Sur le RING

La Croisette, année zéro

SURLERING.COM - CULTURISME - par Thibaut Kaeser - le 09/07/2004 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Il était du devoir du plus grand éditorialiste de Ring, Thibaut Kaeser, de frapper de son talent la conclusion sur la version 2004 de ce festival à étrons. La croisette n'a pas résisté à l'époque, et si nous devions ne retenir que 10000 signes sur son cas, lisez vite ceux qui suivent, ils se jettent dans vos bras.

David Kersan

 

Le temps passe sur la Croisette. Il n'y a en effet pas que les modes, passagères et éphémères, qui passent. Il y a surtout le temps, cruel et assassin.

Cette année, les téléspectateurs, ce bon peuple bien moderne, ont été à nouveau convoqués à la grande messe du septième art par écran interposé. On a après tout les barreaux que l'on mérite, et puis des habitudes : c'était le printemps, début mai, le temps des révolutions ; on adore ce type de traditions, dans l'hexagone. La guillotine a donc parlé. Le bourreau a été décoré ; ému, il était vêtu de noir et de blanc. Le bon peuple a entendu, on lui a raconté et il a aimé la sentence sans l'avoir vue ; elle était de toute façon sans appel, programmée. Il se souvient déjà de ce spectacle, lui qui, autrefois, aimait plutôt se rappeler la coupe et la couleur des robes de stars, leurs frasques, leurs prestations, je parle des acteurs, pas des animateurs (les acteurs de cinéma, vous savez, ces dinosaures qui disparaissent lentement et sont désormais regrettés de leur vivant). Quand il allait au cinéma, il fut un temps, le bon peuple voyait aussi des chefs d'½uvres. Cela arrive encore, et c'est toujours une grande joie lorsqu'ils sont projetés sur de grands écrans, sur ces grands écrans qui ont tant illuminé nos nuits blanches. Mais voilà, les temps changent. Ou évoluent - ce qui ne gâte rien.

Il est des questions que l'on aimerait ne pas poser. Je crois que seul Jean-Luc Godard l'a fait lors de sa conférence de presse : « ça serait bien de poser un peu des questions sur le film. » Sur le film de Michael Moore, disait-il. Il n'a plus la cote, Jean-Luc Godard. Il avait comme un air égaré. L'air de ne plus y croire : « un peu de questions »... Quelle audace ! Il a aussi déclaré qu'il ne croit pas « beaucoup en ces films-là. » Moi aussi, cela tombe bien ; je veux dire : tout cela est fort triste.

Cannes vieillit, et le poids des années ne va pas au teint de tous les vieillards. La fraîcheur est vraiment un enjeu capital dans ce bas monde. On ne le répétera jamais assez. Un peu plus d'un demi-siècle, c'est peu, je le concède, mais je crains qu'il soit loin le temps où l'on primait « Le Monde du silence » sur la Croisette. C'est un documentaire majestueux et on était en 1957. Le régime se liquéfiait lentement mais sûrement lui au moins. La France était en pleine guerre d'Algérie, elle en avait sur le c½ur, de gros chagrins, et j'espère que l'on ne fera pas de comparaison malvenue, éminemment anachronique, avec la cuvée 2004 de ce Festival de Cannes qui doit beaucoup aux événements sanglants qui se produisent à l'heure actuelle quelque part entre Washington et Bagdad. Je voulais ajouter Ur, Ninive ou Uruk, histoire de débuter un cours sur l'archéologie du Proche-Orient ancien, mais je pense qu'il me faut plutôt écrire Maison blanche et bureau ovale, Pentagone, fils de..., j'entends déjà les sifflements, les huées et les quolibets.

Décidément. La quadrature du cercle a fâcheusement tendance à se rétrécir. Avec le temps, lui encore - ce seul vrai fils de pute.

