils devaient marcher trois jours avant d'arriver à Héra où ils resteraient quelques nuits, le temps de vendre ce qu'ils apportaient, d'acheter ce dont ils avaient besoin et de faire le pèlerinage et le sacrifice. Chemin faisant, Jean profita d'une pause pour aller voir maria qui cueillait des fruits dans un champs, non loin de la piste. Elle le regarda arriver du coin de l'œil, et fit mine de pas le voir. Il s'arrêta près d'elle, la regarda et lui dit: « Maria, ma chère femme, je vais faire un sacrifice à Héra, après le pèlerinage, pour que Yahvé te donne la fécondité. » Le visage de Maria s'illumina, elle ressentit une douce chaleur du fond de ses entrailles jusqu'à son cœur, puis jusqu'à son cerveau. Son émotion fut si vive, lorsqu'elle comprit que son mari voulait croire en elle, qu'elle lâcha un petit cri d'excitation. Ses yeux pétillants se fixèrent sur ceux de jean et elle lui dit : « dieu soit loué, si tu fais ordonner ce sacrifice, nous aurons un enfant avant l'année prochaine. » La petite troupe repris la route. Jean était soulagé. Le trouble de maria s'estompa partiellement, elle se sentait apaisée et aimée, malgré les quelques doutes qui la tracassaient toujours quand à la possibilité réelle de faire un enfant. Quelques semaines s'écoulèrent, le calme et les habitudes reprirent après le retour de la foire au pèlerinage annuelle. Le temps était au beau fixe, et Jean maria encore deux de ses sœurs à l'automne. Ne restaient à la maison plus que sa mère, sa femme et la cadette Elohim. La famille vivait dans l'harmonie puisque tous avaient le désir de vivre ensemble. Cependant, les craintes de maria réapparurent, certains symptômes de son malêtres refirent surface dès lors qu'elle comprit que le sacrifice n'avait pas été efficace et que, de toute évidence, elle ne pourrait pas mettre au monde un enfant. Elle souffrait terriblement de solitude et se voyait déjà abandonnée de tous, préférée à une autre femme par son mari, finissant sa vie de glane et de vagabondage. Jean, lui aussi, s'inquiétait de cette situation, il avait beau soutenir sa femme, il doutait de plus en plus qu'elle put un jour lui faire un enfant. De plus, il appréhendait le moment où il se retrouverait seul avec sa mère et sa femme. En imaginant que ce put durer longtemps, il vit l'instant où il se retrouverait seul avec sa femme, et enfin mort, sans progéniture. Les mois passèrent, le malaise qui s'insinuait péniblement au cœur de la ferme demeurait latent dans la vie quotidienne. Chacun vivait de plus en plus difficilement cette inextricable situation. La mère de Jean évoquait parfois, ouvertement, la nécessité pour son fils de trouver une femme capable de lui faire des enfants. Jean refrénait cette idée, et Maria restait silencieuse, souffrant intérieurement du désastre de sa vie qui avait pourtant si bien fait son chemin. Enfin, le mariage de la petite Elohim fut prévu au printemps. Jean avait discuté avec le père d'un jeune homme très bien qui s'appelait Gaël. Ils avaient préparés une fête tout à fait exceptionnelle pour que les jeunes futurs mariés puissent entrer heureux dans leur vie de couple avec la bénédiction du seigneur et des habitants du bled. En outre, les deux hommes avaient passé un accord commercial intéressant et honnête . Jean fit tailler à Elohim et Maria des robes superbes, afin que les femmes de sa vie furent des plus élégantes. Lorsque le jour de la célébration fut arrivé, on devait d'abord faire le tour du village, les époux en tête. Le cortège attirait l'attention, les gens qui sortaient de chez eux pour voir la mariée se joignaient à la troupe, et la plupart des habitants de Bétislabad, ainsi que les parents et amis se retrouvèrent vers la grotte où fut enterré un saint local, voilà bien des années en arrière. C'est là qu'avait lieu la cérémonie. Elle dura longtemps et un peu avant que le jour ne fut tombé, les invités se dirigèrent vers la ferme du père de Gaël, où était prévue l'orgie donné en l'honneur d'Elohim. La nourriture était abondante ainsi que le vin. Il y avait plus de cent personnes. La soirée était merveilleusement organisée, et les musiciens proposaient une ambiance chaleureuse et festive. Tous les gens présents étaient animés d'une grande joie, et beaucoup étaient ivres. Au milieu de tous et au milieu de la nuit, Maria qui avait peu participé aux festivités, ressentit un grand chagrin. Elle sentait pertinemment que sa vie lui échappait définitivement, qu'il ne faudrait pas longtemps pour que Jean ne veuille une autre femme pour faire un enfant. Pas beaucoup plus pour qu'il la répudie, parce qu'elle était une bouche à nourrir. Maria s'enfonça dans une grande déprime et pour éviter de dissimuler sa détresse, elle se leva discrètement , et quitta la fête pour rejoindre son lit. Elle embrassa sa belle sœur et salua son mari, prétextant un mal de crane persistant. Jean était saoul. En allant uriner, après le départ de sa femme, il fut également pris d'un petit accès de tristesse. Il imaginait toujours sa vie remplie de changement, et lorsque le changement arrivait il s'en trouvait surpris, et cela le chagrinait. Il y voyait un manque de volonté, de sagesse. Il pensait bien, et malgré tout le respect qu'il avait pour maria, qu'il devrait, un jour, trouver une autre femme pour faire un enfant, et cela le rendait encore plus triste. Il était pourtant sûr d'une chose. Il ne répudierait pas sa femme quoi qu'il advienne. Cette pensée le rassura, et Jean se laissa à nouveau porté par l'ambiance. Il retourna danser, chanter et boire. Au petit matin, de nombreux convives étaient rentrés chez eux ou dormaient ça et là, dans les travées. Quelques uns continuaient à festoyer, profitant de chaque instant de plaisir. La jeune Élise en était ; dansant comme une Furie, du haut de ses seize ans. Sa longue et épaisse chevelure brune ne laissait personne indifférent, hommes et femmes s'accordaient et proclamaient sa beauté au quotidien. Élise n'avait pas encore de mari. Elle ne s'en préoccupait pas, sachant que son père s'affairerait à cela en temps voulu. Élise désirait surtout s'amuser et prolonger l'extase de sa jeunesse. Mais celle-ci prit fin bien plus tôt que prévu. Dans l'enthousiasme de la fête, la jeune femme se sentit attiré vers un homme qu'elle trouvait très beau, sa danse l'amena auprès de lui, leur corps furent très proches et le désir les enflamma tous deux violemment. Ils dansèrent encore et encore. Enfin, lorsque qu'il n'y eurent plus qu'eux, lorsque les musiciens finirent de ranger leur instruments, et les servants de débarrasser les tables, Jean et Élise , tous deux éreintés, se regardèrent tendrement, avec un sourire de satisfaction. Ils avaient été ensemble au bout de la nuit, au bout de la danse. Ils étaient les derniers gardiens de cette fête inouïe. La jeune femme parut éblouissante au regard de notre homme. Il avait tout oublié de sa vie, de sa soirée. Elle, était acculée par la virilité de cet homme qu'elle n'avait jamais regardé auparavant. Jean, qui dans l'ivresse, se sentit le courage d'un homme sûr de lui, embrassa cette jeune nymphe, déesse de la fécondité. Leurs baisers sincères les menèrent dans la pente dangereuse de l'amour, et leur (in)expérience les poussa vers des extrémités que l'on ne peut jamais croire fatales. Ils s'accouplèrent dans un tas de foin non loin du lieu de leur rencontre. Les jours qui suivirent ne furent pas simples pour Jean. Il n'avait rien dit à personne de ce qui s'était passé avec cette fille le jour du mariage. Il n'avait pu le faire, et pourtant il sentait que le secret serait lourd à porter. Il sentait aussi que maria avait changé depuis ce jour, il pensait même parfois qu'elle savait la vérité. Que peut-être, quelqu'un l'avait vu et l'avait rapporté à sa malheureuse femme. La paranoïa s'amplifiait à mesure que maria sombrait dans une tristesse noire. Mais ce n'était pas la jalousie qui l'a rendait malade. C'était bien le désarroi d'une femme qui ne pouvait devenir mère. La situation s'éclaircît pour tous, quand, un matin, Robin Du Haut de Bétislabad et sa fille Élise vinrent frapper à la porte de la ferme de Jean. Celui-ci, déjeunait tranquillement, tandis que sa mère préparait la nourriture pour les ouvriers et maria, dans le coin de la pièce, faisait des vêtements de chanvre. Lorsque jean ouvrit la porte et vit la jeune femme, il se souvint du bouleversement qu'il avait vécu auprès d'elle. Lorsqu'il vit cet homme à ses côtés, le visage fermé, qui devait être son père, il comprit que son secret ne serait plus gardé bien