Et oui : où étaient les Irakiens, au juste, sur la Croisette ? En tout cas pas dans le jury, très chic, très rebelle, la conscience propre, les mains et les ongles impeccables. La gauche radicale étasunienne y était honorablement représentée. Elle aime les honneurs ; que voulez-vous, quand il s'agit d'engagement, tout est possible. Elle avait même invité une actrice française, je crois pour ses grands yeux, l'étiquette, la couleur locale ou je ne sais quoi, ce qui nous a beaucoup éloigné de la Mésopotamie, de l'invention de l'écriture ou de Gilgamesh et de sa quête de l'immortalité. De toute façon, il n'en aurait pas été question.
Y avait-il au moins un journaliste irakien dûment accrédité ? Je ne l'ai pas vérifié, et je veux bien aller à résipiscence à Saint-Jacques de Compostelle pour cette faute professionnelle, mais quand même, les Irakiens, cette année, à Cannes, j'y ai beaucoup pensé ; on n'a en effet parlé que de l'Amérique, ou je me trompe. Ah ! Cannes et la montée des marches, ses stars et son glamour vus de Faloudja... Quelle année ! Quelle cuvée !

Qu'aura-t-on donc appris cette année du plus prestigieux festival de cinéma ? Qu'il est un vaste cirque, une foire aux vanités ou un défilé de célébrités en toc ? Je laisse la question en suspens, mieux vaut ne pas trancher. L'Asie monte en force, on en a parlé, mais comme d'habitude, jamais assez. C'était une erreur. On a en tout cas découvert que Quentin Tarantino (hé coco, la coco, hein dis !), se prononce désormais « Couennetine » Tarantino. Les festivaliers nous ont par cette occasion rappelé combien la France et la langue anglaise ont une longue histoire d'amour en commun, et pas que ça, car il y a aussi l'Amérique, et oui : on l'a compris lors du standing ovation le plus long de l'histoire du Festival de Cannes. Fameux, ce Septième art. Nous aimons tant nous détester, nous, pauvres frères humains. Surtout quand on nous en donne l'occasion assis dans un fauteuil de cinéma. C'est que c'est plus confortable. Ben ouais, quoi.

Je tiens ici à le dire solennellement, puisque les malentendus m'insupportent au plus haut point : je trouve Michael Moore plutôt sympathique avec son embonpoint volumineux, ses casquettes et son amour déclaré du cinéma. Pop-corn, coca, soda, le samedi soir, cela fait très vieille Amérique, avec une femme dans la voiture, pour un cinéma avec toi... Perçu comme un grand enfant, c'est un vrai « Ricain », comme on dit de ce côté-ci de l'Atlantique, et cela ne me dérange pas, d'autant plus que cet agitateur né issu d'une famille de syndicalistes habite désormais dans l'Upper East Side, ce que j'aimerais moi aussi par pur snobisme d'amoureux transi de New York. Mais je ne jalouse personne. Standing ovation ! Debout les morts vivants ! Je n'ai pas eu à le dire : tous debout ! Ils l'étaient tous.

Nous l'aurons donc compris, et le Festival de Cannes nous servira de leçon, une de plus à l'adresse des enfants tristes. Nous sommes sommés de nous définir, en fonction. C'est la France, voilà tout. Il n'y a pas qu'elle du reste, ne lui tenons pas trop rigueur. Il y a le monde et l'Amérique de George W. Bush. Rien entre les deux, ou presque. Inutile de s'attarder sur les raisons de cette polarisation. Le duel peut commencer, le journaliste Moore enquêter, c'est-à-dire se faire tout à la fois militant et pamphlétaire en tirant à boulets rouges sur sa cible piteusement désarmée. Pauvre Georgie. C'est si facile. Un dans le visage, deux sous la ceinture. Mais le tout pareillement enrobés, que pèsent vraiment ces coups-là ?

Il faut ici rendre grâce au justicier originaire de Flint, Michigan : il n'a jamais prétendu à l'objectivité, quoi qu'on en dise ou qu'on en pense. Lui qui aime tant dénoncer ne mérite pas un mauvais procès. Il croit tant à la justice et bien laissons-la lui, puisque les bonnes âmes et le bon peuple aiment aussi le lynchage sur grand écran (avant celui sur petit écran..., mais dis, Michael, tu m'en donnes des sous à moi aussi puisque je te fais de la publicité, hein dis ? - je sais bien que tu t'embarrasses pour moins que ça). Son adversaire n'a non plus pas vraiment le sens de la mesure, mais il est président et fait de la politique ; on sait bien que l'on ment pour beaucoup moins que ça. Depuis le temps, toujours lui...