longtemps. Bonhomme, Jean les salua respectueusement. Le père de la jeune fille prit la parole. « Êtes vous bien Monsieur Jean De Bétislabad, qui le jour de la noce de votre sœur dansait comme un fou auprès de ma fille? » Jean, fut un peu surpris et décontenancé. Il se tourna vers maria et vit qu'elle n'avait pas quitté son ouvrage. Quand il se retourna vers les arrivants, elle leva la tête et vit dans l'ouverture de la porte, une superbe brune aux yeux noires. Son cœur fit un bond, et son sang ne fit qu'un tour. Tout s'écroulait, elle comprit immédiatement de quoi il s'agissait. De grosses larmes et des cris auraient pu sortir de son corps déshérité, mais sa fierté et sa volonté en décidèrent autrement. Maria ne lâcha pas un mot, seulement un souffle, long et douloureux. Le père d'Élise pria sa fille d'entrer dans la maison, tout en prenant Jean par l'épaule afin de s'éloigner un peu avec lui. Jean se laissa faire, regardant la jeune fille passer devant lui sous le porche de sa maison, sentant le doux parfum qu'il avait gardé en mémoire. L'ancien reprit la parole. « La petite est enceinte, elle l'a dit à sa mère. Elle lui a aussi dit que c'était toi qui était à l'origine de cela. A moi ! » Il s'arrêta un instant faisant un sourire en coin à son interlocuteur. « Elle a dit que tu souhaitais la prendre pour femme, et qu'en vertu de cela tu devais l'accueillir elle et votre enfant dans tes murs. » Jean resta silencieux un instant. Son avenir était donc scellé. Il avait séduit cette jeune femme dans l'ivresse et devait assumer ses actes dans la sobriété. Il leva la tête et regarda son beau père dans les yeux. Il lui demanda son nom. Celui-ci lui répondit qu'il s'appelait Robin du haut de bétis. « Robin, lui dit Jean, ta fille dit vraie, nous avons une liaison depuis quelques temps déjà, je souhaite l'épouser, et je n'attendais que du courage pour l'annoncer à ma première femme. Puisque tu es là, je te propose de m'accorder la main de ta fille aujourd'hui même. Nous fêterons la semaine prochaine. Sache qu'elle aura tout ce qui lui faudra pour vivre, et qu'il en sera de même pour ses enfants. » Le père se dérida complètement, et glissa à l'oreille de Jean : « Personne ne doit savoir qu'elle est enceinte avant votre mariage. » Jean lui sourit, et le vieil homme ajouta : « Mon fils je m'occupe de la fête, tu as bien assez à faire avec tes femmes et ta ferme. » Maria abandonna son travail dès que le jeune femme entra dans la maison. Elle fut tout à fait stupéfaite par la beauté et surtout la fraicheur de cette enfant. Il n'y avait rien d'une femme dans cette fille. Elle était très jeune. Bien plus qu'Elohim lors de son mariage; celle-ci avait tout au plus quinze ans. Elle sortit brusquement de ses pensées et demanda son prénom à la fille après s'être présentée. Élise salua respectueusement la mère de Jean puis répondit poliment à Maria. La vieille lui proposa de s'assoir. Élise s'exécuta. Les trois femmes occupaient dorénavant les trois places qu'elles occuperaient chaque jour jusqu'à leur mort. Le mariage fut effectivement donné la semaine suivante. La fête fut réussie, bien que Jean en garderait un souvenir moins impérissable que le mariage de sa petite sœur. Le lendemain, il ordonna qu'on construise une pièce supplémentaire, jouxtant la maison, qui servirait à accueillir sa famille grandissante. Malgré les quelques scrupules qu'il avait à l'égard de Maria, il se sentait en forme, son bonheur à portée de main, il admirait la beauté juvénile de sa nouvelle femme, et commençait à avoir un œil complaisant sur sa manière de gérer les affaires, et plus généralement sa vie. Très vite, le ventre de la jeune Élise s'arrondit, et tous les signes de la grossesse se faisaient sentir. D'hyper-émotivité en nausée, la jeune femme avait quelques difficultés à vivre cette situation. Ce n'était pas évident, pour elle, de supporter un évènement aussi fort dans ces conditions. Elle avait effectivement tout ce dont elle désirait, mais Maria n'était pas très amicale, et la mère de Jean passait son temps à ce plaindre de douleurs diverses. Elle qui rêvait d'une jeunesse éternelle, se retrouvait dans une atmosphère quelque peu austère. Elle comprit, cependant, que sa grossesse et le regard que portait Jean sur elle étaient des atouts, elle fit un peu preuve de suffisance à l'égard de Maria. Lorsqu'Élise accoucha, Jean devint le père d'un garçon qu'il nomma Jean, comme lui. C'était en pleine époque des préparatifs du pèlerinage à Héra. Sa ferme avait produit pleins de trucs cet année-là, et, l'organisation du voyage était de plus en plus longue et fastidieuse. Il accueillit la nouvelle naissance avec une grande fierté. Comme il l'avait prévu, il était devenu père avant le grand messe suivant. Ce qu'il n'avait pas prédit, c'est que Maria ne serait pas la mère de cet enfant. Chaque jour, Jean pensait à elle sans plus pouvoir l'aider. La vie allait trop bon train pour qu'il puisse faire autrement. Élise venait de mettre au monde le petit Jean, le départ était imminent, elle ne pouvait donc pas se joindre au convoi pour Héra. Jean se promit alors de prendre particulièrement soin de sa première femme durant leur séjour. Maria, de son côté, ressentait un grand vide. En un sens, elle était heureuse que Jean soit enfin père, mais elle avait du mal à accepter de ne pas être la mère. Pourtant, elle n'était pas jalouse, malgré le fait que son mari s'occupait essentiellement d'Élise, Maria commençait à se résigner à une certaine sagesse, puisque ces possibilités de créer le changement étaient inexistantes. Par moment, elle se réjouissait même de partir seule avec son mari à Héra. Elle décida de se faire coquette le jour du départ. Ainsi, Jean fit atteler cinq charrettes pleines de truc, dont une appartenait à Elohim et Gaël, il engagea une dizaine de mercenaires, prépara de l'or , et pris cinq commis à son service. Il se soucia de tous et de tout avant le départ, et de cette façon, le voyage se déroula comme il l'avait entendu. Quelques temps s'écoulèrent, Jean grandissait très vite. Son père avait repris ses habitudes de propriétaire, sa mère, au meilleur de sa forme, grandissait également, sa grand-mère se plaignait toujours, et Maria, l'autre femme, était devenu la matrone indispensable d'un foyer quelque peu anarchique. Cette tache d'organisation l'occupait tout le long du jour, mais souvent, le soir, s'accordant des instants de liberté, elle flânait aux abords du village en pensant à sa vie. Maria avait acquis une grande sagesse. La dépression était derrière elle, et elle commençait à se sentir plus libre. Elle avait été l'héroïne malheureuse d'une histoire. Mais l'Histoire étant, par définition, du passé, Maria avait repris de la confiance en elle. Sa déception s'était peu à peu transformée en une force nouvelle. Et elle pensait bien plus à elle qu'auparavant. Laissant l'avenir et les certitudes dans l'abîme, Maria connut à nouveau quelques moments de plaisirs. Lorsque la mère de Jean mourut, Élise avait tout juste accouché d'un deuxième fils. Elle était devenue très sûr d'elle, et continuait à vivre comme une enfant gâtée aux yeux de Maria. Les deux jeunes femmes s'entendaient très bien, mais Élise laissait la part belle de travail à Maria, qui parfois se sentait frustrée. Jean était devenu un inconnu pour elle, et pourtant, elle continuait à faire vivre son ménage, en occupant tous les postes avec brio. Pour la n-ème année consécutive, la caravane de Jean arriva à Héraclénin. Toute la famille était présente, et tous se réjouissaient de ces quelques jours en ville. Maria particulièrement. Elle avait voyagé le cœur léger, et ses pensées divaguaient, l'avenir était derrière elle, et elle songeait à ce périple comme à une aventure agréable. Les hommes seraient affairés au commerces, Élise s'occuperait de ses petits, et elle, en compagnie des sœurs de Jean, disposerait de tout son temps pour faire des emplettes et passer du bon temps. Le troisième soir, Maria, Elohim et Laurence, la sœur la plus âgée de Jean, dinèrent ensemble. Abandonnées par leurs maris, elle s'accordèrent le plaisir de bien manger après une journée de marche, de négociation et d'achat. Séduit par ces trois femmes ravissantes, l'aubergiste offrit quelques verres de vin, qu'elles acceptèrent volontiers. La coutume n'était pas de voir des femmes seules, errer d'auberges en auberges, mais c'est bien ce que firent Laurence, Elohim et Maria. Cette dernière chargea particulièrement la mule. Il était un peu plus tard, Maria, abandonnée par ses comparses très