Soyons donc clair : il ne faut pas en vouloir aux gens qui réussissent, surtout quand leur succès est garanti par de bons gros sentiments, des approximations criardes, des pochades à tire-larigot et un montage coup de poing qui rassure et conforte les convertis, qui ne sont décidément jamais que des conformistes en diable. La liberté d'expression est un bien inestimable que l'on ne peut contester. C'est évidemment parfois dommage pour le cinéma et je ne donne pas cher de la pérennité du documentaire de Michael Moore dans l'histoire du Septième art. Mais j'insiste : c'est bien là notre problème puisque nous parlons du Festival de Cannes.

Michael Moore, quand bien même il a grandi dans une famille au sein de laquelle le souvenir du « New Deal » et de la grande dépression des années trente est demeuré vivace, n'a de toute évidence pas le talent d'un auteur tel que John Steinbeck. Son livre « Les raisins de la colère » a été porté à l'écran par John Ford en 1940 ; il aurait dû le voir, ou le revoir, puisqu'il aime le cinéma. C'est un chef d'½uvre avec Henry Fonda et l'inoubliable Jane Darwell dans le rôle de Ma Joad. La colère et la sensibilité des interprètes sont pures et entières, flamboyantes et belles. Ce n'est en tout cas pas un ouvrage d'activiste tenté par la propagande, genres qui ne s'accordent guère avec le cinéma. Et puis on n'y cite pas Orwell n'importe comment. Pauvre Georgie (je veux dire George Orwell). Il est désormais même cité par l'ultra-gauche qui l'a vomi de son vivant. Les hommes libres n'ont pas de chance. Tout se récupère, y compris un anarchiste tory plus lu que compris. La putasserie a de beaux jours devant elle.

Mais Michael Moore préfère peut-être la série des « Pourquoi nous combattons ? » de Frank Capra ? C'est au moins de la propagande qui s'assume. Elle a ce mérite. Elle est de plus très réussie, instructive, et se laisse toujours regarder avec plaisir. Et puis on voyage en Russie, en Chine, aux confins de la Birmanie. Ou encore Eisenstein ? Leni Riefenstahl ? Non... Sérieusement, je ne crois pas.

Michael Moore doit certainement beaucoup se regarder dans le miroir. C'est le propre des hommes après tout, mais je suis prêt à parier qu'il doit y croiser les regards d'aigles et de faucons des conseillers de George W. Bush. Ce sont souvent d'anciens trotskistes, des esprits venus de la gauche de la gauche. Ils doivent avoir de vieilles lectures en commun, des admirations secrètes. Comment ne pas remarquer dans ces conditions combien le mimétisme est un phénomène fascinant en politique - je te tiens, tu me tiens... ? Mais voilà, pas dans le cinéma. Nous ne sortons donc pas de notre problème initial. Décidément !

Mais le temps nous rattrape, déjà, et voici qu'il est heureux, pour une fois : John Kerry s'est enfin adjugé les services de John Edwards. C'est bien la seule bonne nouvelle que l'on pouvait attendre à la sortie de « Fahrenheit 9/11 », documentaire au titre abject. Quant à Bruce Springsteen et les Beastie Boys, ils sortent de leur réserve ; ce sont au moins des artistes doués. Vivement le 2 novembre qu'on n'en parle plus ! Le bon peuple continuera certainement d'aimer « cette Amérique-ci » contre « celle-là ». Et se déterminer. Et fantasmer. Des millions de spectateurs imagineront les Etats-Unis comme une nation de cow-boys et ils y chercheront avec avidité le prochain visage du méchant. Il est vrai que dans les duels, il arrive que deux tireurs s'entre-tuent. L'hiver est la saison des morts.

Cannes, décidément... Allons donc revoir nos classiques. Et vive Marlon Brando !

Thibaut Kaeser



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Ring 2012
Thibaut Kaeser par Thibaut Kaeser

Editorialiste, écrivain

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