fatiguées, déambulait paisiblement dans l'air frais des nuits de Héra. Peu de monde fréquentaient les rues le soir, et elle se sentait maitresse de son ivresse, et maitresse d'elle-même. Elle avait certes trop bu, mais elle avait un peu soif. Un espoir la portait. La vie, pour elle, était plus légère que la soie. Sa promenade la mena sur la route du temple. Elle n'avait jamais vu Héra comme cela. L'ivresse mis à part, Maria vivait un de ces moments de grâce qui consiste à marcher seule, la nuit, en observant le monde qui nous entoure, avec le sentiment tout-puissant qu'il nous appartient. « La nuit est à moi se dit elle, la ville est à moi ! La vie est à moi ! » Le temps était magnifique. Maria avançait sous les étoiles. Elle se remémorait les étapes de son existence, et plus particulièrement, ses deux derniers voyages. Elle avait tant évolué depuis sa tendre enfance, et pourtant, elle demeurait la même. Elle avait tant appris depuis la naissance de Jean, mais elle sentait qu'elle restait ignorante de tout. Quel sort lui réserverait-on ? Élie fut le grand prêtre d'Héra durant soixante ans. A l'époque de notre récit, son jugement était considéré par tous, comme le plus magnanime et sa gestion des biens du temple était exemplaire. Élie était l'homme le plus sage de la région. Loin d'imaginer à quel point sa vie put marquer l'humanité, il était homme juste et droit, marié, il était aussi le père de deux fils adorables. C'était un être grand, à la constitution robuste, et son visage, vieillissant, gardait tout le caractère de ses jeunes années. Un bien bel homme. L'un des jours, ou plutôt l'une des nuits les plus mémorables de sa vie fut celle où, alors qu'il se promenait sous les colonnes du temple, méditant après une journée fastidieuse, durant la fête du sacrifice, il aperçut Maria Kapewlosky . Maria, éméchée, se reposait sur les marches du parvis. Elle était euphorique, et riait en réfléchissant aux méandres de sa destinée. Elle n'avait pas honte, ni mal, ni peur... Elle était tranquille. Élie s'avança vers la jeune femme qui l'aperçut. Doucement, il s'adressa à elle en lui disant : « Ma sœur, je t'ai déjà vu prier dans ce temple, tu implorais Yahvé, tu espérais de sa sainteté grandiose quelque chose. Que fais-tu ici, ivre à une heure tardive ? » – Mon père, dit calmement Maria, il y a des jours où l'on se perd, et des jours où l'on se trouve, je ne sais pas comment qualifier aujourd'hui. Mais, il est sûr que j'ai longtemps espéré quelque chose en ce lieu et partout ailleurs. Élie fut surpris de cette réponse, il trouvait cette femme très touchante. Il se présenta à elle, et l'invita à entrer dans le temple. Il souhaitait qu'elle lui compte son histoire. Maria s'exécuta, non sans refuser un peu de vin, qu'ils partagèrent. Le prêtre, très à l'écoute, se laissa bercer par l'histoire romanesque de Maria et tombait imperceptiblement sous son charme. Il la fixait, observant jusqu'à l'aveuglement, le visage gracieux de cette femme, sage et fidèle, qui avait tant souffert sans se plaindre. La beauté de Maria transportait Élie. Il éprouvait une fierté inestimable à vivre cet instant privilégié au côté de cette femme magnifique. Ses sens étaient en alerte. Plus Maria parlait plus il la trouvait radieuse, indispensable, d'autant que sa voix était si douce. Maria racontait son histoire avec tant de sagesse et d'à propos qu'Élie fut consterner. Il ressentait malgré lui, un sentiment bien plus fort que la pitié inspirée souvent par les malheureux du peuple. Cette femme avait une intelligence redoutable. Élie se laissait submerger par sa présence. Et l'attention dont il fit preuve , donnait à Maria une confiance dont elle n'était pas accoutumée. Elle se rendit vite compte qu'Élie buvait ses paroles et un peu trop de vin. Insensiblement leurs corps se rapprochèrent et leur idées se dirigeaient dans le même sens. Élie n'était pas un homme infidèle envers sa femme, et Maria avait toujours été d'une loyauté sans faille à l'égard de Jean. Mais la sensation d'osmose que ressentirent ces deux êtres lors de cette nuit fut plus fort que tout. Élie et Maria connurent un moment d'amour qui les marqua tous deux à tout jamais. Le jour du départ, au moment de quitter Héra, Maria, qui avait eu le temps de se remettre, se pardonna son incartade. Ses derniers scrupules disparurent lorsqu'elle pensa de nouveau à ce que Jean avait fait au cours du mariage de sa sœur Elohim. L'arrivée de la jeune Élise, au sein du foyer avait bousculé leur vie, et elle n'avait jamais émis la moindre plainte, n'avait d'ailleurs jamais fait aucune allusion. Elle s'était juste contenter de remplir son rôle de femme d'expérience dans une famille particulière, la sienne. D'autant que ses actes, et cette nuit avec le Grand prêtre n'amenait aucune conséquence, il n'y eut aucune raison que Maria culpabilisa de ce qui s'était passé. Elle décida simplement d'oublier cet épisode, laissant le souvenir dans les murs d'Héraclenin. Peu de temps après, alors que tous les bétissiens avaient rejoint leur village, et que la vie y reprenait son calme, Maria se rendit compte, non sans joie, qu'elle était enceinte. Cependant, elle était dans une certaine impasse, puisque n'ayant plus coucher avec son mari depuis des mois, cet enfant à venir, ne pouvait être de lui. La réjouissance fit rapidement place à la terreur. Maria désappointée, ne sachant que faire sans réfléchir, et, pour ne pas dévoiler ses doutes à la communauté, décida, comme cela se faisait quelquefois, de s'octroyer une retraite dans le désert. Elle prétexta de mauvaises pensées, la volonté de faire le point sur sa vie. Jean eut quelques difficultés à comprendre cette décision, d'autant que Maria était toujours aussi indispensable à la gestion domestique de sa famille. A Bétis, la nouvelle, vite propagée, fut accueillie diversement, certains disaient que la belle désœuvrée voulait en finir en se laissant mourir de chaud, de froid, de soif, ou dévorée par quelques bêtes sauvages. Maria ne se laissa pas influencé. De toute façon, elle n'avait pas le choix, il lui fallait réfléchir à son état, et aux différentes possibilités de l'expliquer. Elle partit donc de bon matin à travers les champs d'abord, puis, ayant atteint les portes du désert, elle continua encore durant tout le jour. Elle ne mangea pas, et dormit à la belle étoile, après avoir soigneusement préparé un feu de camp, pour éloigner les animaux sauvages. Le deuxième jour, elle marcha encore, et se reposa une seconde nuit. A son retour, au crépuscule du troisième jour, la jeune femme était épuisée, mais elle avait eu une idée salvatrice. Pour qu'elle et son enfant ne puissent être répudiés, elle décida de séduire son mari, de passer une nuit avec lui, puis de dévoiler, quelques temps après, sa grossesse. Celui ci ne pourrait alors pas penser qu'un autre fut le père. Le plan fonctionna à merveille. Profitant de l'absence d'Élise, qui, pendant quelques jours, devait rendre visite à un vieil oncle malade, Maria se présenta au coucher de Jean dans un costume de soie et d'étoffe, qui selon lui, redonnait à sa femme une jeunesse qu'elle n'avait jamais perdu. Non, sans surprise, Jean retrouvait également une femme rieuse et tendre qu'il n'avait plus désiré depuis longtemps. Le couple passa une nuit et un jour superbe. Maria fut ravie de voir son mari la regarder comme autrefois, et être, ne fut ce qu'un instant, la reine de toutes ses faveurs. Jean était satisfait d'avoir pu apporter un peu de réconfort à sa première femme, et très heureux du bonheur de vivre avec deux femmes si douces et deux enfants en pleine santé. Lorsque Maria grossit et reprit des couleurs, que tous découvrirent son état, la liesse s'empara de la ferme, du quartier, puis du village tout entier. Jean était heureux de constater que tous les sacrifices avaient payés. Maria fut élevée en modèle de bonté et de patience. Élise fut ébranlée mais ne s'en laissa pas comptée, elle donna encore naissance à d'autres enfants. Quoi qu'on en dise, c'est ainsi, que naquit, après six ou sept pleines lunes, le petit Samuel, fils de Jean et Maria. Alexis Untereiner Toutes les réactions (2)1. 30/10/2010 02:44 - Charlie W.
2. 19/11/2010 14:37 - Paul-le-poulpe-est-vivant
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Dernière réaction
loin de la morale robotique et des discours convenus, une nouvelle intemporelle qui ne se laisse quitter qu'une fois terminée. merci, et encore bravo: vivement l'avenir. ![]() Articles les plus lus
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